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Chapitre 1 : Yessod olam et tével

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Dans la partie précédente, nous avons étudié la définition « tzaddik yessod olam » (le juste, fondement du monde), et nous avons vu comment l'Alter Rebbe fait allusion à différents niveaux parmi les tzaddikim. Nous allons maintenant approfondir la différence entre ces diverses expressions, puis passer de l'introduction au cœur même du sefer haTanya : la science de l'âme.

La différence entre « yessod olam » et « vayachet aleihem tével » :

« Yessod olam », c'est comme les fondations sur lesquelles repose une maison : la maison et les fondations sont liées l'une à l'autre. On ne peut pas dire que la maison se trouve ici et que ses fondations se trouvent ailleurs, cachées à quelques rues de là. « Fondement du monde » signifie que le monde repose sur ce fondement et que ce fondement est relié au monde : l'un s'appuie sur l'autre, et l'autre relie le premier. C'est le quatrième type : un tzaddik dont l'occupation est précisément le monde, il agit en lui et l'affine.

Ce sont ces quatre types que l'Alter Rebbe évoque par allusion, et c'est pourquoi il emploie l'expression « dans le Midrach » alors même que la source se trouve dans la Guemara. Or il existe dans la Guemara deux sortes de sujets :

  • Les sujets halakhiques : ils viennent enseigner ce qu'il faut faire, comment accomplir, et ainsi de suite.

  • Les sujets de fond : ils viennent parler de contenus intérieurs, et non de la manière d'exécuter les choses.

Ce passage de la Guemara appartient à la seconde catégorie, celle qui traite du côté intérieur. C'est pour cela que l'Alter Rebbe dit que la chose est écrite « dans le Midrach » : il s'agit de la partie de la Guemara qui parle des dimensions intérieures, et c'est là que sont sous-entendus ces niveaux précis parmi les tzaddikim.

Le benoni :

Notre propos, ici, dans le Tanya, est de parler du benoni (l'intermédiaire). Tout ce qui précède ces deux points n'est en réalité qu'une introduction : après l'introduction générale au Tanya, voici l'introduction à la partie que le livre vient offrir et expliquer à chacun. Nous ne venons pas apprendre ce qu'est tel tzaddik ni en quoi untel est un tzaddik ; nous ne menons pas une recherche sur les tzaddikim, ni même sur les benonim. Nous venons apprendre sur nous-mêmes, sur notre âme, et sur la manière dont nous devons assumer la mission divine que le Créateur nous a confiée dans ce monde.

Jusqu'ici, il ne s'agissait donc que d'une introduction, destinée à nous faire comprendre que le travail est un travail intérieur, un travail de l'âme, et qu'on ne peut se contenter d'une « majorité d'actions ». L'homme doit approfondir et examiner minutieusement l'essence de son âme, afin d'être proche de la volonté divine et de savoir ce qui est attendu de lui. Dans le Tanya, l'Alter Rebbe ne demande pas à l'homme une majorité d'actions, mais cent pour cent d'actions.

Comment cela s'accorde-t-il avec ce qu'enseigne la Guemara : « אין צדיק בארץ אשר יעשה טוב ולא יחטא » (« il n'est pas de juste sur terre qui fasse le bien et ne faute point ») ?

  • Le tzaddik au sens emprunté : celui qui a une majorité de mérites et une minorité de fautes. C'est de lui qu'il est dit qu'il faute.

  • Le tzaddik au sens propre : le tzaddik dans son essence même, au niveau le plus élevé. La faute ne le concerne absolument pas, et il n'entre pas dans cette catégorie.

Toutes ces nuances, tirées de la Guemara et de la Torah orale, sont là pour notre bien : pour que nous sachions entrer dans la science de l'âme avec précision. Il ne s'agit pas ici de dialectique pour le plaisir de la dialectique, mais d'un enseignement ordonné et de propos clairs, qui font entrer chaque chose dans un cadre bien défini.

De même, l'entrée dans le détail des quatre types de tzaddikim est venue en guise d'introduction, afin que les définitions rencontrées ici et là, en étudiant la Guemara, les Midrachim, le Rambam, Rachi et Tossefot, ne viennent pas semer la confusion. Lorsqu'on lira le mot « tzaddik », qu'il s'agisse de tel type ou de tel autre, on ne dira pas : « dans le Tanya, j'ai appris autre chose », mais on saura définir les choses. Jusqu'ici, nous n'avons donc fait que préparer le terrain, pour que l'homme sache définir son âme : ce qu'elle contient, ce qu'on attend de lui et où il se situe. Non pas pour se décourager de ne pas être un tzaddik, car personne ne nous demande d'être des tzaddikim, mais pour recevoir la juste orientation qui permet d'être un benoni. Et c'est précisément cela qui est attendu de nous.

« Akh biour ha'invan » (mais l'explication de la chose) : les deux âmes

Après cette introduction, nous arrivons à la partie du Tanya qui vient traiter de la science de l'âme dans sa dimension intérieure ; on pourrait dire qu'après les deux points, nous voici arrivés au point lui-même. « אך ביאור העניין » : pour expliquer tout ce qui se joue ici, l'Alter Rebbe s'appuie sur ce qu'a écrit Rabbi 'Haïm Vital, de mémoire bénie, dans le Chaar haKedoucha et dans le Ets 'Haïm, portail 50, chapitre 2.

« דלכל איש ישראל, אחד צדיק ואחד רשע, יש שתי נשמות » (« tout homme d'Israël, qu'il soit tzaddik ou racha, possède deux âmes ») : l'Alter Rebbe redouble son expression pour qu'aucune pensée ne vienne suggérer que quelqu'un pourrait échapper à cette définition. Absolument chacun possède deux âmes.

Où trouvons-nous que chacun possède deux âmes ? Le verset dit : « ונשמות אני עשיתי » (« et les âmes, c'est Moi qui les ai faites »). Le Saint béni soit-Il nous révèle qu'Il a fait des âmes. On pourrait objecter qu'il s'agit du peuple d'Israël dans son ensemble, en qui furent faites de nombreuses âmes : d'où saurait-on que chaque individu en possède deux ? Pour cela, il faut observer la première moitié du verset : « כי רוח מלפניי יעטוף ונשמות אני עשיתי » (« car l'esprit vient de devant Moi, et les âmes, c'est Moi qui les ai faites »). « Roua'h », l'esprit, est au singulier, tandis que « nechamot », les âmes, est au pluriel. Si tout le verset parlait du peuple, il aurait fallu dire « rou'hot », des esprits. En vérité, il parle de cet individu unique qui possède un esprit, et c'est à lui que le Saint béni soit-Il dit : Je lui ai fait des âmes. On en déduit que chacun, personnellement, possède deux âmes.

Et que signifie ici le mot « nechamot » ? « שהן שתי נפשות » (« qui sont deux nefachot »). Parmi les noms détaillés de l'âme, on trouve nefech, roua'h, nechama, 'haya et ye'hida. Il ne faut pas croire que le verset « et les âmes, c'est Moi qui les ai faites » vise le niveau appelé nechama ; il vise le niveau de base, minimal, appelé nefech. Car le niveau de la nefech existe chez tout le monde, alors que le niveau de la nechama n'est pas nécessairement révélé chez chacun. C'est pourquoi l'Alter Rebbe précise : « qui sont deux nefachot ».

« Nefech a'hat mitzad haklipa vesitra a'hara » :

Dans ce chapitre, nous traitons de la première âme, « נפש אחת מצד הקליפה וסטרא אחרא » (« une âme qui vient du côté de la klipa et de la sitra a'hara »), tandis que le titre du chapitre 2 nous fera traiter de la seconde âme. Pourquoi commencer précisément par la première ? Parce que c'est elle qui entre en premier : dès la naissance de l'homme, c'est cette âme-là qui pénètre en lui la première. Rachi le dit également sur la Torah : tant que le fœtus est dans le ventre de sa mère, il bénéficie d'une révélation divine, mais dès qu'« il s'ébroue pour sortir du ventre de sa mère », le yétzer hara entre en lui le premier.

Cette âme, que l'Alter Rebbe qualifie d'âme négative, tire son origine du côté de la klipa et de la sitra a'hara. « Klipa » est un terme qui désigne le côté de l'impureté ; l'image est empruntée au fruit, dans lequel il y a l'essentiel, le fruit lui-même, et il y a la peau, la klipa. Or la klipa a deux définitions :

  • D'un côté : elle dissimule le fruit.

  • De l'autre : elle protège le fruit et le préserve.

Dans l'âme de l'homme aussi, celle qu'on appelle klipa, ces deux significations peuvent exister, et cela dépend de son travail : il se peut que son rôle se limite à celui d'une klipa qui dissimule la vérité, mais si l'homme est avisé, il en fera une klipa qui protège la vérité et qui la sert. En revanche, s'il ne travaille pas sur lui-même et laisse libre cours à son penchant, la klipa dissimulera la vérité sans la protéger.

« Une âme qui vient du côté de la klipa » est donc dit au sens de la peau du fruit qui dissimule le fruit, et telle est la signification du mot klipa partout où il apparaît. Nous verrons plus loin dans le chapitre qu'il existe différents niveaux de klipot, mais globalement, la klipa est ce qui dissimule la vérité. Et qu'est-ce que la « sitra a'hara » ? Sa traduction en hébreu : « sitra », le côté ; « a'hara », autre ; c'est-à-dire l'autre côté. Il y a le côté originel, le côté droit, et il y a l'autre côté. Il faut d'abord connaître son origine et sa carte d'identité : klipa et sitra a'hara.

« Vehi hamitlabéchet bedam ha'adam leha'hayot haguf » :

Cette âme ne reste pas tranquillement assise. Le seul nom de « klipa » nous apprend qu'elle dissimule, mais elle est active et non passive, et l'Alter Rebbe énumère son activité sur trois niveaux. Le premier niveau : « והיא המתלבשת בדם האדם להחיות הגוף » (« et c'est elle qui se revêt dans le sang de l'homme pour faire vivre le corps »). Où la rencontre-t-on ? Elle se trouve dans le sang, et son rôle est de faire vivre le corps.

On ne peut pas comprendre cette ligne au premier degré. Si l'intention était simplement que l'homme vive, or le tzaddik vit lui aussi : de quoi vivrait-il donc, d'une klipa et de la sitra a'hara ? À Dieu ne plaise ; lui vit entièrement de kedoucha. L'intention se résume en un mot : le sentiment du moi, l'ego. « Faire vivre le corps » signifie que le corps se ressent lui-même : « je vis, je suis là, j'existe ».

Prenons l'exemple de deux Juifs, tous deux observant la Torah et les mitzvot, attentifs à la plus légère comme à la plus grave. De l'extérieur, tous deux semblent parfaitement en ordre. Mais si l'on pénètre à l'intérieur de leur âme, dans leurs ressentis et dans la manière dont ils regardent une vie de Torah et de mitzvot, on découvre deux hommes différents :

  1. Le premier : son ressenti est celui-ci : je vis, je respire, j'existe, j'ai une maison, une famille, un corps, 248 membres et 365 nerfs, tout va bien. Et maintenant que je vis et que j'ai des mains, des pieds et un corps, il y a aussi la Torah et les mitzvot : prenons les téfilines et posons-les, prenons les jambes et courons avec elles à la synagogue, prenons la maison et fixons-y une mezouza. Il fera tout, et à première vue il n'y manque rien.

  2. Le second : son ressenti est exactement inverse : il y a la Torah et les mitzvot. Il y a dans la Torah la mitzva des téfilines, et le Saint béni soit-Il m'a donné un bras gauche pour que je puisse l'accomplir ; il y a la mitzva de la mezouza, et Il m'a donné une maison pour que je puisse l'accomplir ; il y a les mitzvot du léket, de la chikh'ha et de la péa, du maasser richon, du maasser chéni et du maasser ani, et Il m'a donné un champ pour que je puisse les accomplir ; il y a la mitzva de donner le maasser, et Il m'a donné un travail où je gagne de quoi pouvoir le donner.

La différence entre eux va d'un extrême à l'autre : chez le premier, le sentiment de sa propre existence est le point de départ, et la Torah et les mitzvot viennent ensuite ; chez le second, il y a la Torah et les mitzvot, et son corps est un instrument à leur service. Comme il est écrit dans les livres à propos de Sim'hat Torah : la Torah veut danser autour de la bima et n'a pas de jambes, c'est pourquoi le Saint béni soit-Il nous a donné des jambes ; nous devenons les jambes de la Torah, et c'est avec elles qu'elle danse autour de la bima. Le regard porté sur chaque chose est totalement différent.

Lorsque le Tanya dit qu'il existe une âme dont l'origine est la klipa et la sitra a'hara, et que sa première action est « והיא המתלבשת בדם האדם להחיות הגוף » (« elle se revêt dans le sang de l'homme pour faire vivre le corps »), il ne parle pas encore de mauvaises actions qu'elle accomplirait. Elle ne nuit à rien et ne blesse personne, et au contraire : il se peut qu'elle accomplisse la Torah et les mitzvot dans leur intégralité. Sa première prise de pied consiste à donner à l'homme le sentiment « je vis, mon corps existe », la Torah et les mitzvot ne venant qu'ensuite. « וכדכתיב כי נפש הבשר בדם היא » (« comme il est écrit : car l'âme de la chair est dans le sang »). Telle est la première action négative de l'âme issue de la klipa.

Et pourquoi est-elle négative ? Parce que lorsqu'un homme a un ego et le sentiment qu'il vit et qu'il est bien, et qu'un conflit surgit entre l'envie de vivre et la volonté divine, or de tels conflits se produisent chaque jour dans sa vie, si son point de départ est la Torah et les mitzvot, il y fera face bien plus facilement ; mais si l'essentiel, pour lui, c'est son confort, la conclusion sera tout autre. Tout dépend du point de départ.

Prenons l'exemple de deux hommes qui marchent ensemble sur le même chemin, et voilà que soudain l'un se retrouve au fin fond de la forêt tandis que son compagnon est encore en ville. Comment l'un est-il arrivé au fond des bois alors que l'autre est resté en ville ? Pas d'un seul bond : si l'on remonte en arrière, on verra qu'à un certain moment il a dévié d'un centimètre vers la droite, tandis que l'autre restait sur le chemin, et que c'est ce centimètre qui l'a finalement conduit au fin fond de la forêt. Voilà le point de bifurcation et de navigation : le ressenti et l'ego avec lesquels l'homme prend la route. À partir de là, la voie est toute tracée pour tomber entre les mains de l'âme qui vient du côté de la klipa et de la sitra a'hara.

Par cette première identification, l'Alter Rebbe nous donne l'outil qui permet de nous regarder nous-mêmes correctement, et par là d'atteindre le but juste : être des benonim, comme il nous le demande.

En résumé : dans cette partie, nous avons étudié la différence entre « yessod olam » et « vayachet aleihem tével », et nous avons achevé l'introduction qui vient enseigner que les définitions relatives aux tzaddikim sont là pour que nous sachions définir notre propre âme, et non pour mener une recherche sur les tzaddikim ou les benonim. Nous sommes passés au cœur du Tanya, la science intérieure de l'âme, et nous avons vu, d'après les paroles de Rabbi 'Haïm Vital, que tout homme d'Israël possède deux âmes, comme le prouve le verset « כי רוח מלפניי יעטוף ונשמות אני עשיתי ». Nous avons commencé par la première âme, celle qui vient de la klipa et de la sitra a'hara, nous avons appris la signification des termes « klipa » et « sitra a'hara », et nous avons vu que sa première action, « elle se revêt dans le sang de l'homme pour faire vivre le corps », consiste dans le sentiment de l'ego et de l'existence personnelle comme point de départ, à l'opposé de celui pour qui la Torah et les mitzvot sont le point de départ.

Dans la partie suivante, nous traiterons des fondements du mal dans l'âme : les autres actions de l'âme issue de la klipa, et les racines du mal telles qu'elles se manifestent dans l'âme de l'homme.