La michna précédente traitait du kidouch que nous récitons au début du Séder. Notre michna poursuit et examine les étapes suivantes du Séder. Une partie de ses propos est quelque peu obscure, et une autre partie fait l'objet d'une controverse quant à la manière précise de comprendre ses différentes lignes.
"Hévi'ou lefanav" - on apporta devant lui :
La michna ne précise pas ce que l'on apporte devant lui, et l'on diverge sur la compréhension de ces propos :
Certains ont dans la michna la version "yerakot" (des légumes), désignant les sortes de légumes servant au karpass et au 'hazeret, qui est l'une des espèces de maror. Le but de cet apport est d'inciter les enfants à poser des questions, car il n'est pas dans nos habitudes d'apporter à table un légume quelconque avant le pain, qui est ici la matsa.
D'autres comprennent qu'il s'agit de la table elle-même, sur laquelle sont posés tous les éléments du repas.
"Metabel be'hazeret" - il trempe dans le 'hazeret :
Le 'hazeret est l'une des espèces de maror, mais la Guemara explique que la façon principale de procéder au premier trempage, celui qui suit le kidouch, se fait avec d'autres légumes que le maror, comme nous le faisons avec le karpass dans l'eau salée. La michna vient nous enseigner que si nous n'avons entre les mains d'autres légumes que le 'hazeret, bien que nous devions nous en servir ensuite pour le maror, il faut malgré tout le tremper à ce stade du Séder, car nous devons accomplir deux trempages, comme nous le disons dans la question du "Ma nichtana". C'est pourquoi on effectue le trempage même avec le 'hazeret, en cas de nécessité.
"Ad chemaguia lefarperet hapat" - jusqu'à ce qu'il arrive au farperet hapat :
Qu'est-ce que ce "farperet hapat" et à quoi se rapporte-t-il ? Deux explications ont été données à ce sujet :
Le "farperet" se rapporte au maror mangé aussitôt après la matsa : il vient avec le pain, avec la matsa. Autrement dit, bien que nous mangions à présent le 'hazeret comme une sorte de karpass, nous n'y reviendrons pas avant la consommation du maror qui aura lieu plus loin.
Le "farperet hapat" se rapporte à la matsa elle-même : on ne mange rien après le trempage du karpass jusqu'à ce que l'on parvienne à la consommation de la matsa.
L'apport du plateau du Séder :
À ce stade, dit la michna, on apporte devant lui les éléments du plateau :
Matsot - pour la mitsva de manger de la matsa.
'Hazeret - pour le maror.
'Harosset.
Cheni tavchilin - deux mets cuits : l'un en souvenir du sacrifice de Pessa'h, et c'est le morceau de bras (zeroa) ; l'autre en souvenir du sacrifice 'haguiga, qui venait souvent avec le sacrifice de Pessa'h comme nous l'avons décrit précédemment, et qui est représenté aujourd'hui par l'œuf.
"Af al pi che'ein 'harosset mitsva" - bien que le 'harosset ne soit pas une mitsva :
Selon cette opinion, le 'harosset n'est pas une mitsva en soi, et il ne vient que pour atténuer la force du maror, afin qu'il n'affecte pas la personne de façon néfaste. Cependant Rabbi Éliézer bar Rabbi Tsadok dit : c'est une mitsva. Le 'harosset lui-même est une mitsva, et il vient rappeler l'argile et le mortier dont les Juifs se servaient en Égypte dans les travaux de construction. Pour cette raison, certains ont l'habitude d'y mettre des bâtonnets de cannelle, en souvenir de la paille et du chaume qui allaient avec l'argile.
Le Rambam écrit que, selon l'avis de Rabbi Éliézer bar Rabbi Tsadok, qui estime que le 'harosset est une mitsva, il faut réciter sur lui la bénédiction "acher kidechanou bemitsvotav vetsivanou al a'hilat 'harosset", de la même manière que nous bénissons sur le maror et sur la matsa. Mais la halakha ne suit pas cet avis.
La michna conclut : au Temple, à l'époque du Beth Hamikdach, on apportait devant lui à ce stade le corps du sacrifice de Pessa'h lui-même, pour le manger avec la matsa et le maror.