Dans la michna 6, la michna poursuit un principe que nous avons déjà étudié : nul n'apporte de Bikourim s'il ne possède pas de terre, c'est-à-dire s'il n'est pas le propriétaire du terrain dans lequel l'arbre est planté. À partir de là, la michna aborde le cas de celui qui achète des arbres dans le champ de son prochain.
Celui qui achète deux arbres dans le champ de son prochain :
Tous s'accordent à dire que celui qui achète trois arbres de son prochain acquiert avec eux également la terre qui les entoure, et par conséquent, dans un tel cas, il apporte les Bikourim et lit le passage des Bikourim, car les fruits proviennent de sa terre et de son sol, selon le langage du verset. Le doute concerne celui qui achète seulement deux arbres : la terre qui entoure les arbres est-elle acquise avec eux, ou non ?
Selon le Tanna Kama - il apporte mais ne lit pas. Le Tanna Kama représente l'avis des Sages, qui restèrent dans le doute quant à savoir si celui qui achète deux arbres dans le champ de son prochain acquiert avec eux la terre. C'est pourquoi ils dirent : qu'il apporte les Bikourim par doute, mais qu'il ne lise pas, car il n'y a pas de certitude qu'il s'agisse de "ta terre".
Selon Rabbi Méir - il apporte et lit. Selon lui, même celui qui achète deux arbres dans le champ de son prochain acquiert la terre qui entoure ces arbres, et il s'agit donc bien de sa terre à tous égards. Les Sages restèrent dans le doute à ce sujet, tandis que Rabbi Méir en était certain.
Si la source s'est tarie ou si l'arbre a été coupé :
La michna poursuit et traite du cas de celui qui avait dans son champ une source qui irriguait les arbres et qui s'est tarie, ou dont l'arbre lui-même a été coupé. Selon le Tanna Kama, il apporte mais ne lit pas : certes, il possède une terre, mais celle-ci est considérée comme une terre de moindre qualité, et par conséquent il ne lit pas en pratique.
La règle est connue : pour apporter des Bikourim sans lecture, il faut que le prélèvement ait été fait dès le départ en sachant qu'il n'y aurait pas de lecture. Mais si, au moment du prélèvement, il était apte à la lecture des Bikourim, et que ce n'est qu'ensuite que cette possibilité lui a été retirée, alors il ne peut plus les apporter du tout. Il faut donc nécessairement comprendre qu'il s'agit ici d'une situation où, déjà au moment de la cueillette des Bikourim, il était clair qu'il n'y aurait pas de lecture, et c'est pourquoi il peut les apporter sans lecture.
Rabbi Yehouda est en désaccord et dit : il apporte les Bikourim et lit également, car il possède une terre. Il ne voit aucun empêchement dans le fait que la terre ait perdu sa source ou que son arbre ait été coupé.
Le moment de l'apport des Bikourim et de la lecture :
"Mé'atséret vé'ad hé'hag - mévi vékoré" - de Chavouot jusqu'à Souccot, il apporte les Bikourim et lit le passage. Cette période est considérée comme un temps de joie, selon le langage du verset de la lecture : "et tu te réjouiras de tout le bien".
"Min hé'hag vé'ad 'Hanoucca - mévi vé'eno koré" - de Souccot jusqu'à 'Hanoucca, il apporte seulement. Bien que l'on cueille encore de nombreux fruits, le cœur de la période de récolte, et la joie qui l'accompagne, se situe dans la période antérieure.
Rabbi Yehouda ben Betéra est en désaccord et considère que même jusqu'à 'Hanoucca il apporte et lit. Beaucoup expliquent son avis ainsi : puisqu'entre Souccot et 'Hanoucca on cueille également de nombreux fruits, cette période est elle aussi considérée comme un temps de joie, et par conséquent il peut lire et dire "et tu te réjouiras de tout le bien".