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Chapitre 12 - Versets 13-14, fin du livre - Crains Dieu et garde Ses commandements - 1re partie

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Le chapitre 12 constitue la conclusion du livre de Kohelet. Le roi Chlomo s'y dégage de toutes les démonstrations et de tous les débats exposés tout au long de l'ouvrage pour en dégager la conclusion fondamentale. Dans ce cours, nous aborderons les versets de clôture : la mise en garde contre l'étude excessive sans assimilation, et surtout le verset qui résume le but ultime de la vie humaine - "Fin du discours : tout est entendu".

"Et l'étude excessive fatigue le corps" - Apprendre en quantité, mais savoir aussi assimiler
וְיֹתֵר מֵהֵמָּה בְּנִי הִזָּהֵר, עֲשׂוֹת סְפָרִים הַרְבֵּה אֵין קֵץ, וְלַהַג הַרְבֵּה יְגִעַת בָּשָׂר. - Et de plus, mon fils, sois averti : faire des livres en grand nombre n'a point de fin, et trop d'étude fatigue le corps.

Rachi relie ce verset au suivant. Celui qui ingurgite de nombreux textes - qui étudie en masse, par "paquets" selon l'expression de Rachi - au-delà de ce que le cœur peut appréhender, s'épuise dans un labeur sans véritable acquisition. Il en va de l'étude comme de la nourriture : il faut mâcher avant d'avaler, et si l'on tente de tout engloutir d'un coup, on s'étouffe. De même pour l'étude : lorsque l'on lit plus que ce que le cœur ne peut assimiler, cela devient "une étude excessive qui fatigue le corps".

Mais d'un autre côté, que l'homme ne dise pas : puisque je ne peux pas achever la tâche, pourquoi commencerais-je ? Car si je n'étudie pas en abondance, je n'aurai pas terminé avant sept cents ans ! Il faut impérativement étudier beaucoup. Quelle est alors la solution ? C'est à cela que répond le verset suivant : "Fin du discours : tout est entendu, crains Dieu" - fais ce qui est en ton pouvoir, pourvu que ton cœur soit tourné vers le Ciel. C'est bien ce que nos Sages ont enseigné : le Saint béni soit-Il n'agit pas en despote avec Ses créatures - Il ne cherche pas à accabler l'homme - et "ce n'est pas à toi d'achever la tâche". Pourtant, beaucoup oublient la suite : "mais tu n'es pas libre de t'en dispenser". Tout le monde retient la première partie, mais oublie la seconde - et c'est précisément celle-là qu'il faut garder à l'esprit.

"Car c'est là tout l'homme" - Les 248 membres et les 365 tendons
סוֹף דָּבָר הַכֹּל נִשְׁמָע, אֶת הָאֱלֹהִים יְרָא וְאֶת מִצְוֺתָיו שְׁמוֹר, כִּי זֶה כָּל הָאָדָם. - Fin du discours, tout ayant été entendu : crains Dieu et observe Ses commandements, car c'est là tout l'homme.

Le Keli Yakar explique cela à la lumière de ce que nos Sages ont enseigné et que tous les commentateurs rappellent : partout où le terme de crainte (yir'a) est employé, il renvoie au retrait et à l'abstention, tandis que la notion de garde (chemira) renvoie à l'action concrète ("'Garde' et 'souviens-toi' ont été énoncés en une seule parole", or "souviens-toi" relève d'un commandement positif). Dès lors, "crains Dieu" correspond à l'abstention : veille à ne pas transgresser les interdits ; "et observe Ses commandements" renvoie à l'accomplissement des mitsvot positives. Par ce moyen, affirme le Keli Yakar, l'homme préserve les membres et les tendons sur lesquels repose l'édifice humain : 248 membres correspondant aux 248 commandements positifs, et 365 tendons correspondant aux 365 défenses. C'est le sens de "car c'est là tout l'homme" : voici l'homme dans toute son intégrité, selon le nombre de ses membres et de ses tendons.

On comprend ainsi cette parole de nos Sages : "Tous les jours de sa vie, le mécréant est mithalel". Que signifie "mithalel" ? On peut le lire : met 'halal, un mort transpercé. À chaque faute qu'il commet, il endommage l'un de ses membres ou l'un de ses tendons ; il se trouve donc déjà, de son vivant, tel un cadavre profané - ses membres sont morts, ses tendons sont morts, tous ayant été altérés par ses péchés. C'est le sens de la sentence : "Les impies, même de leur vivant, sont appelés morts".

La conclusion du livre par la bouche même de Chlomo

Le commentateur poursuit son explication : jusqu'ici s'exprimaient les paroles de l'esprit de prophétie (Roua'h Hakodech), décrivant la vie de Chlomo ; à partir d'ici, Chlomo reprend lui-même la parole pour conclure son livre : "Fin du discours : tout est entendu". Chlomo déclare : tu as constaté, à travers toutes les démonstrations que je t'ai apportées tout au long du livre, la fausseté des conceptions erronées et combien il convient de s'en écarter ; toutes les réalités matérielles ne sont que vanité, des choses éphémères, et la seule voie juste consiste à s'attacher au service de Dieu. "Fin du discours" - terme du débat et de toutes les contestations : quelle est la conclusion de tout cela ? "Crains Dieu" - les commandements négatifs, "et observe Ses commandements" - les commandements positifs, "car c'est là tout l'homme" - car tout le bonheur véritable est contenu dans l'être humain. Chaque mitsva sanctifie un membre précis, et chaque victoire sur un interdit sanctifie un tendon de son corps ; dès lors, c'est l'homme tout entier qui se sanctifie en sainteté pour le service de Dieu. C'est ce que nous proclamons dans la bénédiction : "Qui nous a sanctifiés par Ses commandements" - chaque mitsva a sanctifié une part supplémentaire de l'homme.

Un membre endommagé fait défaut dans le Monde futur

Les paroles du Hafets Haïm sont bien connues : tout membre ou organe qu'un homme a endommagé en ce monde lui manquera dans le monde futur. Celui qui a porté atteinte à sa parole - à D.ieu ne plaise - naîtra muet dans le monde à venir ; celui qui a porté atteinte à ses yeux - que le Ciel nous en préserve - renaîtra aveugle. C'est pourquoi la faute du regard est d'une gravité exceptionnelle, car, comme le souligne le Ben Ich Haï, la délectation essentielle du monde futur réside dans « et que nos yeux contemplent » : les tsadikim sont assis et jouissent de la splendeur de la Chekhina. Or, s'il est privé de cette faculté, par quoi se délectera-t-il en D.ieu ? La véritable réjouissance en D.ieu passe par la sainteté des yeux.

D'après cela, explique le Hafets Haïm, lors de la résurrection des morts, l'un se relèvera - à D.ieu ne plaise - sans bras, l'autre sans jambe, chacun selon les membres qu'il aura laissés entachés ; ces membres lui feront défaut pour l'avenir. Imaginez un homme qui se réveillerait soudain sans tête : une perspective des plus effroyables, que D.ieu nous en garde ! Vois dès lors combien il est juste d'affirmer « car c'est là tout l'homme » : efforce-toi d'accomplir l'ensemble des mitsvot, afin que l'homme tout entier, dans son intégralité, se relève lors de la résurrection des morts.

« La fin de tout, tout a été entendu » - ce n'est qu'à la fin que se révèle qui était l'homme

Nos Sages enseignent : « La fin de tout, tout a été entendu » - au terme de la parole d'un homme (au terme de son existence), tous proclament ses actes : un tel était probe, un tel craignait le Ciel. Et plusieurs commentateurs expliquent : si tu veux connaître la valeur d'un homme, sache qu'elle ne se dévoile qu'à la fin. Lorsqu'une personne quitte ce monde pour sa demeure éternelle, alors tout s'entend, tout se révèle et l'on sait qui elle était réellement. C'est pourquoi, au sujet des tsadikim, on s'exclame souvent : nous ignorions qu'un tel homme vivait parmi nous, nous ne savions pas que ce juste accomplissait de telles œuvres - des faits réels attestés par des témoignages, et non des légendes inventées après coup. C'est après sa disparition que tout apparaît au grand jour.

Et parfois, c'est l'inverse. On dit couramment « riche comme Kora'h ». Pourquoi précisément Kora'h ? N'y a-t-il pas eu d'autres hommes riches au cours de l'histoire ? C'est que de tout riche, on vante de son vivant l'immense fortune et les possessions ; or, après son décès, on découvre soudain que sa maison ne lui appartenait pas, qu'elle était hypothéquée, qu'un autre bien était saisi, que tout reposait sur des emprunts et qu'il devait des millions aux banques. Bref, la réalité était bien loin de ce que l'on croyait. Seul Kora'h n'a jamais vu les bruits à son sujet démentis : la terre a tout englouti, il a tout emporté avec lui dans les profondeurs, et sa réputation est demeurée intacte, celle d'un homme richissime. C'est pourquoi, pour désigner une richesse authentique et certaine, on dit « riche comme Kora'h ». De même, après la mort d'un être humain, il s'avère bien souvent que les choses n'étaient pas telles qu'elles paraissaient. « La fin de tout » : c'est alors que tout est entendu, c'est là que l'on sait véritablement si un tel était intègre, si un tel craignait le Ciel, et si ses actes étaient justes, sincères et voués au service de D.ieu.

L'oraison funèbre du délateur

On rapporte l'histoire d'un homme pervers, un délateur (mousser) qui avait accablé les Juifs de calamités. Lorsqu'il finit enfin par mourir, les autorités exigèrent du rabbin qu'il prononât son éloge funèbre. Non content de toutes les persécutions causées de son vivant - alors même que, selon les termes du Rambam, il conviendrait de vêtir des habits blancs et de distribuer des confiseries pour célébrer son départ vers un monde entièrement mauvais -, voilà que le rabbin devait encore l'encenser devant des officiels du régime présents pour vérifier chaque parole inscrite au procès-verbal. Le rabbin prit la parole : Sachez que bien peu de gens connaissaient réellement le défunt. « La fin de tout, tout a été entendu » : ce n'est qu'au décès d'un homme qu'on peut enfin le cerner. Et je tiens à témoigner qu'il a pris garde à des préceptes auxquels beaucoup ne font jamais attention : jamais, au grand jamais, il n'a tenu de propos futiles à la synagogue (celui qui n'y met jamais les pieds n'y bavarde pas non plus...) ; jamais il n'a parlé entre la téphiline du bras et celle de la tête ; jamais il n'a médité de paroles de Torah dans des ruelles souillées ; et jamais il n'a eu de pensée profane lorsqu'il portait les téphilines - des sommets réservés aux plus éminents tsadikim !

Dans le même ordre d'idées, on raconte qu'un rabbin s'était exprimé contre Herzl. On lui demanda : « Cher rabbin, comment pouvez-vous parler ainsi contre Herzl, le visionnaire de l'État ? » Il répondit : « Que dites-vous là ? J'ai au contraire une considération immense pour lui ! » Face à leur étonnement, il expliqua : « Voyez vous-mêmes : si l'on m'apportait aujourd'hui les téphilines du Hafets Haïm, je serais prêt à payer cent mille dollars ; celles du Rambam, un million de dollars ; mais si l'on m'apportait les téphilines de Herzl, je donnerais un milliard de dollars ! Constatez donc quelle considération j'ai pour lui ! »

Grande est la crainte, par laquelle Salomon a scellé ses paroles

Rabbi Yirmeya enseignait : Grande est la crainte de D.ieu, car Salomon n'a scellé ses paroles que par elle : « La fin de tout... crains D.ieu ». C'est également ainsi qu'il a conclu le livre des Proverbes (Michlé) : « Mensonge que la grâce et vanité que la beauté, c'est la femme qui craint l'Éternel qui sera louée ». Sache-le, l'essentiel réside dans la crainte du Ciel. À quoi se mesure la valeur d'un homme ? À la quantité de crainte de D.ieu qui l'habite.

Et que signifie « car c'est là tout l'homme » ? Rabbi Elazar déclare : Le monde entier n'a été créé que pour cela, pour cet homme pénétré de crainte. Rabbi Abba bar Kahana affirme : Cet homme équivaut à lui seul au monde entier ; placez le monde entier sur un plateau de la balance et le tsadik sur l'autre, et il l'emporte sur tous, assurant même la subsistance de tous, comme il est dit : « Le monde entier n'est nourri que par le mérite de Mon fils 'Hanina ». Et Chimon ben Azaï - d'autres disent Chimon ben Zoma - affirme : Le monde entier n'a été créé que pour lui tenir compagnie (letsaveit). Certains commettent une erreur de lecture sur ce terme, issu de « tsavta », le cercle ou l'équipe de soutien : le tsadik ne peut pas s'occuper de bâtir sa maison, de raboter sa table ni de coudre ses chaussures et ses vêtements. Qu'a donc fait le Saint, béni soit-Il ? Il lui a constitué une équipe. L'humanité entière forme l'équipe d'assistance du tsadik.

Et nous avons étudié en détail dans le Mikhtav MéÉliyahou que ceux qui assistent le tsadik s'élèvent précisément grâce à l'aide qu'ils lui apportent. Pour accomplir son service de D.ieu, le tsadik dispose de nombreux aides ; et ces assistants, bien qu'ils ne mériteraient peut-être pas le monde futur par eux-mêmes, accèdent néanmoins à la vie future en tant qu'instruments et soutiens du tsadik. C'est pourquoi il est écrit de beaucoup d'entre eux qu'ils sont comparables à de la cendre sous la plante des pieds des justes : pour ainsi dire, le tsadik s'est légèrement élevé grâce à la poussière sous ses pas, et cet homme a servi de marchepied ou de point d'appui, devenant son auxiliaire, et acquérant par là son droit à la vie du monde futur.

C'est également ce qu'écrit le Rambam : il est possible qu'un homme construise un édifice imposant pendant des dizaines d'années, et tout cela uniquement pour qu'un jour, un Tsadik passant par là veuille s'abriter d'une chaleur torride ou de la pluie, s'y réfugie et soit sauvé - et c'est pour cette seule raison que le bâtiment a été érigé. L'observateur extérieur ne comprend pas : a-t-on vraiment bâti pendant des années rien que pour ce Tsadik ? Mais si l'on comprenait la finalité du monde, on réaliserait que ce n'est encore presque rien par rapport à la valeur du Tsadik, et que bien davantage encore a été fait pour lui. Le Tsadik est le centre et le but du monde, tandis que toutes les autres créatures sont comparables à ce que l'on appelle au théâtre ou au cinéma des « figurants » : il y a un acteur principal - le Tsadik -, le monde est là pour lui, et tout le reste ne sert que de décor et d'arrière-plan, et non de finalité en soi. Pourtant, chacun a le pouvoir de devenir le centre ; nul n'est condamné à rester un simple décor. Chacun peut décider d'être l'acteur principal : sois toi-même le Tsadik, et le monde entier aura été créé pour toi. Cela ne signifie pas que le Saint, béni soit-Il, a prédéfini d'avance des êtres inférieurs et d'autres supérieurs ; Il a donné un potentiel à chaque être humain, et à chacun la possibilité de devenir le centre, le reste du monde faisant alors office d'équipe de soutien à ses côtés.

Le Malbim : du point de vue de son âme, l'homme n'a besoin de personne

Nous ne disposons pas du commentaire du Malbim sur Kohélet, comme cela a été rappelé à plusieurs reprises, mais comme pour nous offrir un joyau à l'approche de la conclusion du livre, il nous a laissé une explication de ce verset dans son ouvrage « Artsot Hachalom » (discours 5). Le Malbim y explique en substance : si l'on considère l'homme du point de vue de son âme - c'est-à-dire de sa dimension spirituelle -, son niveau s'apparente à celui d'un ange, en ceci qu'il ressemble à un être céleste ; or, un ange n'a besoin ni d'aides ni d'assistants. L'homme, en lui-même, n'a nul besoin d'une équipe ni d'autres personnes autour de lui, et il ne relève pas de sa nature fondamentale d'être « un animal politique ou social » - rien dans son essence n'exige la présence d'autrui. La preuve en est que les anges existent chacun de manière autonome : aucun ange n'a besoin de l'aide d'un autre ange, et ils n'ont pas besoin de former une société civile.

C'est pourquoi nos Sages ont enseigné dans le traité Sanhédrin (59b) qu'avant la faute, les anges du service divin rôtissaient de la viande pour Adam Harichone et lui filtraient son vin. Tout homme a besoin d'autrui et d'assistants autour de lui, mais lui n'en avait nul besoin : les anges s'en chargeaient pour lui. De même, il est écrit que dans les temps futurs, la terre produira spontanément des gâteaux délicats et des vêtements de soie : on n'aura plus besoin du travail humain pour obtenir de la nourriture ou des habits - un privilège dont nous sommes privés aujourd'hui, obligés que nous sommes de nous entourer d'autrui pour subsister. Alors, l'homme pourra vivre seul dans la forêt sans avoir besoin de qui que ce soit : la terre produira des vêtements, la terre produira de la nourriture, à quoi bon avoir du monde autour de soi ? Il en fut ainsi pendant quarante ans dans le désert : pour la manne comme pour les vêtements - « Ton vêtement ne s'est pas usé sur toi » -, ils n'avaient pas besoin d'artisans pour leur coudre des habits.

Remarquez d'ailleurs que dans son essence même, l'homme a été créé ainsi, puisque Adam Harichone a été créé unique, comme l'enseignent nos Sages - ce qui prouve que par nature, il n'a pas besoin d'autres personnes. Observez bien : s'il n'avait pas encouru la mort à la suite de la faute, il n'aurait même pas eu besoin d'engendrer une descendance, et il aurait subsisté seul. Le monde entier aurait été Adam Harichone, tout simplement. De même, le rav Israël explique au sujet du peuple d'Israël avant la faute : ils n'avaient pas besoin de procréer, un seul individu valant pour une multitude ; ce n'est qu'ensuite qu'il a fallu leur dire « Retournez à vos tentes » - auprès de vos épouses. Mais tant qu'ils avaient le statut d'anges, les anges n'ont nul besoin de descendance et n'ont pas de génération suivante.

Il s'ensuit qu'un seul être humain peut équivaloir à la collectivité tout entière : il n'a pas besoin de collectivité, car étant seul, il incarne l'ensemble et pèse autant que tous les autres réunis. Nos Sages disent : en Égypte, une femme mit au monde six cent mille personnes en une seule portée - et qui était-ce ? Moché Rabbénou. C'est dire que lorsqu'un homme est un Tsadik parachevé, il est lui-même la collectivité. « Et Je ferai de toi une grande nation » - toi, à toi seul, tu es tout. Et il n'a pas non plus besoin d'autrui pour son soutien matériel, puisqu'à l'origine tout devait lui être fourni au Gan Éden. C'est le sens de : « Conclusion de tout ce qui a été entendu : crains D.ieu et observe Ses commandements, car c'est là tout l'homme » - c'est grâce à cela que tu subsistes et que tu as la valeur de l'humanité entière ; cet homme-là est « tout l'homme ». Si tu accomplis la volonté d'Hachem et respectes Ses mitsvot, sache qu'au regard de l'existence du monde, si cela est présent, le monde existe ; sinon, tout n'est qu'illusion.

L'Imré Chéfer : une seule phrase que tout le monde peut comprendre

L'Imré Chéfer explique que Chlomo vient nous dire ici : bien que j'aie exposé dans ce livre tant de propos exigeant réflexion et discernement, et bien que nous ayons vu au fil du texte de multiples commentaires s'efforçant de percer les secrets du plus sage de tous les hommes, je souhaite néanmoins conclure par une phrase limpide pour chacun. Parfois, quelqu'un prend la parole et les auditeurs se demandent : quelle est la conclusion concrète ? Cela ressemble parfois à un discours électoral : l'orateur parle pendant deux heures sans rien dire d'essentiel ; on l'interviewe, on lui demande son avis, il discourt durant une demi-heure et, au bout du compte, impossible de savoir ce qu'il a réellement exprimé. Non pas qu'il ignore la réponse, mais comme il cherche à séduire par les mots, il s'étend, raconte des anecdotes, esquive et contourne le sujet. Concrètement, es-tu pour ou contre ? On n'en sait rien - de peur de se brouiller avec un camp ou avec l'autre. Aujourd'hui, tous les partis politiques se disent du centre : pour la religion ? Bien sûr, nous la soutiendrons. Contre ? Bien sûr, nous y mettrons un frein. Un programme « à la carte », signe du vide absolu, d'une faillite totale : dis-moi ce que tu veux entendre et je te le dirai, le tout dicté par les sondages, selon le vent qui souffle le mieux. Les gens boivent les sondages et mènent leur vie ainsi.

Chlomo déclare alors : je veux résumer le livre en une formule claire et limpide, qui ne requiert aucune spéculation excessive. « Conclusion de tout ce qui a été entendu » - je désire une vérité que tous puissent entendre et comprendre, audible par tous : tant par les sages et les esprits aiguisés que par les esprits simples, dénués de savoir ou de finesse intellectuelle. « Crains D.ieu » et « observe Ses commandements » - les commandements positifs et les interdits -, « car c'est là tout l'homme ». Y a-t-il ici quoi que ce soit d'obscur ? Quelque chose qui nécessiterait des détours conceptuels ? En une seule phrase, je t'ai résumé toute la finalité de l'existence humaine.

Le Méam Loez : dans le cœur et dans l'action

Le Méam Loez ajoute : « Crains D.ieu », cela renvoie au cœur ; « et observe Ses commandements », cela relève déjà de la pratique concrète, de l'action. « Car c'est là tout l'homme » - l'homme en lui-même n'est que vanité et souffle éphémère, mais les mitsvot constituent son corps, ses membres et son âme, elles sont sa finalité. Et comme nous l'avons mentionné, l'homme apparaît ici-bas comme une réalité tangible, mais si, à D.ieu ne plaise, pèse sur lui un décret de Karet (retranchement), dès que sonnera l'heure de vérité, il s'avérera qu'il n'était qu'une illusion ; il n'a aucune consistance réelle et n'existe pas véritablement. Ici-bas, il peut encore crier, vociférer et débiter des vanités, mais dans la réalité authentique, il n'existe pas. Pour le Tsadik, c'est exactement l'inverse : même lorsqu'il paraît ne plus être là, « les justes, même dans leur mort, sont appelés vivants ». Tel est le sens de « c'est là tout l'homme » : l'accomplissement de la Torah et des mitsvot - s'il est là, l'homme existe ; sinon, tout n'est qu'illusion.

Vérité et perfection

« אֶת הָאֱלֹהִים יְרָא » - les lettres finales de ces mots : « Et » se termine par un Tav, « HaElohim » par un Mem, « Yéra » par un Aleph, formant le mot Émet (vérité). Le verset vient nous enseigner que la crainte requise est la véritable crainte : non pas dans l'espoir d'obtenir une récompense ni par peur d'un châtiment, mais une authentique crainte de Dieu, sans recherche d'un intérêt personnel ni appréhension d'un préjudice.

Autre explication sur les mots « car tel est tout l'homme » : quand l'homme est-il qualifié d'accompli ? S'il possède la Torah mais pas les bonnes actions, ou s'il n'accomplit que les mitsvot envers le Ciel (bein adam laMakom) sans celles envers son prochain (bein adam la'havéro), il n'est pas accompli, mais défaillant et incomplet. C'est à ce propos qu'il est dit : « tel est tout l'homme » : c'est lorsque tu accomplis l'ensemble que tu es appelé accompli, que tu mérites véritablement le titre de personne craignant le Ciel. Et c'est ainsi que nos Sages ont interprété « Fin de la parole, tout a été entendu » : ce n'est qu'au terme de la vie d'un homme que l'on peut attester : « un tel était intègre » - dans ses devoirs envers autrui ; « un tel craignait le Ciel » - dans les commandements envers le Créateur.

Autre dimension de « car tel est tout l'homme » : cette voie est à la portée de chaque être humain. Ne va pas croire que la Torah n'a été confiée qu'aux sages, aux génies ou aux grands tsaddikim, nullement. « Tel est tout l'homme » : ce que j'énonce ici, chaque individu peut l'accomplir. C'est une feuille de route donnée à tout homme - aux orgueilleux comme aux humbles, aux généreux comme aux avares, aux insensés comme aux sages ; c'est la ligne de conduite commune qui s'applique à tous, et la crainte du Ciel est exigée de chacun.

En conclusion :

Le roi Salomon clôt son livre par une conclusion simple et claire pour tous : « Crains Dieu » - se garder des interdits, « et observe Ses commandements » - accomplir les mitsvot positives, auxquelles correspondent les 248 membres et les 365 tendons, chaque commandement sanctifiant une part supplémentaire de l'homme. Celui qui fait défaut est déjà vidé de sa vie en ce monde et arrive diminué dans le Monde futur ; mais celui qui s'y conforme est « tout l'homme », équivalant au monde entier, et l'univers tout entier n'a été créé que pour se mettre à son service. Ne sois pas effrayé par l'ampleur de la tâche : le Saint, béni soit-Il, n'exige pas l'impossible de Ses créatures ; « ce n'est pas à toi d'achever l'œuvre », mais « tu n'es pas non plus libre de t'en dérober ». Et au bout du compte, seul « le dénouement où tout est entendu » dévoile la vérité : c'est là que se révèle qui était véritablement l'homme - un tel était intègre, un tel craignait le Ciel.