Nazir chapitre 2, michna 8. La michna revient au cas examiné dans la michna précédente : un homme qui a accepté sur lui le nezirout à condition qu'il ait un enfant - "quand j'aurai un enfant". Ici, la michna traite du cas où la femme a fait une fausse couche, et où il y a un doute quant à savoir si cette fausse couche est considérée comme un enfant ou non.
"Hipila ichto - eino nazir" :
Dans une situation de doute, la michna tranche "eino nazir" - il n'est pas considéré comme nazir. La Guemara explique qu'il s'agit là de l'avis de Rabbi Yehouda, qui estime que "safek nezirout lehakel" : dans tout doute relatif au nezirout, on adopte la position indulgente. Et la raison en est la suivante : celui qui a fait le voeu n'avait pas l'intention d'entrer dans le nezirout en cas de doute, et il n'a pas visé, par son voeu, à accepter un nezirout douteux ; son intention était que le voeu ne prenne effet que dans une situation certaine, lorsque naîtrait un enfant sain et viable.
La position de Rabbi Chimon :
Rabbi Chimon est en désaccord et estime qu'il ne faut pas ignorer le doute mais l'affronter. C'est pourquoi celui qui fait le voeu dira une condition double : "im haya ben kayama - hareï ani nazir ' hova, veïm lav - hareï ani nazir nedava" :
"im haya ben kayama" - si l'enfant qui a été perdu était véritablement un enfant viable, qui avait le potentiel de survivre, alors je suis obligé au nezirout en vertu du voeu que j'ai prononcé.
"veïm lav" - et s'il ne s'agissait pas d'un enfant viable, je ne me suis pas rendu obligé au nezirout en vertu du voeu ; néanmoins, "hareï ani nazir nedava" - j'accepte sur moi un nezirout à titre volontaire.
Il ressort ainsi que, de toute façon, il sera nazir : soit parce qu'il y est obligé en vertu du voeu, soit parce qu'il a accepté sur lui un nezirout volontaire.
"Hazra veyaleda - hareï zé nazir" :
Maintenant, la michna traite de ce qu'il en sera si, après avoir observé ce nezirout, sa femme donne de nouveau naissance à un enfant viable. Selon le tana kama, qui représente la position de Rabbi Yehouda, "hareï zé nazir" : il est désormais nazir en vertu de son voeu initial, car à présent la condition du voeu se réalise, alors que la première fois elle ne s'était pas réalisée, puisque nous avons été indulgents dans le doute.
Rabbi Chimon dit : celui qui a fait le voeu a accepté sur lui le nezirout en raison de la possibilité que ce fût un enfant viable, et puisque nous ne savons pas s'il s'agissait d'un enfant viable, nous ne savons pas non plus s'il a accompli son voeu. Le nezirout qu'il a observé était donc dans le doute : peut-être l'accomplissement du voeu, peut-être un simple nezirout volontaire. Maintenant, après que sa femme a de nouveau donné naissance à un enfant viable, de toute façon il lui incombe d'observer à un moment donné un nezirout obligatoire et d'accomplir son voeu. C'est pourquoi il dira : "im harichon ben kayama - harichon hova vezé nedava, veïm lav - harichon nedava vezé hova" :
"im harichon ben kayama" - si le premier enfant, celui qui a été perdu, était viable, alors le premier nezirout que j'ai observé était un nezirout obligatoire pour accomplir mon voeu, et celui que j'accepte maintenant est un nezirout volontaire, que je n'observe qu'en raison de la possibilité que le premier ait déjà accompli le voeu.
"veïm lav" - et si le premier enfant qui a été perdu n'était pas viable, alors le premier nezirout était volontaire, et celui que j'observe maintenant est un nezirout obligatoire, pour accomplir le voeu que j'ai prononcé au départ.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris la controverse entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon au sujet du doute sur le nezirout. Selon Rabbi Yehouda, "safek nezirout lehakel", c'est pourquoi celui dont la femme a fait une fausse couche n'est pas nazir, et lorsqu'elle a de nouveau donné naissance à un enfant viable, il est nazir en vertu de son voeu initial. Selon Rabbi Chimon, il faut affronter le doute par une condition double : lors de la fausse couche, nazir obligatoire ou nazir volontaire, et après qu'elle a de nouveau accouché, le premier obligatoire et celui-ci volontaire, ou le premier volontaire et celui-ci obligatoire, de sorte que, de toute façon, le voeu s'accomplisse pleinement.