TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 2 - Partie 19 - La prière de la nuit et les portes des larmes - Partie 2

Lire l'original
Introduction : la lecture de la lamentation de la nuit

Le chapitre 2 de la Meguilat Eikha atteint son sommet dans un grand appel adressé à la fille de Tsion : se lever la nuit, épancher son cœur devant le Saint béni soit-Il et implorer pour ses enfants. Dans ce cours, nous allons nous arrêter sur un seul verset, "קוּמִי רֹנִּי בַלַּיְלָה", et lui poser trois questions : pourquoi précisément la nuit, pourquoi précisément l'expression de rina (chant), et quel est le lien entre le chant de la nuit et la supplication pour l'âme des nourrissons.

ק֣וּמִי ׀ רֹ֣נִּי בַלַּ֗יְלָה לְרֹאשׁ֙ אַשְׁמֻר֔וֹת שִׁפְכִ֤י כַמַּ֙יִם֙ לִבֵּ֔ךְ נֹ֖כַח פְּנֵ֣י אֲדֹנָ֑י שְׂאִ֧י אֵלָ֣יו כַּפַּ֗יִךְ עַל־נֶ֙פֶשׁ֙ עֽוֹלָלַ֔יִךְ הָעֲטוּפִ֥ים בְּרָעָ֖ב בְּרֹ֥אשׁ כׇּל־חוּצֽוֹת׃ - Lève-toi, pousse des cris dans la nuit, au commencement des veilles ; répands ton cœur comme de l'eau devant la face du Seigneur ; élève vers Lui tes mains pour l'âme de tes nourrissons qui défaillent de faim à tous les coins des rues.
"Rani" - une expression de deuil

Le Midrach dit : "Lève-toi, pousse des cris dans la nuit" - quelle nuit ? La nuit du neuf Av, afin que tu t'en souviennes chaque année. Et "rani" ici n'est pas une expression de joie mais une expression de deuil, comme il est dit "וַתַּעֲבֹר הָרִנָּה בַּמַּחֲנֶה" (et le cri parcourut le camp), dit à propos de la mort d'Ahav, lorsque son sang se répandit sur le char et que les prostituées se baignèrent dans son sang, comme cela est raconté en détail dans le Navi. Certains commentateurs expliquent là le mot rina comme une expression de joie, puisqu'ils se réjouissaient d'être débarrassés d'un grand racha comme Ahav, mais le sens littéral du mot est celui de rinoun (rumeur) et de parole, et là il s'entend comme une expression de lamentation. De même ici : "Lève-toi, pousse des cris dans la nuit" - la nuit du neuf Av est la nuit où il convient de se lamenter et de pleurer.

"Belil" ou "balaïla"

Remarquons que le texte écrit (ketiv) est "belil" et la lecture (keri) est "balaïla". Le saint Zohar dit : jusqu'à minuit on l'appelle "lil", et à partir de minuit on l'appelle "laïla". L'essentiel de l'étude de la nuit se fait à partir de minuit, car c'est alors que le Saint béni soit-Il se réjouit avec les justes au Gan Eden. C'est pourquoi il est écrit "Lève-toi, pousse des cris belil", c'est-à-dire commence déjà avant minuit ; et on le lit "balaïla" - car l'intention vise aussi la suite, que l'on continue à chanter également après minuit.

Il est écrit que quiconque prie la nuit, c'est comme si la Chekhina était en face de lui, et la raison en est : la nuit est plus propice, car le cœur est libre, l'homme ne pense pas aux besoins de ce monde et prie avec concentration. Il existe des kollelim de ḥatsot où l'on s'assoit et étudie toute la nuit, et outre toutes les vertus particulières de l'étude de la Torah la nuit - il existe un livre entier qui ne traite que de sa louange - j'ai dit qu'il y a une vertu supplémentaire : il n'y a pas de téléphones la nuit. Personne ne vous appelle pour vous demander de rapporter un kilo de tomates en chemin, et personne ne vous prévient qu'il faut aller chercher l'enfant à la garderie plus tôt. Qui appelle à trois heures du matin ? Il ne vous reste plus qu'à étudier.

"Il convient à tout craignant du Ciel"

Dans le Choulḥan Aroukh il est écrit : il convient à tout craignant du Ciel d'être affligé et peiné par la destruction du Beth Hamikdach. Certes, ce n'est pas uniquement la nuit, mais aussi le jour - "אם אשכחך ירושלים תשכח ימיני" (si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite m'oublie) - mais la nuit comporte une vertu particulière. Et j'ai déjà soulevé la question : que signifie l'expression "il convient à tout craignant du Ciel" ? Dit-on "il convient à tout craignant du Ciel de mettre les tefilin" ou "il convient à tout craignant du Ciel de garder le Chabbat" ? La réponse est que celui qui n'est pas craignant du Ciel - il lui convient d'abord d'être affligé par sa propre destruction, puis il pleurera sur la destruction du Beth Hamikdach. Celui qui est déjà parfait dans la crainte du Ciel, il ne lui reste qu'à pleurer sur la destruction du Temple. Et de toute façon, ne comprenez pas de travers : ni de l'un ni de l'autre tu ne retireras ta main. L'homme doit être affligé à la fois par sa propre destruction et par la destruction du Beth Hamikdach.

Rabbi Yossi dans la ruine : le Saint béni soit-Il se lamente chaque jour

Dans la Guemara de Berakhot, Rabbi Yossi dit : une fois, je marchais sur le chemin et je suis entré dans une des ruines de Jérusalem pour prier. Eliyahou vint et me garda l'entrée, et attendit que j'aie terminé. Il me dit : la paix sur toi, mon maître. Je lui dis : la paix sur toi, mon maître et mon enseignant. Il me dit : mon fils, pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? Je lui dis : pour prier. Il me dit : mon fils, quelle voix as-tu entendue dans cette ruine ? Je lui dis : j'ai entendu une bat kol qui gémissait comme une colombe et disait "malheur à moi d'avoir détruit ma maison, brûlé mon sanctuaire et exilé mes enfants parmi les nations". Il me dit : mon fils, par ta vie et par la vie de ta tête, ce n'est pas seulement en cette heure qu'elle dit cela, mais chaque fois qu'Israël entre dans les synagogues et les maisons d'étude et répond "amen yehé chemé rabba mevarakh", le Saint béni soit-Il hoche la tête et dit : heureux le Roi que l'on loue ainsi dans Sa maison, mais qu'advient-il d'un père qui a exilé ses enfants, et malheur aux enfants qui ont été exilés de la table de leur père.

Nous apprenons de là qu'Hachem éprouve chaque jour et à chaque instant une douleur renouvelée face à l'exil d'Israël. Mais dans ce cas, pourquoi Rabbi Yossi a-t-il entendu la Bat Kol précisément dans une ruine ? Parce que dans une ruine, il ressentait davantage la destruction : lorsqu'un homme se trouve au milieu d'un lieu dévasté, il prend plus vivement conscience que la Maison d'Hachem est, elle aussi, détruite. C'était donc le moment le plus propice pour entendre la Bat Kol se lamenter.

Gémissant comme une colombe ou rugissant comme un lion

Ici, il est dit que la Bat Kol « gémit comme une colombe », tandis qu'ailleurs il est dit : « Il rugira puissamment contre Sa demeure » - ce qui implique qu'elle rugit. La réponse est la suivante : le premier Beth Hamikdach a été détruit par Nabuchodonosor, comparé à un lion - « Le lion s'est élancé de son fourré ». C'est pourquoi, à propos du premier Temple, il est dit : « Il rugira puissamment contre Sa demeure », car la Bat Kol rugit, pour ainsi dire, face à celui qui est comparé au lion ayant détruit le Temple. En revanche, lors du second Temple - « Nous étions comme une colombe naïve », qui se laisse séduire - c'est pourquoi la Bat Kol y est comparée à une colombe qui gémit sur la ruine.

Pourquoi précisément « pour la vie de tes petits enfants »

C'est à ce propos que l'Écriture proclame : « Lève-toi, chante la nuit au début des veilles » - sur la destruction du Beth Hamikdach et sur l'immense peine de la Chekhina ; « épanche ton cœur comme de l'eau devant la face du Seigneur », et par ce biais, « élève vers Lui tes mains pour la vie de tes petits enfants, qui défaillent de faim à tous les coins de rue ». Pourquoi insister ainsi sur les enfants en bas âge ? Parce que cette vision suscite une douleur infinie : des enfants gisant dans les rues, enveloppés dans la faim - et nous avons déjà expliqué que le terme « enveloppés » évoque celui qui s'enveloppe dans sa douleur - c'est sur cela qu'il convient de pleurer et de se lamenter, afin d'éveiller la miséricorde d'Hachem, béni soit-Il, envers ces malheureux.

Il nous reste néanmoins trois questions : pourquoi précisément la nuit, pourquoi employer le terme de chant (*rina*), et quel est le lien entre le chant de la nuit et la supplication pour la vie des petits enfants ?

Le Mélo Ha'omer : la nuit - le temps de la douleur d'Hachem

Le Maharal Tzintz écrit dans son ouvrage *Mélo Ha'omer* : Nos Sages enseignent que la nuit compte trois veilles, et à chacune de ces veilles, Hachem Se tient et rugit comme un lion en disant : « Malheur aux enfants à cause des fautes desquels J'ai détruit Ma Maison et brûlé Mon Sanctuaire ! » Il s'ensuit que la nuit est le moment où Hachem éprouve Sa douleur face à la ruine du Temple. Il convient donc à tout homme craignant D.ieu de se lever au cœur de la nuit pour se lamenter sur l'exil de la Chekhina - c'est là tout le sens du Tikoun 'Hatsot.

De là s'éclaire également l'expression « devant la face du Seigneur » (*nokha'h pnei Hachem*). Le mot *nokha'h* signifie « en face », comme il est dit au sujet de Yits'hak : « en face de sa femme » - lui dans un coin et elle dans l'autre, l'un face à l'autre. C'est-à-dire : sache que face à tes pleurs ici-bas, droit devant toi, Hachem aussi, pour ainsi dire, pleure et se lamente là-haut.

Et lorsqu'un homme se lamente et s'afflige pour la peine du Ciel (*tsa'ara dichmaya*), sur la destruction du Beth Hamikdach, il s'emplit de la certitude qu'Hachem n'abandonnera pas Son peuple. À quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui a perdu un objet : si je le vois constamment se désoler, chercher et réclamer ce qu'il a perdu, je sais qu'il y a de grandes chances qu'il le retrouve. Mais s'il a perdu un objet sans le chercher, en disant : « Tant pis, que cela serve d'expiation, c'est du passé », quelle chance a-t-il de le retrouver un jour ? Et cela concerne un être humain, dont les capacités sont limitées. Dès lors, si je vois qu'Hachem, le Tout-Puissant, continue de Se lamenter et de s'affliger sur l'exil d'Israël, cela signifie avec certitude qu'Il les délivrera, car Il continue sans cesse de rechercher ce lien.

Par ce biais, ce qui n'était d'abord qu'une simple supplication devient un chant d'allégresse (*rina*). Car lorsque je me tiens devant la face d'Hachem et que je constate que Lui aussi, pour ainsi dire, pleure cet éloignement, cela devient déjà un chant, une expression de joie : il y a de l'espoir, la délivrance viendra ! Si l'on avait dit au contraire que ce n'est pas « devant la face du Seigneur », comme s'Il avait désespéré du peuple d'Israël, cela n'aurait pas été une *rina*, mais une lamentation (*kina*), car il y aurait eu alors une véritable raison de pleurer : l'absence de tout espoir de rédemption.

Hachem enseigne aux jeunes enfants

Il nous reste à comprendre le lien entre cette prière (« rina ») et la « vie de tes nourrissons ». La Guémara rapporte : Rav Yehouda a dit au nom de Rav, le jour compte douze heures. Durant les trois premières, le Saint, béni soit-Il, siège et étudie la Torah ; durant les trois suivantes, Il siège et juge le monde entier ; durant les trois d'après, Il siège et nourrit le monde entier ; et durant les trois dernières, Il siège et se divertit avec le Léviathan.

Soit dit en passant, il faut bien comprendre que ce « divertissement avec le Léviathan » renvoie à des concepts spirituels supérieurs. Il suffit d'évoquer l'enseignement selon lequel les Justes siégeront à l'avenir sous la Soukka formée de la peau du Léviathan - or, quelle vertu singulière y aurait-il dans une cabane faite de peau ? Il est évident qu'il ne s'agit pas ici d'un animal marin, mais du mot « Léviathan » au sens d'accompagnement (« levaya »), comme il est écrit que les Justes accompagneront le Saint, béni soit-Il, au Gan Éden et formeront une ronde autour de Lui. L'aspiration des Justes, comme l'expliquent les livres saints, est d'être proches de D.ieu et unis à Lui, et c'est là précisément la dimension du Léviathan. De même, le « festin du Léviathan » est un repas où nous accompagnons le Saint, béni soit-Il, et faisons corps avec Lui. Car y a-t-il lieu de parler de nourriture et de boisson matérielles dans les mondes d'en haut ? Et pourquoi précisément le Léviathan ? Il est certain que tout cela fait allusion à de très hautes réalités spirituelles de communion, d'attachement et de proximité intime avec le Créateur.

La Guémara précise en outre que, selon l'avis affirmant que depuis la destruction du Temple il n'y a plus de rire devant le Saint, béni soit-Il, il reste un quart de la journée dont on ignore l'emploi. La Guémara répond : Il siège et enseigne la Torah aux jeunes enfants, comme il est dit : « À qui enseignera-t-Il la sagesse, et à qui fera-t-Il comprendre la leçon ? À ceux qui sont sevrés de lait ». Et Rachi explique : il s'agit des enfants décédés en bas âge. Le Saint, béni soit-Il, a en haut une salle réservée aux jeunes enfants morts dans leur prime jeunesse, et Il siège Lui-même pour les instruire. La Guémara demande : ceci vaut pour le jour, mais que fait-Il la nuit ? Elle répond : une tâche analogue à celle du jour. Il s'avère donc que la nuit également, le Saint, béni soit-Il, siège et enseigne aux jeunes enfants durant l'une des veilles de la nuit.

À la lumière de cela, l'auteur du « Mélo HaOmer » commente : « Lève-toi, pousse des cris la nuit » - la nuit, on se lève et on prie devant la face de l'Éternel, et c'est alors : « lève tes mains vers Lui pour la vie de tes nourrissons ». Pourquoi précisément à cette heure ? Parce qu'à ce moment-là, le Saint, béni soit-Il, étudie avec les jeunes enfants décédés prématurément, et c'est un moment de miséricorde et de grâce envers les tout-petits. Lève tes mains vers Lui afin que tes propres enfants ne parviennent pas là-bas trop tôt, qu'ils n'aillent pas étudier à la Yéchiva d'en haut, mais qu'ils demeurent vivants ici-bas.

On peut ajouter à cela une précision : à première vue, cette explication s'accorde difficilement avec les termes du verset « au début des veilles », car l'étude avec les enfants se situe dans le quatrième quart, à la fin des veilles. Deux réponses sont envisageables. La première : « au début des veilles » désigne le moment où tu dois commencer - dès l'amorce des veilles de la nuit, pour continuer jusqu'à leur terme, et c'est à la fin de ces veilles que tu parviendras à la fin du verset, « pour la vie de tes nourrissons défaillants de faim ». La seconde : nous avons dit que la nuit s'apparente au jour, or durant la dernière veille du jour, le Saint, béni soit-Il, instruit les enfants défunts ; il s'ensuit qu'au tout début des veilles de la nuit, cette étude vient à peine de se conclure pour Lui. C'est pourquoi, dès l'entrée des veilles, on s'écrie : Maître du monde, après avoir enseigné aux enfants là-haut, préserve nos nourrissons affaiblis par la famine, afin qu'ils ne montent pas dans les écoles d'en haut mais restent et vivent ici-bas.

« Épanche ton cœur comme de l'eau » - À l'image des pleurs des eaux d'en bas

Nous avons déjà vu précédemment que lorsque le Saint, béni soit-Il, sépara les eaux d'en bas des eaux d'en haut, les eaux inférieures pleurèrent et s'écrièrent : nous voulons demeurer devant notre Roi ! Pourquoi nous avoir séparées et reléguées en bas, alors que les eaux supérieures restent proches du Saint, béni soit-Il - « plus puissantes que les flots de la mer » - et nous avons rapporté sur ce point plusieurs explications détaillées.

C'est d'après cela que l'Admour de Sanz-Klausenburg explique le verset : « Épanche ton cœur comme de l'eau devant la face du Seigneur » - de quelle manière dois-tu l'épancher ? Comme l'eau, car les eaux ont épanché leur cœur. Et sur quoi les eaux d'en bas ont-elles épanché leur cœur ? Sur « la présence du Seigneur » : pourquoi n'avons-nous pas mérité d'être devant la face de D.ieu ? Nous avons l'habitude de comprendre « épanche ton cœur comme de l'eau » comme le fait de verser des larmes à flots ; mais d'après ses paroles, le sens est : répands ton cœur à la manière dont les eaux ont pleuré, dont l'unique douleur était la distance. Il y a là une leçon essentielle : si l'homme doit se lamenter et pleurer sur quoi que ce soit, qu'il pleure sur son éloignement du Créateur, béni soit-Il. Non pas sur un manque de gain matériel, une perte financière ou des difficultés de subsistance, mais « devant la face du Seigneur », à l'instar des eaux dont toute la plainte venait de leur éloignement du Saint, béni soit-Il.

Cha'ar Bat Rabbim : Que demande-t-on en premier ?

L'auteur de l'ouvrage « Cha'ar Bat Rabbim » explique qu'au temps de l'exil, la prière s'articule en deux domaines. Il y a la prière pour l'honneur divin - sur le fait que la Chekhina est en exil et que le Saint, béni soit-Il, se trouve pour ainsi dire dans la peine ; et il y a la prière pour nos besoins particuliers, nos souffrances et nos affaires personnelles. Et il interroge : laquelle doit précéder l'autre ?

L'exil est comparé à la nuit. Le mot « roni » (crie, supplie) est aussi l'une des dix expressions consacrées de la prière, comme il est dit : « Lorsqu'Il entendit leur plainte ». Le texte vient donc enseigner : « Lève-toi, implore la nuit » - prie au cœur de l'exil ; et que mettre en avant ? « Au début des veilles, épanche ton cœur comme de l'eau devant la face du Seigneur » : pleure d'abord sur la profanation du Nom de D.ieu, sur l'exil de la Chekhina, sur cette Présence divine bannie depuis que le Sanctuaire est détruit. Et dans un deuxième temps seulement : « lève tes mains vers Lui pour la vie de tes nourrissons défaillants de faim », demande pour les tiens. Mais supplie d'abord pour l'honneur du Ciel et la souveraineté divine.

La parabole de la libération de prison

Le livre "Kol Yaakov" apporte sur ce point une parabole merveilleuse. Un homme était emprisonné et une sentence de mort avait été prononcée contre lui. Un grand homme de bien l'apprit et décida à tout prix de le racheter. Il ne disposait pas d'une somme d'argent suffisante, aussi hypothéqua-t-il sa maison, ses vêtements et même les bijoux de sa femme, et il fit tous les efforts pour le libérer. Et en effet, l'homme finit par recouvrer la liberté grâce à l'action intense de cet homme de bien.

Et quelle est la première chose que cet homme doit faire en sortant? Après avoir remercié son sauveur (et avec des remerciements, comme on le sait, on ne paie pas chez l'épicier), la première chose est de chercher du travail et de tout faire pour rembourser les dettes de son sauveur, lui restituer ses gages et récupérer sa maison hypothéquée pour son rachat. Imaginez que cet homme oublie totalement tout ce qui a été fait pour lui, et se mette à travailler, à acheter un terrain et à se construire une villa. N'as-tu pas honte? Cet homme est à la rue, il a hypothéqué sa maison pour toi, et toi tu t'occupes de construire ta villa? Il conviendrait pourtant qu'avant tout tu aides celui qui a investi toute sa fortune pour ta liberté, afin qu'il revienne à sa situation antérieure. Et sinon, c'est rendre le mal pour le bien, et sur lui Chelomo a dit: "Celui qui rend le mal pour le bien, le mal ne quittera pas sa maison".

Le Maguid de Doubno: le sanctuaire qui fut mis en gage

Le Maguid de Doubno dit: aussi terribles que soient ces choses, le peuple d'Israël, hélas, ne diffère pas tellement de cet ingrat. Il est écrit en effet "Voici les comptes du Michkan, le Michkan du témoignage", et nos Sages demandent pourquoi "le Michkan, le Michkan" est répété, et ils répondent: c'est une allusion au Beth Hamikdach qui fut mis en gage pour les fautes d'Israël. Le Saint béni soit-Il a mis en gage le Michkan; Il a déversé Sa colère sur le bois et sur les pierres et a détruit pour ainsi dire Sa maison afin que nous subsistions. Pour nous libérer, Il a hypothéqué Sa maison.

Que commande donc l'honnêteté? Que toutes nos pensées soient tournées vers la reconstruction de la maison du Saint béni soit-Il. J'ai hypothéqué Ma maison pour ta subsistance, et toi tu t'occupes de construire ta villa? À chaque instant, le peuple d'Israël devrait être occupé à la reconstruction de la maison de Hachem, à prier pour la reconstruction du Beth Hamikdach et sur l'exil de la Chekhina; voilà ce qui devrait être au premier rang de nos préoccupations.

"Pourquoi le fils de Yichaï n'est-il pas venu au repas, ni hier ni aujourd'hui"

Nous l'avons déjà dit: toutes nos demandes tournent autour du pain. Que le Machiah vienne enfin, pourquoi? Pour la subsistance. "Au repas". Comme je l'ai raconté à propos de cet homme qui vint chez le Rav et dit: oh Rabbi, quelles épreuves, il faut déjà le Machiah, il faut déjà le Machiah. Le Rav lui demanda: que s'est-il passé? Il lui répondit: un découvert à la banque, des créanciers, et ainsi de suite. Le Rav lui dit: je suis vraiment désolé de te décevoir, mais le Machiah que tu attends ne viendra jamais; et pire encore, le Machiah qui viendra est quelqu'un que tu n'as jamais attendu. Car si tu penses que le Machiah viendra résoudre tes problèmes financiers face au directeur de la banque, tu te trompes. Le Machiah viendra révéler et réparer le monde sous le règne de Chaddaï, et ainsi "ils ne feront ni mal ni dégât sur toute Ma montagne sainte", mais son rôle n'est pas de résoudre ton problème personnel. Il se trouve donc qu'au lieu de demander pour des affaires spirituelles et pour la délivrance complète, l'homme ne demande que pour ses problèmes personnels.

Nous avons déjà raconté l'histoire de cet homme qui logeait chez un paysan simple. Au milieu de la nuit, il entendit depuis la chambre voisine (les murs étaient en bois) : "oï, oï, oï". Il se dit en lui-même: voilà, il ne paraît qu'un homme simple, mais en vérité c'est un grand tsaddik; voyez comme il se lève à minuit pour se lamenter sur l'exil de la Chekhina, tout comme les anciens, dans les pleurs. Après quelques "oï-oï" déchirants, il entendit ce paysan dire à sa femme: ma petite, la prochaine fois ne me prépare pas de soupe aigre avant de dormir, cela me donne de telles brûlures d'estomac... oï, oï. Il s'avéra que l'homme pleurait sur ses brûlures d'estomac et non sur l'exil de la Chekhina. Et c'est exactement notre situation: nous pleurons sur les brûlures d'estomac, non sur l'exil de la Chekhina.

Mais en vérité, sur quoi faut-il pleurer? "Lève-toi, crie dans la nuit, déverse ton cœur comme de l'eau devant la face de Hachem" - avant tout sur la maison que le Saint béni soit-Il a mise en gage afin que nous subsistions; que nous nous efforcions d'abord de la restituer, et seulement ensuite que nous demandions notre propre intérêt. Et c'est le sens de "Psaume d'Assaf" - que le Saint béni soit-Il a déversé Sa colère sur le bois et sur les pierres afin qu'Israël subsiste; c'est pourquoi la première chose que nous devons faire, en signe de reconnaissance, est de demander pour le bois et pour les pierres, de demander pour la reconstruction du Beth Hamikdach.

Havot Yaïr: "Prière du pauvre lorsqu'il défaille"

Le livre "Havot Yaïr" apporte une explication semblable sur le verset "Prière du pauvre lorsqu'il défaille et qu'il répand sa plainte devant Hachem". Qui est le pauvre? Il est dit en effet du roi Machiah "pauvre et monté sur un âne". Et que signifie "défaille" (yaatof)? Du même sens que "et les tardifs (haatoufim) furent à Lavan" - les retardataires. On obtient donc: "Prière du pauvre lorsqu'il tarde" - Maître du monde, pourquoi le Machiah tarde-t-il, nous voulons que le Beth Hamikdach soit reconstruit. Et seulement ensuite "et devant Hachem il répand sa plainte" - sa plainte personnelle, ses demandes particulières: des unions dignes pour les enfants, une subsistance abondante, la sortie des épreuves. La plainte personnelle en dernier, et au début "le pauvre lorsqu'il tarde", pourquoi le Machiah n'est-il pas venu, pourquoi la Chekhina est-elle encore en exil.

On a rappelé ici qu'il y a un homme dont toute l'attente de la venue du Machiah est contenue dans l'acronyme: "Machiah" - qu'il paie ses dettes. Voilà son Machiah: celui qui viendra rembourser ses dettes. Il ne comprend pas qu'il faut espérer la délivrance et la fin de l'exil de la Chekhina.

Des larmes pareilles à l'eau

« Lève-toi, pousse des cris la nuit, au début des veilles ; répands ton cœur comme de l'eau devant la Présence du Seigneur ». Le prophète s'adresse au peuple d'Israël : jusqu'à présent, de simples prières et supplications suffisaient peut-être sans qu'il fût nécessaire de verser des larmes ; mais désormais, il n'y a plus le choix - la prière seule ne suffit plus, il faut des larmes, il faut épancher son cœur. C'est en versant ces larmes que tomberont toutes les cloisons, que toutes les portes s'ouvriront et que les prières seront exaucées.

Et si vous demandez : si les portes des larmes ne sont jamais verrouillées, pourquoi y a-t-il des portes à cet endroit ? La réponse est : pour faire barrage aux larmes de crocodile. Quelle est l'origine de cette expression ? Lorsque le crocodile émerge de l'eau, de l'eau s'accumule dans ses yeux, et à mesure qu'il sort, l'eau se met à couler ; pour qui l'observe de l'extérieur, il donne l'impression de pleurer. C'est ce qu'on appelle de nos jours des « larmes d'oignon » - des larmes qui ne sont pas sincères. Face à de telles larmes, il y a des portes, et devant elles, les portes se ferment bel et bien. Mais l'enseignement selon lequel « les portes des larmes ne sont pas verrouillées » s'applique aux larmes de « répands ton cœur comme de l'eau » : lorsque les pleurs proviennent du fond du cœur et sont véritablement comme de l'eau - pour de tels pleurs, les portes ne se ferment jamais.

En conclusion :

« Lève-toi, pousse des cris la nuit » - la nuit est le temps de la lamentation, car c'est alors qu'à chaque veille, le Saint, béni soit-Il, se lamente sur la destruction de Sa Demeure ; « devant la Présence du Seigneur » - nos pleurs font pour ainsi dire écho aux Siens, et par là même, la lamentation se transmue en chant d'espérance, car quiconque cherche encore l'objet qu'il a perdu finira par le retrouver, et la délivrance viendra assurément. « Répands ton cœur comme de l'eau » - à l'image des pleurs des eaux d'en bas, dont toute la douleur provenait de l'éloignement d'avec le Créateur ; et « élève vers Lui tes mains pour la vie de tes petits enfants » - à l'heure où le Saint, béni soit-Il, enseigne en Haut aux jeunes écoliers (tinokot chel beit raban), demandons que nos enfants restent ici-bas parmi nous. L'ordre de la prière est ainsi fixé : d'abord pour l'honneur du Ciel et pour Son Temple mis en gage pour nous, et seulement ensuite pour nos besoins personnels - afin de ne pas ressembler à ce captif libéré qui se fit bâtir une splendide demeure en oubliant celui qui avait hypothéqué sa propre maison pour le racheter.

Chapitre 2 - Partie 19 - La prière de la nuit et les portes des larmes - Partie 2 · Megillat Eicha · מגילת איכה