Traité Chabbat, michna 1. Cette michna continue de traiter des sujets de Chabbat, et à présent la discussion aborde la cuisson pendant Chabbat et ce qu'il est permis de laisser afin que la cuisson se poursuive et s'accomplisse d'elle-même durant Chabbat. Le sujet de la michna est la loi de la kira : la kira était un four qui servait de surface de cuisson, construit en forme de rectangle, où le feu brûlait à l'intérieur, et dont la partie supérieure comportait deux ouvertures sur lesquelles on posait les marmites.
La question qui se pose est la suivante : est-il permis, et dans quelles circonstances, de poser des marmites sur la kira avant Chabbat afin qu'elles y demeurent et cuisent durant Chabbat ? La réponse dépend du type de combustible avec lequel la kira a été chauffée :
"Kach vegvava" - la paille et le chaume, qui sont des matières se consumant rapidement et ne laissant pas de braises. C'est pourquoi il est permis de poser sur la kira un plat qui y restera, car il n'y a pas à craindre qu'on vienne à attiser les braises, puisque en général il n'y a pas de braises à attiser avec ce type de combustible.
"Guefet veetsim" - la guefet est le résidu des olives broyées ou du sésame broyé, et elle est susceptible de laisser des braises, de même que le bois, qui produit assurément des braises. Avec ce type de combustible, on ne doit pas poser la marmite avant Chabbat pour qu'elle y demeure durant Chabbat, à moins que l'on n'ait retiré les braises et qu'on les ait enlevées, ou qu'à tout le moins on ait mis de la cendre éteinte sur les braises afin de les refroidir.
Dans ces deux cas, le retrait des braises ou leur recouvrement par la cendre, se crée ce que nous appellerons un 'heker' : un signe distinctif indiquant que la personne n'a pas intérêt à ce que les braises soient ardentes, et qui lui rappellera de ne pas les attiser. Accomplir l'une de ces deux actions est la condition permettant de laisser le plat sur la kira durant Chabbat.
De quel plat s'agit-il ?
Comme l'explique la Guemara, cette crainte ne s'applique qu'à un plat qui n'a pas été cuit entièrement avant Chabbat :
S'il a été cuit entièrement, il n'y a pas de crainte, et c'est permis.
S'il n'a pas été cuit entièrement, c'est à son sujet que se sont dites les lois du retrait des braises et du recouvrement par la cendre.
S'il est totalement cru et ne sera pas prêt cette nuit-là, dans ce cas non plus il n'y a pas de crainte, car dès lors que la personne sait qu'il ne sera pas prêt cette nuit-là, il n'y a pas à craindre qu'elle vienne à attiser les braises.
Le désaccord entre Beth Chammaï et Beth Hillel sur ce qu'il est permis de laisser :
Beth Chammaï : on ne peut laisser que de l'eau chaude seulement, et non un plat, même si l'on a retiré les braises ou mis de la cendre. La raison : même en les retirant, il est impossible d'ôter toutes les braises, et il reste toujours à craindre qu'on ne les attise.
Beth Hillel : il est permis de laisser les deux, à la fois l'eau chaude et le plat, à condition d'avoir accompli l'une des deux actions : le retrait des braises ou le recouvrement par la cendre.
La loi de la remise en place durant Chabbat :
La question se pose au sujet d'une marmite que l'on a retirée de la kira durant Chabbat alors qu'elle était entièrement cuite : est-il permis de la remettre en place ? Ici, la crainte n'est pas celle d'attiser les braises, mais que la chose puisse paraître comme s'il cuisait pour la première fois, et même si ce n'est pas exact, c'est ainsi que la chose apparaît. C'est pourquoi il faut assurément ici le retrait des braises ou leur recouvrement par la cendre : ôter les braises ou mettre de la cendre.
Beth Chammaï : on retire la marmite, et selon eux il ne s'agit que d'eau chaude, mais on ne la remet pas sur la kira.
Beth Hillel : on peut même la remettre, à condition d'avoir retiré les braises ou d'y avoir mis de la cendre.
La Guemara ajoute d'autres conditions à la remise en place : qu'on n'ait pas lâché la marmite et qu'on ne l'ait pas posée à un autre endroit. Si on l'a posée, la chose apparaît comme s'il la posait sur la kira pour la première fois.
Il convient de noter que nous avons expliqué la michna selon l'une des voies d'explication figurant dans la Guemara, et cela dépend du désaccord entre les Richonim sur la manière de comprendre cette michna : nous l'avons expliquée selon la voie du Bartenoura, du Rif et du Rambam, tandis que Rachi et les Tossafot l'interprètent d'une manière différente.