Voici la michna 5 du chapitre 10 du traité Sheviit. Le principe fondamental de la loi du prozboul est que tous les prêts accordés par le prêteur avant la rédaction du prozboul y sont inclus, si bien qu'il pourra les recouvrer malgré le commandement d'annulation des dettes de la chemita ; en revanche, les prêts accordés après la rédaction du prozboul n'y sont pas inclus. Cette michna est la source de cette loi, et l'on y apprend également la différence entre le prozboul et les actes de créance pour ce qui est de l'antidatation et de la postdatation.
"Prozboul hamoukdam kacher":
Un prozboul effectivement rédigé au mois d'Adar, mais portant une date inscrite du mois de Chevat qui le précède, est valide. La raison en est la suivante : celui qui rédige le prozboul est le prêteur, qui souhaite recouvrer sa créance, et l'antidatation ne joue qu'à son détriment. Tout prêt accordé entre Chevat et Adar ne sera pas couvert par le prozboul et il ne pourra pas le recouvrer. Il s'avère donc qu'il n'a diminué que son propre droit sans porter préjudice à personne d'autre, c'est pourquoi cela lui est permis et le prozboul est valide.
"Vehameouhar passoul":
Mais s'il a inscrit dans le prozboul une date postérieure au moment de sa rédaction effective, il est invalide. En effet, selon la date inscrite, les prêts accordés après la rédaction du prozboul apparaîtront comme s'ils y étaient inclus, alors qu'en réalité ils ne le sont pas, puisque le prozboul a été rédigé avant eux. Et non seulement il ne sert à rien pour ces prêts postérieurs, mais nos Sages l'ont invalidé de manière générale, y compris pour les prêts antérieurs à sa rédaction.
Actes de créance et hypothèque des biens :
La michna passe alors à l'examen du statut des actes de créance, qui sont les documents attestant du prêt. Lorsqu'une personne emprunte de l'argent, ses biens et ses terres sont hypothéqués dès cet instant à hauteur du montant du prêt. Si l'emprunteur vend une partie de ses terres après avoir contracté le prêt, le prêteur est en droit de recouvrer sa créance sur cette terre vendue, puisque son hypothèque a précédé la vente. De là l'importance de la date exacte : toute terre que l'emprunteur a vendue après la date du prêt est hypothéquée, et le prêteur peut la recouvrer auprès de l'acheteur.
"Chitrei hov hamoukdamin pessoulin":
Un acte de créance portant une date antidatée, le prêt ayant été contracté en Adar alors que l'acte atteste qu'il l'a été en Chevat, est invalide. L'antidatation crée l'impression que l'hypothèque sur les terres de l'emprunteur avait déjà commencé le mois précédent, et que le prêteur a le pouvoir de recouvrer même une terre que l'emprunteur a vendue avant le prêt. Or, en réalité, cette terre n'était pas hypothéquée au moment de sa vente, puisque le prêt a été contracté ensuite. C'est pourquoi nos Sages ont pénalisé le prêteur et invalidé l'acte de manière générale : on ne peut rien recouvrer avec lui, pas même sur une terre vendue après la date réelle du prêt.
"Vehameouharin kecherin":
Un acte de créance portant une date postérieure à la date effective du prêt est valide, car le prêteur n'aggrave par là que sa propre situation : il se prive lui-même de la possibilité de recouvrer sur une terre vendue avant la date inscrite. Le préjudice ne touche que lui-même, et cela ne rend pas l'acte invalide.
Combien de prozboulim rédige-t-on pour plusieurs prêts ?
"Ehad loveh mehamicha - kotev prozboul lekhol ehad veehad" - une seule personne qui a emprunté de l'argent à cinq prêteurs différents : chaque prêteur a besoin de son propre prozboul pour ses prêts, c'est pourquoi l'on rédige cinq prozboulim. Un même prozboul d'un prêteur peut porter sur plusieurs prêts qu'il a accordés.
"Hamicha lovin meehad - eino kotev ela prozboul ehad lekoulam" - cinq personnes qui ont emprunté à un même prêteur : un seul prozboul suffit pour l'ensemble des prêts.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris que pour le prozboul, une date antidatée est valide, car le prêteur n'aggrave par là que sa propre situation, tandis qu'une date postdatée est totalement invalide, car elle crée l'impression erronée que des prêts postérieurs y sont inclus. Pour les actes de créance, la règle est inverse, en raison de l'hypothèque des biens : une date antidatée est totalement invalide, parce qu'elle avance le moment de l'hypothèque et permet de recouvrer sur une terre qui n'était pas hypothéquée, tandis qu'une date postdatée est valide, puisqu'elle ne cause de préjudice qu'au prêteur lui-même. Et pour ce qui est du nombre de prozboulim : un prêteur envers plusieurs emprunteurs se contente d'un seul prozboul pour tous, tandis qu'un emprunteur auprès de cinq prêteurs nécessite un prozboul pour chacun d'eux.