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Chapitre 9 - Le mashal des ministres et la conduite des 248 organes

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Dans la partie précédente, nous avons étudié le lieu de résidence de la nefesh elokit (l'âme divine) ainsi que l'amour de D. qui se révèle dans le ventricule droit du cœur. À présent, nous allons examiner de près les termes employés par l'Alter Rebbe et voir comment toutes les midot saintes du cœur dépendent entièrement du travail du cerveau. De là, nous passerons au mashal de la petite ville et à la guerre permanente qui oppose les deux âmes.

Un amour qui naît de la hitbonenout (la méditation) :

Cet amour vient, selon les mots du Tanya, "בלב משכילים המבינים ומתבוננים בדעתם אשר במוחם" ("dans le cœur de ceux qui réfléchissent, qui comprennent et méditent avec la daat qui est dans leur cerveau") : il parvient au cœur du Juif qui a commencé par mettre en œuvre la 'hochma, la bina et la daat de son cerveau, et qui a méditél sur la grandeur de D. La raison en est simple : puisque l'homme vit dans ce monde matériel et que les désirs du monde s'étalent en permanence devant ses yeux, la nefesh elokit n'est pas capable d'éclater d'elle-même, naturellement, en amour de D. Il faut l'éveiller.

Il existe certes des gens simples, qui ne savent pas étudier et qui n'atteignent jamais les niveaux de la réflexion et de la compréhension, et dans le cœur desquels réside malgré tout un amour tout simple, né de la pureté de leur cœur, un amour si puissant qu'on ne comprend même pas d'où il peut venir. Seulement, de tels hommes sont rares, on pourrait presque les compter sur les doigts d'une seule main, et ils se font de plus en plus rares.

Pourquoi la 'hassidout ne s'est-elle révélée que dans les dernières générations :

Dans les générations précédentes, le monde était plus délicat, sa grossièreté n'était pas si lourde, et la proximité avec la sainteté restait accessible : le Juif pouvait s'éveiller à l'amour de D. avec beaucoup plus de facilité. Plus le monde devient grossier, plus il faut de forces pour mettre en marche le mécanisme qui existe chez chacun d'entre nous. Depuis que la 'hassidout est descendue dans le monde, elle n'est plus une simple recommandation : elle est la seule voie qui mène à l'amour et à la crainte de D. Dans les dernières générations, depuis que cet enseignement a été révélé par le Baal Shem Tov, la chose doit nécessairement passer par la hitbonenous ; sans elle, elle ne viendra pas du tout.

Le Maggid de Mézeritch posait déjà la question : comment peut-on ordonner d'aimer ? On ne peut pas s'adresser à un Juif et lui dire : "Commence à aimer". Le Maggid expliquait donc le verset "ואהבת לרעך כמוך" ("tu aimeras ton prochain comme toi-même") en ce sens que la Torah ordonne la méditation qui, elle, amène à l'amour. Et si c'était déjà vrai de sa génération, combien plus des générations qui l'ont suivie : il est certain que l'amour ne vient pas de lui-même.

Les trois facultés sont évoquées dans les termes mêmes de l'Alter Rebbe ; nous les avons longuement étudiées au chapitre 3 :

  • "משכילים" (ceux qui réfléchissent) : la 'hochma.

  • "המבינים ומתבוננים" (qui comprennent et méditent) : la bina.

  • "בדעתם" (avec leur daat) : la daat.

Et tout cela "אשר במוחם, בדברים המעוררים את האהבה" ("qui est dans leur cerveau, sur les sujets qui éveillent l'amour") : l'homme doit méditer précisément sur les sujets qui éveillent l'amour de D. Lorsqu'il médite comme il faut, l'amour de D. naît en lui, et le ventricule droit du cœur, qui de toute façon ne demande qu'à aimer, reçoit la capacité d'exprimer cet amour comme il convient.

Cela ressemble aux réchauds à pétrole que l'on utilisait autrefois : la mèche est là, le combustible est là, une petite flamme brûle même déjà, mais pour que la flamme monte, il faut actionner la pompe. Sans cela, le feu ne montera pas, quoi que l'on fasse. Ici, c'est exactement pareil : tout est présent dans l'homme, mais sans un acte d'éveil, rien ne jaillira au dehors.

La joie du cœur :

Le second sentiment dont parle l'Alter Rebbe est plus profond encore que l'amour : "וכן שמחת לבב בתפארת ה' והדר גאונו" ("et de même la joie du cœur devant la splendeur de D. et la majesté de Sa grandeur"). Lorsqu'un homme voit un autre Juif commencer à mettre les tefilin, il est envahi de joie : ce n'est plus seulement de l'amour, c'est le sentiment que la révélation divine se répand davantage dans le monde, comme si cette joie était sa propre joie. Cela montre que la dimension divine a été intériorisée en lui au point de lui procurer une joie véritable.

Qu'est-ce que le "hadar geono", la majesté de Sa grandeur ? Dans les prières de Roch Hachana, nous demandons au Saint béni soit-Il d'apparaître dans la majesté de la puissance de Sa grandeur. Le Saint béni soit-Il a créé le monde de telle manière qu'il masque et dissimule la vérité divine par de nombreux tzimtzoumim (contractions, voiles de la lumière divine), et nous Lui demandons d'apparaître au sommet de la révélation. Ainsi, lors de l'ouverture de la mer Rouge, qui fut l'un des exemples les plus éclatants de révélation divine dans le monde, il est dit "אשירה לה' כי גאה גאה" ("je chanterai pour D. car Il s'est élevé au dessus de tout"), expression de l'effondrement de toutes les cloisons et de la révélation du divin dans le monde. Celui qui se réjouit du "hadar geono" est celui qui voit la révélation divine dans le monde, et cette vision produit en lui une joie immense.

Et comment parvient-on à une telle joie ? "כאשר עיני החכם אשר בראשו, במוח חכמתו ובינתו, מסתכלים ביקרא דמלכא ותפארת גדולתו עד אין חקר" ("lorsque les yeux du sage, qui sont dans sa tête, dans le cerveau de sa 'hochma et de sa bina, contemplent la gloire du Roi et la splendeur de Sa grandeur insondable"). Cette vision par les yeux est une image : il s'agit de la vision qui vient de la hitbonenous, et elle non plus ne vient pas d'elle-même. Grâce à elle, l'homme voit que ce monde n'est qu'une enveloppe et un tzimtzoum, et qu'à l'intérieur se cachent des forces divines infinies. Et chaque fois que l'on perce une nouvelle brèche dans le mur de l'obscurité et de l'exil, et que l'on dévoile une étape supplémentaire de divinité dans le monde, on sent qu'un territoire de plus a été conquis et que le divin s'est révélé en un lieu de plus. La grandeur du Saint béni soit-Il est sans fond et sans limite ; tout le problème est que le monde la dissimule. Et dès l'instant où l'homme voit la majesté de Sa grandeur, la joie en découle d'elle-même.

Cette joie non plus ne peut venir d'elle-même, car livré à lui-même, l'homme ne ressent aucun manque : le monde ne le dérange pas, au contraire, il en jouit. C'est seulement lorsqu'il médite qu'il comprend que le monde entier n'est qu'un immense voile et une immense dissimulation, et que la révélation divine s'y cache. Après une méditation prolongée viendra l'amour, viendra la joie, et de même "שאר מידות קדושות שבלב" ("les autres midot saintes du cœur") : car toutes les midot saintes du cœur, qui est le siège de la nefesh elokit, découlent de la 'hochma, de la bina et de la daat des mo'hin (les facultés intellectuelles). Le cerveau médite et le cœur s'éveille.

La place des deux âmes : bilan intermédiaire :

Avec ces lignes s'achève la clarification qui s'est déployée depuis le chapitre 3 jusqu'au chapitre 9 : où se trouve chacune des deux âmes. Le siège de la nefesh habahamis est dans le cœur, dans le ventricule gauche ; le siège de la nefesh elokit est dans le cerveau, ainsi que dans le ventricule droit du cœur.

Il n'y a pas d'accord de paix entre les deux âmes :

Puisqu'il est établi que chacune possède son propre territoire, on aurait pu penser qu'il conviendrait d'instaurer entre elles une sorte d'autonomie : que chacune demeure chez elle, agisse à sa guise et laisse l'autre fonctionner à sa manière. C'est précisément à cela que l'Alter Rebbe répond jusqu'à la fin du chapitre : une telle situation n'existe pas. Il n'y a pas d'accord de paix où chacune régnerait sur son domaine, et même si un tel accord était conclu, ce serait un accord imaginaire, car au moment voulu l'une bondirait en avant et s'emparerait de tout. Entre elles se déroule une guerre permanente, et chacune cherche à chasser l'autre complètement.

Il faut bien distinguer : le cerveau et le cœur doivent effectivement collaborer, à condition que tous deux soient tournés dans la même direction ; mais la nefesh elokit et la nefesh habahamis, elles, ne peuvent absolument pas cohabiter.

C'est le sens du verset "ולאום מלאום יאמץ" ("un peuple sera plus fort que l'autre"). Ce verset a été dit à Rivka à propos de Yaakov et d'Essav, qui sont le symbole de la nefesh elokit et de la nefesh habahamis. Essav est défini comme un "Israël apostat", et non comme Yichmael, qui est appelé Yichmaeli parce qu'il est le fils de Hagar. Essav, lui, est le fils de Rivka, exactement comme Yaakov, et il est donc Israël, mais un Israël apostat : il est la nefesh habahamis du Juif. C'est de ces deux âmes, qui se trouvaient ensemble dans le ventre de Rivka, qu'il est dit "ולאום מלאום יאמץ" : deux peuples dont chacun s'efforce de faire tomber l'autre, et il n'existe pas de situation où les deux se tiendraient debout ensemble. Ce sera l'un ou l'autre.

Le mashal de la petite ville :

L'Alter Rebbe ouvre par un mashal : "כי הגוף נקרא עיר קטנה" ("car le corps est appelé une petite ville"). L'expression est tirée des paroles du roi Chelomo dans Kohelet : "עיר קטנה ואנשים בה מעט, ובא אליה מלך גדול וסבב אותה ובנה עליה מצודים גדולים; ומצא בה איש מסכן חכם, ומילט הוא את העיר בחכמתו, ואדם לא זכר את האיש המסכן ההוא" ("une petite ville, et peu d'hommes en elle ; et un grand roi vint contre elle, l'encercla et bâtit contre elle de grands ouvrages de siège ; et il s'y trouvait un homme pauvre et sage, qui sauva la ville par sa sagesse, et personne ne se souvint de cet homme pauvre"). La Guemara dans le traité Nedarim explique l'ensemble du verset, et c'est à elle que l'Alter Rebbe renvoie :

  • "עיר קטנה" (une petite ville) : c'est le corps.

  • "ואנשים בה מעט" (et peu d'hommes en elle) : ce sont les organes, au nombre de 248. Une petite ville avec deux cent quarante huit habitants.

  • "ובא אליה מלך גדול וסבב אותה" (et un grand roi vint contre elle et l'encercla) : c'est le yetzer hara, le premier roi à arriver chez l'homme, dès sa naissance, car "le péché est tapi à la porte".

  • "ובנה עליה מצודים גדולים" (et il bâtit contre elle de grands ouvrages) : et la Guemara ajoute "וחרמים", des filets avec lesquels on capture une proie. Ce sont les fautes : à chaque faute, le yetzer hara capture un organe de plus, puis encore un autre.

  • "ומצא בה איש מסכן חכם" (et il s'y trouvait un homme pauvre et sage) : c'est le yetzer tov. Il est appelé "pauvre" parce qu'il arrive en second, et qu'il trouve devant lui tout un royaume déjà en fonctionnement, dont il lui faut maintenant prendre le contrôle.

  • "ומילט הוא את העיר בחכמתו" (et il sauva la ville par sa sagesse) : sa sagesse, c'est la techouva et les bonnes actions.

  • "ואדם לא זכר את האיש המסכן ההוא" (et personne ne se souvint de cet homme pauvre) : "בשעת יצר הרע לית דמדכר ליה ליצר טוב", à l'heure où le yetzer hara domine, nul ne se souvient du yetzer tov. L'homme ne se rappelle absolument pas qu'il existe en lui un yetzer tov, et il croit que seul le yetzer hara habite en lui.

L'innovation de l'Alter Rebbe : deux rois :

L'Alter Rebbe rapporte les paroles de la Guemara dans ses propres termes, et y révèle une nouveauté : il ne faut pas croire qu'il s'agit d'un grand roi face à un pauvre homme, mais bien de "שני מלכים הנלחמים על עיר אחת" ("deux rois qui se battent pour une seule ville"). La nefesh elokit possède elle aussi la puissance d'un roi.

Et que veulent ces deux rois ? "שכל אחד רוצה לכובשה ולמלוך עליה" ("chacun veut la conquérir et régner sur elle"). La différence entre les deux : la conquête se fait par la contrainte, contre la volonté des habitants, tandis que la royauté, elle, s'exerce avec leur accord, comme nous le disons dans la prière du soir : "ומלכותו ברצון קיבלו עליהם" ("et c'est volontairement qu'ils ont accepté Sa royauté sur eux"). Chacun cherche d'abord à conquérir, et ensuite à régner, "דהיינו להנהיג יושביה כרצונו" ("c'est à dire à conduire ses habitants selon sa volonté"), tous les habitants de la ville, à savoir les 248 organes, "ושיהיו סרים למשמעתו בכל אשר יגזור עליהם" ("et qu'ils soient soumis à ses ordres en tout ce qu'il décrètera sur eux").

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que l'amour de D. vient "dans le cœur de ceux qui réfléchissent, qui comprennent et méditent avec la daat qui est dans leur cerveau", et qu'il exige par conséquent une hitbonenous par la 'hochma, la bina et la daat ; et que dans les dernières générations, où le monde est devenu plus grossier, c'est même la seule voie possible. Nous nous sommes également arrêtés sur la "joie du cœur devant la splendeur de D. et la majesté de Sa grandeur", qui naît de la contemplation de la gloire du Roi et de la vision de la révélation divine perçant le voile du monde. Nous avons achevé la clarification de la place des deux âmes, et appris qu'il n'existe entre elles aucun accord de paix, mais une guerre permanente, comme il est dit "ולאום מלאום יאמץ". Enfin, nous avons abordé le mashal de la petite ville de Kohelet tel que l'explique la Guemara dans Nedarim, ainsi que l'innovation de l'Alter Rebbe : deux rois se battent pour cette ville, et chacun veut la conquérir, y régner et conduire les 248 organes selon sa volonté.

Dans la partie suivante, nous approfondirons la suite du mashal et la différence entre la conquête de la ville et la royauté exercée sur elle avec l'accord de ses habitants.