Nous avons devant nous la michna 8 du chapitre 5 du traité Avot (dans les différentes éditions, la numérotation des michnayot de ce chapitre varie). La michna commence : "Chiv'a miné pour'anout baïn la'olam al chiv'a goufé avéra" - sept formes de rétribution divine, qui sont en réalité des châtiments, viennent au monde en réponse à sept catégories de faute.
Deux remarques préliminaires sur la structure de la michna :
Dans la michna qui nous occupe, seules cinq formes de rétribution sont énumérées ; les deux restantes apparaîtront dans la michna suivante.
La structure de la michna peut induire en erreur : on pourrait croire qu'il existe une correspondance de un pour un, une forme de rétribution en face d'une catégorie de faute. Or il n'en est rien, et parfois plusieurs catégories de fautes mènent à une seule forme de châtiment. Cette question s'éclaircira peut-être par la suite ; commençons d'abord par lire la michna et comprendre ses propos selon leur sens simple.
Les cinq formes de rétribution de cette michna :
"Miktsatan me'asserin oumiktsatan énan me'asserin - ra'av chel batsoret ba" - lorsqu'une partie de la population prélève les dîmes comme il se doit et donne les dons aux kohanim, aux léviim et aux pauvres, tandis qu'une autre partie ne prélève pas, vient une famine causée par la sécheresse, c'est-à-dire par le manque de pluie. Et son résultat : "miktsatan re'évin oumiktsatan sevé'in" - la pluie tombe à certains endroits et non à d'autres, si bien que la nourriture se trouvera à certains endroits et non à d'autres ; une partie des gens auront faim et une autre non. C'est une correspondance mesure pour mesure : face à ceux qui prélèvent en partie et ceux qui ne prélèvent pas en partie, certains ont faim et d'autres sont rassasiés.
"Gamrou chelo le'asser - ra'av chel mehouma vechel batsoret ba" - lorsque la population décide par principe de ne prélever aucune dîme et de ne donner aucun don aux kohanim, aux léviim et aux pauvres, vient une famine plus grave : non seulement un manque de pluie, mais aussi une agitation, une panique et un désordre. Un dérèglement des chaînes d'approvisionnement, une panique ou des menaces, qui empêchent la production correcte de nourriture, et il n'y a pas assez de nourriture pour tous, si bien que tous deviennent affamés.
"Vechel lo tarem 'halla - ra'av chel kelaya ba" - lorsque la population ne donne pas la 'halla, c'est-à-dire la part de la pâte donnée au kohen, vient une famine plus grave que les précédentes : une famine d'extermination, où les gens meurent de faim à grande échelle.
"Déver ba la'olam" - le déver est une épidémie où les gens meurent partout (à l'image des épidémies connues : la peste noire, la grippe espagnole et autres). La michna en a énuméré deux causes :
"Al mitot ha'amourot baTora chelo nimseou levét din" - lorsque l'on commet des fautes dont le châtiment est la mort et que le tribunal ne peut l'exécuter. Il y a là deux sortes : les fautes dont le châtiment est la mort par la main du Ciel ou le karèt, une mort prématurée survenant par la providence, de la main du Saint béni soit-Il et non de celle du tribunal ; et les fautes dont le châtiment est la mort décrétée par le tribunal, mais que le tribunal ne peut appliquer parce qu'il n'y a pas de témoins valables ou que l'avertissement n'a pas été donné comme il faut. Lorsqu'apparaît une situation où des gens encourent la mort et qu'il est impossible de les juger, vient une mort à grande échelle par la voie du déver, une épidémie sanitaire.
"Ve'al pérot chevi'it" - lorsque les lois de la chemita ne sont pas observées comme il faut : le commerce des produits de l'année sabbatique, qui est interdit, ou l'exercice d'activités agricoles interdites par la Torah. Là aussi le résultat est le déver, que Dieu nous en préserve.
"'Hérev ba la'olam" - son sens littéral est l'épée, et sa signification est que la violence et la guerre viennent au monde. Trois causes en ont été énumérées :
"Al inouy hadin" - le retard dans le prononcé du jugement. Le tribunal sait déjà ce qu'il va décider, l'acquittement ou la condamnation, mais il retarde son verdict, et l'accusé souffre et attend dans le tourment.
"Ve'al 'ivout hadin" - la déformation de la justice : acquitter des coupables de leur châtiment, ou condamner des innocents à payer.
"Ve'al hamorim baTora chelo kahalakha" - ceux qui rendent des décisions halakhiques qui ne s'accordent pas avec les normes de la halakha, comme les agissements de Chabtaï Tsvi, ou l'autorisation d'interdits par un rabbin réformé et autres cas semblables. Tous ceux-là entrent dans la catégorie de "ceux qui enseignent la Torah de manière contraire à la halakha", et ils portent ce châtiment terrible.
En résumé : cette michna a énuméré cinq des sept formes de rétribution : trois degrés de famine - face au prélèvement partiel des dîmes, face à la décision de ne pas prélever du tout et face au non-don de la 'halla ; le déver - face aux morts qui n'ont pas été confiées au tribunal et face aux produits de la chemita ; et l'épée - face au retard du jugement, à la déformation du jugement et à l'enseignement de la Torah de manière contraire à la halakha.
La michna suivante énumérera les deux dernières formes de rétribution, et c'est là que nous poursuivrons.