Sheviit, chapitre 3, michna 10. Cette michna traite de celui qui veut construire un mur pendant l'année de la chemita, et de la question du statut de la terre creusée en vue de la construction.
"Habone gader beno oubéne rechout harabim - moutar léhaamik ad hasséla" - Celui qui construit un mur entre son champ et le domaine public, il lui est permis de creuser en profondeur jusqu'au rocher :
Celui qui veut construire un mur entre son champ et le domaine public a le droit de creuser pour les fondations du mur et de descendre en profondeur jusqu'à atteindre le rocher dur, sans qu'on lui impose une limite quant à la profondeur du creusement.
On aurait pu craindre, a priori, que celui qui creuse pendant la chemita paraisse creuser en vue d'une plantation. Mais ce n'est pas la manière habituelle de faire, personne ne plante entre son champ et le domaine public, il n'y a donc ici aucun soupçon, et il lui est permis de creuser en profondeur jusqu'au rocher.
"Ma yaassé béafar ?" - Que fait-il de la terre ?
Sur la question de la terre qu'il a extraite du creusement, les Tannaïm sont en désaccord :
"Sovéro birchout harabim oumaskéno" - il l'amasse dans le domaine public et l'aplanit, ce sont les paroles de Rabbi Yéhochoua : "Sovéro" vient du terme sibour, c'est-à-dire qu'il amasse et rassemble la terre. Selon Rabbi Yéhochoua, il amassera la terre dans le domaine public et s'en servira pour l'améliorer : il en fera des monticules et remplira progressivement les trous qui se trouvent dans le domaine public.
Rabbi Akiva conteste : "Kédérekh chééne mékalkéline rechout harabim, kakh lo yétaknou" - de même qu'on ne détériore pas le domaine public, de même on ne l'améliore pas : tout comme un homme n'a pas le droit de causer un dommage ou un obstacle dans le domaine public, de même il n'a pas le droit d'y effectuer une amélioration. Cela ne lui appartient pas, et il n'a même pas le droit de le faire. De même que nous ne voulons pas qu'il amasse de la terre dans le domaine public, de même nous ne voulons pas qu'il en remplisse les trous.
"Sovéro bétokh sadéhou kédérekh hamézabline" - il l'amasse à l'intérieur de son champ à la manière de ceux qui fertilisent :
Selon Rabbi Akiva, il amassera la terre à l'intérieur de son champ, de la même façon que procèdent ceux qui fertilisent, comme nous l'avons appris plus haut : un homme a le droit de sortir le fumier vers son champ et de l'y amasser en trois grands tas. Ici aussi, il agira de cette même manière.
"Vékhén hahofer bor véchiah oumeara" - et de même celui qui creuse une citerne, une fosse ou une grotte :
La loi est identique pour tout creusement, citerne, fosse, grotte ou toute cavité dans le sol : il laisse la terre à l'intérieur de son champ. Et pendant l'année de la chemita, il le fait selon la manière des trois monticules, et ainsi il ne paraît pas améliorer son champ.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris que celui qui construit un mur entre son champ et le domaine public creuse en profondeur jusqu'au rocher, car il n'y a pas de soupçon que son creusement soit destiné à une plantation. Quant au statut de la terre, Rabbi Yéhochoua et Rabbi Akiva sont en désaccord : Rabbi Yéhochoua estime qu'il l'amassera dans le domaine public et s'en servira pour combler les trous, tandis que Rabbi Akiva estime que, de même qu'on ne détériore pas le domaine public, de même on ne l'améliore pas, et c'est pourquoi il amassera la terre à l'intérieur de son champ à la manière de ceux qui fertilisent. Et il en va de même pour celui qui creuse une citerne, une fosse ou une grotte.