Le chapitre 27 du premier livre des Chroniques poursuit la description de l'organisation du royaume mise en place par le roi David. Si les chapitres précédents nous ont présenté les divisions des Cohanim, des Léviim, des chantres et des portiers, nous découvrons ici le système militaro-civil : la répartition d'Israël en douze divisions servant le roi mois par mois, la liste des princes des tribus, et enfin celle des intendants des biens royaux et des conseillers. L'ensemble du chapitre montre à quel point le royaume de David reposait sur l'ordre et la planification, chaque domaine étant confié à un expert en la matière.
וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל לְמִסְפָּרָם רָאשֵׁי הָאָבוֹת וְשָׂרֵי הָאֲלָפִים וְהַמֵּאוֹת וְשֹׁטְרֵיהֶם הַמְשָׁרְתִים אֶת־הַמֶּלֶךְ לְכֹל דְּבַר הַמַּחְלְקוֹת הַבָּאָה וְהַיֹּצֵאת חֹדֶשׁ בְּחֹדֶשׁ לְכֹל חׇדְשֵׁי הַשָּׁנָה הַמַּחֲלֹקֶת הָאַחַת עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ - Quant aux enfants d'Israël selon leur dénombrement, les chefs de famille, les officiers de milliers et de centaines, ainsi que leurs préposés au service du roi pour toutes les affaires des divisions, qui entraient et sortaient mois par mois pour tous les mois de l'année, chaque division était de vingt-quatre mille hommes.
Ici, le roi divise Israël en douze contingents, chacun devant pourvoir aux besoins du roi et le servir durant un mois de l'année. Le texte nous fait connaître le nombre d'hommes en service chaque mois ainsi que les responsables placés à leur tête.
Le Malbim remarque que l'expression « selon leur dénombrement, les chefs de famille » fait écho à ce qu'enseignent nos Sages dans les trente-deux règles d'exégèse de Rabbi Éliézer, fils de Rabbi Yossé HaGlili, afin de résoudre une contradiction apparente entre les versets : dans le livre de Samuel, le dénombrement s'élève à huit cent mille hommes, tandis que dans les Chroniques, il s'élève à un million cent mille. La différence est de trois cent mille hommes - d'où proviennent-ils ? La réponse est que dans Samuel, les hommes au service direct du roi ne furent pas comptés, c'est-à-dire les douze divisions de vingt-quatre mille hommes (ce qui donne deux cent quatre-vingt-huit mille) auxquelles s'ajoutent douze mille princes d'Israël. Cela fait exactement trois cent mille, soit la différence exacte constatée.
« Entrant et sortant mois par mois » - le commentaire attribué à Rachi explique qu'Israël était réparti en douze groupes, et que chaque groupe servait le roi pendant un mois, subvenant à toutes les dépenses nécessaires au fonctionnement de la cour royale, à l'instar de ce qui est écrit dans le livre des Rois : « Salomon avait douze intendants sur tout Israël, qui pourvoyaient à l'entretien du roi et de sa maison ». Ils étaient également prêts à combattre pour lui et à accomplir toute tâche requise durant ce mois. En quelque sorte, tout comme il existe de nos jours une mobilisation de réservistes ou un service militaire régulier, il y avait alors une conscription mensuelle : chaque mois, des citoyens étaient mobilisés avec pour mission de servir le roi.
Le commentaire attribué à Rachi ajoute que le roi David choisit délibérément des hommes vaillants et fortunés, capables de quitter leurs affaires personnelles pour se consacrer à celles du souverain. Les pauvres du peuple devaient assurer leur subsistance quotidienne, et comment auraient-ils pu se libérer pour venir servir ? À cette époque, un homme qui ne travaillait pas un jour donné n'avait rien à manger ce jour-là. Il terminait sa journée de labeur et allait acheter sa nourriture. Même un jour de jeûne, les échoppes restaient ouvertes jusqu'au soir, faute de quoi on ne trouvait rien pour rompre le jeûne. Rien de comparable avec notre époque où l'on dispose d'un réfrigérateur, d'un garde-manger ou d'un congélateur. Il n'y avait rien d'avance, et l'argent manquait tout autant. Ce que l'on gagnait le jour même - comme ce demi-trupaïque pour le gardien du Beth Hamidrach et l'autre moitié pour nourrir sa famille - était dépensé aussitôt. Il n'y avait ni banques, ni épargne, ni rien de semblable.
À tel point que nos Sages décrivent le cas d'un homme qui n'a pas les moyens d'acheter une bougie de Hanoucca et enseignent qu'il doit vendre son habit pour cela. Où voyons-nous aujourd'hui une misère telle qu'un indigent ne possède pas de quoi s'offrir une simple bougie ? Combien coûte une bougie - quelques centimes ? Et même si cela représentait une pièce modeste à l'époque, il ne la possédait même pas. La pauvreté était extrême. C'est pourquoi le roi David n'enrôlait pas de telles personnes pour gérer ses affaires ; il leur laissait toute latitude pour assurer leur subsistance et choisissait des hommes aisés, en mesure de consacrer du temps au service royal. De plus, c'était pour ces derniers un immense honneur - l'insigne privilège de servir le souverain et de paraître en sa présence.
עַל הַמַּחֲלֹקֶת הָרִאשׁוֹנָה לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן יָשׇׁבְעָם בֶּן־זַבְדִּיאֵל וְעַל מַחֲלֻקְתּוֹ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ מִן־בְּנֵי־פֶרֶץ הָרֹאשׁ לְכׇל־שָׂרֵי הַצְּבָאוֹת לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן׃ - À la tête de la première division pour le premier mois se trouvait Yachov'am ben Zavdiel, et sa division comptait vingt-quatre mille hommes. Descendant des fils de Pérets, il était le chef de tous les chefs d'armée pour le premier mois.
Le responsable de la première division, celle qui était de service durant le premier mois, s'appelait Yachov'am, et l'expression « sur sa division » signifie que les hommes placés sous ses ordres étaient au nombre de vingt-quatre mille. Yachov'am descendait de Pérets, et il était à la tête des douze commandants d'armée. Le commentaire attribué à Rachi précise que c'est précisément en raison de son ascendance issue de Pérets que David l'établit chef suprême : en effet, la descendance de Pérets constitue la souche de la royauté, et David lui confia donc la charge de diriger les douze chefs de division.
וְעַל מַחֲלֹקֶת הַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי דּוֹדַי הָאֲחוֹחִי וּמַחֲלֻקְתּוֹ וּמִקְלוֹת הַנָּגִיד וְעַל מַחֲלֻקְתּוֹ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ - À la tête de la division du deuxième mois se trouvaient Dodaï l'Ahohite, avec sa division, et Miklot l'officier en chef ; et sa division comptait vingt-quatre mille hommes.
À partir d'ici, le texte détaille mois par mois qui commandait chaque division. « Dodaï l'Ahohite » : il ne s'agit pas de l'oncle de quelqu'un, mais de son nom propre, et « l'Ahohite » renvoie vraisemblablement à son lieu d'origine. « Avec sa division » : le corps d'armée qui servait à ses côtés. « Et Miklot le chef » : celui qui lui prêtait main-forte. Remarquez que la lettre Vav de « Oumiklot » fait partie intégrante du nom propre et n'est pas une simple conjonction de coordination (« et ») ; il s'appelait bel et bien Oumiklot le chef.
שַׂר הַצָּבָא הַשְּׁלִישִׁי לַחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי בְּנָיָהוּ בֶן־יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן רֹאשׁ וְעַל מַחֲלֻקְתּוֹ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ הוּא בְנָיָהוּ גִּבּוֹר הַשְּׁלֹשִׁים וְעַל־הַשְּׁלֹשִׁים וּמַחֲלֻקְתּוֹ עַמִּיזָבָד בְּנוֹ׃ - Le troisième chef d'armée pour le troisième mois était Benaïahou, fils du Cohen Yehoyada, qui était un chef ; et sa division comptait vingt-quatre mille hommes. C'est ce Benaïahou, vaillant guerrier parmi les Trente et placé au-dessus des Trente ; et dans sa division se trouvait son fils Amizavad.
Benaïahou fils de Yehoyada était à la tête des trente vaillants guerriers, et c'est pour cette raison qu'il est désigné comme « chef d'armée », titre qui n'est pas mentionné pour les autres. « Le Cohen chef » : chef des Cohanim, Grand Prêtre, comme nous l'avons vu plus haut avec l'expression « et Yehoyada, prince de la maison d'Aharon ». Il commandait également les Kérétiens et les Pélétiens ; plusieurs explications ont déjà été apportées quant à leur identité, et au sens littéral, il s'agissait des troupes d'élite dont il avait la direction. « C'est ce Benaïahou, vaillant parmi les Trente » : il faisait partie des trente guerriers d'élite de David ; « et au-dessus des Trente » : il en était le général en chef. « Et sa division » : celui qui partageait cette fonction avec lui, à savoir son fils Amizavad, qui servait à ses côtés et sous ses ordres.
הָרְבִיעִי לַחֹדֶשׁ הָרְבִיעִי עֲשָׂהאֵל אֲחִי יוֹאָב וּזְבַדְיָה בְנוֹ אַחֲרָיו וְעַל מַחֲלֻקְתּוֹ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ - Le quatrième pour le quatrième mois était Assahel, frère de Yoav, et après lui son fils Zevadiah ; et sa division comptait vingt-quatre mille hommes.
Assahel fut tué au tout début du règne, et David nomma donc son fils Zevadiah pour lui succéder au commandement militaire. On s'en souvient, Assahel avait été tué par Avner : il l'avait pris en chasse parce qu'il était rapide à la course, et nous avions alors étudié l'explication du Malbim selon laquelle cette rapidité traduisait aussi une certaine témérité, puisqu'il s'était hâté de poursuivre un guerrier bien plus fort que lui. Avner l'avait expressément mis en garde en affirmant qu'il ne souhaitait pas lui porter atteinte : « Comment pourrais-je ensuite lever mon visage devant ton frère ? » Mais Assahel refusa d'abandonner et s'obstina à le poursuivre, jusqu'à ce qu'Avner le frappe mortellement à l'abdomen. Et comme Assahel n'avait exercé cette fonction que peu de temps, David désigna son fils Zevadiah pour lui succéder à la tête de son corps d'armée.
הַחֲמִישִׁי לַחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי הַשַּׂר שַׁמְהוּת הַיִּזְרָח וְעַל מַחֲלֻקְתּוֹ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ - Le cinquième pour le cinquième mois était le chef Chamhout le Yizra'hite ; et sa division comptait vingt-quatre mille hommes.
« Le Yizra'hite » renvoie au Zar'hite, issu de la famille de Zéra'h, car il y a la famille de Pérets et celle de Zéra'h. L'Écriture continue ainsi son énumération : le sixième pour le sixième mois est 'Ira, fils d'Ikkèch, le Tekoïte ; le septième est 'Hélèts le Pelonite, des enfants d'Éphraïm ; le huitième est Sibekhaï le 'Houchatite pour les Zar'hites, ici encore issu de la famille de Zéra'h fils de Yehouda ; le neuvième est Avi'ézer l'Anatotite, pour les Benjaminites ; le dixième est Maharai le Netophatite pour les Zar'hites ; le onzième est Benaïa le Pir'atonite, des enfants d'Éphraïm ; et le douzième est 'Heldaï le Netophatite, pour Otniel. Et pour chacun d'eux, « et sur sa division, vingt-quatre mille ».
הַשְּׁנֵים עָשָׂר לִשְׁנֵים עָשָׂר הַחֹדֶשׁ חֶלְדַּי הַנְּטוֹפָתִי לְעׇתְנִיאֵל וְעַל מַחֲלֻקְתּוֹ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה אָלֶף׃ - Le douzième pour le douzième mois était 'Heldaï le Netophatite, pour Otniel, et sa division comptait vingt-quatre mille hommes.
« 'Heldaï le Netophatite, pour Otniel » - le Radak explique qu'il était issu de la famille d'Otniel ben Kenaz.
וְעַל שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל לָראוּבֵנִי נָגִיד אֱלִיעֶזֶר בֶּן־זִכְרִי לַשִּׁמְעוֹנִי שְׁפַטְיָהוּ בֶּן־מַעֲכָה׃ - Et sur les tribus d'Israël : pour les Rubénites, le chef était Éliézer fils de Zikhri ; pour les Siméonites, Chefatiahou fils de Ma'akha.
Le Radak explique : jusqu'ici, le texte a décrit les chefs des divisions militaires, et à partir d'ici, il énumère les chefs qui étaient à la tête des tribus, le prince de chaque tribu. Pour Ruben - Éliézer fils de Zikhri ; pour Siméon - Chefatiahou fils de Ma'akha ; pour Lévi - 'Hachavia fils de Kemouël, et pour Aaron - Tsadok ; pour Yehouda - Élihou, des frères de David ; pour Issakhar - Omri fils de Mikhaël ; pour Zabulon - Yichma'yahou fils d'Ovadiahou ; pour Nephtali - Yerimot fils d'Azriel ; pour les enfants d'Éphraïm - Hoché'a fils d'Azaziahou ; pour la demi-tribu de Manassé - Yoël fils de Pedaïa.
לַחֲצִי הַמְנַשֶּׁה גִּלְעָדָה יִדּוֹ בֶּן־זְכַרְיָהוּ לְבִנְיָמִן יַעֲשִׂיאֵל בֶּן־אַבְנֵר׃ - Pour la demi-tribu de Manassé en Guilad : Iddo fils de Zekhariahou ; pour Benjamin : Ya'assiel fils d'Abner.
« En Guilad » - ce sont ceux qui résident au pays de Guilad, en Transjordanie. La tribu de Manassé étant divisée en deux, il y avait un responsable pour la demi-tribu installée en terre d'Israël et un autre responsable pour la demi-tribu située sur la rive orientale du Jourdain. Et enfin : « Pour Dan, Azarel fils de Yero'ham. Tels étaient les princes des tribus d'Israël ».
וְלֹא־נָשָׂא דָוִיד מִסְפָּרָם לְמִבֶּן עֶשְׂרִים שָׁנָה וּלְמָטָּה כִּי אָמַר יְהֹוָה לְהַרְבּוֹת אֶת־יִשְׂרָאֵל כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמָיִם׃ - David ne fit pas le décompte de ceux qui étaient âgés de vingt ans et au-dessous, car l'Éternel avait promis de multiplier Israël comme les étoiles du ciel.
Tous ceux que David recensa ne le furent qu'à partir de vingt ans et plus, et il ne compta point les jeunes de moins de vingt ans. Il en ressort que ces vingt-quatre mille hommes de chaque division avaient plus de vingt ans. Et la raison en est : « car l'Éternel avait promis de multiplier Israël comme les étoiles du ciel », à l'instar de ce qui est dit : « ta descendance ne sera point comptée ».
יוֹאָב בֶּן־צְרוּיָה הֵחֵל לִמְנוֹת וְלֹא כִלָּה וַיְהִי בָזֹאת קֶצֶף עַל־יִשְׂרָאֵל וְלֹא עָלָה הַמִּסְפָּר בְּמִסְפַּר דִּבְרֵי־הַיָּמִים לַמֶּלֶךְ דָּוִיד׃ - Yoav, fils de Tserouya, commença le dénombrement sans l'achever, car cela suscita de la colère contre Israël, et ce chiffre ne fut pas consigné dans le registre des Chroniques du roi David.
Le Radak explique que tous ceux que David dénombre ici ne font pas partie de ceux que Yoav avait comptés, car Yoav avait commencé à recenser tout Israël sans achever la tâche. Il avait même commencé à compter à partir des enfants, comme nous allons le voir immédiatement, et deux tribus n'avaient pas été comptées du tout, « car la parole du roi répugnait à Yoav », comme nous l'avons vu plus haut. « Et cela suscita de la colère contre Israël » - c'est pourquoi il n'acheva pas le recensement, afin que ce ne soit pas un compte complet et scellé.
Le Malbim, comme nous l'avons étudié en détail dans Samuel II au chapitre 24, explique que l'intention de David était de compter aussi ceux qui avaient moins de vingt ans, et son but était d'inscrire leurs noms - comme c'est l'usage aujourd'hui dans les pays européens, où le nom de chaque nouveau-né et de chaque défunt est connu, et où le souverain dispose d'un registre très précis de tous les habitants du royaume. Et pourquoi David avait-il besoin d'une telle démarche ? Parce qu'après les révoltes dirigées contre lui, David craignait fort qu'au moment de l'ordre d'appel, il n'ait point d'armée à sa disposition. Nous constatons en effet qu'à l'époque de Saül, celui-ci dénombra une fois le peuple et ils étaient trois cent mille, et lors d'une autre guerre il le dénombra et ils étaient deux cent mille - le Malbim explique que cent mille hommes n'étaient pas partis au combat. David craignait que sa propre situation ne se fût affaiblie et qu'au moment d'exiger une armée, les hommes fassent défaut.
De nos jours, il existe des registres nominatifs, et chaque citoyen reçoit un ordre de mobilisation chez lui lorsqu'il atteint l'âge de la conscription. Autrefois, rien de tel n'existait : on ignorait qui était là, combien ils étaient, combien étaient nés et combien étaient en vie. Face à cette réalité, David voulut instaurer un recensement nominatif qui lui permettrait, au moment de l'appel, de mobiliser les hommes et de les incorporer dans l'armée. C'est contre cela que s'éleva la colère divine, car le dénombrement individuel, et qui plus est dès le jeune âge, est formellement proscrit par la Torah : il est permis de connaître le nombre global, mais non les détails individuels. Le Malbim avance plusieurs explications sur ce passage, et en voici une : David voulait les identifier nom après nom, et les dénombra dès leur plus jeune âge.
C'est pourquoi « David ne releva point le compte de ceux de vingt ans et au-dessous » - après la survenue du fléau, David ne compta plus les moins de vingt ans. S'il les avait également dénombrés, il aurait disposé d'un compte exact de tous, mais il ne voulut pas réitérer la même faute. C'est en ce sens qu'il est dit que Yoav « commença à compter sans achever » : dès que la plaie et le courroux divin se déclenchèrent, il ne poursuivit pas et n'acheva pas le recensement comme prévu. Et par là, le verset fait également allusion à ce que nos Sages ont enseigné : dans le décompte du livre de Samuel, Lévi et Benjamin manquent à l'appel - Yoav ne transmit point à David tous ceux qui avaient été recensés, parce que cette entreprise avait provoqué la colère divine.
וְעַל אֹצְרוֹת הַמֶּלֶךְ עַזְמָוֶת בֶּן־עֲדִיאֵל וְעַל הָאֹצָרוֹת בַּשָּׂדֶה בֶּעָרִים וּבַכְּפָרִים וּבַמִּגְדָּלוֹת יְהוֹנָתָן בֶּן־עֻזִּיָּהוּ׃ - Et sur les trésors du roi était Azmaveth, fils d'Adiel ; et sur les magasins dans la campagne, dans les villes, dans les villages et dans les forteresses : Yehonathan, fils d'Ouziya.
« Les trésors du roi » - les réserves d'argent et d'or. Tout ce luxe de détails, observe le commentaire attribué à Rachi, vise à dépeindre la grandeur de David : même pour celui qui avait la charge de ses ânesses - voyez quels trésors ! « Les magasins dans la campagne » - ce qui pousse dans les champs, les récoltes de vin et d'huile, les vivres et les boissons. « Dans les villes » - il s'agit des cinq cités royales et de leurs tours de garde, placées sous la responsabilité de Yehonathan, fils d'Ouziya.
וְעַל עֹשֵׂי מְלֶאכֶת הַשָּׂדֶה לַעֲבֹדַת הָאֲדָמָה עֶזְרִי בֶּן־כְּלוּב׃ - Et sur les ouvriers des champs pour le travail de la terre : Ezri, fils de Kelouv.
« Les ouvriers des champs » - ceux qui labouraient la terre. Ezri, fils de Kelouv, était préposé à leur ordonner de labourer, leur fournissait le bétail et les instruments aratoires, et répondait d'eux. Cela ne signifie pas qu'il labourait lui-même, mais qu'il dirigeait ce service.
וְעַל־הַכְּרָמִים שִׁמְעִי הָרָמָתִי וְעַל שֶׁבַּכְּרָמִים לְאֹצְרוֹת הַיַּיִן זַבְדִּי הַשִּׁפְמִי׃ - Et sur les vignes : Chim'i le Ramatite ; et sur ce qui, dans les vignes, était destiné aux réserves de vin : Zavdi le Chifmite.
Le Radak souligne : Chim'i avait la charge des vignobles jusqu'à la cueillette du raisin, c'est-à-dire du travail de la vigne ; et à partir de la vendange, c'est Zavdi qui était préposé à la récolte des fruits et des raisins, ce qui correspond à la fonction « pour les réserves de vin ».
וְעַל־הַזֵּיתִים וְהַשִּׁקְמִים אֲשֶׁר בַּשְּׁפֵלָה בַּעַל חָנָן הַגְּדֵרִי וְעַל־אֹצְרוֹת הַשֶּׁמֶן יוֹעָשׁ׃ - Sur les oliviers et les sycomores de la Shéfélah veillait Baal-Hanan de Guéder ; et sur les réserves d'huile, Yoash.
Les « chikmim » (sycomores) sont une espèce de figuiers qui poussent dans la plaine, comme il est dit : « comme les sycomores qui sont en abondance dans la Shéfélah » (Divrei HaYamim II, chapitre 9). Baal-Hanan le Gedérite en avait la charge. Le responsable des oliviers s'occupait à la fois de leur plantation et de la récolte des olives, tandis qu'après la récolte et l'extraction de l'huile, le responsable des entrepôts était un autre homme, nommé Yoash.
וְעַל־הַבָּקָר הָרֹעִים בַּשָּׁרוֹן שִׁרְטַי הַשָּׁרוֹנִי וְעַל־הַבָּקָר בָּעֲמָקִים שָׁפָט בֶּן־עַדְלָי׃ - Et sur le gros bétail qui paissait dans le Sharon : Shirtaï le Sharonite ; et sur le gros bétail dans les vallées : Shafat, fils d'Adlaï.
Sur le bétail paissant dans le Sharon, c'est précisément Shirtaï le Sharonite qui fut nommé, car il en maîtrisait tous les aspects : étant originaire du Sharon, il était expert dans l'élevage de ce bétail. On voit ici la méthode de David : chaque domaine était confié à celui qui y excellait.
וְעַל־הַגְּמַלִּים אוֹבִיל הַיִּשְׁמְעֵלִי וְעַל־הָאֲתֹנוֹת יֶחְדְּיָהוּ הַמֵּרֹנֹתִי׃ - Et sur les chameaux : Ovil l'Ismaélite ; et sur les ânesses : Yéhedyahou le Méronotite.
Le commentaire attribué à Rashi explique : « L'Ismaélite » - celui qui comprend et connaît parfaitement la nature et le soin des chameaux. La question se pose alors de savoir s'il appartenait aux enfants d'Israël ou aux descendants d'Ismaël. Le Radak explique qu'il s'agissait d'un Juif résidant sur la terre des descendants de Hagar, et qu'il était donc surnommé « l'Ismaélite », à l'image d'Oved-Edom le Gittite ou de Yitra l'Ismaélite : cela ne signifie pas qu'ils descendaient d'Ismaël, mais qu'ils habitaient en terre d'Ismaël. C'est exactement comme lorsqu'on dit aujourd'hui : « Réouven le Polonais », « Chimon le Marocain » ou « David le Yéménite » - sont-ils pour autant non-juifs ? Non, simplement l'un est originaire de Pologne, l'autre du Yémen et le troisième du Maroc.
Mais le Malbim n'est pas de cet avis. Selon lui, « le Méronotite », « le Hagrite » et « l'Ismaélite » étaient véritablement des étrangers, selon le verset : « Des étrangers se tiendront là et feront paître vos troupeaux ». Ils maîtrisaient ce métier et étaient des non-juifs. Et qu'on ne s'étonne pas de voir David intégrer des non-juifs dans ses départements : c'est le texte même de l'Écriture qui l'annonce : « Des étrangers se tiendront là et feront paître vos troupeaux ».
וְעַל־הַצֹּאן יָזִיז הַהַגְרִי כׇּל־אֵלֶּה שָׂרֵי הָרְכוּשׁ אֲשֶׁר לַמֶּלֶךְ דָּוִיד׃ - Et sur le petit bétail : Yaziz le Hagrite. Tous ceux-là étaient les intendants des biens du roi David.
Les Hagrites vivaient sous la tente dans les champs et le pâturage était leur spécialité ; c'est pourquoi David l'établit sur le petit bétail. Et que signifie « les intendants des biens du roi David » ? Le Metsoudat David explique que « rekhoush » (biens) est un terme générique englobant tout : l'argent, l'or, le bétail, tous les biens meubles et les champs. Tout ce qui appartenait au roi David - et ceux-là étaient les intendants des biens, terme collectif pour tous les responsables mentionnés jusqu'ici.
וִיהוֹנָתָן דּוֹד־דָּוִיד יוֹעֵץ אִישׁ־מֵבִין וְסוֹפֵר הוּא וִיחִיאֵל בֶּן־חַכְמוֹנִי עִם־בְּנֵי הַמֶּלֶךְ׃ - Et Yehonatan, oncle de David, était conseiller, homme sage et scribe ; et Yehiel, fils de Hakhmoni, était auprès des fils du roi.
Yehonatan, l'oncle de David, était conseiller du roi, « homme sage et scribe ». Que signifie « scribe » (sofer) ? Il s'agit d'un sage, d'un talmid hakham, selon l'expression de nos Sages : « Le scribe récite la bénédiction et l'ignorant s'en acquitte ». Quant à « Yehiel, fils de Hakhmoni, était auprès des fils du roi », le Radak explique qu'il les instruisait et les élevait, c'est-à-dire qu'il était le précepteur des fils du roi. Tout comme aujourd'hui encore, dans les cours royales, des personnes sont chargées d'éduquer les princes : leur enseigner les bonnes manières et l'étiquette, leur transmettre le savoir, leur apprendre les relations humaines et les initier aux usages de la royauté. Telle était la fonction de Yehiel, fils de Hakhmoni.
וַאֲחִיתֹפֶל יוֹעֵץ לַמֶּלֶךְ וְחוּשַׁי הָאַרְכִּי רֵעַ הַמֶּלֶךְ׃ - Et A'hitofel était conseiller du roi, et 'Houshaï l'Arki était le compagnon du roi.
A'hitofel était le conseiller du roi, et comme chacun le sait, jusqu'à la rébellion, son conseil était tenu en aussi haute estime que la consultation des Ourim VéToumim, comme si l'on interrogeait la parole d'Hachem. Remarquons que le texte suit ici un ordre précis : au départ, A'hitofel était le conseiller du roi, mais il n'était pas le compagnon du roi. Nous avons déjà mentionné qu'A'hitofel nourrissait un très lourd grief contre David et lui vouait une haine viscérale, car David avait pris sa petite-fille, Bath-Chéva, fille d'Eliam fils d'A'hitofel. Il ne le pardonna jamais à David, et c'est pourquoi, dès que l'étendard de la révolte fut levé, A'hitofel fut parmi les premiers conjurés à prêter main-forte pour renverser David. À cela s'ajoutait sa jalousie envers la grandeur de David, sa sagesse, le fait que la halakha était fixée selon lui en tout domaine, et sa royauté - car à ses yeux, un homme doté de conseils aussi avisés que les siens méritait d'être lui-même roi. C'est également pour cette raison qu'il tenta de faire trébucher David.
En revanche, 'Houshaï l'Arki est qualifié de « compagnon du roi ». Qu'est-ce qu'un compagnon du roi ? Le Metsoudat David explique : celui qui siège en permanence avec le roi pour converser et se réjouir avec lui. Il était son confident, son ami intime et son familier - l'homme qui se tenait dans la plus grande proximité avec le roi.
Le commentaire attribué à Rachi rapporte du Midrach Rabba que lorsque David pécha dans l'affaire de Bath-Chéva, il demanda à 'Houshaï l'Arki : s'il faisait techouva, le Saint, béni soit-Il, l'agréerait-Il et accorderait-Il une guérison (aroukha) à sa faute ? 'Houshaï lui répondit : oui. Il s'avère donc que le titre de « compagnon du roi » ne relève pas d'une simple proximité matérielle, mais d'un lien spirituel profond avec le roi : lorsque David voulut faire techouva, c'est vers 'Houshaï qu'il se tourna pour savoir si Hachem accepterait son repentir, et 'Houshaï lui répondit par l'affirmative. C'est là toute la portée de l'homélie sur le texte : « HaArki », issu du terme aroukha - la guérison, comme dans l'expression « et le rétablissement progressera » (veta'al aroukha) - car il lui dit : il y a une guérison pour tes fautes, monseigneur le roi.
וְאַחֲרֵי אֲחִיתֹפֶל יְהוֹיָדָע בֶּן־בְּנָיָהוּ וְאֶבְיָתָר וְשַׂר־צָבָא לַמֶּלֶךְ יוֹאָב׃ - Et après A'hitofel vinrent Yehoyada fils de Benayahou, et Evyatar ; et le chef de l'armée du roi était Yoav.
« Après A'hitofel » - après la mort d'A'hitofel, les conseillers du roi furent Yehoyada fils de Benayahou et Evyatar, et le chef de l'armée était Yoav. Après le trépas d'A'hitofel, ce furent eux qui lui succédèrent.
Le chapitre 27 déploie sous nos yeux l'appareil monarchique de David dans toutes ses composantes : douze divisions de vingt-quatre mille hommes se relayant au service du roi mois par mois, dirigées par des officiers d'élite avec à leur tête Yachov'am, descendant de Pérets - la souche royale ; les princes des tribus, chacun à la tête de sa tribu ; les intendants des biens préposés aux trésors, aux champs, aux vignes, aux oliviers, au gros bétail, aux chameaux et au petit bétail, chaque domaine étant confié à un expert en la matière ; et enfin les conseillers, l'éducateur et les intimes du roi. Au cœur de cette organisation se dégage également un enseignement : David tira la leçon de la colère divine consécutive au dénombrement et s'abstint désormais de recenser les moins de vingt ans, car la bénédiction d'Israël est d'être semblable aux étoiles du ciel qu'on ne saurait dénombrer.