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Péa Chapitre 5, Michna 3: Irriguer le champ et protéger les dons du pauvre

Péa, chapitre 5, michna 3. La michna précédente traitait des façons dont il faut agir pour que le pauvre ne perde pas ce qui lui revient à cause de circonstances dépendant de l'agriculteur, le propriétaire du champ. Notre michna poursuit et traite elle aussi de ce sujet.

"Ein megalguelin bettoufea'h - divrei Rabbi Méir" - On ne fait pas rouler la roue à eau, paroles de Rabbi Méir :

Il n'est pas permis d'utiliser une roue, une sorte de roue à eau, pour humidifier et irriguer le champ d'une manière qui amènerait une quantité d'eau trop importante et endommagerait le leket qui s'y trouve. Une telle irrigation cause une perte aux pauvres, et c'est pourquoi Rabbi Méir l'interdit.

"Va'hakhamim matirin, mipnei chééfchar" - Et les Sages permettent, car c'est possible :

Les Sages permettent la chose, car il est possible d'éviter la perte aux pauvres : le propriétaire du champ peut poser les gerbes de leket sur quelque chose qui les surélève du sol, et ainsi les pauvres recevront tout ce qui leur revient.

Le Yerouchalmi explique que si l'irrigation du champ abîme le leket, le propriétaire du champ doit payer aux pauvres leur perte. C'est pourquoi Rabbi Méir estime qu'il ne faut pas agir ainsi d'emblée : car si une perte est causée au propriétaire du champ, qui ne peut pas irriguer son champ comme il faut, cela risque en fin de compte de sortir de la poche des pauvres, le propriétaire prélevant des dons destinés aux pauvres pour combler la différence.

Seconde explication de la michna :

Il existe une opinion qui lit la michna d'une manière tout à fait différente : "Ein megalguelin bettoufea'h" - et "megalguelin" signifie ici qu'il ne faut pas moissonner le grain ordinaire en même temps que le toufea'h, une sorte de légumineuse qui est un produit de qualité inférieure. Telle est l'opinion de Rabbi Méir, car cela cause une perte aux pauvres : ces légumineuses tendent à tomber plus vite que les autres grains, si bien que les pauvres recevraient une quantité disproportionnée de toufea'h, cette légumineuse inférieure, au lieu du grain qui leur revient. Voilà la perte des pauvres.

Les Sages permettent ici aussi, car selon eux le leket peut provenir de l'autre grain aussi facilement qu'il provient de la légumineuse inférieure.

En résumé : dans cette michna, Rabbi Méir et les Sages sont en désaccord au sujet d'une action susceptible de porter atteinte au droit des pauvres, que ce soit selon la première explication, l'irrigation par la roue qui abîme le leket, ou selon la seconde explication, la moisson du grain en même temps que le toufea'h. Rabbi Méir interdit par crainte d'une perte pour les pauvres, et les Sages permettent "mipnei chééfchar" - car il est possible d'éviter la perte et de garantir que les pauvres recevront la totalité de ce qui leur revient.