Nedarim, chapitre 3, michna 4. Cette michna poursuit le sujet de la michna précédente : les voeux prononcés sous la contrainte. Là-bas, nous avons traité de celui qui a formulé un voeu et n'a pu l'accomplir en raison de circonstances indépendantes de sa volonté ; ici, nous traiterons des voeux prononcés par contrainte, eux aussi hors du contrôle de celui qui les prononce.
Texte de la michna :
"Nodrine laharouguine oulaharamine oulamokhssine" - il est permis à une personne de formuler un voeu devant ces trois catégories de gens, et le voeu ne prend pas effet :
Harouguine - des meurtriers, qui menacent la personne de lui ôter la vie si elle ne leur remet pas ses biens.
Haramine - des voleurs qui s'emparent des objets ; bien qu'ils ne soient pas véritablement des meurtriers, ils détruisent et ravagent les biens de la personne si ceux-ci ne leur sont pas remis.
Mokhssine - des collecteurs d'impôts qui prélèvent une taxe de façon illégitime.
Dans les exemples que rapporte la michna, celui qui fait le voeu emploie une formulation qui présente les objets comme des choses que le voleur ne désire pas réellement :
"Chéhi terouma af al pi chééno terouma" - la personne fait le voeu que la nourriture en sa possession est de la Terouma. La valeur de la Terouma sur le marché est faible, car elle n'est consommée que par les kohanim en état de pureté. Bien qu'en réalité il ne s'agisse pas de Terouma, il lui est permis de leur dire une chose qui n'est pas vraie et même d'en faire le voeu, et le voeu ne prend pas effet, car il a été fait sous la contrainte.
"Chéhen chel beth hamélekh af al pi chéénan chel beth hamélekh" - la personne dit que les objets appartiennent au roi, bien qu'en vérité ils ne soient pas les siens, car les voleurs ne cherchent pas à avoir des ennuis avec le roi.
Divergence entre Beth Chamaï et Beth Hillel :
La formule du voeu : Beth Chamaï disent "Bekol nodrine 'houts mibichvoua" - par toute formule de voeu la personne peut s'en libérer, mais elle ne doit pas recourir au serment, dont la gravité est bien plus grande. Beth Hillel disent "Af bichvoua" - même par un serment il lui est permis de se libérer de ces malfaiteurs, et le serment ne prend pas effet.
Prendre l'initiative du voeu : Beth Chamaï disent "Lo yifta'h lo benéder" - si on lui a demandé de faire un voeu, il lui est permis de le faire, mais il ne doit pas le proposer de sa propre initiative. Beth Hillel disent qu'il lui est même permis de prendre l'initiative et de proposer le voeu.
Ajouter à ce qui est demandé : celui qui fait le voeu est-il limité au seul objet sur lequel on lui demande de jurer, ou lui est-il permis d'inclure dans son voeu même des objets qu'on ne lui a pas réclamés. Selon Beth Hillel, de même qu'il lui est permis de prendre l'initiative du voeu, il lui est permis d'y ajouter d'autres éléments en plus de ce qu'a demandé le voleur.
Exemple de cette divergence :
Les brigands disent à une personne de faire le voeu, pour garantir ses paroles, que sa femme lui soit interdite s'il ne s'agit pas de Terouma ou de biens du roi. Au lieu de mentionner seulement sa femme, celui qui fait le voeu dit que même ses enfants ne tireront pas profit de lui, et il les ajoute de son propre chef.
Selon Beth Chamaï, sa femme lui est permise, car c'est là ce qu'on lui a demandé et cela entre dans le cadre des voeux prononcés sous la contrainte ; mais ses enfants n'entrent pas dans ce cadre, puisqu'il n'a pas été contraint de les ajouter. Selon Beth Hillel, les deux lui sont permis : puisqu'il lui est permis d'inclure les enfants même s'il n'en a pas été requis, l'ensemble est considéré comme un voeu prononcé sous la contrainte, et il n'y a ici aucune interdiction du fait du voeu.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris qu'il est permis de faire un voeu devant les harouguine, les haramine et les mokhssine, et que ces voeux ne prennent pas effet, car ils ont été prononcés sous la contrainte ; et qu'à cette fin il est permis à une personne de présenter ses biens comme de la Terouma ou comme des biens du roi, bien que cela ne soit pas vrai. Nous nous sommes arrêtés sur les trois points de divergence entre Beth Chamaï et Beth Hillel : s'il est permis de jurer, s'il est permis de prendre l'initiative du voeu de soi-même, et s'il est permis d'ajouter à ce qui est demandé.