Ketoubot, chapitre treize, michna 7 :
"Mi chéhalakh limdinat hayam vé'avda dérekh sadéhou" - un homme est parti pour un pays d'outre-mer et s'est trouvé éloigné de son champ pendant un certain temps. Entre-temps, il a perdu le chemin par lequel il accédait à son champ. Il possédait autrefois un sentier qui traversait le champ de son voisin, et à présent il ne se souvient plus par où passait ce sentier, ou bien il n'a aucun moyen de prouver son emplacement.
Sur cette loi, les Tanaïm sont en désaccord :
"Admon omer : yélekh biktsara" - Admon dit qu'il peut prendre pour lui le chemin le plus direct et le plus minimal qui existe, le plus court des chemins.
"VaHakhamim omrim : yiknè lo dérekh béméa manè, o yifra'h ba'avir" - les Sages disent qu'il n'a aucune revendication ni aucun droit : soit il achète pour lui un passage pour cent mané, c'est-à-dire à un prix exorbitant qu'on peut le contraindre à payer, soit qu'il s'envole dans les airs.
La Guemara restreint les limites du désaccord :
Lorsque le champ qui entoure appartient à une seule personne : les Sages eux aussi concèdent à Admon, car nous savons qu'il possédait un chemin d'accès. Certes, nous ne savons pas par où il passait, mais il peut réclamer à tout le moins le chemin le plus court à travers le champ de son prochain.
Lorsque le champ est entouré par les champs de plusieurs propriétaires : Admon lui aussi concède aux Sages, car nous ne savons pas dans le champ de qui passait le chemin, et chacun peut le repousser en disant : "Ce n'est pas dans mon champ que passait le chemin, mais dans un autre champ." Il devra donc s'acheter à lui-même un passage, et sinon, il n'a rien en main.
Il en résulte que le désaccord ne porte que sur un cas particulier : au départ, les champs étaient entourés par plusieurs propriétaires, et dans cette situation, comme on l'a dit, il n'avait rien en main. Mais lui est parti pour un pays d'outre-mer, et entre-temps un homme a acheté tous les champs. À présent, tous étant devenus la propriété d'un seul homme, il est certain que son sentier se trouve dans l'un de ses champs.
Admon estime : puisque désormais tous les champs appartiennent à un seul homme, et qu'il est certain que le sentier se trouve dans l'un d'eux, il peut réclamer de passer à tout le moins par le chemin le plus court.
Les Sages estiment : le propriétaire des champs peut lui dire : "Soit tu paies, soit tu t'envoles au-dessus de mes champs."
Et voici la raison : le propriétaire de tous les champs peut lui dire : "Si tu acceptes de conclure avec moi une transaction moyennant un paiement quelconque, tant mieux, et j'accepte. Sinon, je restitue les champs, ou l'acte attestant que j'en suis le propriétaire, aux propriétaires originels, et alors tu ne pourras plus rien réclamer du tout, car tu ne pourras t'adresser à aucun d'eux, et chacun te repoussera en te disant que le chemin passait chez son prochain." C'est pourquoi il a le pouvoir de le forcer et de lui dire : "Conclus avec moi une transaction afin de pouvoir passer par mon champ ; même le chemin le plus court, tu devras l'acquérir contre paiement."
En résumé : dans cette michna, Admon et les Sages sont en désaccord au sujet de celui qui a perdu le chemin de son champ : peut-il prendre le chemin le plus court, ou doit-il s'acheter un chemin pour cent mané. La Guemara a restreint le désaccord : lorsque le champ qui entoure appartient à un seul homme, tous concèdent qu'il peut réclamer le plus court ; lorsque les champs appartiennent à plusieurs propriétaires, tous concèdent qu'il n'a rien en main ; et le désaccord porte sur le cas où il y avait au départ plusieurs propriétaires et où, à la fin, un seul homme les a tous achetés. Dans ce cas, ils divergent sur la question de savoir si la certitude quant à l'emplacement du sentier dans ses champs confère un droit au réclamant, ou si le propriétaire a le pouvoir de le repousser en arguant qu'il restituera les champs à leurs premiers propriétaires.