Nous poursuivons le traité Maasser Chéni, chapitre 4, michna 7. Cette michna traite de la question suivante : quel est le statut d'une personne qui rachète le maasser chéni sans avoir explicitement énoncé de vive voix ce qu'elle fait.
"Hapodè maasser chéni vélo kara chem" :
Une personne a mis de côté de l'argent pour le rachat du maasser chéni, mais elle n'a pas prononcé les mots "ceci est le rachat du maasser chéni". Les Tannaïm sont en désaccord sur son statut :
Rabbi Yossi dit : "dayo" - cela suffit, car d'après le contexte et la situation il est évident que l'argent a été mis de côté en vue du rachat.
Rabbi Yéhouda dit : "tsarikh léfarech" - il faut le dire explicitement de vive voix.
"Hamédaber im haicha al iské guita vékiddoucheha" :
La michna poursuit avec un cas totalement différent de la question du maasser chéni, mais qui touche au même principe : un homme s'entretient avec une femme au sujet de son guet, l'acte de son divorce, ou au sujet de son mariage, afin d'en faire son épouse. Ils discutent de la remise du guet, et le guet se trouve en sa possession ; ou bien ils discutent du mariage, et l'anneau ou l'argent se trouvent en sa possession.
"Vénatan la guita vékiddoucheha vélo pérech" - il lui remet le guet, ou l'argent du mariage, mais il ne dit pas explicitement "voici ton guet" ou "te voici consacrée à moi". Et ici les Tannaïm sont en désaccord dans la même controverse :
Rabbi Yossi dit : "dayo" - cela suffit, et il s'agit d'un guet valide et d'un mariage valide.
Rabbi Yéhouda dit : "tsarikh léfarech" - il faut l'énoncer explicitement de vive voix.
La loi pratique :
Nous tranchons comme Rabbi Yossi, à savoir que le contexte suffit.
Je vais raconter brièvement un fait qui s'est produit. Un jour, j'ai servi de témoin lors d'un mariage, et je n'ai pas réussi à entendre le marié dire "te voici consacrée à moi". On voyait bien qu'il prononçait les paroles, mais sa voix était si faible qu'il était impossible de l'entendre. Nous lui avons dit, moi et l'autre témoin, qu'il devait répéter les paroles. Il les a répétées, et l'autre témoin a entendu, mais moi je n'en ai entendu qu'une partie. Nous étions déjà sur le point de lui demander de répéter une troisième fois, mais le marié et la mariée semblaient sur le point d'éclater de rire, et nous nous en sommes donc abstenus.
L'officiant du mariage s'est adressé au rav Tsvi Berkovits, qui assistait à la noce, afin de vérifier si cela était valide. Le rav Berkovits nous a indiqué qu'il existe un Taz, semble-t-il au siman 27 de Even Haézer, selon lequel, d'après cette michna, on peut se fier au fait qu'il est évident d'après le contexte que l'intention de l'acte du marié était de consacrer sa femme. Il n'y avait aucun doute sur ce qui s'était produit là, et le fait qu'il ait été impossible de l'entendre prononcer les mots eux-mêmes ne constitue pas un manquement.
En résumé : dans cette michna, Rabbi Yossi et Rabbi Yéhouda sont en désaccord dans deux cas parallèles : le rachat du maasser chéni sans énoncé, et la remise d'un guet ou d'un mariage sans énoncé oral. Selon Rabbi Yossi, il suffit que le contexte révèle l'intention, et selon Rabbi Yéhouda il faut l'énoncer de vive voix. La loi est tranchée comme Rabbi Yossi, et, comme nous l'avons vu, cela a une véritable portée pratique dans les lois du mariage.