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Chapitre 8 - Les villes de Salomon et ses réalisations

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Introduction : Après vingt ans de construction

Le chapitre 8 du second livre des Chroniques (Divré Hayamim II) ouvre une nouvelle étape du règne de Salomon : celle qui suit l'achèvement des grands chantiers. Jusqu'à présent, le texte s'est concentré sur la construction du Temple de Dieu et son inauguration. À partir d'ici, Ezra décrit les entreprises de construction et de conquête de Salomon à travers tout son royaume, l'organisation du service qu'il instaura au Temple, ainsi que la flotte qu'il arma à Etsion-Guéver. Nous suivrons l'ordre des versets, à la lumière du commentaire attribué à Rachi, du Radak, des Metsoudot et tout particulièrement du Malbim.

וַיְהִי מִקֵּץ עֶשְׂרִים שָׁנָה אֲשֶׁר בָּנָה שְׁלֹמֹה אֶת־בֵּית יְהֹוָה וְאֶת־בֵּיתוֹ׃ - Au bout de vingt ans, pendant lesquels Salomon avait bâti la Maison de l'Éternel et son propre palais.

Le commentaire attribué à Rachi explique que l'expression « au bout de vingt ans » fait référence à la période suivant l'achèvement des deux édifices : sept années pour bâtir la Maison de Dieu et treize années pour son propre palais, soit un total de vingt ans. C'est à l'issue de ces vingt années, une fois l'ensemble des constructions achevé, que commence le récit qui s'ouvre ici.

Les villes que Houram donna à Salomon
וְהֶעָרִים אֲשֶׁר נָתַן חוּרָם לִשְׁלֹמֹה בָּנָה שְׁלֹמֹה אֹתָם וַיּוֹשֶׁב שָׁם אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Quant aux villes que Houram avait données à Salomon, Salomon les rebâtit et y établit les enfants d'Israël.

Le Radak soulève une difficulté : dans le livre des Rois (Mélakhim), il est rapporté l'inverse, à savoir que Salomon donna à Hiram vingt villes en Galilée, et qu'elles ne lui plurent point. De plus, dans les Rois, il n'est aucunement mentionné qu'Hiram ait donné des villes à Salomon, mais seulement du bois de cèdre, du bois de cyprès et de l'or. Que signifie donc l'expression « les villes que Houram avait données à Salomon » (Houram étant Hiram) ? Le Radak répond : il est possible qu'Hiram ait donné à Salomon des villes situées sur son propre territoire, où Salomon installa des enfants d'Israël afin qu'ils s'y fortifient, et qu'en contrepartie Salomon ait cédé à Hiram des villes en Galilée. Tout cela visait à consolider leur alliance par un échange mutuel de cités. Le livre des Rois relate ce que Salomon a donné à Hiram, tandis que notre texte mentionne ce qu'Hiram a offert en retour à Salomon, s'agissant ainsi d'un échange territorial.

Le Malbim examine également cette difficulté mais propose une explication différente. Dans les Rois, il est raconté que Salomon donna à Hiram vingt villes en Galilée ; Hiram partit les inspecter, mais elles ne trouvèrent pas grâce à ses yeux, et il s'exclama : « C'est un pays de Kavoul (terre stérile) que tu m'as donné ». Pourquoi Salomon lui avait-il donné ces villes ? Pour qu'il puisse en tirer les vingt mille korim de blé et les vingt mille korim d'huile que Salomon s'était engagé à lui fournir chaque année pour l'entretien de sa maison. Hiram fit valoir que ces cités ne produisaient pas un tel rendement et qu'il était impossible d'en extraire la quantité promise. C'est pourquoi Ezra vient nous révéler la suite : Hiram restitua ces villes à Salomon. Tel est le sens de « les villes que Houram avait données à Salomon » : il les lui avait rendues.

Dès lors, « Salomon les rebâtit et y établit les enfants d'Israël » : il y installa des enfants d'Israël pour cultiver la terre, et ce sont eux qui produiraient les vingt mille korim destinés à Hiram. Selon le sens simple, on peut ajouter que Salomon, le plus sage de tous les hommes, agit ainsi avec une grande finesse : il avait délibérément donné à Hiram des villes dont il savait d'avance qu'il les lui rendrait. Tel était le dessein originel : les rebâtir, y établir des enfants d'Israël qui en travailleraient le sol et fourniraient le blé et l'huile requis. Salomon évita ainsi d'abandonner définitivement des parcelles de terre à une population étrangère.

Hamat-Tsova, Tadmor et Beth-Horon
וַיֵּלֶךְ שְׁלֹמֹה חֲמָת צוֹבָה וַיֶּחֱזַק עָלֶיהָ׃ - Salomon marcha contre Hamat-Tsova et s'en empara.

Salomon se lance à présent dans de nouvelles conquêtes et s'empare de Hamat-Tsova. Le Malbim fait remarquer que le texte apporte ici plusieurs précisions absentes du livre des Rois : la conquête de Hamat et la construction de villes-entrepôts. Dans les Rois, il était mentionné qu'il avait bâti Beth-Horon-le-Bas ; Ezra nous révèle qu'il la fortifia à nouveau pour en faire une place forte, et qu'il érigea également Beth-Horon-le-Haut comme ville fortifiée. En revanche, concernant Guézer, dont le livre des Rois détaille longuement la reconstruction, Ezra n'éprouve pas le besoin d'y revenir ici, le sujet y ayant déjà été largement exposé.

וַיִּבֶן אֶת־תַּדְמֹר בַּמִּדְבָּר וְאֵת כָּל־עָרֵי הַמִּסְכְּנוֹת אֲשֶׁר בָּנָה בַּחֲמָת׃ - Il bâtit Tadmor dans le désert et toutes les villes d'approvisionnement qu'il bâtit à Hamath.

Dans le livre des Rois, il est écrit « Tamor » et la lecture traditionnelle est « Tadmor ». Tadmor est la ville à propos de laquelle nos Sages enseignent dans le traité Yévamot que l'on n'accepte pas de convertis parmi les Tarmoudim - les Tarmoudim étant les habitants originaires de Tadmor. Dans Béréchit Rabba sur la paracha de la Akéda, comme le rapporte le commentaire attribué à Rachi, il est mentionné qu'ils prêtèrent main-forte aux ennemis d'Israël. Tadmor a d'ailleurs fait les gros titres ces dernières années : c'est cette ville bien connue de Syrie qui fut détruite lors des affrontements sur place. Le Saint, béni soit-Il, a patienté envers eux pendant deux mille cinq cents ans, et la ville a fini par être rayée de la carte.

Et pourquoi est-elle appelée « Tamor » ? Du mot temoura (changement, trahison) : au début, ils étaient avec nous, puis ils se sont opposés à nous en reniant leur fidélité. Chlomo avait pourtant usé de bonté envers eux en leur bâtissant cette grande métropole de Tadmor ; ils auraient dû rendre cette bienveillance à Israël, mais ils ne l'ont pas fait, d'où le nom de « Tamor ». Or ici, dans les Chroniques (Divré Hayamim), le verset les mentionne précisément sous le nom de Tadmor. Pourquoi ? Parce que le livre des Chroniques a pour dessein de faire l'éloge de la royauté de la maison de David, et il n'était pas à l'honneur de la maison de David d'évoquer une ville qui s'était rebellée contre elle et avait trahi sa foi. Le texte l'appelle donc par son nom d'origine et légitime, Tadmor, et non par le nom de Tamor qui reflète leur révolte.

Le Metsoudat David fait une remarque précise : ce n'est qu'après avoir achevé la construction du Beth Hamikdach et de son propre palais que Chlomo bâtit Tadmor et toutes les villes d'approvisionnement. Cela nous enseigne qu'il refusa de se consacrer à quoi que ce soit d'autre tant qu'il était occupé à bâtir la Maison de D.ieu : ni guerres, ni conquêtes, ni fondation de cités. Ce n'est qu'une fois le Temple et son palais achevés qu'il se rendit disponible pour tous ces projets. Quant aux « villes de miskenot », explique le Metsoudat Tsiyon, il s'agit de villes-entrepôts où étaient conservés les trésors du roi.

וַיִּבֶן אֶת־בֵּית חוֹרוֹן הָעֶלְיוֹן וְאֶת־בֵּית חוֹרוֹן הַתַּחְתּוֹן עָרֵי מָצוֹר חוֹמוֹת דְּלָתַיִם וּבְרִיחַ׃ - Il bâtit Beth-Horon-le-Haut et Beth-Horon-le-Bas, villes fortifiées munies de remparts, de portes et de verrous.

Ces villes se situaient sur la frontière ; il était donc nécessaire de les ériger en places fortes (aré matsor), de puissantes citadelles, afin que l'ennemi ne puisse pas pénétrer à travers elles au cœur de la terre d'Israël. Et pourquoi sont-elles appelées « villes de siège » (aré matsor) ? Parce que le seul moyen de les soumettre était de leur faire subir un siège prolongé en les privant d'eau et de nourriture ; prendre la ville elle-même par la force était impossible.

וְאֶת־בַּעֲלָת וְאֵת כָּל־עָרֵי הַמִּסְכְּנוֹת אֲשֶׁר הָיוּ לִשְׁלֹמֹה וְאֵת כָּל־עָרֵי הָרֶכֶב וְאֵת עָרֵי הַפָּרָשִׁים וְאֵת כָּל־חֵשֶׁק שְׁלֹמֹה אֲשֶׁר חָשַׁק לִבְנוֹת בִּירוּשָׁלַ͏ִם וּבַלְּבָנוֹן וּבְכֹל אֶרֶץ מֶמְשַׁלְתּוֹ׃ - Ainsi que Baalath et toutes les villes d'approvisionnement qui appartenaient à Chlomo, toutes les villes pour les chars, les villes pour les cavaliers, et tout ce que Chlomo désira bâtir à Jérusalem, au Liban et dans tout le pays sous sa domination.

Baalath est le nom d'une ville. Les villes de miskenot sont les villes-entrepôts, et les villes pour les chars et les cavaliers sont celles où stationnaient les équipages et la cavalerie de Chlomo, qui étaient extrêmement nombreux. « Et tout ce que désira Chlomo » : tous les édifices qu'il eut le désir de bâtir à Jérusalem, au Liban et dans tout le territoire de son royaume, et tout ce qu'il entreprit fut couronné de succès. Soit dit en passant, c'est de ce verset qu'est tiré le nom du célèbre commentaire sur le Talmud intitulé Héchek Chlomo.

Les peuples demeurés dans le pays
כָּל־הָעָם הַנּוֹתָר מִן־הַחִתִּי וְהָאֱמֹרִי וְהַפְּרִזִּי וְהַחִוִּי וְהַיְבוּסִי אֲשֶׁר לֹא מִיִּשְׂרָאֵל הֵמָּה׃ מִן־בְּנֵיהֶם אֲשֶׁר נוֹתְרוּ אַחֲרֵיהֶם בָּאָרֶץ אֲשֶׁר לֹא־כִלּוּם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּעֲלֵם שְׁלֹמֹה לְמַס עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃ - Toute la population restante des Hittites, des Amoréens, des Périzites, des Hivites et des Yébousiens, qui n'étaient pas d'Israël, à savoir leurs descendants restés après eux dans le pays et que les enfants d'Israël n'avaient pas exterminés, Chlomo les assujettit à la corvée jusqu'à ce jour.

Ces versets constituent en réalité un véritable acte d'accusation. La Torah avait averti : si vous ne les anéantissez pas, ils seront des épines dans vos yeux et des aiguillons dans vos flancs, et ils finiront par provoquer votre exil. C'est exactement ce qui est arrivé : ils ont entraîné Israël dans la faute et causé la déportation. Or, nous constatons que même à l'époque de Chlomo, alors que la puissance et la richesse étaient entre ses mains et que le royaume était sous contrôle absolu, il ne les a pas éradiqués. Il s'agit pourtant des peuples au sujet desquels il est ordonné : « Tu ne laisseras vivre aucune âme » : le Hittite, l'Amoréen, le Périzite, le Hivite et le Yébousien - les sept nations qui habitaient le pays. Dès l'époque de Yéhochoua, durant les quatorze années de conquête et de partage, il aurait fallu les éliminer, mais cela n'a pas été fait, et cette gangrène a subsisté jusqu'aux jours de Chlomo.

Que fit Chlomo ? « Chlomo les assujettit à la corvée ». Il a vraisemblablement estimé qu'étant soumis et payant le tribut, il n'y avait plus rien à redouter d'eux - ils ne causeraient plus de torts ni de désordres -, et c'est pourquoi il les laissa sur place, contrairement à l'ordre formel de la Torah.

וּמִן־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר לֹא־נָתַן שְׁלֹמֹה לַעֲבָדִים לִמְלַאכְתּוֹ כִּי־הֵמָּה אַנְשֵׁי מִלְחָמָה וְשָׂרֵי שָׁלִישָׁיו וְשָׂרֵי רִכְבּוֹ וּפָרָשָׁיו׃ - Mais parmi les enfants d'Israël, Salomon n'en réduisit point à l'esclavage pour ses travaux, car ils étaient des hommes de guerre, des chefs de ses officiers d'élite, les chefs de ses chars et ses cavaliers.

Les travaux de construction, comme nous l'avons vu plus haut, Salomon les fit accomplir par les convertis (guerim) et non par les enfants d'Israël, car le travail de bâtisseur était extrêmement pénible. Les enfants d'Israël étaient des hommes vaillants, des hommes de guerre, des commandants de chars et de cavalerie. Il s'agissait de postes de confiance, et c'est précisément aux enfants d'Israël qu'il les confia, tandis que le travail du mortier et des briques revenait aux convertis.

Deux cent cinquante ou cinq cent cinquante ?
וְאֵלֶּה שָׂרֵי הַנִּצָּבִים אֲשֶׁר־לַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה חֲמִשִּׁים וּמָאתָיִם הָרֹדִים בָּעָם׃ - Et voici les chefs des préposés qu'avait le roi Salomon : deux cent cinquante, qui commandaient au peuple.

Le Malbim soulève une contradiction avec le livre des Rois : il y est dit que les chefs des préposés qui dirigeaient les travaux pour Salomon étaient au nombre de cinq cent cinquante, alors qu'ici, ils ne sont que deux cent cinquante. Où sont donc passés les trois cents autres ? Le Malbim résout la difficulté : là-bas, il s'agit des chefs préposés aux convertis, qui étaient au nombre de vingt-cinq mille, supervisés par cinq cent cinquante chefs - cinq cents chefs de cinquante, et cinquante chefs de cinq cents. Ici, en revanche, il est question des chefs préposés aux enfants d'Israël, puisque c'est le sujet du verset : « Mais parmi les enfants d'Israël, Salomon n'en réduisit point à l'esclavage pour ses travaux ». Dès lors, il n'y a aucune contradiction : là-bas, ce sont les chefs des convertis, et ici, les chefs d'Israël.

Parmi les enfants d'Israël, dix mille se trouvaient en permanence au Liban ; ils n'y étaient pas esclaves, mais surveillants des ouvriers, et placés sous l'autorité de deux cent cinquante chefs préposés agissant comme commandants et directeurs, « qui commandaient au peuple ». Remarquons la précision du texte : il n'est pas dit ici « au peuple qui faisait le travail », comme dans le livre des Rois, car en réalité, ils n'accomplissaient pas le travail manuel, mais veillaient seulement à la coupe des arbres.

La fille de Pharaon quitte la cité de David
וְאֶת־בַּת־פַּרְעֹה הֶעֱלָה שְׁלֹמֹה מֵעִיר דָּוִיד לַבַּיִת אֲשֶׁר בָּנָה־לָהּ כִּי אָמַר לֹא־תֵשֵׁב אִשָּׁה לִי בְּבֵית דָּוִיד מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל כִּי־קֹדֶשׁ הֵמָּה אֲשֶׁר־בָּאָה אֲלֵיהֶם אֲרוֹן יְהֹוָה׃ - Salomon fit monter la fille de Pharaon de la cité de David dans la maison qu'il lui avait bâtie, car il dit : Une femme à moi n'habitera pas dans la maison de David, roi d'Israël, car ces lieux sont saints, dès lors qu'y est entrée l'arche de l'Éternel.

Salomon ferma la brèche du Millo et bâtit une maison particulière pour la fille de Pharaon, et le verset nous en révèle ici la raison : il ne voulait pas la laisser dans la cité de David, « car ces lieux sont saints ». Le Radak soulève la difficulté : l'arche de l'Éternel ne se trouvait pourtant pas dans toute la ville, alors pourquoi toutes ces maisons seraient-elles saintes ? Il explique : bien que l'arche de l'Éternel ne se trouvât que dans une seule maison qui lui était consacrée, Salomon considérait l'ensemble des demeures comme sanctifiées du fait que l'arche y avait pénétré. C'est pourquoi il déclara qu'aucune femme ne devait y demeurer, et il alla lui bâtir une maison.

D'autant plus que Salomon savait que la fille de Pharaon n'était pas une personne simple, puisqu'on constate qu'elle continua à pratiquer l'idolâtrie même après qu'il l'eut amenée à Jérusalem. Il ne souhaitait assurément pas laisser une telle personne dans le lieu où reposait l'arche de l'Éternel. C'est pourquoi il l'éloigna de là. Le Radak ajoute : cela ne se fit pas immédiatement ; elle y demeura deux ans jusqu'à l'achèvement de la construction de la maison, et ce n'est qu'une fois la maison terminée qu'il l'y installa et la fit sortir de la cité de David. Tout au long des travaux, elle se trouvait bel et bien à Jérusalem, à l'endroit où reposait l'arche de l'Éternel.

Quant à l'expression du verset : « אשר באה אליהם ארון ה' » (littéralement « où est venue l'arche de l'Éternel », au féminin), il aurait apparemment fallu dire « אשר בא » (au masculin). Le Radak fait remarquer qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner, car nous trouvons parfois l'arche mentionnée au féminin : « וארון האלוקים נלקחה » (« et l'arche de Dieu a été prise », au féminin). On peut suggérer à titre d'explication : aux endroits où l'arche se trouvait dans toute sa force et à sa place légitime, dans le Temple et dans le Tabernacle, elle est désignée au masculin ; en revanche, lorsqu'elle est errante, le texte écrit « l'arche de Dieu a été prise » au féminin, car le féminin exprime toujours un épuisement de force (« vous avez affaibli ma force comme une femme »). Ici également, « où est venue l'arche de l'Éternel », il s'agissait d'un lieu provisoire en attendant son introduction dans le Temple ; c'est pourquoi le verset emploie le féminin, qui traduit pour ainsi dire cette faiblesse passagère.

Le Malbim relève la nuance de formulation : dans le livre des Rois, il est dit : « Mais la fille de Pharaon monta », tandis qu'ici, il est écrit : « Salomon fit monter la fille de Pharaon ». Ezra vient ainsi préciser et apporter plus de détails que le récit des Rois : elle n'est pas montée d'elle-même, c'est Salomon qui l'a fait monter, et Ezra nous en révèle la raison - afin qu'elle ne demeure point là où reposait l'arche de l'Éternel.

Les sacrifices financés par Salomon
אָז הֶעֱלָה שְׁלֹמֹה עֹלוֹת לַיהֹוָה עַל מִזְבַּח יְהֹוָה אֲשֶׁר בָּנָה לִפְנֵי הָאוּלָם׃ - Salomon offrit alors des holocaustes à l'Éternel sur l'autel de l'Éternel qu'il avait édifié devant le portique.
וּבִדְבַר־יוֹם בְּיוֹם לְהַעֲלוֹת כְּמִצְוַת מֹשֶׁה לַשַּׁבָּתוֹת וְלֶחֳדָשִׁים וְלַמּוֹעֲדוֹת שָׁלוֹשׁ פְּעָמִים בַּשָּׁנָה בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻעוֹת וּבְחַג הַסֻּכּוֹת׃ - Selon le devoir de chaque jour, offrant les sacrifices prescrits par Moïse pour les Chabbatot, les néoménies et les solennités, trois fois l'an : à la fête des Matzot, à la fête de Chavouot et à la fête de Soukkot.

Dans le livre des Rois, il est dit que Salomon offrait des sacrifices trois fois par an, et le Malbim y explique que Salomon finançait de sa propre poche les sacrifices des trois fêtes de pèlerinage - trois fois par an, la maison royale prenait à sa charge les frais des fêtes. Mais ici, Ezra vient révéler que dans une étape ultérieure, Salomon prit sur lui les dépenses de tous les sacrifices : aussi bien l'holocauste perpétuel quotidien (le Tamid), que les suppléments (Moussafim) du Chabbat, des néoménies (Raché Chodachim) et des fêtes.

À première vue, cela soulève une difficulté : les sacrifices communautaires doivent en principe provenir des deniers de tout Israël, et c'est précisément dans ce but que l'on collectait le demi-sicle (Mahatsit HaChékel), afin que chacun ait une part dans le sacrifice. Si Salomon a pris sur lui l'ensemble des dépenses, cela aurait pourtant dû provenir des deniers de tout Israël ! On peut cependant expliquer que les fonds du royaume sont considérés comme appartenant à l'ensemble d'Israël. Toute la restriction vise à empêcher qu'un donateur privé ne vienne dire : « Je prends à ma charge toutes les dépenses du sacrifice perpétuel pour une année entière ». À cela, on lui répondrait : « Cela ne t'appartient pas, le Tamid est destiné à la communauté, et chacun doit y avoir sa part ». Mais les fonds de la royauté ne constituent pas une fortune privée. Certes, certains rois se sont égarés en pensant qu'il s'agissait de leur argent personnel - aujourd'hui encore, on entend parler de coups d'État où des dirigeants s'enfuient avec des valises de milliards puisés dans le trésor public, du moins ce qu'ils n'ont pas eu le temps de transférer par des canaux secrets - mais en principe, chacun sait que le trésor royal appartient à la communauté. C'est peut-être là l'explication : les sacrifices étaient bien offerts grâce aux deniers publics, car la fortune royale est l'argent de tout Israël.

Les classes de Cohanim et de Léviim
וַיַּעֲמֵד כְּמִשְׁפַּט דָּוִיד־אָבִיו אֶת־מַחְלְקוֹת הַכֹּהֲנִים עַל־עֲבֹדָתָם וְהַלְוִיִּם עַל־מִשְׁמְרוֹתָם לְהַלֵּל וּלְשָׁרֵת נֶגֶד הַכֹּהֲנִים לִדְבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ וְהַשֹּׁעֲרִים בְּמַחְלְקוֹתָם לְשַׁעַר וָשָׁעַר כִּי כֵן מִצְוַת דָּוִיד אִישׁ־הָאֱלֹהִים׃ - Il établit, selon la règle de David son père, les classes des Cohanim dans leur service, et les Léviim dans leurs charges, pour louer et faire le service en face des Cohanim selon la tâche de chaque jour, ainsi que les portiers selon leurs divisions pour chaque porte ; car tel était le commandement de David, l'homme de Dieu.

Salomon organisa les classes de Cohanim comme l'avait institué David son père, ainsi qu'on l'a vu plus haut : David avait réparti les gardes (Michmarot), et chaque garde officiait à son tour. « Pour louer et faire le service » - le chant faisait partie intégrante du service du Temple. Et que signifie le fait que les Léviim chantent « en face des Cohanim » ? Le terme « Negued » signifie ici vis-à-vis : pendant que les Cohanim officient sur l'autel, les Léviim chantent en face d'eux lors de l'offrande du sacrifice. « Selon la tâche de chaque jour » - chaque jour possède son propre cantique, le Shir chel yom, et ils devaient entonner chaque jour le chant fixé pour ce jour-là. Quant aux portiers, il s'agit des gardiens des portes, ce qui relevait également de la fonction des Léviim, lesquels étaient divisés en chantres et en portiers ; le roi David avait ainsi assigné des gardiens à chaque porte, comme on l'a vu en détail dans le premier livre des Chroniques.

וְלֹא סָרוּ מִצְוַת הַמֶּלֶךְ עַל־הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם לְכָל־דָּבָר וְלָאֹצָרוֹת׃ - Ils ne s'écartèrent en rien du commandement du roi concernant les Cohanim et les Léviim, pour toute chose comme pour les trésors.

Le Radak explique qu'il manque ici la lettre préfixe Mèm (indiquant la provenance), et le sens du verset est donc : ils ne s'écartèrent point du commandement du roi - de ce que le roi avait ordonné aux Cohanim et aux Léviim en toute chose, ainsi qu'au sujet de la gestion des trésors ; ils agirent exactement comme il l'avait prescrit. Le Malbim explique quant à lui que « ne s'écartèrent point » (lo sarou) se rattache à la notion de désobéissance (comme dans « rebelle et insoumis », sorer oumoré), c'est-à-dire qu'ils ne transgressèrent nullement ses ordres et exécutèrent scrupuleusement ses paroles.

וַתִּכֹּן כָּל־מְלֶאכֶת שְׁלֹמֹה עַד־הַיּוֹם מוּסַד בֵּית־יְהֹוָה וְעַד־כְּלֹתוֹ שָׁלֵם בֵּית יְהֹוָה׃ - Toute l'œuvre de Salomon fut ainsi menée à bien, depuis le jour de la fondation de la maison de l'Éternel jusqu'à son achèvement ; la maison de l'Éternel fut parfaite.

Le commentaire attribué à Rachi explique : depuis le jour de sa fondation jusqu'à son achèvement - ce que l'on appelle couramment « des fondations jusqu'au faîte ». Ici encore, le Radak note qu'il manque pour ainsi dire la lettre Mèm, comme s'il fallait lire : « depuis le jour de la fondation de la maison de l'Éternel jusqu'à son achèvement », ce qui signifie que du jour de la pose des fondations jusqu'à son accomplissement final, tout le travail fut exécuté avec rectitude et selon les règles de l'art.

Le Malbim explique : sur le travail accompli jusqu'à la pose des fondations, il est dit « et tout l'ouvrage de Salomon fut affermi jusqu'à ce jour » - car l'on avait préparé tout ce qui était nécessaire aux travaux. Quant à l'ouvrage accompli jusqu'à son achèvement, il est dit : « la maison de l'Éternel fut achevée », car il a mené la Maison à sa perfection. Et comme cela est également mentionné dans les Rois : « et il acheva la Maison », c'est-à-dire qu'il la paracheva : de même qu'il construisit le Temple, il le compléta également en pourvoyant à tous ses besoins, et comme nous l'avons vu plus haut, il finança aussi les sacrifices. C'est le sens de « et il acheva la Maison » - il en paracheva la vocation même, non seulement l'édifice, mais aussi son fonctionnement régulier par le biais des sacrifices qu'il finança intégralement.

La flotte de Salomon et l'or d'Ophir
אָז הָלַךְ שְׁלֹמֹה לְעֶצְיוֹן־גֶּבֶר וְאֶל־אֵילוֹת עַל־שְׂפַת הַיָּם בְּאֶרֶץ אֱדוֹם׃ - Alors Salomon se rendit à Etsyon-Guéver et à Eiloth, sur le rivage de la mer, au pays d'Édom.

Il y avait là-bas des villes, à Etsyon-Guéver et à Eiloth, et Salomon s'empara de ces villes et y construisit des vaisseaux (« oni »). C'est dans ce but qu'il alla conquérir ces contrées, afin d'y établir une flotte maritime.

וַיִּשְׁלַח־לוֹ חוּרָם בְּיַד־עֲבָדָיו אֳנִיּוֹת וַעֲבָדִים יוֹדְעֵי יָם וַיָּבֹאוּ עִם־עַבְדֵי שְׁלֹמֹה אוֹפִירָה וַיִּקְחוּ מִשָּׁם אַרְבַּע־מֵאוֹת וַחֲמִשִּׁים כִּכַּר זָהָב וַיָּבִיאוּ אֶל־הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה׃ - Et Houram lui envoya, par l'entremise de ses serviteurs, des navires et des serviteurs connaissant la mer ; ils allèrent avec les serviteurs de Salomon à Ophir, y prirent quatre cent cinquante talents d'or, et les apportèrent au roi Salomon.

Hiram lui envoie par ses serviteurs des navires ainsi que des marins capables de les manœuvrer, « des serviteurs connaissant la mer », car cela requiert une véritable expertise. Ils se rendent à Ophir, un lieu réputé pour ses immenses gisements d'or, en rapportent quatre cent cinquante talents d'or et les remettent au roi Salomon.

Tant le Radak que le Malbim soulignent qu'il est écrit dans le livre des Rois « quatre cent vingt talents ». On aurait pu faire observer avec humour qu'à l'époque d'Ezra, avec l'inflation, cela représentait déjà quatre cent cinquante ! Mais plus sérieusement, tous deux s'accordent sur la même explication : les trente talents correspondaient aux frais de route. Il s'avère donc qu'ici le texte parle en brut, et là-bas en net : le montant brut était de quatre cent cinquante talents, mais trente talents furent déduits pour les frais de voyage et le salaire des marins. C'est pourquoi le livre des Rois ne mentionne que quatre cent vingt talents, sans compter les trente talents de dépenses.

En résumé :

Au chapitre 8, nous avons vu Salomon au terme de vingt années de construction : l'échange des villes avec Hiram et l'installation des enfants d'Israël dans celles-ci, la conquête de Hamath-Tsova et la construction de Tadmor, de Beth-Horon et des autres villes fortifiées et villes d'entrepôt - et tout cela seulement après avoir achevé la Maison de l'Éternel et son propre palais, car il refusait de se consacrer à d'autres projets tant que le Temple était en construction. Nous avons vu le reproche concernant le maintien des sept nations dans le pays, la répartition des tâches entre Israël et les résidents étrangers, l'éloignement de la fille de Pharaon du lieu où avait pénétré l'Arche de l'Éternel, les sacrifices financés par Salomon sur le trésor royal, l'instauration des classes de Cohanim, de Léviim et de portiers selon l'ordre de David, et enfin la flotte établie à Etsyon-Guéver et l'or rapporté d'Ophir. Tout cela participe de la formule « et tout l'ouvrage de Salomon fut affermi » - non seulement la construction du Temple, mais aussi son parfait accomplissement et son fonctionnement régulier.