Nous étudions le traité Sota, chapitre 9, michna 2. Cette michna vient limiter les cas dans lesquels on peut accomplir la mitsva de la eglah aroufah, et énumère les situations où le corps a été trouvé dans un endroit qui n'y est pas apte.
Un corps qui ne repose pas sur la terre :
La michna commence : "nimtsa tamoun bagal, o taloui baïlan, o tsaf al pené hamayim - lo hayou orfin" - c'est à dire : un corps enseveli à l'intérieur d'un amas, par exemple un tas de pierres, ou qui a été trouvé suspendu à un arbre, ou flottant à la surface de l'eau, on n'accomplit pas à son sujet la mitsva de la eglah aroufah.
Ces trois lois sont déduites du langage du verset :
"baadama" - que le corps repose sur la terre, et non enseveli dans un amas.
"nofel" - qu'il soit tombé, et non suspendu à un arbre.
"basadé" - dans le champ, et non flottant à la surface de l'eau.
Les endroits à partir desquels on ne mesure pas :
La michna poursuit : "nimtsa samoukh laspar, o leïr cherouba nokhrim, o leïr chéén ba beth din - lo hayou orfin" :
"samoukh laspar" - proche de la frontière, dans un endroit proche des ennemis d'Israël.
"leïr cherouba nokhrim" - à proximité d'une ville dont la majorité des habitants sont des non juifs.
"leïr chéén ba beth din" - à proximité d'une ville dans laquelle il n'y a pas de beth din.
La raison des deux premiers cas, proche de la frontière et proche d'une ville de non juifs, est expliquée dans la Guemara à partir du langage du verset : "ki yimatsé halal" - "prat lamatsoui", ce qui exclut un cas qui est fréquent. Dans un endroit proche de l'ennemi, de la frontière ou d'une ville de non juifs, il est fréquent qu'un incident survienne et qu'une personne soit tuée, et ce n'est pas là une découverte exceptionnelle.
En revanche, dans le cas d'une ville où il n'y a pas de beth din, cela ne signifie pas que la mitsva de la eglah aroufah est totalement annulée, mais qu'on ne mesure pas et qu'on n'accomplit pas la aroufah pour cette ville, mais bien pour la ville la plus proche qui possède un beth din. C'est ce que poursuit et explique la michna : "én modedin éla méïr chéyech ba beth din".
"nimtsa mékhouvan ben chté ayarot" :
Quelle est la loi si le corps a été trouvé exactement à égale distance entre deux villes qui possèdent un beth din ? À ce sujet la michna dit : "chtéhen mviot chté agalot, divré rabbi Éliézer". Rabbi Éliézer estime qu'il est possible de tomber juste, c'est à dire qu'il peut exister un partage exact et parfaitement égal. Et puisqu'il en est ainsi, lorsque la Torah dit "la ville la plus proche", cela peut désigner les villes proches, au pluriel, même plus d'une seule ville.
Cependant, la halakha ne suit pas l'avis de rabbi Éliézer, mais on tranche qu'il est impossible de tomber juste, il n'existe pas de mesure parfaitement exacte. C'est pourquoi les deux villes n'apportent pas deux génisses, mais apportent une seule génisse et posent une condition entre elles : "si c'est vous les plus proches, alors elle est à vous, et si c'est nous les plus proches, alors elle est à nous".
Jérusalem :
Enfin la michna dit que si Jérusalem est la ville la plus proche, elle n'apporte pas de eglah aroufah. La raison en est qu'il est dit dans le verset que le corps a été trouvé "sur la terre que l'Éternel ton D.ieu te donne pour en hériter", et Jérusalem n'est pas considérée comme faisant partie de l'héritage, car elle n'a pas été partagée entre les tribus mais est restée à part. C'est pourquoi, au lieu de mesurer à partir de Jérusalem, on mesure à partir de la ville la plus proche qui possède un beth din, comme cela a été dit plus haut.
En résumé : cette michna limite la mitsva de la eglah aroufah dans plusieurs directions : du point de vue de l'état du corps, qu'il repose sur la terre, tombé et dans le champ, et non enseveli dans un amas, suspendu à un arbre ou flottant sur l'eau ; du point de vue du lieu de la découverte, qu'il ne soit pas proche de la frontière ou d'une ville dont la majorité est de non juifs, parce que "ki yimatsé" vient exclure ce qui est fréquent ; du point de vue de la ville mesurée, qu'elle possède un beth din ; et du point de vue de Jérusalem, qui ne fait pas partie de l'héritage partagé entre les tribus. Nous avons également étudié la controverse entre rabbi Éliézer et la halakha concernant un corps trouvé exactement entre deux villes, lesquelles apportent une seule génisse et posent une condition entre elles.