La michna 8 s'ouvre par une règle : "Kol makom cheyèch mékher - ein kenas" - partout où existe la possibilité de vente, il n'y a pas d'amende. Autrement dit, dans toute situation où l'on peut vendre sa fille, il n'y a pas d'obligation de payer une amende. Pour bien comprendre, il faut d'abord introduire la notion de servante hébraïque (ama ivriya).
La vente de la fille comme servante hébraïque :
La paracha de Michpatim mentionne la loi de la servante hébraïque : le père a le droit de vendre sa fille mineure, et cette vente recèle en elle la possibilité de déboucher sur un mariage, une sorte de prélude au mariage. Ce droit ne lui est accordé que tant qu'elle est mineure, en dessous de l'âge des mitsvot, car dès qu'elle atteint l'âge des mitsvot, elle recouvre sa liberté. Il ne s'agit donc que d'une loi concernant une jeune fille en bas âge.
De là, la michna établit : tant qu'il y a possibilité de vente, c'est-à-dire tant qu'elle est mineure, il n'y a pas d'amende. Une jeune fille violée ou séduite alors qu'elle était mineure, en dessous de l'âge de douze ans, n'entraîne pas d'obligation d'amende. D'autres obligations de dédommagement peuvent exister, mais l'amende de cinquante sicles ne s'applique pas.
L'avis de Rabbi Méir face à celui des Sages :
La Guemara explique que notre michna a été enseignée selon l'avis de Rabbi Méir, qui estime qu'il n'y a pas d'amende pour une mineure. Les Sages sont en désaccord et estiment qu'il y a une amende même pour une mineure : à partir de l'âge de trois ans, dès lors que sa relation est considérée comme telle et a un statut de relation (alors qu'auparavant elle n'a pas un tel statut), lui sont appliquées à la fois l'amende et la vente, jusqu'à ce qu'elle atteigne l'âge de douze ans.
La michna poursuit : "Vékhol makom cheyèch kenas - ein mékher" - partout où il y a une amende, il n'y a pas de vente. Dès qu'elle a atteint l'âge de douze ans et est devenue naara (jeune fille pubère), il n'est plus possible de la vendre, car la loi de sa vente comme servante hébraïque ne s'applique qu'à une mineure. Sur ce point, tous s'accordent.
Les trois étapes que détaille la michna :
"Ketana yèch la mékher véein la kenas" - une mineure : on peut la vendre, et le père ne reçoit pas d'amende. Et comme dit, c'est l'avis de Rabbi Méir.
"Naara yèch la kenas véein la mékher" - une jeune fille pubère : dès qu'elle a atteint l'âge de douze ans, durant les six mois qui précèdent son statut d'adulte (bogueret), il y a pour elle une amende et il n'y a plus de vente. Sur ce point tous s'accordent, sauf que les Sages estiment que même en dessous de cet âge, avant qu'elle ne devienne naara, il y a pour elle une amende.
"Bogueret ein la lo mékher vélo kenas" - une bogueret : dès qu'elle a atteint le stade de la majorité, six mois après être devenue naara, il n'y a pas de vente, car dès qu'elle est devenue naara la loi de la vente a déjà cessé de s'appliquer à elle ; et il n'y a pas non plus d'amende, car l'amende ne s'applique que lorsqu'elle est à la fois naara et vierge.