Erouvin, chapitre 10, michna 10. Cette michna traite du statut du verrou (naguer), la barre avec laquelle on fermait les portes. Le verrou était placé dans un trou creusé dans le sol derrière la porte, empêchant ainsi son ouverture.
La question de la michna :
Lorsque se trouve sur ce verrou un élément qui le transforme en quelque chose de plus qu'un simple verrou, non seulement un ustensile dont la fonction est de maintenir la porte fermée, mais un objet qui peut également servir à d'autres usages, quel est son statut concernant la fermeture de la porte le Chabbat ? Le fait d'insérer le verrou derrière la porte est-il considéré comme un ajout à la construction le Chabbat, ou bien, pour montrer que le verrou n'ajoute rien à l'édifice, doit-il être rattaché à la porte de façon permanente ? Telle est la question de la michna.
Texte de la michna : "Naguer chéyèch berocho galostra" - un verrou servant à fermer une porte, et à son extrémité, dans sa partie supérieure, est fixé un galostra. Le galostra est une boule de métal ronde que l'on peut utiliser pour moudre des épices et autres choses semblables, et c'est pourquoi il offre la possibilité d'un usage en tant qu'ustensile.
"Rabbi Eléazar osser" - il est interdit d'utiliser ce verrou pour fermer la porte le Chabbat. Bien que cela ne soit pas dit explicitement dans la michna, elle entend que Rabbi Eléazar interdit son usage comme verrou, sauf s'il est attaché à la porte et suspendu à une corde solide, qui ne se rompra pas et le maintiendra rattaché. Autrement dit, pour l'utiliser comme verrou, il faut accomplir un acte montrant qu'il fait partie intégrante et permanente de la porte, et non un élément qui s'ajoute comme partie de la construction de l'édifice.
"Rabbi Yossi mékel" - Rabbi Yossi est en désaccord et permet de l'enfoncer comme verrou derrière la porte, même s'il n'est attaché que par un fil très faible qui se romprait aussitôt si on le déplaçait. La Guemara explique sa raison : puisqu'à son extrémité est fixée la boule de métal, il a le statut d'un ustensile, et cela n'apparaît pas comme un ajout à l'édifice.
Rabbi Eléazar, en revanche, considère que même si la boule de métal y est fixée, pour montrer qu'il ne fait pas partie de l'édifice, il doit être rattaché à la porte de façon solide et permanente.
L'affaire de la synagogue de Tibériade :
Les Tanaïm sont en désaccord au sujet d'un fait rapporté à l'appui des décisions halakhiques de notre michna :
Rabbi Eléazar : "Maassé bikhnesset chébitverya chéhayou nohaguin behéter" - ils avaient coutume d'être indulgents sur ce point et permettaient d'utiliser le verrou bien qu'il ne soit pas attaché, "ad chéba Rabban Gamliel véhazekénim véosrou lahen". Rabbi Eléazar cite cela pour renforcer sa position, à savoir que la chose est interdite sauf si le verrou est rattaché à la porte de façon solide.
Rabbi Yossi : au contraire, le fait s'est déroulé à l'inverse : "issour nahagou ba" - dans cette même synagogue de Tibériade, ils interdisaient l'usage du verrou, "ba Rabban Gamliel véhazekénim véhitirou lahen". Rabban Gamliel et les Anciens ont enseigné qu'ils s'étaient trompés dans leur interdiction, et qu'en réalité la chose est permise, conformément à la position de Rabbi Yossi au début de la michna.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris la loi du verrou muni d'un galostra à son extrémité : selon Rabbi Eléazar, on ne peut l'utiliser pour fermer la porte le Chabbat que s'il est attaché et suspendu à une corde solide indiquant qu'il fait partie intégrante et permanente de la porte, et selon Rabbi Yossi, puisqu'il a le statut d'un ustensile, il est permis même avec un attachement lâche. Nous avons également examiné leur désaccord dans l'interprétation du fait survenu à la synagogue de Tibériade : Rabban Gamliel et les Anciens sont-ils venus interdire ce qui était pratiqué avec permission, ou permettre ce qui était pratiqué avec interdiction.