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Chapitre 5 - Versets 12-22 - Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons - 4e partie

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Introduction : les deux mots qui clôturent la Méguila

Le chapitre 5 d'Eikha s'achève sur deux requêtes qui résument toute l'essence de la complainte : « Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme autrefois », immédiatement suivie de : « Car si Tu nous as totalement rejetés, Tu T'es mis dans une immense colère contre nous ». Deux versets seulement, sur lesquels reposent des montagnes d'explications : que demandons-nous exactement, qui doit initier la Téchouva, et pourquoi une consolation se cache-t-elle précisément dans cette grande fureur ? Reprenons ces enseignements dans l'ordre.

הֲשִׁיבֵנוּ יְהֹוָה אֵלֶיךָ וְנָשׁוּבָה חַדֵּשׁ יָמֵינוּ כְּקֶדֶם׃ - Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons ; renouvelle nos jours comme autrefois.
« Et nous reviendrons » - Cinq choses qui manquèrent au second Temple

Une première explication : nous avons perdu cinq choses et nous demandons à revenir aussi vers elles. Nous nous trouvons après la destruction du premier Temple. Le second Temple a certes été reconstruit, mais cinq éléments présents dans le premier n'y étaient plus. C'est à ce propos que nous implorons : Maître du monde, fais-nous revenir vers Toi et nous reviendrons - rends-nous également ces cinq choses qui nous ont manqué.

La source de cela se trouve dans Haggée (Hagaï), chapitre 1, verset 8 : « Montez sur la montagne, apportez du bois et bâtissez la Maison ; J'y prendrai plaisir et J'y serai glorifié, dit Hachem ». Nous lisons « Véékavéda » (ואכבדה), mais le texte est écrit « Véékaved » (ואכבד) - sans la lettre Hé. La Guémara dans Yoma 21b enseigne : Rav Chmouel bar Inya a dit, pourquoi est-il écrit « J'y prendrai plaisir et J'y serai glorifié » en omettant la lettre Hé ? Cela fait allusion aux cinq choses qui différenciaient le premier Temple du second, à savoir : l'Arche avec le propitiatoire et les Chérubins (un), le feu céleste (deux), la Chékhina (trois), le Roua'h Hakodech (quatre), et les Ourim VéToumim (cinq).

Le Saint, béni soit-Il, promet à Israël que lorsqu'ils bâtiront le Temple : « J'y prendrai plaisir », J'agréerai cette Maison, « et J'y serai glorifié », ce sera un lieu honorable à Mes yeux. Mais nos Sages viennent montrer ce que sous-entend l'omission de cette lettre. On aurait pu penser : s'il manque cinq choses, ce n'est pas si grave, l'essentiel est qu'il y ait un Beth Hamikdach ! À cela, ils répondent : non. Ce sont précisément ces éléments qui constituent l'essentiel. L'Arche et les Chérubins - c'est vers eux que nous nous tournons pour prier, c'est l'endroit le plus saint, le cœur même du Sanctuaire. La présence de la Chékhina, la prophétie, les Ourim VéToumim - voilà l'essence du Temple. C'est à travers eux que se manifestaient sa grandeur et sa gloire, et sans eux, cette gloire était incomplète : « Véékaved » et non « Véékavéda », car la lettre Hé manque, ces cinq éléments font défaut.

C'est d'après ce principe que le Rav Nissim Dayan explique notre verset : Jérémie pressent par Roua'h Hakodech qu'il manquera cinq choses. C'est pourquoi sa requête se fait par étapes : d'abord « Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons », c'est-à-dire que le Temple soit reconstruit, fût-ce sans la lettre Hé ; puis « renouvelle nos jours comme autrefois », c'est-à-dire comme à l'époque du premier Temple, afin que ces cinq choses reviennent également, permettant alors à notre retour d'être parfait.

« Alors l'offrande de Juda sera agréable à Hachem » - Que les Justes ne soient pas le sacrifice

Dans le texte de la prière, nous disons : « Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme autrefois », et immédiatement après : « Alors l'offrande de Juda et de Jérusalem sera agréable à Hachem, comme aux jours anciens et comme dans les années passées ». Le Midrach Eikha Rabba établit un lien direct entre eux : qu'est-ce que « renouvelle nos jours comme autrefois » ? C'est comme il est écrit : « Alors l'offrande de Juda et de Jérusalem sera agréable à Hachem, comme aux jours anciens et comme dans les années passées » - lorsque nous offrions des sacrifices et qu'ils étaient agréés par Hachem.

Le Kétav Sofer explique ce lien : Moché Rabbénou s'est adressé au Saint, béni soit-Il, en disant : Maître du monde, ils n'auront ni Tabernacle ni Temple, qu'est-ce qui expiera leurs fautes ? Qui veillera sur eux et qui les protégera ? Le Saint, béni soit-Il, lui répondit : Je prends un Juste et Je le retiens en gage pour eux, et J'expie pour eux toutes leurs fautes. Les Tsadikim sont le bouclier, le dôme de fer de la génération, et c'est ce que nos Sages entendaient par : les Justes sont saisis pour les fautes de la génération.

Seulement, un tel sacrifice apporte certes l'expiation, mais il n'est pas agréé de bon cœur devant Lui, béni soit-Il. La disparition des Tsadikim est une chose pénible pour le Saint, béni soit-Il, et Il éprouve une grande douleur lorsque des Justes quittent ce monde. « Une seule heure de Téchouva et de bonnes actions dans ce monde est plus belle que toute la vie du monde futur », et le Saint, béni soit-Il, a dit à David : « Un jour dans Tes parvis vaut mieux » - que mille holocaustes que Salomon M'offrira. Le Saint, béni soit-Il, désire la présence du Tsadik ici-bas, Il ne souhaite pas son rappel à Lui. Il s'avère donc que nous bénéficions d'une expiation, mais ce n'est pas l'expiation souhaitable et désirée devant Lui.

Et voici le lien : nous demandons "renouvelle nos jours comme autrefois", c'est-à-dire que le Temple soit reconstruit, et quand il sera reconstruit, qu'est-ce qui nous expiera ? Non pas la mort des justes, mais les sacrifices, les taureaux, les béliers et les offrandes. Alors s'accomplira vraiment "et l'offrande de Yehouda et de Yerouchalayim sera agréable à Hachem". Car de nos jours, le départ d'un juste est un sacrifice pour le peuple, mais un sacrifice qui n'est pas agréable devant Hachem. Nous demandons que les sacrifices soient comme aux jours d'autrefois : d'un côté qu'ils nous expient, et de l'autre qu'ils soient aussi agréables devant Lui, et non, à Dieu ne plaise, des sacrifices humains.

La techouva complète : quand la force est encore entre les mains

Le Rambam écrit dans les lois de la techouva, chapitre 2, loi 1 : Qu'est-ce qu'une techouva complète ? C'est celui qui s'est retrouvé face à une chose par laquelle il avait fauté, qu'il avait la possibilité de refaire, et qu'il s'en est séparé sans la faire à cause de la techouva, non par crainte et non par faiblesse de forces. Non pas parce que l'occasion ne s'est pas présentée, et non parce qu'il n'en avait pas envie, mais il avait précisément cette même chose devant lui, avec le même désir et la même envie, et il s'est maîtrisé. C'est de la puissance, et c'est cela un repenti complet. Et c'est ce que dit Chelomo : "Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse". Et s'il ne s'est repenti qu'aux jours de sa vieillesse, au moment où il ne lui est plus possible de faire ce qu'il faisait, bien que ce ne soit pas une techouva de la plus haute qualité (car il n'y a pas de sagesse à se repentir à un tel âge), elle lui profite tout de même et il est un repenti. Il en ressort que l'essentiel du mérite de la techouva, c'est quand l'homme est au sommet de sa force et de son désir et que malgré tout il se maîtrise.

Dans le livre Likouté Batar Likouté, il est rapporté au nom de l'auteur du Barou'h Mibanim que telle est l'intention du verset. "Fais-nous revenir vers Toi, Hachem" : Maître du monde, considère notre techouva comme une techouva de la plus haute qualité, comme si nous étions vraiment revenus jusqu'à Toi. Et bien que nous n'ayons plus cette même force, et bien que nous n'ayons plus la capacité de commettre ces mêmes fautes, "renouvelle nos jours comme autrefois" : juge-nous comme si nous avions fait la techouva aux jours d'autrefois, aux jours où notre force était dans nos reins et où nous pouvions commettre des fautes. Même si nous nous sommes affaiblis, considère notre techouva comme une techouva qui parvient véritablement jusqu'au Trône de gloire.

La parabole du ministre qui retrouva sa grandeur

Le Ketav Sofer explique le verset par une parabole. Un grand roi avait un ministre aimé et cher, proche de lui, et ce ministre se révolta contre lui. Le roi le punit, le fit souffrir, le jeta en prison et le fit descendre à un état bas et misérable. Le ministre envoie des lettres, exprime des regrets, demande qu'on le fasse sortir de là et qu'on le ramène au palais : vraiment je me repens, vraiment mon cœur s'est brisé en moi. Le roi accepte-t-il ces regrets ? Pas nécessairement. Car lorsqu'on reçoit des coups, on est prêt à tout dire, et lorsqu'on subit des souffrances, on est prêt à dire tout ce que l'auditeur veut entendre, pourvu que les souffrances soient levées. Le roi dit : je ne suis pas certain que tu te repentes vraiment de tes actes ; les coups te font mal, et c'est pour cela que tu te repens.

Une période passa, le roi eut pitié et le ramena à sa grandeur. Et alors, après être déjà revenu à son rang, le ministre vint vers le roi et dit : je veux te dire que, pour ce que j'ai fait alors, je me repens vraiment, mon cœur souffre et se brise en moi, combien de bontés tu m'as faites et comment ai-je pu te traiter ainsi. Le roi lui dit : maintenant je sais que ton repentir est véritable. Maintenant il est clair que ce n'est pas sous la pression, ni à cause de la douleur, ni parce qu'on t'y a forcé ; tu te repens alors que tu n'y es pas obligé, tu es déjà revenu à ta place et tu ne cherches rien à obtenir par ton repentir.

Et l'application : lorsque le peuple d'Israël en exil demande la délivrance, le Saint béni soit-Il leur dit : pourquoi voulez-vous le Machia'h ? Il y a une menace de l'Iran, il y a des fous à Gaza, il y a des missiles qui tombent sur nous, et c'est pour cela que vous criez. Vous manque-t-il vraiment la proximité de Dieu, souffrez-vous vraiment de la Chekhina en exil ? Ce n'est pas cela qui vous fait mal ; il y a une pression, et cette pression vous gêne, et c'est pour cela que vous demandez la délivrance.

Nous avons raconté une fois l'histoire d'un homme venu voir un rabbi, lui racontant ses difficultés financières, et concluant : Rabbi, il faut le Machia'h d'urgence ! Le rabbi lui dit : le Machia'h que tu attends ne viendra jamais, et le Machia'h qui viendra est celui que tu n'as jamais attendu. Il ne comprit pas. Il lui dit : tu attends un Machia'h qui résoudra tes problèmes financiers, tu n'attends pas vraiment la venue du Machia'h. Et il m'est pénible de te le dire : le Machia'h ne vient pas pour résoudre des problèmes financiers. Le Machia'h qui viendra est celui qui agrandira l'honneur du Ciel dans le monde, "que tout être formé sache que c'est Toi qui l'as formé, que toute créature comprenne que c'est Toi qui l'as créée, que tout ce qui a un souffle dans ses narines dise : Hachem, Dieu d'Israël, est Roi et Sa royauté domine sur tout". C'est un Machia'h que tu n'as jamais attendu, car en vérité l'honneur du Ciel ne te touche pas ; ce qui compte pour toi, c'est que le découvert à la banque ne te mette pas la pression.

Le Saint béni soit-Il dit : votre demande de la venue du Machia'h est la demande du ministre assis en prison, qui, du fond de ses malheurs, se repent et exige soudain l'honneur du roi. L'assemblée d'Israël vient et dit : Maître du monde, c'est tout à fait exact. Et c'est pourquoi telle est notre requête, "fais-nous revenir vers Toi, Hachem" : fais-nous sortir de l'exil. Tu as raison : à l'intérieur de l'exil, notre cri est le cri d'un homme qui souffre et non le cri de celui qui demande l'honneur de la Chekhina. Fais-nous sortir de l'exil, et alors "nous reviendrons". Lorsque nous redeviendrons des ministres importants, nous nous approcherons du Roi et dirons : nous nous repentons vraiment de nos mauvaises actions. Alors on verra que notre techouva est véritable, et Tu ne nous soupçonneras pas de le faire pour nous soulager, puisque déjà tout va bien. Maître du monde, lorsque Tu nous feras revenir vers Toi, Tu verras comment nous reviendrons et comment nous retournerons à Ton service et à l'accomplissement de Ta volonté en vérité, dans le but d'observer Tes commandements et non seulement pour échapper aux décrets et aux malheurs.

"Comme autrefois" : Caïn, David, Menaché

Le livre Barou'h Mibanim rapporte que "kédem" (autrefois) est l'acronyme de : Caïn (Kaïn), David, Menaché. Et quel est le dénominateur commun ? On vient allusivement enseigner que même un homme qui a trébuché dans les fautes les plus graves (les trois plus graves : l'idolâtrie, les relations interdites et le meurtre) a encore la possibilité de revenir et de renouveler ses jours. De qui l'apprends-tu ? De "kédem". Caïn a fauté par le meurtre, et pas n'importe lequel : il a tué un tiers du monde, son frère Hével, et sa techouva a été acceptée devant Hachem. Voilà donc que même si tu as versé le sang de la manière la plus grave, il y a place pour accepter ta techouva. Le roi David a fauté avec Bat-Chéva, et finalement il lui a été dit "ton péché est écarté, ta faute sera expiée", voilà que même pour les relations interdites la techouva est acceptée. Menaché a introduit une idole dans le Sanctuaire et a beaucoup fauté par l'idolâtrie, et malgré tout le Saint béni soit-Il lui a creusé un passage sous le Trône de gloire et a accepté sa techouva. C'est pourquoi nous disons : Maître du monde, même si nous avons beaucoup fauté et même si nous avons gravement endommagé, renouvelle nos jours comme Tu as renouvelé les jours de ceux d'autrefois, de Caïn, David et Menaché, et fais en sorte que notre réalité change en bien, bien que nous ayons beaucoup fauté.

כִּי אִם מָאֹס מְאַסְתָּנוּ קָצַפְתָּ עָלֵינוּ עַד מְאֹד׃ - Serait-ce que Tu nous as totalement rejetés, et que Tu T'es irrité contre nous à l'extrême ?
Les deux exils

C'est le verset qui clôt le livre d'Eikha. L'auteur du Le'hem Dim'ah explique : nous demandons que le Saint, béni soit-Il, renouvelle nos jours comme autrefois. Et qu'entend-on par « comme autrefois » ? « Comme aux jours où tu sortis du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles ». Il y a ici une allusion aux deux exils : cet exil-ci, où il semble que « Tu nous as totalement rejetés », et l'exil de Babylone, où nous avons vu « Tu T'es irrité contre nous à l'extrême », marqué par des souffrances atroces et terrifiantes. Voilà déjà deux mille ans que le Saint, béni soit-Il, pour ainsi dire, ne nous recherche plus, tandis que l'exil de Babylone a connu une fureur terrible, des supplices affreux, où des femmes ont dévoré leurs nourrissons chéris. Dès lors, tant pour le courroux d'autrefois que pour le rejet apparent d'aujourd'hui, nous implorons : ramène-nous à Toi, Hachem, et nous reviendrons ; rétablis notre condition comme jadis, ne T'irrite plus contre nous et ne nous dédaigne point.

Qui commence ? - « Revenez à Moi et Je reviendrai à vous »

Dans Eikha Rabba, nos Sages enseignent : l'assemblée d'Israël dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, la Téchouva dépend de Toi, « ramène-moi », tout repose sur Toi, fais-nous revenir à Toi ! Le Saint, béni soit-Il, leur répondit : cela vous incombe, c'est à vous de revenir, comme il est dit : « Revenez à Moi et Je reviendrai à vous ». Ils Lui dirent : Maître du monde, cela dépend de Toi, comme il est dit : « Fais-nous revenir, D.ieu de notre délivrance ! » C'est pourquoi il est dit : « Fais-nous revenir à Toi, Hachem, et nous reviendrons ».

S'agit-il donc d'une querelle d'honneur pour savoir qui fera le premier pas ? En réalité, le sens est le suivant : le Saint, béni soit-Il, dit : si c'est Moi qui vous fais revenir, cela portera atteinte au libre arbitre. Manquerais-Je de robots ? Manquerais-Je d'anges ? Ne pourrais-Je pas agir sur vous pour que vous fassiez tout par contrainte ? Mais cela n'aurait aucune valeur. L'élan doit venir de vous, il faut qu'il y ait « ouvrez-Moi une ouverture », il faut un éveil d'en bas - « Revenez à Moi et Je reviendrai à vous », afin que le libre choix soit préservé.

Mais l'assemblée d'Israël intervient et dit : Maître du monde, même ce commencement nous est trop difficile. Même cette première ouverture, nous n'avons pas la force de la percer : « Que Ta miséricorde vienne promptement à notre rencontre, car nous sommes tombés très bas ». Nous nous trouvons à un niveau si déchu qu'il faut absolument que l'initiative vienne de Toi. Et c'est sur cela que l'assemblée d'Israël s'écrie : « Car nous aurais-Tu totalement rejetés, T'es-Tu irrité contre nous à l'extrême ? » Si Tu nous avais punis sans dissimulation de Ta Présence, nous aurions trouvé du réconfort ; mais maintenant que Tu nous as chassés, cela donne l'impression d'un courroux démesuré. Et dès lors que Tu nous caches à ce point Ta Face, le moindre premier pas nous est insurmontable. Fais donc, Toi, un pas vers nous : ramène-nous à Toi, Hachem, et alors nous reviendrons - car ce rejet et cette colère ont creusé un tel abîme d'éloignement que nous ne pouvons même plus concevoir qu'un rapprochement soit encore possible.

לָמָּה לָנֶצַח תִּשְׁכָּחֵנוּ תַּעַזְבֵנוּ לְאֹרֶךְ יָמִים׃ - Pourquoi nous oublierais-Tu à jamais, et nous délaisserais-Tu pour de si longs jours ?
Le propriétaire du rez-de-chaussée et celui de l'étage

Rabbi Israël de Roujyn explique ainsi l'enchaînement des versets : le Saint, béni soit-Il, désire certainement reconstruire le Temple, mais Il attend que nous fassions d'abord Téchouva ; quant à nous, nous demandons que le Sanctuaire soit d'abord rebâti, et qu'ensuite seulement nous fassions Téchouva. A priori, la justice semble être du côté du Maître du monde, puisque ce sont nos fautes qui ont causé la destruction de la Maison ; il nous incomberait donc d'en assumer la reconstruction.

Toutefois, une règle halakhique vient éclairer ce débat. Soit deux personnes habitant le même édifice, l'une au rez-de-chaussée et l'autre à l'étage supérieur. Par la faute du propriétaire du bas, un dommage survient et l'ensemble du bâtiment, bas et haut, s'effondre. Le propriétaire de l'étage s'adresse alors à celui du bas : « Reconstruisons, j'ai besoin d'un toit ! » Le propriétaire du bas lui rétorque : « Je n'ai pas d'argent ». Que fait alors le propriétaire de l'étage ? Il va, reconstruit le rez-de-chaussée et s'y installe. Et si le propriétaire du bas vient lui réclamer : « Tu habites dans ma maison ! », l'autre lui répond : « Tant que tu ne te seras pas ressaisi pour rebâtir ta part, je ne vais pas financer seul à la fois le rez-de-chaussée et l'étage, je n'en ai pas les moyens. J'ai de quoi me bâtir un logement : je reconstruis le bas et m'y installe ; lorsque tu auras réuni les fonds et que tu m'auras remboursé mes dépenses, je bâtirai mon étage pour y monter, et tu pourras alors réintégrer ta demeure ».

Or, le Sanctuaire d'en haut fait face au Sanctuaire d'en bas : c'est précisément l'étage supérieur situé au-dessus de la maison. Et nous venons dire devant Lui : Maître du monde, nous sommes bien trop faibles pour rebâtir la Maison, nous manquons de moyens, nous sommes en faillite spirituelle, nous n'avons pas la force de rebâtir le Sanctuaire ! Notre prière est donc la suivante : que le Maître de l'étage supérieur reconstruise la demeure du bas et vienne y habiter, conformément à la loi. Que le Saint, béni soit-Il, édifie le Temple ici-bas et y réside ; ensuite, nous Lui rembourserons les frais, c'est-à-dire que nous bâtirons l'étage supérieur par nos prières, nos sacrifices et notre Téchouva. Tel est le sens profond de « Ramène-nous à Toi, Hachem » : commence d'abord par rebâtir la Maison d'en bas, « et nous reviendrons » (au sens de restituer la dette) : nous nous acquitterons alors des dépenses, et ainsi seront également édifiés le Sanctuaire d'en haut et la Jérusalem céleste.

Répudiée pour cause d'inconduite ou par simple dégoût

Puisque le dernier verset s'achève sur des paroles dures, l'usage est de répéter et de conclure par l'avant-dernier verset, « Fais-nous revenir à Toi, Éternel, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme jadis », afin de clore sur une note positive. Le livre Maté Yehouda, de Rabbi Yehouda Lazarov, explique : deux sortes d'hommes répudient leur femme. Il y a celui qui divorce parce qu'il a trouvé en elle quelque chose de déshonorant ('ervat davar), et celui qui divorce parce qu'elle a fini par lui déplaire, par simple dégoût. Quelle est la différence ? Celui qui a trouvé en elle une inconduite morale n'a plus le droit de la garder : la Torah lui ordonne de la renvoyer et il lui est formellement interdit de vivre avec elle. En revanche, celui qui l'a simplement prise en aversion, bien au contraire : on s'efforce de rétablir la paix dans le foyer (chalom baït) et de la faire revenir, et s'il la reprend, il accomplit la mitsva de réépouser sa femme répudiée.

Le prophète Jérémie vient alors se lamenter : Maître du monde, pourquoi nous as-Tu chassés ? « Même si Tu nous as pris en dégoût » - ce n'est pas parce que Tu as trouvé en nous une cause d'inconduite irrémédiable, mais par simple dégoût causé par nos mauvaises actions. Et si toute l'affaire n'est qu'une question d'aversion passagère, alors bien au contraire : il convient de rétablir la paix dans le couple, de renouveler nos jours comme jadis, de reconstruire le foyer et de retrouver la proximité divine d'autrefois.

Un esclave que l'on frappe, c'est le signe qu'on tient à lui

Le Netsiv explique le verset, tout comme le Malbim : lorsqu'un esclave faute envers son maître, l'irrite, n'accomplit pas son devoir, agit à l'encontre des ordres de son maître et commet même des provocations délibérées, deux voies s'offrent au maître. Première possibilité : garder l'esclave auprès de lui et le châtier pour qu'il travaille convenablement ; telle était la coutume à l'époque, où l'esclave avait le statut d'une bête de somme, et dès qu'il fautait, on le frappait et on le corrigeait. Seconde possibilité : se dire que cet esclave pose trop de problèmes, qu'on ne veut plus de lui, s'en débarrasser et le vendre au plus vite.

Quelle est la différence entre les deux ? Dans le premier cas, le maître châtie l'esclave précisément parce qu'il tient à lui et souhaite qu'il se remette à bien fonctionner. Dans le second cas, c'est l'inverse : il ne lui fera aucun mal, car si on lui brise un bras ou une jambe, comment pourra-t-on le vendre ? Au contraire, il le ménagera et le soignera, car demain il l'exposera au marché aux esclaves, et il faut qu'il paraisse en bonne santé et robuste, apte au travail ; il lui donnera peut-être même davantage de nourriture pour qu'il soit vendable, puisqu'il n'en a plus l'utilité et compte s'en défaire.

Le Netsiv de Volozhin affirme : nous nous présentons devant le Saint, béni soit-Il, et nous disons : Maître du monde, qu'as-Tu l'intention de faire de nous ? Si c'est de nous vendre, si « Tu nous as pris en dégoût » et que Tu ne veux plus de nous, ne nous frappe pas ; on ne bat pas un esclave destiné à la vente. Mais si je vois que Tu nous frappes bel et bien, c'est le signe que Tu tiens à nous et souhaites nous redresser, car un esclave que l'on veut garder, on le frappe pour qu'il marche droit. De deux choses l'une, les deux ne peuvent coexister : si « Tu nous as pris en dégoût », pourquoi « T'es-Tu courroucé contre nous à l'extrême » ? C'est donc des coups eux-mêmes que nous apprenons que Tu ne nous as pas rejetés. Dès lors, la supplique immédiate s'impose : « Renouvelle nos jours comme jadis », fais-nous revenir à Toi, car le but est de nous corriger, non de nous affliger gratuitement.

Pourquoi se montre-t-on si exigeant avec nous, comme avec des justes ?

On raconte que Rabbi Lévi Yits'hak de Berditchev utilisait ce verset pour plaider en faveur d'Israël, comme le rapporte le livre Birkat 'Haïm : Maître du monde, si Tu nous as pris en dégoût comme si nous étions de parfaits impies dignes de rejet, pourquoi « T'es-Tu courroucé contre nous à l'extrême » ? En effet, le Saint, béni soit-Il, se montre rigoureux avec les justes comme l'épaisseur d'un cheveu, et envers qui s'emporte-t-Il avec une rigueur absolue, « à l'extrême » ? Envers les tsaddikim. Dès lors, demande Rabbi Lévi Yits'hak : je ne comprends pas ce qui se passe ici. « Tu nous as pris en dégoût » : Tu nous juges comme des impies ? Mais si c'est le cas, pourquoi Te montres-Tu aussi exigeant avec nous que si nous étions des tsaddikim ? Avec des impies, il n'y a pas lieu d'examiner chaque détail avec tant de rigueur ; ce n'est qu'envers les justes que l'on s'irrite à l'extrême et que l'on scrute tout à l'épaisseur d'un cheveu. Et si nous ne sommes pas au niveau des justes, pourquoi ce courroux d'une rigueur absolue ?

L'appréhension de la rencontre

L'ouvrage Ahavat Tsion explique : lorsque nous disons que le courroux est « à l'extrême », cela signifie que face à une telle colère, nous n'avons aucun moyen d'ouvrir la bouche pour parler. C'est pourquoi nous implorons : « Fais-nous revenir à Toi, Éternel, et nous reviendrons ». Parfois, un homme doit demander pardon à son prochain, mais il redoute la rencontre elle-même : il sait que l'autre est furieux, bouillonnant de colère, et craint sa réaction dès qu'il le verra. De même, nous disons : Maître du monde, fais-nous revenir à Toi, Éternel, et nous reviendrons, et pourquoi ? Parce que « Tu T'es courroucé contre nous à l'extrême », que nous n'avons pas de quoi ouvrir la bouche et que nous avons même honte de venir Te parler. Mais si cette personne que j'ai offensée m'appelle au téléphone, je suis immédiatement rassuré, et alors je peux lui demander pardon, tenter de lui plaire et m'efforcer de l'apaiser. Tant que je redoute la rencontre et qu'il est dans une colère extrême contre moi, comment pourrais-je faire téchouva ? C'est pourquoi : fais-nous revenir à Toi, Éternel, et nous reviendrons, précisément parce que Tu T'es courroucé contre nous à l'extrême.

Il a déversé Son courroux sur le bois et sur les pierres

Le Bina Lé'ititim explique : Maître du monde, nous sommes certains que Tu ne nous as pas rejetés. Et pourquoi ? Car si Tu nous avais rejetés, c'est nous que Tu aurais frappés. Or, qui le Saint, béni soit-Il, a-t-Il frappé ? Le Beth Hamikdach. Sur quoi a-t-Il déversé Sa fureur ? Sur le bois et sur les pierres. Cela même prouve qu'Il tient à nous. Et c'est de là que nous tirons notre force : « Car si Tu nous avais véritablement rejetés » - si Tu nous avais réellement pris en dégoût, Ta colère se serait abattue sur nous jusqu'à nous anéantir ; or, puisque je vois que Tu ne T'es pas courroucé contre nous mais contre le Sanctuaire, et que Tu as épuisé Ta fureur sur le bois et sur les pierres, c'est la preuve que Tu ne nous as pas véritablement rejetés. La preuve en est : le bois et les pierres ont été détruits, tandis que le peuple d'Israël est toujours vivant et subsiste.

La dette a déjà été acquittée

On peut encore expliquer ainsi : « Car si Tu nous as rejetés » - Maître du monde, Tu T'es déjà « courroucé contre nous à l'extrême ». C'est-à-dire : si une dette nous incombait, nous l'avons déjà réglée. Si Tu nous as rejetés, par la grande colère dont Tu as fait preuve à notre égard, nous avons déjà payé la dette. C'est pourquoi nous demandons : « Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons ». Après avoir acquitté et payé la dette jusqu'au bout, après avoir bu et vidé jusqu'à la lie la coupe d'amertume - dans cette situation, Maître du monde, fais-nous revenir vers Toi et nous reviendrons, car nous en avons déjà payé le prix.

En conclusion :

Le chapitre 5 se conclut sur deux requêtes entièrement porteuses d'espoir : « Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme jadis » - que nous soient restituées les cinq choses qui manquaient au Second Temple, que l'expiation s'obtienne par les sacrifices et non par la disparition des Justes, que notre Techouva soit considérée comme la Techouva exemplaire des jours de pleine force, et que nous revenions par amour et non seulement sous la contrainte de l'exil ; et « Car si Tu nous avais rejetés, Tu T'es courroucé contre nous à l'excès » - verset dans lequel nos Maîtres ont précisément trouvé une consolation : après un simple rejet, la paix du foyer peut renaître ; les réprimandes sont le signe que l'on tient à son serviteur ; une rigueur extrême prouve que l'on est exigeant envers nous comme envers des justes ; et le déversement de la colère sur le bois et les pierres prouve que le peuple d'Israël vit et demeure - d'autant que la dette a déjà été acquittée. Puisse le Saint, béni soit-Il, nous délivrer d'une rédemption éternelle, dire enfin « Assez ! » à nos souffrances, ramener les enfants sur leur terre et nous envoyer notre juste Machia'h, promptement et de nos jours, Amen. « Fais-nous revenir vers Toi, Hachem, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme jadis ». Achevé et complété avec succès.