La michna poursuit l'énumération des rigueurs énoncées à propos des kodachim et qui ne s'appliquent pas à la Terouma.
"Okhlin okhlin neguvin be-yadayim mesoavot bi-terouma, aval lo be-kodech" - On peut manger des aliments secs avec des mains impures s'il s'agit de Terouma, mais non s'il s'agit de kodech :
Il est permis de manger des aliments secs avec des mains impures lorsqu'il s'agit de Terouma. Cela ne signifie pas que les aliments soient secs seulement à ce moment, mais qu'ils n'ont jamais été en contact avec des liquides susceptibles de les rendre aptes à contracter l'impureté. Dès lors qu'ils ne sont pas aptes à recevoir l'impureté, même si des mains impures les touchent, ils ne deviennent pas impurs.
Mais pour le kodech, la loi est différente, car pour les kodachim on a pris en compte la notion d'affection du kodech (hibat ha-kodech) : l'affection du kodech rend l'aliment apte à contracter l'impureté même sans qu'il ait été en contact avec un liquide. C'est pourquoi il ne faut pas non plus manger des aliments de kodech secs avec des mains impures, puisque celles-ci les rendent impurs.
Question de la Guemara et explication du Rambam :
La Guemara objecte que ce principe, à savoir que l'affection du kodech le rend apte à contracter l'impureté, et qu'il ne faut donc pas manger du kodech avec des mains impures, est trop évident pour que la michna vienne l'enseigner. C'est pourquoi diverses explications ont été proposées sur l'intention de la michna, et nous exposerons celle du Rambam.
Selon le Rambam, la michna traite d'un cas où la personne ne touche absolument pas l'aliment de kodech : quelqu'un d'autre le lui met en bouche, ou bien il le porte lui-même à sa bouche au moyen d'une fourchette. La michna nous apprend que même de cette manière il ne faut pas manger le kodech, de crainte qu'à ce même moment il ne porte aussi à sa bouche des aliments profanes (houlin) rendus aptes à contracter l'impureté, qu'il ne les touche de ses mains impures et ne les rende impurs, et que ceux-ci ne rendent à leur tour le kodech impur.
Pour la Terouma, en revanche, on ne redoute pas cela, car la Terouma n'exige pas la même prudence extrême que le kodech. On ne craint donc pas qu'il touche de ses mains des houlin humides et que ceux-ci affectent la Terouma, et il est permis de manger la Terouma avec des mains impures, tant que la Terouma elle-même n'est pas apte à contracter l'impureté, ou qu'une autre personne la lui met en bouche.
"Ha-onen ou-mehoussar kippourim tsrikhin tevila le-kodech aval lo li-terouma" - L'endeuillé et celui à qui il manque des expiations ont besoin d'une immersion pour le kodech mais non pour la Terouma :
Ha-onen - celui dont un proche parent est décédé et n'a pas encore été enterré.
Mehoussar kippourim - celui qui était impur et qui, même après s'être immergé au mikvé et attendu le coucher du soleil, doit encore apporter ses offrandes.
Tous deux ont besoin d'une immersion supplémentaire au mikvé pour manger du kodech, même s'ils étaient déjà purs auparavant, mais ils n'ont pas besoin de cette immersion pour manger de la Terouma.
La raison en est la crainte qu'ils ne se soient rendus impurs : pour l'endeuillé, dans le trouble causé par la perte de son proche, il aurait pu se rendre impur ; et pour le mehoussar kippourim, comme jusqu'à ce moment la consommation de kodech lui était interdite, on peut craindre qu'il n'ait pas pris suffisamment garde et se soit rendu impur. C'est pourquoi on les oblige à une immersion supplémentaire avant de manger du kodech, mais non avant de manger de la Terouma.
En résumé : dans cette michna nous avons appris deux rigueurs supplémentaires propres au kodech : la consommation d'aliments secs avec des mains impures, permise pour la Terouma et interdite pour le kodech en raison de l'affection du kodech qui le rend apte à contracter l'impureté, et, selon l'explication du Rambam, même lorsqu'on ne touche pas l'aliment, par crainte d'un mélange de houlin rendus aptes ; ainsi que l'obligation, pour l'endeuillé et pour le mehoussar kippourim, d'une immersion supplémentaire pour le kodech et non pour la Terouma, par crainte qu'ils ne se soient rendus impurs.