Le chapitre 10 de Divrei HaYamim II décrit le début du règne de Rehavam, fils de Salomon, successeur de la dynastie royale. Le chapitre relate comment Rehavam chercha à perpétuer la royauté sur l'ensemble d'Israël dans les voies de David et de Salomon son père, mais en fin de compte, la royauté lui fut arrachée. Cela faisait partie d'un décret antérieur : si Salomon s'écartait de la voie, le royaume serait déchiré. En effet, il avait été promis à Salomon lui-même : « S'il commet l'iniquité, Je le châtierai avec la verge des hommes et avec les plaies des fils de l'homme » - sa royauté était assurée, mais pour son fils qui s'élèverait après lui, la royauté n'était plus garantie. C'est exactement ce qui se produit ici : Rehavam perd dix tribus.
וַיֵּלֶךְ רְחַבְעָם שְׁכֶמָה כִּי שְׁכֶם בָּאוּ כָל יִשְׂרָאֵל לְהַמְלִיךְ אֹתוֹ׃ - Rehavam alla à Chekhem, car tout Israël était venu à Chekhem pour le faire roi.
Rehavam se rend à Chekhem, car c'est là que tout Israël est venu pour le proclamer roi. Or, Chekhem est le fief de Yarov'am - Yarov'am était un Ephraïmite, et Chekhem se trouvait sur le territoire d'Ephraïm. C'est là que s'amorce déjà le problème : Yarov'am s'était déjà révolté contre Salomon et avait dû fuir en Égypte face à une menace pesant sur sa vie, et voilà que Rehavam part se faire introniser précisément sur le terrain de Yarov'am. Ce fut le commencement du drame, et comme l'explique le commentaire attribué à Rachi, c'était un enchaînement providentiel voulu par Hachem pour accomplir Sa parole de déchirer le royaume.
Et pourquoi se sont-ils rassemblés précisément là-bas ? Le Metsoudat David explique qu'il s'agissait d'une exigence du peuple : ils ne voulaient pas que l'intronisation ait lieu sur les terres de Rehavam, « pensant qu'à Jérusalem, étant chez lui, il s'imposerait pour régner sans satisfaire à leur demande ». À Jérusalem, il se sentirait en position de force et n'accéderait pas à leurs requêtes ; c'est pourquoi ils l'invitèrent chez eux, à Chekhem. Ils venaient établir avec lui une sorte de contrat concernant la royauté - la royauté n'était pas automatique, mais soumise à des conditions.
וַיְהִי כִּשְׁמֹעַ יָרָבְעָם בֶּן נְבָט וְהוּא בְמִצְרַיִם אֲשֶׁר בָּרַח מִפְּנֵי שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ וַיָּשָׁב יָרָבְעָם מִמִּצְרָיִם׃ - Lorsque Yarov'am, fils de Nevat, l'eut appris, alors qu'il était en Égypte où il s'était enfui devant le roi Salomon, Yarov'am revint d'Égypte.
« Lorsque Yarov'am l'eut appris » - le commentaire attribué à Rachi explique que cela s'était produit auparavant : il avait déjà appris qu'on venait proclamer Rehavam à Chekhem, et il était alors rentré d'Égypte. Le Malbim précise quant à lui : dans le Livre des Rois, il est écrit « et Yarov'am demeura en Égypte » - c'est-à-dire qu'au début, il resta là-bas et ne revint pas de son propre chef, jusqu'à ce qu'on l'appelle. Et ici, Ezra précise qu'après qu'on l'eut appelé à revenir, il revint d'Égypte. Ils lui demandèrent alors de se mettre à leur tête devant Rehavam et d'être leur porte-parole face à lui, car ils voyaient en lui force et autorité ; d'ailleurs, il était un grand sage : tous les érudits d'Israël étaient devant lui comme les herbes des champs, un « manteau neuf » - des innovations de Torah émanaient de lui. Ils lui dirent : tu es l'homme digne de mener les négociations face à Rehavam, fils de Salomon.
וַיִּשְׁלְחוּ וַיִּקְרְאוּ לוֹ וַיָּבֹא יָרָבְעָם וְכָל יִשְׂרָאֵל וַיְדַבְּרוּ אֶל רְחַבְעָם לֵאמֹר׃ - Ils envoyèrent l'appeler, et Yarov'am vint avec tout Israël, et ils parlèrent à Rehavam en disant :
Le commentaire attribué à Rachi fait remarquer : tout cela vient nous révéler la volonté du Roi des rois, car même Yarov'am lui-même venait pour introniser Rehavam - mais le Saint béni soit-Il fit basculer le peuple du côté de Yarov'am. C'est-à-dire que Yarov'am était venu poser des conditions pour accepter la souveraineté de Rehavam, et non pas d'emblée dans l'intention de régner ; telle n'était pas sa démarche initiale. Et voyez comment une cause fut orchestrée par Hachem pour faire passer la royauté entre ses mains.
אָבִיךָ הִקְשָׁה אֶת עֻלֵּנוּ וְעַתָּה הָקֵל מֵעֲבוֹדַת אָבִיךָ הַקָּשָׁה וּמֵעֻלּוֹ הַכָּבֵד אֲשֶׁר נָתַן עָלֵינוּ וְנַעַבְדֶךָּ׃ - Ton père a rendu notre joug pénible, et maintenant, allège le dur service de ton père et le joug pesant qu'il a mis sur nous, et nous te servirons.
Le commentaire attribué à Rachi explique : Salomon avait une grande table, une richesse immense et de lourdes dépenses. Il fallait des gens pour entretenir le grand palais royal, pour subvenir aux besoins de tous les serviteurs qu'il envoyait dans toutes sortes d'endroits du monde, bref, des dépenses considérables. Et comme il est écrit dans Melakhim : "Le roi Salomon leva un impôt" : bien que l'argent fût abondant, il fallait encore un impôt prélevé sur le peuple. C'est cela qui a rendu le joug pénible, afin d'entretenir sa grande maison et de nourrir les chevaux, ce qui constituait aussi une dépense selon les mots du Metsoudat David. Et c'est là un joug véritable, comme le joug que l'on pose sur la bête : ainsi était pour eux le joug de l'impôt.
Mais maintenant, disent les gens du peuple : tu n'es pas à la hauteur de la grandeur de ton père. On ne vient pas vers toi des quatre coins de la terre pour entendre ta sagesse, tu n'as pas tout ce qu'avait ton père, et par conséquent on peut réduire l'ampleur du royaume. Il n'y a pas besoin d'une richesse si grande qu'il faille chercher comment la financer. Réduis le grand nombre de gens de ta maison, et nous pourrons payer des impôts plus modestes.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם עוֹד שְׁלֹשֶׁת יָמִים וְשׁוּבוּ אֵלָי וַיֵּלֶךְ הָעָם׃ - Il leur dit : encore trois jours, puis revenez vers moi. Et le peuple s'en alla.
Il leur dit : je désire prendre conseil, dans trois jours vous reviendrez.
וַיִּוָּעַץ הַמֶּלֶךְ רְחַבְעָם אֶת הַזְּקֵנִים אֲשֶׁר הָיוּ עֹמְדִים לִפְנֵי שְׁלֹמֹה אָבִיו בִּהְיֹתוֹ חַי לֵאמֹר אֵיךְ אַתֶּם נוֹעָצִים לְהָשִׁיב לָעָם הַזֶּה דָּבָר׃ - Le roi Roboam prit conseil auprès des anciens qui s'étaient tenus devant Salomon son père de son vivant, en disant : comment conseillez-vous de répondre à ce peuple ?
"Noatsim" signifie comme "yoatsim" (conseillent), dit le commentaire attribué à Rachi, comme "yodim" et "nodim". Et le Radak s'exprime ici de manière étonnante : "comment conseillez-vous, comment vous-mêmes me donnez-vous conseil". Et en vérité l'expression s'éclaire d'après ses paroles dans le livre de Melakhim : "comment vous concertez-vous entre vous, chacun avec son frère, pour me donner conseil". C'est-à-dire : débattez entre vous, siégez comme une sorte de forum commun et pesez ce qui vaut mieux, et présentez-moi la conclusion à laquelle vous parviendrez.
Et remarquez qui il prit : "ceux qui s'étaient tenus devant Salomon son père", les conseillers de l'homme le plus sage de tous. Et ne pense pas qu'il s'agit des conseillers de sa vieillesse, quand il ne maîtrisait déjà plus les affaires ; c'est pourquoi il est dit "de son vivant", quand il était encore dans sa force, ils étaient ses conseillers. Ce sont les plus sages parmi les sages, et c'est eux qu'il prit afin qu'ils se concertent entre eux et lui présentent leurs conclusions.
וַיְדַבְּרוּ אֵלָיו לֵאמֹר אִם תִּהְיֶה לְטוֹב לְהָעָם הַזֶּה וּרְצִיתָם וְדִבַּרְתָּ אֲלֵהֶם דְּבָרִים טוֹבִים וְהָיוּ לְךָ עֲבָדִים כָּל הַיָּמִים׃ - Ils lui parlèrent en disant : si tu es bon envers ce peuple, que tu les satisfais et que tu leur adresses de bonnes paroles, ils seront pour toi des serviteurs tous les jours.
"Sois bon envers ce peuple", sois avec eux un homme bon, parle-leur avec douceur. "Ourtsitam", adresse-leur des paroles d'apaisement et de conciliation. Alors ils seront pour toi des serviteurs à jamais, et tu seras roi selon tout ce que ton âme désire. Le Malbim développe là longuement l'explication de ces mots, et celui qui le souhaite pourra les consulter ; et l'essentiel du conseil est celui-ci : au début, baisse la tête, jusqu'à ce que tu affermisses ta royauté, et une fois que tu seras affermi, tu feras ce que tu voudras. C'est un conseil très sage.
וַיַּעֲזֹב אֶת עֲצַת הַזְּקֵנִים אֲשֶׁר יְעָצֻהוּ וַיִּוָּעַץ אֶת הַיְלָדִים אֲשֶׁר גָּדְלוּ אִתּוֹ הָעֹמְדִים לְפָנָיו׃ - Mais il délaissa le conseil que lui avaient prodigué les anciens, et il prit conseil auprès des jeunes gens qui avaient grandi avec lui et qui se tenaient devant lui.
Le conseil des anciens ne lui plut point, car il ne lui plaisait pas de baisser la tête. Les anciens n'avaient aucune difficulté à lui dire : « Fais preuve d'humilité », car à leurs yeux, il était encore jeune. Mais les jeunes gens qui avaient grandi avec lui, qui se tenaient à son service, n'osaient pas suggérer au roi avec lequel ils avaient été élevés de courber l'échine - et ils s'exprimèrent donc à la manière dont parlent des jeunes.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם מָה אַתֶּם נוֹעָצִים וְנָשִׁיב דָּבָר אֶת הָעָם הַזֶּה אֲשֶׁר דִּבְּרוּ אֵלַי לֵאמֹר הָקֵל מִן הָעֹל אֲשֶׁר נָתַן אָבִיךָ עָלֵינוּ׃ - Il leur dit : « Que conseillez-vous que nous répondions à ce peuple qui m'a parlé en disant : Allège le joug que ton père a placé sur nous ? »
וַיְדַבְּרוּ אִתּוֹ הַיְלָדִים אֲשֶׁר גָּדְלוּ אִתּוֹ לֵאמֹר כֹּה תֹאמַר לָעָם אֲשֶׁר דִּבְּרוּ אֵלֶיךָ לֵאמֹר אָבִיךָ הִכְבִּיד אֶת עֻלֵּנוּ וְאַתָּה הָקֵל מֵעָלֵינוּ כֹּה תֹּאמַר אֲלֵהֶם קָטָנִּי עָבָה מִמָּתְנֵי אָבִי׃ - Et les jeunes gens qui avaient grandi avec lui lui parlèrent ainsi : « Voici ce que tu diras au peuple qui t'a parlé en disant : Ton père a rendu lourd notre joug, et toi, allège-le pour nous ; voici ce que tu leur diras : Mon petit doigt est plus épais que les reins de mon père ! »
« Mon petit doigt est plus épais que les reins de mon père » : mon auriculaire est plus épais que les hanches de mon père ; et « motnaï » est au duel, signifiant plus épais que ses deux hanches réunies. À première vue, cela semble blessant à l'égard de son père, mais le Malbim en donne une explication remarquable : « Mon petit doigt est plus épais par la force des reins de mon père » - mon père a commencé modestement, alors que moi, j'entre en scène doté d'une puissance colossale. Je suis le fils de Chlomo qui régnait sur le monde entier, je suis un souverain établi, j'hérite d'une royauté déjà affermie ; ce n'est point David qui fut pourchassé toute sa vie, mais Chlomo qui possédait un empire majestueux. Ainsi, la part la plus « faible » de ma personne s'appuie sur la vigueur immense des reins de mon père, et je n'ai donc rien à redouter de ceux qui contesteraient mon autorité - je m'avance soutenu par une force considérable.
וְעַתָּה אָבִי הֶעְמִיס עֲלֵיכֶם עֹל כָּבֵד וַאֲנִי אֹסִיף עַל עֻלְּכֶם אָבִי יִסַּר אֶתְכֶם בַּשּׁוֹטִים וַאֲנִי בָּעַקְרַבִּים׃ - Et maintenant, mon père vous a chargés d'un joug pesant, et moi j'ajouterai à votre joug ; mon père vous a châtiés avec des fouets, mais moi, ce sera avec des scorpions !
C'est un conseil typique d'une certaine conception de l'autorité : tel un instituteur qui entre en classe le premier jour et brise une table afin d'inspirer la terreur, pensant que tout sera plus aisé par la suite. C'est exactement ce que lui proposèrent les jeunes gens : aborde-les avec une fermeté absolue, dis-leur que tout ce que mon père vous a infligé jusqu'ici n'était qu'une récréation, et qu'à partir de maintenant, vous allez souffrir véritablement. « Mon père vous a châtiés avec des fouets » - le fouet ordinaire n'était qu'une branche sans feuilles qui ne lacérait pas ; « mais moi avec des scorpions » - un fouet garni d'épines acérées qui déchirent la chair. En clair : sachez que vous avez bien plus à craindre aujourd'hui qu'à l'époque de Chlomo.
וַיָּבֹא יָרָבְעָם וְכָל הָעָם אֶל רְחַבְעָם בַּיּוֹם הַשְּׁלִשִׁי כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר הַמֶּלֶךְ לֵאמֹר שׁוּבוּ אֵלַי בַּיּוֹם הַשְּׁלִשִׁי׃ - Yarov'am et tout le peuple vinrent auprès de Rehav'am le troisième jour, comme le roi l'avait ordonné en disant : « Revenez vers moi le troisième jour. »
Jusqu'alors, il ne s'agissait que des suggestions soumises par les jeunes gens à Rehav'am ; il n'avait pas encore prononcé ces mots devant l'assemblée. Le peuple s'avança donc pour entendre sa réponse définitive.
וַיַּעֲנֵם הַמֶּלֶךְ קָשָׁה וַיַּעֲזֹב הַמֶּלֶךְ רְחַבְעָם אֵת עֲצַת הַזְּקֵנִים׃ - Le roi leur répondit durement, et le roi Rehav'am délaissa le conseil des anciens.
וַיְדַבֵּר אֲלֵהֶם כַּעֲצַת הַיְלָדִים לֵאמֹר אַכְבִּיד אֶת עֻלְּכֶם וַאֲנִי אֹסִיף עָלָיו אָבִי יִסַּר אֶתְכֶם בַּשּׁוֹטִים וַאֲנִי בָּעַקְרַבִּים׃ - Il leur parla selon le conseil des jeunes gens, en disant : « J'alourdirai votre joug et j'y ajouterai encore ; mon père vous a châtiés avec des fouets, mais moi, ce sera avec des scorpions ! »
« J'alourdirai votre joug et j'y ajouterai encore » - cela semble difficile à comprendre : s'il l'alourdit lui-même, à quoi ajoute-t-il ? En effet, le Radak s'en étonne : il aurait dû dire « mon père a alourdi votre joug et j'y ajouterai encore ». Il explique qu'il manque ici une proposition de liaison, et le sens est le suivant : j'alourdirai votre joug comme mon père l'a alourdi, et j'y ajouterai encore au-delà de ce que mon père a fait. Autre possibilité : « Akhbid » (j'alourdirai) est à comprendre avec un hé, « Hikhbid » (il a alourdi) - c'est-à-dire que mon père a rendu votre joug pesant, et la phrase se rapporte alors au père et non à lui-même.
וְלֹא שָׁמַע הַמֶּלֶךְ אֶל הָעָם כִּי הָיְתָה נְסִבָּה מֵעִם הָאֱלֹהִים לְמַעַן הָקִים ה' אֶת דְּבָרוֹ אֲשֶׁר דִּבֶּר בְּיַד אֲחִיָּהוּ הַשִּׁלוֹנִי אֶל יָרָבְעָם בֶּן נְבָט׃ - Le roi n'écouta point le peuple, car c'était un dessein venu de Dieu, afin que l'Éternel accomplît la parole qu'Il avait prononcée par l'intermédiaire d'Ahiya de Silo à Yarov'am, fils de Nevat.
Ici, Ezra présente Rekhav'am comme plus avisé qu'on ne l'aurait cru. En lisant ces lignes, nous avons l'impression d'une folie totale et d'un manque absolu de bon sens : comment est-il possible de dire une chose pareille ? De plus, face à des anciens et à des jeunes, qui écoute-t-on ? D'autant que la logique élémentaire commande de suivre l'avis des anciens : sois bienveillant et conciliant envers eux, et ce faisant, gagne leur confiance et consolide progressivement ton royaume ; ensuite, ajoute peu à peu des contraintes jusqu'à asseoir un pouvoir absolu. Pourquoi donc agir autrement ?
C'est précisément ce que nous enseigne le verset : ne cherchez pas ici de logique humaine. « C'était un dessein venu de Dieu, afin d'accomplir Sa parole ». Pour ainsi dire, le libre arbitre fut ôté à Rekhav'am. Ce n'est pas seulement par l'ampleur de sa sottise qu'il n'écouta point le peuple, mais parce qu'Hachem voulait que Yarov'am ben Nevat règne. Dès lors, les choses se sont déroulées ainsi, l'amenant à suivre le conseil des jeunes contre toute raison, afin qu'il perde les dix tribus et que s'accomplisse la prophétie : « J'arracherai le royaume de sur toi ».
Le commentaire attribué à Rachi rapporte ceci : c'est le sens de « Le sceptre ne s'éloignera point de Juda » - et jusqu'à quand ? « Jusqu'à ce qu'il vienne à Chilo », c'est-à-dire jusqu'à ce que Juda vienne à Chilo pour introniser Rekhav'am ; « et à lui l'obéissance des peuples » (yikhat 'amim) - « yikhat » désigne le rassemblement des peuples : c'est là qu'ils se rassembleront pour le couronner et c'est là qu'il perdra les dix tribus. Et si l'on objecte : ne sont-ils pas allés à Sichem plutôt qu'à Chilo ? L'auteur répond que Sichem était une petite ville proche de Chilo, et il apporte des preuves scripturaires à cela. Ainsi, jusqu'à quand régnerait-il pleinement ? Jusqu'à son arrivée à Chilo, ville voisine de Sichem, où prendrait fin cette royauté indivise.
וְכָל יִשְׂרָאֵל כִּי לֹא שָׁמַע הַמֶּלֶךְ לָהֶם וַיָּשִׁיבוּ הָעָם אֶת הַמֶּלֶךְ לֵאמֹר מַה לָּנוּ חֵלֶק בְּדָוִיד וְלֹא נַחֲלָה בְּבֶן יִשַׁי אִישׁ לְאֹהָלֶיךָ יִשְׂרָאֵל עַתָּה רְאֵה בֵיתְךָ דָּוִיד וַיֵּלֶךְ כָּל יִשְׂרָאֵל לְאֹהָלָיו׃ - Tout Israël vit que le roi ne les écoutait point, et le peuple répondit au roi en disant : « Quelle part avons-nous avec David ? Point d'héritage avec le fils d'Ishaï ! Chacun à ses tentes, Israël ! Désormais, veille sur ta maison, David ! » Et tout Israël s'en alla dans ses tentes.
Tout Israël constate que le roi refuse de les écouter et réplique : quelle part avons-nous avec David ? Pourquoi quitterions-nous nos tentes pour le suivre ? Nous n'avons aucune part dans sa maison, que chacun retourne à sa tente ! « Veille sur ta maison, David » se rapporte à « Point d'héritage avec le fils d'Ishaï » : nous n'avons d'autre part en lui que le Temple de Jérusalem, où nous venons offrir des sacrifices et paraître lors des trois fêtes de pèlerinage ; « veille sur ta maison, David » signifierait donc : nous ne voulons pas que ce lieu t'appartienne exclusivement. C'est ainsi que l'auteur attribué à Rachi commente dans sa première explication, avant d'ajouter aussitôt : « Mais rien de tout cela ne me semble juste », car à ce stade, on ne constate aucune révolte contre le Temple. Ils ne rejetaient pas le Beth HaMikdach, mais David et Rekhav'am. Le sens de « veille sur ta maison, David » est plutôt : nous ne voulons ni de toi ni de ton Temple.
Nous avons déjà expliqué par le passé que pour s'exprimer de façon méprisante, on ne mentionnait pas le nom propre d'un homme mais celui de son père. Jamais Chaoul n'a appelé David par son nom, mais toujours « le fils d'Ishaï ». Que signifie « le fils d'Ishaï » ? Un fils anonyme, sans mérite personnel, qui ne tire sa valeur que de la renommée de son père Ishaï, lequel « entrait et sortait au milieu des foules ». Il en va de même ici : « Quelle part avons-nous avec David, et quel héritage avec le fils d'Ishaï ? » Quant au parallélisme du verset et à l'explication de « Veille sur ta maison, David », nous les avons déjà abordés d'après le Malbim et il est inutile d'y revenir. Selon le sens simple, l'idée est claire : toi, Rekhav'am, descendant de David, occupe-toi des affaires de ta propre maison, mais ne prétends pas diriger la nôtre ! Nous n'avons aucun besoin de toi, nous aurons un autre roi.
וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל הַיֹּשְׁבִים בְּעָרֵי יְהוּדָה וַיִּמְלֹךְ עֲלֵיהֶם רְחַבְעָם׃ - Quant aux enfants d'Israël qui habitaient dans les villes de Juda, Rekhav'am régna sur eux.
Il régna sur les villes de Yéhouda, qui était sa propre tribu.
וַיִּשְׁלַח הַמֶּלֶךְ רְחַבְעָם אֶת הֲדֹרָם אֲשֶׁר עַל הַמַּס וַיִּרְגְּמוּ בוֹ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶבֶן וַיָּמֹת וְהַמֶּלֶךְ רְחַבְעָם הִתְאַמֵּץ לַעֲלוֹת בַּמֶּרְכָּבָה לָנוּס יְרוּשָׁלָ͏ִם׃ - Le roi Réhav'am envoya Hadoram, qui était préposé aux impôts, mais les enfants d'Israël le lapidèrent de pierres et il mourut. Alors le roi Réhav'am se hâta de monter sur son char pour s'enfuir à Jérusalem.
Ici encore, Réhav'am agit de manière totalement déraisonnable : il envoie lever les impôts. On voit bien que le peuple est exaspéré, et y a-t-il pire chose que d'imposer de nouvelles exigences à un peuple révolté et de lui réclamer le tribut ? Il est évident qu'à ce stade, il aurait fallu chercher à les apaiser. Mais cela aussi, comme nous l'avons dit, était une circonstance voulue par Hachem pour que le royaume finisse par se scinder. Ils allèrent donc lapider le percepteur, et le roi Réhav'am lui-même s'échappa de justesse - « se hâta de monter sur son char pour s'enfuir à Jérusalem ». La rupture était consommée : ils s'étaient rebellés contre lui, ne lui versaient plus d'impôts, et lui-même fuyait devant eux.
וַיִּפְשְׁעוּ יִשְׂרָאֵל בְּבֵית דָּוִיד עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃ - Israël s'est ainsi rebellé contre la maison de David jusqu'à ce jour.
« Vayifche'ou » exprime la rébellion : ils se révoltèrent contre la maison de David jusqu'à ce jour, c'est-à-dire jusqu'à l'exil de leur terre - car le royaume de Samarie, constitué des dix tribus, persista dans sa rébellion contre la maison de David jusqu'à ce qu'il fût exilé du pays.
Réhav'am vient se faire couronner à Chékhem, le fief de Yarov'am, et le peuple lui pose une condition : allège le lourd fardeau des impôts de Chlomo. Les anciens, conseillers de l'homme le plus sage de tous les temps, lui recommandent de baisser la tête et de parler avec douceur jusqu'à ce que son règne soit affermi ; les jeunes gens qui ont grandi avec lui, gênés de lui demander de s'abaisser, lui conseillent d'intimider et d'alourdir le joug. Réhav'am choisit le conseil des jeunes contre toute logique, et non par hasard : « car cette tournure venait de Dieu, afin qu'Hachem accomplît Sa parole » transmise par Ahiya HaChiloni. Dès lors, l'engrenage est enclenché - le peuple se sépare, le percepteur est lapidé, le roi s'enfuit à Jérusalem, et les dix tribus restent rebelles à la maison de David jusqu'à leur exil. Ce chapitre tout entier enseigne que lorsqu'Hachem a décrété une chose, aucun calcul de roi ni aucune sagesse de conseillers ne sauraient en empêcher l'accomplissement.