Souccah, deuxième chapitre, michna 6. Nous avons devant nous une nouvelle discussion au sujet de l'obligation de manger dans la souccah.
Opinion de Rabbi Eliezer :
"Rabbi Eliezer omer : arba essré séoudot 'hayav adam léékhol basouccah" - une personne est tenue de prendre quatorze repas dans la souccah : un le jour et un la nuit, pour chacun des sept jours de la fête.
Le fondement de cela se trouve dans le langage de la Torah : "vous résiderez dans des souccot pendant sept jours" - il y a une obligation de résider dans la souccah durant sept jours, et de là nos Sages ont appris "tichvou kééin tadourou" - la résidence dans la souccah doit être semblable à la manière dont on réside dans une maison. Tout comme, dans sa maison, l'homme prend un repas de nuit et un repas de jour, il doit de même prendre dans la souccah un repas de nuit et un repas de jour.
Opinion des Sages :
Les Sages sont d'un avis différent et disent "ein lo kitsba" - il n'y a pas de nombre fixe de repas, car même chez lui l'homme n'est pas obligé de manger, et il lui arrive parfois de sauter un repas. C'est pourquoi il n'y a pas d'obligation de prendre un nombre déterminé de repas. Mais ils ont ajouté : "'houts miléilé yom tov harichon chel 'hag bilvad" - la première nuit de Souccot, il existe une obligation de manger dans la souccah.
Cette obligation vaut même dans une situation difficile : en règle générale, on ne mange pas dans la souccah quand il pleut, mais la première nuit de Souccot on mange dans la souccah même lorsqu'il n'y a pas d'autre choix.
La source de l'obligation la première nuit :
La première nuit de Souccot est apprise de la première nuit de Pessa'h. Tout comme, la première nuit de Pessa'h, l'homme est tenu de manger de la matsa - même s'il n'a pas faim, et s'il vient à prendre un repas il est tenu de manger de la matsa - de même, la première nuit de Souccot, il est tenu de manger du pain dans la souccah. Cet enseignement découle du fait que, pour les deux fêtes, la Torah a employé le terme "le quinzième", car toutes deux tombent le quinzième jour du mois. C'est une guézéra chava qui relie les deux passages, l'un traitant de Souccot et l'autre de Pessa'h : de même qu'à Pessa'h il y a une obligation de manger la première nuit, de même à Souccot. Mais les autres jours, il n'y a pas d'obligation, selon les Sages.
Suite de la michna - la loi du rattrapage :
Rabbi Eliezer a ajouté et dit : "mi chélo akhal léilé yom tov harichon yachlim béléilé yom tov haa'haron" - celui qui n'a pas mangé la première nuit de Souccot peut rattraper cela la nuit du dernier jour de fête, à savoir Chemini Atséret.
Les Sages sont d'un avis différent et disent "ein lo tachloumin" - il n'y a pas de possibilité de rattrapage. Et à ce propos ils ont dit que c'est un exemple de ce qui est écrit dans le verset de Kohélet : "ce qui est tordu ne pourra être redressé" - une chose faussée qui ne peut être réparée, "et ce qui manque ne pourra être compté" - un manque qui ne peut être dénombré. Une fois le jour passé sans que l'occasion de manger dans la souccah ait été saisie, il n'y a plus aucun moyen de la rattraper ; l'occasion est perdue et il n'y a rien à y faire.
La question de la Guémara :
La Guémara relève une contradiction entre les premières paroles de Rabbi Eliezer dans la michna - selon lesquelles il faut prendre quatorze repas dans la souccah - et ses dernières paroles, selon lesquelles celui qui n'a pas mangé la première nuit de Souccot rattrape lors de la dernière nuit de Chemini Atséret. Les deux affirmations ne s'accordent pas.
Les Richonim sont partagés sur la racine exacte de cette contradiction : réside-t-elle uniquement dans le choix des mots - car il n'a pas dit qu'il avait manqué l'un des quatorze repas, mais a employé l'expression "celui qui n'a pas mangé la première nuit de fête", comme si la première nuit était la seule mitsva - et il existe d'autres manières d'expliquer la question.
En fin de compte, la Guémara conclut que Rabbi Eliezer est revenu sur son opinion initiale exprimée dans la michna, selon laquelle il faut prendre quatorze repas, et qu'il a finalement adopté l'avis des Sages, à savoir que le seul moment où existe une obligation de manger dans la souccah est la première nuit de Souccot.