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Chapitre 2 - Généalogie de la tribu de Yehouda - Deuxième partie

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Introduction

Le chapitre 2 de Divré HaYamim poursuit la chaîne généalogique, et se concentre principalement sur la lignée de la tribu de Yehouda jusqu'au roi David. Dans cette partie, nous étudierons les fils de 'Hetsron, la dynastie allant de Ram jusqu'à David, le dénombrement des fils de Yichaï, les sœurs de David et leurs fils, ainsi que les enfants et les épouses de Calev fils de 'Hetsron. Nous suivrons l'ordre des versets à la lumière des commentaires du Malbim, du pseudo-Rachi, du Radak et du Targoum.

« Et Keloubaï » - Qui est Keloubaï ?
וּבְנֵי חֶצְרוֹן אֲשֶׁר נוֹלַד־לוֹ אֶת־יְרַחְמְאֵל וְאֶת־רָם וְאֶת־כְּלוּבָי׃ - Et les fils de 'Hetsron qui lui naquirent : Yera'hmeel, Ram et Keloubaï.

Le commentaire attribué à Rachi explique que Keloubaï n'est autre que Calev, comme on le voit plus loin dans le verset : « Et Calev, fils de 'Hetsron ». De même, dans le livre de Samuel, il est dit à propos de Naval : « et il était calébite », ce que le Targoum traduit par « de la maison de Calev ». Le pseudo-Rachi ajoute que cet homme tirait vanité de sa personne et se glorifiait de son ascendance, prétendant qu'il n'existait dans toutes les tribus d'Israël personne d'aussi noble que lui, et qu'il était le plus digne de la royauté. C'était là son orgueil, et lorsqu'il vit la royauté échoir à David, cela l'irrita au plus haut point. C'est ainsi qu'il s'exprima contre David : « Qui est David et qui est le fils de Yichaï ? Aujourd'hui, nombreux sont les serviteurs qui s'insurgent contre leurs maîtres ! » Qu'est-ce qui le dérangeait tant ? « Pourquoi la royauté ne m'est-elle pas revenue ? Pourquoi est-ce David qui a été oint ? » Et pourquoi le méprisait-il ? Parce que David descendait de Ruth la Moabite. En quelque sorte, il pensait qu'il y avait eu une méprise et que l'on s'était trompé d'adresse, mais qu'en réalité, c'était lui qui devait être roi. C'est pour cette raison qu'il est appelé Keloubaï, car il descendait de cette lignée princière.

« Qui lui naquirent » - Trois explications selon le Malbim

Le Malbim s'interroge sur cette formulation : le texte aurait simplement dû dire « Et les fils de 'Hetsron : Yera'hmeel, Ram et Keloubaï », que signifie donc « qui lui naquirent » ? Première explication : au verset 21, nous verrons que 'Hetsron eut d'autres fils que lui enfanta la fille de Makhir, mais ces enfants ne furent pas rattachés à la lignée de 'Hetsron, mais à celle de Menaché. C'est pourquoi il est précisé « qui lui naquirent », c'est-à-dire ceux qui lui sont généalogiquement rattachés et portent son nom, par opposition à ceux qui se rattachèrent à la maison de Menaché.

Deuxième explication : au verset 24, il apparaît que des fils lui sont également nés après sa mort, sa femme étant enceinte au moment de sa disparition. Le texte précise donc « qui lui naquirent » pour désigner ceux qui sont nés de son vivant ; quant aux autres, ils ne sont pas mentionnés ici, car ils ne sont nés qu'après son décès.

Troisième explication : l'expression « nolad lo ète Yera'hmeel » vient inclure également ses petits-enfants, qu'il a engendrés par l'intermédiaire de ses fils. Si le texte avait seulement voulu dire que Yera'hmeel lui était né, il aurait écrit « Ouvné 'Hetsron Yera'hmeel » ; or, « nolad lo ète Yera'hmeel » signifie qu'il lui est né avec Yera'hmeel, par lui et à travers lui toute une descendance. C'est pourquoi l'Écriture énumère d'abord ce qu'il a engendré par l'intermédiaire de Ram, puis ce qu'il a engendré par l'intermédiaire de Calev (verset 18), et enfin ce qu'il a engendré par l'intermédiaire de Yera'hmeel (verset 25) - car les petits-enfants sont considérés comme des enfants, et le texte les compte donc comme s'ils étaient ses propres fils.

La priorité accordée à Ram - En l'honneur de David
וְרָם הוֹלִיד אֶת־עַמִּינָדָב וְעַמִּינָדָב הוֹלִיד אֶת־נַחְשׁוֹן נְשִׂיא בְּנֵי יְהוּדָה׃ - Et Ram engendra 'Amminadav, et 'Amminadav engendra Na'hchon, prince des enfants de Yehouda.

Le texte a placé Ram en premier car il souhaitait établir la généalogie de la maison de David, qui est issue de la racine de Ram. Selon les termes du Radak, l'Écriture a procédé ainsi en l'honneur de David, afin de faire savoir que son aïeul Na'hchon était lui aussi un prince - à sa louange, pour montrer que dès la lignée de ses ancêtres, il était issu d'une famille de princes. Et pour chaque génération, le texte ne mentionne qu'un seul homme, celui dont descendra Yichaï, le père de David. Il ne faut pas s'en étonner : comme le rappelle le Malbim, le texte ne juge pas nécessaire d'énumérer tous les frères, mais procède de père en fils, de père en fils, jusqu'à parvenir au roi David.

Na’hchon, Salma et Bo’az - Bo’az est-il Ivtsan ?
וְנַחְשׁוֹן הוֹלִיד אֶת־שַׂלְמָא וְשַׂלְמָא הוֹלִיד אֶת־בֹּעַז׃ - Et Na’hchon engendra Salma, et Salma engendra Bo’az.

Le commentaire attribué à Rachi rapporte l'enseignement de nos Sages selon lequel Ivtsan - le juge Ivtsan - n'est autre que Bo’az. Cependant, il s'en étonne : Na’hchon est mort la deuxième année après la sortie d'Égypte ; son fils Salma était déjà mort lui aussi, faisant partie de ceux qui sont entrés en terre d'Israël ; et Bo’az son fils - qui serait Ivtsan - serait donc né à l'époque de l'entrée en terre promise. Or, de la sortie d'Égypte jusqu'à Yifta’h (Jephté), il s'est écoulé trois cents ans ! De plus, Ivtsan a exercé comme juge après la mort de Yifta’h, comme il est dit : « Après lui, Ivtsan de Bethléem jugea Israël ». En outre, les Sages ont affirmé qu'au moment où Bo’az s'unit à Ruth et qu'elle conçut, il mourut aussitôt. Dès lors, comment est-il possible que Bo’az, contemporain de l'entrée en terre d'Israël, soit cet Ivtsan qui vint après Yifta’h ?

Il poursuit son questionnement : nous constatons à propos d'Avraham que, lorsque son sang s'était refroidi - c'est-à-dire qu'il avait perdu sa vigueur naturelle -, il s'était écrié : « Un enfant naîtrait-il à un homme de cent ans ? », ce qui relevait déjà du miracle. Comment pourrait-on alors affirmer ici qu'un homme a engendré après plusieurs siècles ? Certes, une opinion dans le Midrach soutient que Bo’az avait alors quatre cents ans, précisément pour faire concorder les faits. Mais lorsqu'on cherche à comprendre le sens littéral des textes, une telle explication est difficilement concevable, à moins de poser qu'il s'agissait d'un miracle - et par le miracle, tout s'explique. Selon le sens simple (Pchat), la chronologie ne permet guère d'identifier Ivtsan à Bo’az : comment Bo’az aurait-il pu engendrer à l'âge de trois cents ans ? C'est pourquoi il faut expliquer l'expression « et l'Éternel lui accorda la conception » comme un événement surnaturel : naturellement, Ruth ne pouvait concevoir, et un homme de trois cents ans ne peut engendrer ; mais Hachem lui a accordé cette conception, et c'est en vertu de cette intervention divine qu'elle a enfanté, bien que cela dépasse les lois de la nature.

Par ailleurs, pourquoi porte-t-il le nom d'Ivtsan ? Nos Sages y voient une allusion : « le père de tous les froids » (Tsénounim, du mot signifiant avoir le sang refroidi), car une jeune femme s'était couchée à ses côtés et il s'est retenu avec froideur sans la toucher. Or, s'il avait trois cents ans, il n'y aurait là ni grande difficulté ni grand mérite ; mais si l'on considère qu'il était encore jeune, c'est alors un immense éloge pour Bo’az.

Bo’az - Remarque sur la prononciation exacte

Soit dit en passant, la prononciation courante est souvent « BO-az » (avec l'accent tonique sur la première syllabe, Mil'el), mais l'on constate ici clairement qu'il n'en est rien : l'accent massorétique (le Ta'am) ne se trouve pas sur le Beth, mais sur la dernière syllabe (Milra'), et c'est ainsi qu'il convient de lire. Cela diffère d'autres noms comme Chlomo, Avraham, Moché, Yossef ou David. Beaucoup commettent cette erreur car ils n'ont jamais observé ce nom avec ses accents dans le texte biblique. On raconte à ce propos qu'une élève prononçait « BO-az », comme on le lui avait enseigné pour la Méguilat Ruth ; on lui fit remarquer qu'il fallait prononcer autrement. L'enseignante demanda alors des preuves. Mais quelles preuves faut-il chercher ? Il suffit d'ouvrir un 'Houmach ou un Tanakh et de regarder où se situe le Ta'am : la lecture doit toujours suivre l'accentuation massorétique. Remarquez bien : dans Salma (שַׂלְמָא), l'accent est sous le Mem, on lit donc SalMA ; s'il avait été sous le Chine, on aurait lu SALma. Dans Na’hchon (נַחְשׁוֹן), l'accent est sur le Vav, on lit donc Na’hCHON ; s'il était sur le Noun, on lirait NA’hchon. Il en va de même pour tous ces noms, ainsi que l'indique expressément le texte biblique.

Les fils de Yichaï et leur dénombrement
וּבֹעַז הוֹלִיד אֶת־עוֹבֵד וְעוֹבֵד הוֹלִיד אֶת־יִשָׁי׃ - Et Bo’az engendra Oved, et Oved engendra Yichaï.
וְאִישַׁי הוֹלִיד אֶת־בְּכֹרוֹ אֶת־אֱלִיאָב וַאֲבִינָדָב הַשֵּׁנִי וְשִׁמְעָא הַשְּׁלִשִׁי׃ - Et Yichaï engendra son premier-né Eliav, Avinadav le second, et Chim'a le troisième.

Le commentaire attribué à Rachi relève une nuance : le nom « Yichaï » est ici écrit avec un Alef (וְאִישַׁי), ce qui évoque la notion d'homme valeureux (Ich guibor 'haïl). Le verset n'écrit pas « Veyichaï » comme dans le verset précédent, mais « Ichaï », de la racine « Ich » (homme) - à l'image du verset « Sois fort et montre-toi un homme », qui symbolise la vigueur et la force morale. Le Radak explique quant à lui que « Ichaï » avec un Alef ou « Yichaï » avec un Youd désignent la même chose, et qu'il ne faut pas s'en étonner, car les lettres de l'alphabet phonétique 'AHEV'Y s'interchangent aisément. Le Radak suit ici sa propre approche, déjà exposée précédemment : un même nom peut apparaître sous deux formes différentes - comme 'Akan et Ya'akan, où le Vav et le Youd alternent, ou encore avec un Alef ou un Hé final. Les exemples de ce genre abondent dans ce livre, et il n'y a pas lieu de s'en formaliser.

« Et Chim'a le troisième » - Chim'a est le Chamma mentionné dans le livre de Samuel. Comme cela a déjà été expliqué, soit ce personnage portait deux noms et était désigné par l'un comme par l'autre, soit à une époque plus tardive, son nom a été retenu sous une variante de prononciation.

נְתַנְאֵל הָרְבִיעִי רַדַּי הַחֲמִישִׁי׃ - Netanéel le quatrième, Raddaï le cinquième.
אֹצֶם הַשִּׁשִּׁי דָּוִיד הַשְּׁבִעִי׃ - Otsem le sixième, David le septième.

Le commentaire attribué à Rachi précise : « David » est écrit avec la lettre Youd au complet (דויד) en l'honneur de David. Comme nous l'avons souligné, ce commentaire soutient que le livre des Chroniques a été rédigé pour honorer David, c'est pourquoi son nom apparaît ici sous sa forme pleine. En effet, lorsqu'un nom est écrit de façon défective (sans lettre de prolongation), cela marque d'une certaine manière un manque - à l'image d'Éphron, dont le nom s'écrit habituellement au complet mais qui figure sans la lettre Vav au moment de sa déchéance morale, ce qui traduit une diminution. Concernant David, le nom n'est généralement pas écrit avec cette lettre pleine dans les Écritures, mais lorsqu'on souhaite lui adjoindre une marque d'honneur particulière, on l'écrit avec un Youd.

Ici surgit une difficulté majeure sur laquelle tous les commentateurs se penchent : comment le verset peut-il attribuer sept fils à Yichaï, alors qu'il en avait huit ? Et la difficulté est d'autant plus grande que David est bien le huitième, et non le septième. Le Radak rapporte au nom de Rabbénou Yona que l'expression signifie en réalité « comme le huitième », car Yichaï avait sept fils en dehors de David, ainsi qu'il est écrit : « Yichaï fit passer ses sept fils devant Chmouel », et Chmouel demanda : « Sont-ce là tous les jeunes gens ? », ce à quoi Yichaï répondit : « Il reste encore le plus jeune », et il est écrit : « et il avait huit fils » - ce qui démontre bien que David était le huitième ; dès lors, « David le septième » voudrait dire le huitième. Le Radak s'en étonne vivement et rejette cette idée, estimant qu'on ne peut pas affirmer une chose et son contraire, ni déformer ainsi le sens explicite du texte.

Le Midrach explique pour sa part que le huitième fils se nommait Elihou, et c'est lui qui est mentionné parmi les chefs établis par David sur la tribu de Yehouda : « Elihou, d'entre les frères de David » ; or, il était plus jeune que David. Dès lors, pourquoi David est-il qualifié de « plus petit » (Hakatane) ? Parce qu'il se rendait humble et s'abaissait en conduisant le troupeau. Selon cette explication, Yichaï avait bel et bien huit fils, mais une fois arrivé à David, le texte s'est arrêté sans mentionner Elihou, car il avait atteint le but visé par la généalogie. David était donc réellement le septième et Elihou le huitième, et l'épithète « le plus petit » se rapporte à son humilité et non à son rang de naissance. C'est l'une des manières dont le Midrach résout cette question. Le Malbim relève également cette contradiction apparente avec le livre de Chmouel, où il est question de huit fils, David étant présenté comme le plus jeune.

Les sœurs : Tserouya et Avigaïl
וְאַחְיֹתֵיהֶם צְרוּיָה וַאֲבִיגָיִל וּבְנֵי צְרוּיָה אַבְשַׁי וְיוֹאָב וַעֲשָׂהאֵל שְׁלֹשָׁה׃ - Leurs sœurs étaient Tserouya et Avigaïl ; et les fils de Tserouya : Avshaï, Yoav et Assaël, au nombre de trois.

Le Radak explique qu'Elihou était le frère de David du côté du père seulement et non de la mère, raison pour laquelle il n'est pas mentionné ici. De son côté, le Malbim précise que Tserouya et Avigaïl étaient les sœurs de ces fils par la mère et non par le père. Il en résulte donc qu'Elihou était le frère de David par le père, tandis que Tserouya et Avigaïl étaient les sœurs de David par la mère ; par conséquent, elles n'étaient absolument pas les sœurs d'Elihou, ni de père ni de mère.

La preuve en est, note le Malbim, ce qui est écrit : « et Amassa était le fils d'un homme nommé Yitra l'Israélite, qui s'était uni à Avigaïl, fille de Nahach, sœur de Tserouya, mère de Yoav ». Une grande difficulté apparaît ici : Tserouya est la sœur de David, comment peut-elle être la « fille de Nahach » alors que David est le fils de Yichaï ? Nos Sages ont certes enseigné que Yichaï a été surnommé « Nahach » parce qu'il mourut uniquement par la faute imputable au serpent originel (bé'étiyo chel na'hach). Cependant, il faut toujours garder à l'esprit qu'un Midrach garde sa valeur propre, mais qu'un verset ne perd jamais son sens littéral ; il convient donc de comprendre pourquoi elle est appelée « fille de Nahach ». Selon notre explication, tout s'éclaire : Avigaïl était bien la fille d'un homme nommé Nahach et non de Yichaï, et elle restait néanmoins la sœur de David - une sœur utérine, du côté de la mère et non du père. C'est pourquoi le verset précise « sœur de Tserouya » et non « sœur de David », car vis-à-vis de Tserouya, elle était une sœur à part entière, de père et de mère, Tserouya étant elle aussi la fille de Nahach. Leur mère, dont le nom est mentionné par la tradition de nos Sages, a épousé Yichaï après être devenue veuve. Il s'agit donc bien de sœurs pour David, mais de demi-sœurs, issues de la même mère.

Remarque incidente : l'absence de tradition de vocalisation pour le Talmud

Quant à la prononciation exacte du nom de cette mère - Nitsevet, Natsevet ou Natsvat -, il n'y a pas de certitude absolue à cet égard, car nous ne possédons pas de tradition formelle de vocalisation pour le Talmud. À l'époque de nos Sages, le Chass n'était pas vocalisé ; de nos jours, on peut certes tout ponctuer, mais qui peut garantir la parfaite exactitude de ces voyelles ? Nous détenons une tradition précise de vocalisation pour le texte biblique, mais non pour le Chass, comme cela a déjà été souligné à plusieurs reprises lors de l'étude du Daf Hayomi. C'est pourquoi un même terme peut être lu de multiples manières, d'où les divergences d'usages : la tradition du Maroc prononce d'une certaine façon, celle d'Irak d'une autre, et les Juifs du Yémen ont une prononciation distincte sur certains termes. Ainsi, quelle que soit la variante adoptée, nul ne peut affirmer qu'elle est erronée.

En voici une illustration : comment dit-on en araméen « du vin », et comment dit-on « un âne » ? Tous deux s'écrivent à l'identique, « 'Hamra » (חמרא). Cependant, dans le Targoum - dont nous possédons la vocalisation, transmise avec une rigueur remarquable chez les Yéménites qui l'ont répétée durant des siècles, à tel point que leur Targoum est resté aussi fidèle que leur texte biblique -, il existe une distinction nette de voyelles entre le vin et l'âne. Pourtant, qui a déjà entendu un étudiant de Guémara faire cette distinction et prononcer « hahou 'hamra » selon la vocalisation scrupuleuse ? On ne l'entend quasiment jamais. De même, dans la Kabbale, on trouve la notion de « parsa » (un rideau) ; nombre de kabbalistes l'énoncent d'une façon inexacte, alors que le mot désignant le rideau apparaît dans le Targoum avec sa vocalisation authentique, d'où découle la véritable prononciation. On constate donc que l'usage populaire ne constitue pas une preuve, des déformations s'étant glissées dans des mots comme 'hamra, parsa et bien d'autres. Plus encore, des erreurs s'immiscent parfois dans les versets bibliques eux-mêmes : « Car Dieu a fait l'homme droit, mais ils ont cherché beaucoup de calculs (hichvonot) » - le texte porte sans équivoque 'hichvonot' (avec un 'hiriq), sans la moindre variante de manuscrit, et pourtant beaucoup le prononcent autrement. Il existe de nombreux exemples de ces inexactitudes que l'on répète par simple habitude.

Les fils de Tserouya - Pourquoi sont-ils appelés d'après leur mère ?

Le commentaire attribué à Rachi explique : « Et leurs sœurs étaient Tserouya et Avigaïl » - c'est en l'honneur de David, car les fils de sa sœur étaient des vaillants guerriers, des hommes d'élite et des chefs d'armée, et c'est pourquoi le verset les énumère. On a déjà souligné à plusieurs reprises lors de l'étude du livre de Samuel que le texte l'appelle « Yoav ben Tserouya » (fils de Tserouya), ce qui est étonnant : où a-t-on jamais vu quelqu'un désigné par le nom de sa mère ? D'ordinaire, on est toujours désigné d'après son père. Mais ici, le lignage prestigieux provient de la mère : leur mère était la sœur de David, et lorsqu'on dit « ben Tserouya », c'est une grande marque de distinction : je suis le neveu de David. Ils avaient certes aussi un père, mais ce père ne possédait pas un tel lignage lié à la royauté ; c'est pourquoi ils furent appelés Avichaï ben Tserouya, Assaël ben Tserouya et Yoav ben Tserouya - d'après leur mère.

Amassa et Yéter l'Ismaélite
וַאֲבִיגַיִל יָלְדָה אֶת־עֲמָשָׂא וַאֲבִי עֲמָשָׂא יֶתֶר הַיִּשְׁמְעֵאלִי׃ - Et Avigaïl enfanta Amassa, et le père d'Amassa était Yéter l'Ismaélite.

Le Targoum traduit : « Et Avigaïl enfanta Amassa, et le père d'Amassa était Yéter l'Israélite, mais on le surnommait Yéter l'Ismaélite ». Et pourquoi ? « Parce qu'il ceignit ses reins d'une épée pour soutenir David dans son procès ». De quel procès s'agit-il ? « Quand Avner voulut écarter David » - lorsqu'Avner chercha à disqualifier David et toute la famille d'Ichaï, en disant : avant même de demander s'il est digne de régner, demande-toi s'il est apte à entrer dans l'assemblée d'Israël, car il descend de Ruth la Moabite, et la Torah dit : « L'Ammonite et le Moabite n'entreront point dans l'assemblée de l'Éternel » ; « afin qu'ils ne soient pas aptes à entrer dans l'assemblée de l'Éternel », à cause de l'ascendance de Ruth la Moabite. C'est l'exégèse de nos Sages : pourquoi fut-il appelé l'Ismaélite ? Parce qu'il ceignit son épée pour combattre, déclarant : telle est la tradition que j'ai reçue du tribunal de Samuel le Ramathite - un Ammonite, mais pas une Ammonite ; un Moabite, mais pas une Moabite ! Et quiconque prétendra le contraire sera transpercé par l'épée !

Le Radak rapporte que « Yéter l'Ismaélite » n'est autre que « Yitra l'Israélite ». On pourrait s'interroger : qu'en est-il alors, est-il ismaélite ou israélite ? Le Radak répond : il est appelé ismaélite d'après son lieu d'origine, tout comme on dit de quelqu'un qu'il est marocain, irakien ou yéménite, alors qu'ils sont tous juifs - il vient du Yémen, du Maroc ou d'Irak, et cette appellation renvoie à son pays de résidence. Mais afin de ne pas commettre l'erreur de penser qu'il était un non-juif, à l'instar d'autres habitants de ces régions, l'Écriture précise ailleurs « l'Israélite » : lorsqu'il est qualifié d'Ismaélite, ce n'est qu'en raison de sa provenance géographique, mais sache bien qu'il était israélite et résidait simplement en terre d'Ismaël.

Le Malbim apporte une autre explication : il s'agissait d'un prosélyte ismaélite et, après sa conversion, son nom passa de « Yéter » à « Yitra ». Cela résout la variation de son nom d'un passage à l'autre, ainsi que la raison pour laquelle il est nommé « l'Israélite » - car après s'être converti, il fut appelé israélite. C'est également ce qui apparaît dans le Midrach Ruth, cité par le Yalkout Chimoni : il s'est converti, et Ichaï lui donna alors sa fille.

Et d'après ce qu'écrit le commentaire attribué à Rachi sur le verset 21, où l'expression « et ensuite Hetsron vint vers » ne désigne pas un mariage régulier mais une union sans mariage officiel - comme on le verra plus loin -, le Malbim relève qu'ici également il est écrit « qui vint vers Avigaïl » et non « qui prit Avigaïl », comme on le dit habituellement pour un mariage. Cela signifierait qu'il s'est uni à elle avant de se convertir ; or la halakha établit que si un non-juif s'unit à une femme juive, l'enfant est kasher. Ce n'est qu'ensuite qu'il s'est converti. On comprend ainsi pourquoi le texte emploie l'expression « qui vint vers Avigaïl » et non « qui prit ».

Caleb, Azouva et Yeri'ot
וְכָלֵב בֶּן־חֶצְרוֹן הוֹלִיד אֶת־עֲזוּבָה אִשָּׁה וְאֶת־יְרִיעוֹת וְאֵלֶּה בָנֶיהָ יֵשֶׁר וְשׁוֹבָב וְאַרְדּוֹן׃ - Et Caleb, fils de Hetsron, engendra Azouva, femme, et Yeri'ot ; et voici ses fils : Yécher, Chovav et Ardon.
וַתָּמׇת עֲזוּבָה וַיִּקַּח־לוֹ כָלֵב אֶת־אֶפְרָת וַתֵּלֶד לוֹ אֶת־חוּר׃ - Et Azouva mourut, et Caleb prit pour lui Ephrath, qui lui enfanta Hour.

Une difficulté apparaît ici : d'une part, il semblerait qu'Azouva et Yeri'ot étaient ses filles, puisqu'il est écrit « engendra Azouva » ; d'autre part, il est dit au verset 19 : « Et Azouva mourut, et Caleb prit pour lui Ephrath », ce qui implique que son épouse mourut et qu'il prit une autre femme. Alors, qu'en était-il exactement : Azouva était-elle sa fille ou sa femme ?

Le Targoum traduit : « וכלב בר חצרון אוליד מן עזובה אינתתיה » - il engendra de 'Azouva sa femme ; c'est-à-dire que « את עזובה » signifie « avec 'Azouva », non pas qu'il l'engendra elle-même, mais qu'il engendra d'elle. Et le Targoum ajoute : pourquoi s'appelait-elle 'Azouva (délaissée) ? Parce qu'elle était stérile et méprisée, n'ayant pas d'enfants ; son humiliation était manifeste devant Hachem, qui la soulagea et elle enfanta. Elle était également louée pour sa sagesse, car elle savait filer avec habileté les poils de chèvre directement sur le dos des bêtes, comme nos Sages l'ont enseigné au sujet de celles qui filaient la laine sur les chèvres vivantes, par crainte du vol, et tout cela pour les tentures du Tabernacle. « Et voici ses fils : Yécher, Chovav et Ardon ». Selon cette interprétation homilétique (Derach), elle fut appelée 'Azouva parce qu'elle était sans enfants, et selon la tradition de nos Sages, elle n'est autre que Myriam.

S'agit-il de Caleb ben Yefouné ?

Le Radak rapporte que certains de nos Maîtres de mémoire bénie affirment que le Caleb mentionné ici est Caleb ben Yefouné. Mais dans ce cas, comment le fils de Yefouné devient-il le fils de 'Hetsron ? Ce sont là les difficultés que l'on rencontre dans le livre des Chroniques (Divré HaYamim), où les éléments ne semblent pas parfaitement concorder à première vue, et il nous faut voir comment les concilier. Nos Sages expliquent que « ben Yefouné » n'est pas le nom de son père mais un qualificatif : il s'était détourné (chépana) du dessein des explorateurs (meraglim), alors qu'en réalité il était bien le fils de 'Hetsron.

Cependant, un autre verset laisse entendre un père totalement différent : « Otniel ben Kenaz, frère de Caleb » - ce qui signifierait que le père de Caleb est Kenaz. Alors, lequel choisir : 'Hetsron, Yefouné ou Kenaz ? À cela, on répond qu'Otniel était son frère utérin, né d'un autre père. Ils ne descendaient donc pas du même père : Otniel était issu d'un père nommé Kenaz, Caleb d'un père nommé 'Hetsron, et « Yefouné » était un surnom rappelant qu'il s'était détourné du complot des explorateurs. C'est pourquoi le texte prend soin de préciser « le Kenizite » et non « fils de Kenaz », puisqu'il n'était pas réellement le fils de Kenaz.

Mais le Radak souligne que selon le sens littéral des versets (Pchat), cela ne semble pas être le cas. En tant que Derach de nos Sages, nous l'acceptons pleinement, mais selon le Pchat, l'explication semble différente. En effet, selon le sens obvie du texte, Caleb compte parmi les premiers fils de 'Hetsron, et il est dit ensuite que 'Hetsron prit la fille de Makhir à l'âge de soixante ans. Or, si l'on supposait qu'il s'agit de Caleb ben Yefouné, il s'ensuivrait que lorsque 'Hetsron engendra Caleb, il était âgé de cent soixante-dix ans ! Comment parvient-on à ce calcul ? Caleb déclare : « J'avais quarante ans lorsque Moïse, serviteur de l'Éternel, m'envoya », ce qui eut lieu la deuxième année après la sortie d'Égypte. Or, 'Hetsron faisait partie de ceux qui descendirent en Égypte, et entre la descente en Égypte et l'Exode, deux cent dix ans s'écoulèrent. Retranchez quarante ans (puisque Caleb avait déjà quarante ans au moment de la sortie d'Égypte), et l'on obtient cent soixante-dix ans. 'Hetsron aurait-il donc engendré Caleb à l'âge de cent soixante-dix ans ? Au regard du sens simple, cela paraît très invraisemblable. Certes, l'histoire biblique connaît des miracles et des faits surnaturels, mais lorsqu'aucun texte ne nous l'indique expressément, affirmer qu'il a engendré à cent soixante-dix ans est très difficile à concevoir. C'est pourquoi le Radak estime que, selon le Pchat, il est difficile d'affirmer que Caleb ben 'Hetsron soit le fils du 'Hetsron qui descendit en Égypte.

Trois approches pour expliquer « engendra 'Azouva, femme, et Yeri'ot »

Le Radak soulève la question fondamentale : était-elle sa femme ou sa fille ? D'un côté, comme il est dit ensuite « Et 'Azouva mourut », il semble qu'il s'agisse de ses femmes ; d'un autre côté, le terme « engendra » (holid) suggère qu'il s'agissait de ses filles. Nos Sages ont d'ailleurs fait remarquer : un homme engendre-t-il donc ses femmes ? Certes, chez d'autres peuples, on a pu voir un homme engendrer une fille puis l'épouser, mais il est question ici de Justes, et une telle pensée est inconcevable. Le Radak propose donc d'expliquer à l'instar du Targoum : « engendra את 'Azouva » signifie qu'il engendra d'elle. Le mot « את » ne marque pas ici le complément d'objet direct, mais a le sens de « avec », comme dans « את Ya'akov ich ouvéto baou » (avec Jacob, chacun vint avec sa maisonnée), ou comme dans « ketséti et ha'ir » qui signifie en sortant de la ville. C'est pourquoi le texte poursuit très logiquement : « Et 'Azouva mourut, et Caleb prit pour lui Ephrath » - une autre épouse, montrant bien qu'elle était sa femme.

Dès lors, le verset s'interprète ainsi : Caleb ben 'Hetsron engendra de 'Azouva sa femme et de Yeri'ot - car Yeri'ot était elle aussi sa femme. Toutes deux étaient ses épouses, et de toutes deux il eut des enfants. Et si l'on demande : pourquoi est-il écrit « et voici ses fils » (au singulier, benéha) et non « leurs fils » (au pluriel, benéhen), alors que deux femmes viennent d'être mentionnées ? La réponse est que le texte n'énumère pas du tout les fils de la seconde ; il ne parle que de 'Azouva et détaille sa descendance, tandis que pour Yeri'ot, il ne précise pas qui est né d'elle. Et lorsque 'Azouva mourut, Caleb prit une autre femme nommée Ephrath, comme l'indique le verset suivant.

Le Malbim rapporte l'opinion du commentaire attribué à Rachi, selon laquelle la fille de Caleb portait le nom de « 'Azouva Icha ». Autrement dit, « Icha » (femme) ne désigne pas ici son épouse, mais fait partie intégrante de son nom : il nomma sa fille « 'Azouva Icha ». Pourquoi ? Parce qu'elle naquit après la mort de son épouse 'Azouva, et il lui donna ce nom en souvenir de sa défunte femme, comme pour dire « 'Azouva, ma femme ». De même, il engendra Yeri'ot, et les fils de Yeri'ot furent Yécher, Chovav et Ardon. Il en ressort que d'après ce commentaire de Rachi, il ne s'agit nullement de ses femmes, mais bien de ses filles.

Selon le Radak, comme nous l'avons vu, il s'agit de ses épouses : « את 'Azouva » signifie de 'Azouva, et « ואת Yeri'ot », de Yeri'ot. Le Malbim précise que, selon la conception du Radak, il faut sans doute considérer que Yeri'ot était sa concubine (pilegach) et 'Azouva sa femme en titre. Cela permet de comprendre pourquoi le verset dit « 'Azouva, femme, et Yeri'ot » : pour la première, le texte emploie le terme « femme » afin de la distinguer de la seconde, qui n'était pas sa pleine épouse mais sa concubine. Par « concubine », il ne faut pas entendre la connotation moderne péjorative, mais un statut conjugal aux droits plus restreints - le terme pilegach venant de la racine « peleg » (partage, moitié) -, désignant une union sans Kiddouchin et sans Ketouba qui lui était réservée, ou selon certains avec Kiddouchin mais sans Ketouba. Quoi qu'il en soit, il s'agissait d'une union reconnue et légitime à l'époque, bien que conférant à la femme des droits réduits.

Quant au Malbim lui-même, il propose une troisième explication novatrice. Jusqu'ici, nous avions deux voies : soit 'Azouva et Yeri'ot étaient ses filles, soit elles étaient toutes deux ses épouses. Le Malbim soutient pour sa part que la première était son épouse et la seconde sa fille : « engendra avec 'Azouva » signifie qu'il engendra avec 'Azouva sa femme ; et qu'a-t-il engendré ? « Icha », une fille dont le nom propre était « Ve-et Yeri'ot ». Tel était son nom. Et que l'on ne s'étonne pas en demandant : où trouvons-nous que le mot « Ve-et » fasse partie d'un nom propre, alors qu'il s'agit d'une conjonction ? Nous trouvons bien l'expression « Et Vaheb en Soufa », dont nos Sages ont déduit qu'il s'agissait des noms de deux hommes - l'un nommé « Et » et l'autre « Vaheb ». Et si l'on objecte : nous avons certes vu « Et », mais où trouve-t-on cela avec un Vav, la lettre de liaison prouvant au contraire qu'il s'agit d'une conjonction ? Le Malbim répond : ne t'en étonne pas non plus, car nous trouvons « les fils d'Ela : Oukenaz », où les Sages ont enseigné que son nom était bien « Oukenaz » (avec le Vav). Dès lors que l'on trouve un homme nommé « Et », il n'y a rien de surprenant à ce qu'une femme se nomme « Ve-et ».

Ainsi, selon le Malbim, ce qui est écrit « engendra את 'Azouva » signifie qu'il engendra de 'Azouva qui était son épouse, et qui engendra-t-il ? Une fille nommée « Ve-et Yeri'ot ». Le mot « Icha » (femme / fille) se rapporte à cette fille, et pour nous faire comprendre que « Ve-et » n'est pas une conjonction de coordination mais fait partie intégrante du nom, le verset a fait précéder le mot « Icha ». D'après cela, « et voici ses fils » renvoie aux fils de « Ve-et Yeri'ot », et non à ceux de 'Azouva comme l'expliquaient les autres commentateurs, à savoir Yécher, Chovav et Ardon.

En résumé :

Dans cette partie du chapitre, nous avons vu comment le texte nous conduit directement vers la maison de David : « qui lui naquirent » - ceux qui sont rattachés à Hetsron, y compris ses petits-enfants ; la mention de Ram en premier afin d'ouvrir la chaîne de la royauté par l'intermédiaire du prince Nahchon ; et la lignée Salma, Boaz, Oved, Yichaï et David. Nous nous sommes arrêtés sur la question soulevée par le commentaire attribué à Rachi pour savoir si Ivtsan est bien Boaz, et sur la lecture exacte de son nom ; sur le décompte des sept fils de Yichaï et la place d'Elihou, le huitième ; sur Tserouya et Avigaïl, qui n'étaient sœurs que du côté maternel, et sur les fils de Tserouya appelés d'après leur mère par déférence pour leur parenté avec David ; sur Yéter l'Ismaélite, qui n'est autre que Yitra l'Israélite ayant ceint son épée pour établir la cacherout de Ruth la Moabite ; et enfin sur les trois manières d'expliquer « engendra d'Azouva, femme, et d'Yériot » - ses filles, ses épouses, ou une femme et sa fille. Et par-dessus tout, nous avons appris qu'il convient d'étudier les explications de nos Sages et de les accueillir, tout en s'attachant également au sens littéral des Écritures, car un verset ne perd jamais son sens obvie.