Péa chapitre 5, michna 2. Cette michna traite de deux sujets distincts : le premier concerne un désaccord sur la question de savoir si la loi du lékét s'applique sur pied, tant que le grain est attaché au sol ; le second concerne la manière d'agir lorsqu'un épi de lékét se mélange au grain du propriétaire. En réalité, dans le premier cas de la michna, la question est de savoir si nous traitons du lékét en général, ou peut-être de la chikh'ha.
"Chibolét chébakatsir" :
Le texte de la michna : "Chibolét chébakatsir vérocha maguia lakama - im niktsérét im hakama haré hi chél baal habayit, véim lav haré hi chél aniyim" - un épi qui se trouve dans la moisson et dont l'extrémité atteint la partie du champ encore sur pied : s'il est fauché avec le reste sur pied, il appartient au propriétaire, et sinon il appartient aux pauvres. Il s'agit d'un épi isolé se trouvant dans la moisson, dont l'extrémité, en s'inclinant, atteint le grain encore sur pied non fauché. S'il est suffisamment proche pour être fauché avec le grain sur pied d'un seul coup, il appartient au propriétaire ; sinon, il appartient aux pauvres.
Et de quoi la michna traite-t-elle ?
Certains comprennent qu'il ne s'agit pas ici de la loi du lékét mais de celle de la chikh'ha, car il n'y a pas de lékét sur ce qui est attaché au sol : le lékét est ce qui tombe après la fauchaison. Il s'agit donc d'un épi qui a été oublié, et si l'on peut encore le faucher avec le reste du grain qui n'a pas été oublié, ce n'est pas une chikh'ha ; sinon, c'est une chikh'ha et il appartient aux pauvres.
D'autres comprennent que la loi du lékét existe aussi pour ce qui est attaché au sol. Si l'épi est demeuré posé comme faisant partie de la fauchaison, c'est un lékét et il appartient aux pauvres, à condition qu'il soit séparé du grain sur pied au point qu'on ne puisse pas le faucher avec lui.
Un épi de lékét qui s'est mélangé au gadich :
La halakha suivante traite d'un mélange : "Chibolét chél lékét chénitarva bagadich" - un épi de lékét qui s'est mélangé à la meule de grain déjà fauché appartenant au propriétaire. Ici il s'agit explicitement de lékét, car la michna le dit. Et deux problèmes se posent :
Il n'est plus possible d'identifier l'épi de lékét, alors comment le donner au pauvre ?
Le lékét est exempt de teroumot et de maasérot, tandis que le grain du propriétaire y est soumis. Et lorsqu'il donne au pauvre l'un de ses épis, peut-être est-ce l'épi de lékét, et sinon il l'échange contre un de ses épis à lui, soumis au maasér. Comment donc lui donner un grain dont on n'a pas prélevé les maasérot ?
C'est pourquoi la michna dit : "Méasér chibolét a'hat notnin lo" - il prélève le maasér d'un épi et le lui donne. Et comment procède-t-on ? Puisqu'on ne sait pas si c'est le lékét exempt, il prend deux épis et pose une condition à leur sujet :
Sur le premier il dit : si c'est le lékét, il appartient aux pauvres ; et si ce n'est pas le lékét, que ses maasérot soient sur le second.
Et sur le second il dit l'inverse : si c'est le lékét, il appartient aux pauvres ; et sinon, que ses maasérot soient sur le premier.
Il donne l'un des deux au pauvre, et l'autre servira de maasér. C'est ainsi que le Yérouchalmi explique la manière de procéder requise.
La question de Rabbi Eliézer :
Rabbi Eliézer dit : "Vékhi héakh héani hazé ma'hlif davar chélo ba birchouto" - comment peut-on échanger, au nom du pauvre, une chose qui n'est jamais entrée en sa possession et dont il n'a jamais acquis la propriété ? Le lékét n'est pas à lui en tant que tel, et il peut appartenir à n'importe quel autre pauvre. Comment donc dire de l'épi de lékét qu'il appartient à ce pauvre-ci, et l'échanger contre un autre épi ?
Le Yérouchalmi souligne que l'opinion de Rabbi Eliézer lui-même, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, est que même un homme riche, et même le propriétaire cultivateur lui-même, peut acquérir pour le pauvre de sa propre initiative. Mais sa question a été posée selon l'avis des Sages, qui estiment que le riche n'acquiert pas le lékét pour le pauvre ; et selon leur avis, comment cela se fera-t-il ?
C'est pourquoi Rabbi Eliézer propose une autre voie : on fait acquérir au pauvre tout le gadich, on le rend propriétaire de toute la meule de grain comme un don à charge de restitution, puis on prélève le maasér d'un épi et on le lui donne en échange de son lékét.
Et les Sages sont en désaccord et disent : bien qu'en général le riche ne puisse pas acquérir le lékét pour le pauvre, dans ce cas on a instauré l'acquisition en faveur du pauvre, comme s'il était propriétaire du lékét qui s'est mélangé, et c'est pourquoi on peut l'échanger contre un autre épi.