Roch Hachana, michna 1. La michna s'ouvre sur deux situations dans lesquelles le tribunal n'a pas réussi à sanctifier le mois en son temps.
Les deux situations de la michna :
Rahouhou beit din vékhol Israël - le tribunal lui-même ainsi qu'une grande partie du public (et pas nécessairement tout le monde) ont vu la nouvelle lune.
Nih'kerou haédim - même si la nouvelle lune n'a pas été vue par le tribunal ni par le public, les témoins ont déjà été interrogés et se sont révélés valides et dignes de foi.
Dans ces deux cas, le tribunal n'a pas eu l'occasion, pour une raison ou une autre, de déclarer effectivement et officiellement ce jour comme "mekoudach" pour Roch H'odech, avant la tombée de la nuit. Or la loi est que l'on ne sanctifie pas le mois de nuit, et une fois la nuit tombée, le temps est passé.
C'est pourquoi, bien que tous aient vu la nouvelle lune, ou que les témoins aient déjà été interrogés et jugés dignes de foi, le jour n'a pas été fixé officiellement comme Roch H'odech. Roch H'odech est reporté d'un jour : le mois est prolongé et compte trente jours, et le deuxième jour est Roch H'odech.
Le tribunal seul l'a vue :
La michna poursuit et demande : quelle est la loi lorsque le tribunal lui-même a vu la lune et qu'il n'y avait aucun témoin ? La réponse est que deux membres du tribunal se lèvent et témoignent devant les autres membres du tribunal, et ceux-ci prononcent et sanctifient le mois officiellement sur la base de leur témoignage, puisque les membres du tribunal l'ont effectivement vue.
Un tribunal de trois :
Le cas précédent traitait d'un tribunal comptant de nombreux membres, tandis qu'ici le tribunal tout entier n'est composé que de trois. Deux de ces trois qui ont vu la nouvelle lune se lèvent et font office de témoins, et l'on adjoint parmi leurs collègues des personnes qui n'ont pas vu la lune mais qui sont aptes à servir de juges, et on les fait siéger avec l'unique juge restant. Les deux témoignent devant eux, et ceux-ci déclarent le mois sanctifié.
La raison de l'adjonction de deux juges supplémentaires au membre initial du tribunal qui reste est qu'un seul individu n'est pas digne de foi par lui-même, et qu'il ne peut pas constituer un tribunal à lui seul. Il n'existe pas de tribunal d'un seul homme, et il faut au minimum trois juges.
Quand faut-il un témoignage et quand la vue suffit-elle ?
Les deux derniers cas, que ce soit dans un grand tribunal ou dans un tribunal de trois, traitent, comme l'explique la Guemara, de la vision de la lune la nuit du trentième, à l'entrée du trentième jour, c'est-à-dire après le vingt-neuvième jour. Et puisqu'ils l'ont vue de nuit, on ne pouvait pas sanctifier le mois par cette vision, et l'on n'accepte pas non plus de témoignage sur une vision de la lune de nuit. C'est pourquoi, lorsque arrive le lendemain, il faut apporter un témoignage.
Cependant la Guemara ajoute : s'ils avaient vu la nouvelle lune avant la tombée de la nuit, à un moment où l'on peut sanctifier le mois, il n'aurait pas été nécessaire que deux d'entre eux témoignent, ni dans un grand tribunal ni dans un tribunal de trois. Et la raison en est dans la formule connue de la Guemara : "Lo téhé chemia guédola méréia" - l'audition d'un témoignage n'est pas supérieure à une vision de ses propres yeux. Dès lors qu'ils ont vu de leurs yeux au moment où l'on pouvait sanctifier le mois et où l'on pouvait recevoir un témoignage, leur vision elle-même équivaut à la réception d'un témoignage, et ils peuvent sanctifier le mois sur cette base sans aucun témoignage.
Il en ressort que ce n'est que s'ils ont vu la nouvelle lune à un moment où l'on ne sanctifie pas et où l'on ne reçoit pas de témoignage qu'ils doivent témoigner le lendemain ; mais s'ils l'ont vue plus tôt, le vingt-neuvième jour, ils sanctifient le trentième jour comme premier jour, comme jour de Roch H'odech.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris que si le tribunal et tout Israël l'ont vue, ou que les témoins ont été interrogés et jugés valides, mais qu'on n'a pas eu le temps de dire "mekoudach" avant la tombée de la nuit, le mois est prolongé et Roch H'odech est reporté au deuxième jour. Si le tribunal seul l'a vue, deux d'entre eux se lèvent et témoignent devant les autres juges. Si le tribunal était de trois, deux témoignent et l'on adjoint des juges parmi leurs collègues à l'unique restant, car un seul individu n'est pas digne de foi par lui-même. Et tout cela s'applique lorsqu'ils ont vu la lune la nuit du trentième ; mais pour une vision antérieure à la tombée de la nuit, à un moment propice à la sanctification et à la réception d'un témoignage, aucun témoignage n'est nécessaire, car "lo téhé chemia guédola méréia".