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Chapitre 14 - S'habituer à mépriser le mal

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Nous arrivons à la fin du chapitre 14, qui se trouve dans le Tanya page 20a (page 39), trois lignes avant la fin de la page. Reprenons d'abord brièvement les points étudiés dans les derniers passages du cours précédent, puis nous repartirons de l'endroit où nous nous étions arrêtés.

Dans la seconde partie du chapitre 14 (même la mise en page du Tanya montre clairement qu'il s'agit d'un nouveau passage du chapitre), l'Alter Rebbe revient sur l'expression qu'il avait citée dès l'ouverture du sefer haTanya: avant sa descente dans ce monde, on fait prêter à chaque âme le serment "תהי צדיק ואל תהי רשע", "sois un tzaddik et ne sois pas un racha".

À première vue, tout est déjà contenu dans les mots "sois un tzaddik": qu'ajoutent donc les mots "et ne sois pas un racha"? Car s'il accomplit la première partie et devient un tzaddik, il est évident qu'il ne sera pas un racha. Il semble donc inutile de lui dire encore "ne sois pas un racha".

L'Alter Rebbe explique qu'en réalité ce serment comporte deux volets qui n'ont aucun lien l'un avec l'autre:

  • "Ne sois pas un racha": cela signifie qu'il soit un beinoni, un homme "intermédiaire". Car qui est le beinoni? Il n'est pas un tzaddik, mais il n'est pas non plus un racha: il veille sur tout, dans la pensée, dans la parole et dans l'action, et il ne trébuche en rien. "Ne sois pas un racha" veut donc dire: "sois un beinoni".

  • "Sois un tzaddik": c'est un point totalement différent, et c'est précisément là que nous nous étions arrêtés au cours précédent.

En effet, nous avons déjà défini dans ce chapitre, à propos de l'expression "Tu as créé des tzaddikim", que le tzaddik est celui qui est né avec le potentiel d'être tzaddik; et celui qui n'est pas né avec ce potentiel ne pourra jamais atteindre le niveau de tzaddik. Dès lors, que signifie l'injonction faite à l'homme "sois un tzaddik", alors qu'il est totalement incapable d'atteindre ce niveau? Comment le pousser vers quelque chose qui ne le concerne pas?

La réponse de l'Alter Rebbe: l'homme doit se fixer des moments réguliers dans son âme, et durant ces moments s'habituer aux ressentis qui appartiennent par essence au tzaddik, jusqu'à les acquérir, aussi bien du côté du "sour méra" (écarte-toi du mal) que du côté du "assé tov" (fais le bien).

Du côté du "sour méra":

Comme il l'a expliqué au sujet du désir des nourritures, des mets raffinés et des délices, et de même au sujet du désir des femmes: comment l'homme s'en détournera-t-il? En se remettant encore et encore en tête la contemplation de ce que la chose devient au bout du compte. Pour la nourriture, par exemple: que deviendra ce plat dans une heure? Ce mets qui paraît si beau finira par pourrir, par devenir vermine et ordure. Alors pourquoi se laisser entraîner derrière lui? "החכם עיניו בראשו", "le sage a les yeux dans la tête", et "איזהו חכם - הרואה את הנולד", "qui est sage? Celui qui voit ce qui va advenir".

Lorsque l'homme contemple cela encore et encore, et qu'il s'y habitue avec le temps, cette contemplation finit peu à peu par lui donner un tel ressenti; et ce ressenti appartient en vérité au monde des tzaddikim. Car le tzaddik possède ce ressenti de façon permanente: il regarde chaque chose et en voit l'intériorité, et comme il voit la valeur réelle des affaires de ce monde, il n'éprouve aucun désir pour elles. Le beinoni n'est pas un tzaddik, mais on lui dit "sois un tzaddik": qu'au moins il se tire lui-même dans cette direction.

Du côté du "assé tov":

Dans les termes de l'Alter Rebbe: "וההפך להתענג ולשמוח בה' על ידי התבוננות בגדולת אין סוף ברוך הוא, כפי יכולתו", "et à l'inverse, se délecter et se réjouir en Hachem par la contemplation de la grandeur de l'Ein Sof, béni soit-Il, selon sa capacité". C'est-à-dire qu'il s'habitue à être dans la joie de la divinité de manière continue, et à s'émouvoir d'une chose de sainteté, encore et encore.

Il est vrai qu'à chaque fois il doit remettre le mécanisme en marche depuis le début. Cela ressemble à un homme qui se tient en hauteur, à l'extérieur d'un bâtiment: ce n'est pas qu'il ait des ailes et qu'il s'envole, mais on a dressé échafaudage sur échafaudage jusqu'à ce qu'il parvienne en haut. Ainsi l'homme se dresse à lui-même des "échafaudages", des appuis divers qui l'élèveront vers le haut. L'essentiel est qu'il fasse la chose et qu'il cherche tous les moyens de s'élever, chacun selon sa capacité. Et cette élévation, dans la mesure de sa réussite, constitue de son côté l'accomplissement du serment "sois un tzaddik", puisqu'il fait, de son côté, les choses qui ressemblent en général à ce que fait un tzaddik.

Et l'Alter Rebbe poursuit aussitôt: "אף שיודע בנפשו שלא יגיע למדרגה זו באמת לאמיתו, כי אם בדמיונות", "bien qu'il sache en son âme qu'il n'atteindra pas ce niveau en toute vérité, mais seulement en imagination". L'homme se connaît et sait qu'il ne sera pas réellement ainsi: qu'on retire les échafaudages et il tombera; qu'on retire les appuis et il apparaîtra que cela ne le concerne pas du tout. Simplement, il s'habitue en permanence à penser que telle chose est méprisable et que telle autre est sainte et pure. Notons la précision du langage: il ne dit pas, à Dieu ne plaise, "des imaginations fausses", mais seulement "bedimyonos", en imagination. Pour l'instant, il lui semble qu'il méprise le mal et qu'il aime le bien, il lui semble qu'il y est déjà parvenu; ce n'est pas vrai, mais il a installé autour de lui l'atmosphère qui le conduit dans cette direction.

"אף על פי כן", dit l'Alter Rebbe, "malgré tout", "הוא יעשה את שלו", "qu'il fasse ce qui lui incombe", "לקיים את השבועה שמשביעים תהי צדיק", "pour accomplir le serment que l'on fait prêter: sois un tzaddik", même si de son côté cela ne restera que de l'ordre de l'imagination, "והשם יעשה הטוב בעיניו", "et Hachem fera ce qui est bon à Ses yeux". Si le Saint béni soit-Il décide de lui accorder un cadeau, comme nous le verrons dans les lignes suivantes où une telle possibilité existe, que ce soit pour un temps ou définitivement, il a gagné: il est effectivement passé à un autre niveau. Et si cela ne se produit pas, il a en tout cas fait sa part: on lui a fait prêter le serment de se pousser dans cette direction, et c'est cela qui lui incombe.

Voilà un premier bénéfice de cette habitude, et l'Alter Rebbe en ajoute un second: bien que l'on ait dit jusqu'ici que tout cela n'est qu'imagination, sache qu'à force d'imaginer, il finira par rester en lui un peu de vérité. Car "ועוד שההרגל על כל דבר שלטון", "et de plus, l'habitude domine toute chose": l'habitude a un pouvoir qui s'impose à l'homme même malgré lui, "ונעשה טבע שני", "et elle devient une seconde nature".

On le voit d'ailleurs dans la conduite du monde: les ambassadeurs en poste dans le pays où ils ont été envoyés doivent de temps à autre le quitter et rentrer au pays d'origine; ou bien on les rappelle définitivement, ou bien on leur accorde une période de séjour à la maison avant qu'ils ne repartent. Et quel en est l'intérêt? Parce qu'un homme qui demeure trop longtemps dans un lieu éloigné risque peu à peu d'oublier d'où il vient: il s'est habitué. Là-bas les usages sont autres, les habitudes sont autres, et l'habitude devient maîtresse. Telle est la nature humaine, même lorsque l'homme sait que ce n'est pas sa place.

Autre exemple: celui qui veut arriver à l'heure partout avance parfois sa montre de quelques minutes, et cela l'aide. À première vue, quel en est l'intérêt? Il sait pourtant lui-même que lorsque la montre indique huit heures, il est en réalité huit heures moins cinq. Et malgré cela, cela agit sur lui, alors qu'il s'agit d'un artifice technique qu'il a créé de ses propres mains. On voit concrètement que l'habitude influence la conduite.

Cela dit, la seconde nature n'est pas aussi forte que la nature d'origine. On connaît à ce sujet la discussion, qui ne recouvre pas exactement notre sujet, sur la question de savoir si l'on peut donner à un animal une seconde nature. Le Maharal de Prague (si je ne me trompe) y démontre que même lorsqu'on dresse un animal à une nature nouvelle, il est possible en un instant de le ramener à son point d'origine, et il oubliera tout ce qu'on lui a appris: la nature d'origine est toujours plus forte que la seconde nature. Et malgré cela, la seconde nature possède elle aussi une réelle puissance.

Il en ressort que si l'homme s'habitue longuement à mépriser les plaisirs de ce monde, et qu'à chaque fois qu'il voit une chose de désir il s'habitue à se dire qu'elle est méprisable et sans valeur, alors "וכשירגיל למאוס את הרע, יהיה נמאס קצת באמת", "et lorsqu'il s'habituera à mépriser le mal, celui-ci lui deviendra un peu méprisable en vérité". Après avoir dit que tout cela n'était qu'imagination, il ajoute ici: à force d'imaginer, la chose prendra une certaine prise réelle et agira effectivement sur lui. Chaque fois qu'il verra cela, il sentira qu'il ne peut même pas le regarder; et tandis qu'un autre s'enflamme pour cette chose et en perd la tête, lui éprouvera tout simplement de la nausée à côté.

Dans les lignes suivantes, nous verrons l'autre possibilité que soulève l'Alter Rebbe: un cadeau d'en haut, lorsque le Saint béni soit-Il donne à l'homme ce qu'il ne peut atteindre par ses propres forces.