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Chapitre 12 - Le corps et les fruits dans le service divin

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Dans la partie précédente, nous avons étudié la halakha qui traite de l'acquisition du « corps » et des « fruits » : le palmier est le gouf (le corps, l'arbre lui-même), tandis que les dattes sont une chose future, qui n'est pas encore venue au monde. Il nous reste maintenant à définir ce que sont ce « corps » et ces « fruits » dans le service de Hachem.

Définition du corps et des fruits dans le service de Hachem :

  • Le corps : l'essence même de l'homme, ses facultés, son âme, ses émotions. C'est quelque chose qui existe déjà, qui est là, présent : c'est lui-même.

  • Les fruits : ses pensées, ses paroles et ses actes futurs. Ce que l'homme fera dans une heure, dans une minute. S'il accomplit maintenant une bonne action, c'est qu'un beau fruit a poussé sur cet arbre ; et il arrive aussi que le fruit sorte vert et amer.

De là découle une distinction entre deux types de service divin :

  1. Le tsaddik a vendu le corps : nous avons longuement étudié que, chez le tsaddik, l'essence elle-même, l'intériorité, l'émotion, la compréhension, ses dix facultés au complet, sont passées sous l'autorité de la sainteté. Le tsaddik a, pour ainsi dire, vendu son corps au Kadoch Baroukh Hou ; dès lors, tous les fruits qui poussent sur un tel arbre sont nécessairement de bonnes actions, selon l'expression de nos Sages : « les enfants des tsaddikim sont leurs bonnes actions ».

  2. Le beinoni vend les fruits : son corps lui appartient encore, car il n'a pas atteint le niveau du tsaddik et il subsiste en lui des désirs, des tentations, des épreuves et des combats. Son travail porte donc sur les fruits : chaque pensée, chaque parole et chaque acte qui sortent de son corps, il veille à ce qu'ils soient « acquis », et il les vend à chaque instant au Kadoch Baroukh Hou.

Mais ici une question se pose. La définition du beinoni que nous avons apprise au début du chapitre 12 est qu'il n'a jamais commis de faute de sa vie et qu'il n'en commettra jamais. Or « il n'en commettra jamais » signifie qu'il cherche à vendre dès aujourd'hui des fruits qui n'ont pas encore poussé, alors que la halakha tranche : « אין אדם מקנה לחברו דבר שלא בא לעולם » (on ne peut transférer à autrui la propriété d'une chose qui n'est pas encore venue au monde). Comment un homme pourrait-il savoir d'avance qu'il se trouve dans un état lui permettant de céder des fruits qui n'ont pas encore poussé ? Et si son mauvais penchant prenait le dessus ? Il veut mettre demain les tefilin, garder le Chabbat, manger cacher : qui lui garantit qu'il y parviendra ?

Le conseil de l'Alter Rebbe : vendre le corps à ses fruits

Le corps lui-même, le beinoni ne peut pas le vendre, puisqu'il n'est pas un tsaddik. Mais il peut vendre le corps à ses fruits, et la voie pour cela est une prière faite comme il faut. Pendant la prière, l'essence de l'homme change : ses sentiments se remplissent d'émotions de sainteté et le côté animal, la nefech habahamit, s'endort en quelque sorte. Le temps de la prière, son corps est comme vendu, même s'il ne s'agit pas d'une vente définitive et que le corps lui est ensuite restitué. Il s'est ainsi placé dans un état où le corps est plus élevé, où le cerveau domine le cœur ; et dès lors il lui est bien plus facile de faire passer sous l'autorité de la sainteté tous les fruits qui pousseront ensuite, sans avoir à livrer bataille pour chaque fruit séparément.

Il en ressort que toute cette halakha du Rambam sur les lois d'acquisition et de vente, avec tous ses détails, est en réalité un chapitre du service de Hachem. Lorsqu'on l'étudie dans le Rambam, elle a l'air d'un traité de commerce ; mais au Gan Eden, on l'étudie comme on l'étudie ici dans le Tanya : comment un homme peut prendre soin de son avenir et s'assurer que des fruits qui ne sont pas encore venus au monde soient déjà vendus dès maintenant. Et tout cela à une seule condition : qu'il travaille sur le corps, qu'il veille à prier, la prière au sens intérieur du terme, celle par laquelle il travaille sur son âme.

Poursuivons maintenant dans les termes de l'Alter Rebbe (feuille 17b) : quel est le statut du beinoni lorsque, après la prière, un désir s'éveille dans son cœur, ou qu'une chose vient le déranger dans son service de Hachem ?

À ce sujet, l'Alter Rebbe écrit : « רק שלזה מועיל הרשימו במוחין ויראת השם ואהבתו המסותרת בחלל הימני » (« sauf que pour cela lui est utile le rechimou, la trace laissée dans les facultés du cerveau, ainsi que la crainte de Hachem et son amour caché dans la cavité droite du cœur »).

Pendant la prière, l'homme se trouvait dans une véritable élévation ; après la prière, il redescend dans la réalité, et les désirs reprennent leur cours. Mais le rechimou, la trace, demeure dans son cerveau. C'est comparable à une feuille sur laquelle on a écrit puis effacé : même après l'effacement, en faisant un effort, on peut encore distinguer ce qui était écrit ; ce n'est pas une feuille vierge que l'on vient d'acheter.

Ce principe vaut en bien comme en mal. La Michna dans les Pirké Avot explique que l'enfant qui étudie la Torah, dont l'étude est comme de l'encre écrite sur une feuille neuve, n'est pas comparable au vieillard, dont l'étude est comme de l'encre écrite sur une feuille effacée. Et du côté positif, c'est à plus forte raison vrai : si pendant la prière l'homme s'est éveillé d'un amour pour la divinité, cela s'est inscrit dans son cerveau ; après la prière, il retourne aux affaires de la journée et l'écriture semble s'effacer, mais le rechimou demeure, et cette trace l'aide à surmonter les épreuves de la journée.

La Guemara raconte au sujet d'un des Amoraïm qu'on le voyait sourire toute la journée. On lui demanda ce qui le rendait si joyeux, et il répondit qu'il avait mérité ce jour-là de « joindre la délivrance à la prière », c'est-à-dire d'enchaîner les bénédictions du Chema directement avec la Amida. Une prière faite comme il faut, les bénédictions du Chema, le Chema et la Amida, laisse dans l'homme une trace qui l'accompagne toute la journée.

Outre le rechimou, l'Alter Rebbe mentionne l'amour caché de l'homme, la ahava messouteret. Cet amour existe chez chaque Juif, mais il est caché, gardé comme dans un tiroir intérieur, et tout le monde ne le ressent pas. Chez le beinoni qui a prié comme il faut, il est davantage présent, plus actif, plus perceptible. La définition complète de cet amour caché sera expliquée plus loin, au chapitre 18, et nous nous y étendrons avec l'aide de Hachem.

Et qu'accomplissent le rechimou et l'amour caché ? Le mal existe chez le beinoni, il s'agite même, puisqu'il n'a pas vendu son corps ; mais il n'a ni maîtrise ni domination. Les désirs désirent, mais ils n'ont pas la force de « להוציא תאוותם מכוח אל הפועל להתלבש באיברי הגוף » (« faire passer leur désir de la puissance à l'acte, de le revêtir dans les membres du corps »). Le beinoni ne laisse en aucun cas le désir passer du côté de l'exécution.

Et ce n'est pas tout : « ואפילו במוח לבדו להרהר ברע אין לו שליטה וממשלה להרהר ברצונו שבמוחו » (« et même dans le cerveau seul, pour penser au mal, il n'a ni maîtrise ni domination pour y penser volontairement dans son cerveau »). Le beinoni maîtrise également ses pensées. Cela ne signifie pas qu'aucune pensée involontaire, issue de toutes sortes de désirs, ne monte en lui ; mais qu'au moment où il se rend compte qu'il est en train de nourrir une pensée qui n'est pas bonne, il la repousse aussitôt et refuse de l'accueillir volontairement.

Il arrive qu'un homme tombe dans une telle pensée et se dise : je vais encore y penser un instant, un seul, et juste après je me la sortirai de la tête. Cette seconde de consentement est précisément ce qui le rend rachâ, car il veut y penser. Le beinoni, lui, n'accepte pas, même pour une fraction de seconde, de vouloir cette chose.

La pensée elle-même monte d'elle-même du cœur vers le cerveau, car le cœur du beinoni fonctionne, dans une certaine mesure, comme celui d'un rachâ. La nouveauté du beinoni est dans sa réaction : « מיד בעלייתו לשם דוחה אותו בשתי ידיים » (« dès qu'elle monte là, il la repousse des deux mains »). Ce n'est pas à la manière de « la droite rapproche et la gauche repousse », où l'homme repousse d'une main tout en tirant de l'autre, en disant : je m'en débarrasse, mais juste un instant encore je m'y accroche. Repousser des deux mains signifie qu'il n'accepte sous aucun prétexte que cette chose monte dans son cerveau.

On peut comparer cela à quelqu'un qui entend un propos ou une plaisanterie qui ne sont pas au niveau qui lui convient. Il y a des personnes devant qui l'idée même de raconter de telles choses ne viendrait à l'esprit de personne, car cela ne leur correspond pas ; il y a celui qui écoute, rit un peu et dit « ce n'est pas convenable, passons à autre chose », et cela n'est repousser que d'une seule main ; et il y a celui dont l'essence même repousse cela des deux mains, sans qu'il ait à faire le moindre effort. Chez le beinoni, il en va ainsi même dans son intimité, avec lui-même : quand une pensée involontaire monte de son cœur, il l'écarte des deux mains.

Et l'Alter Rebbe ajoute : « ומסיח דעתו מיד שנזכר שהוא הרהור רע » (« et il en détourne son esprit dès qu'il se souvient qu'il s'agit d'une mauvaise pensée »). Il est possible qu'un homme dérive dans son imagination pendant dix minutes sans même s'en apercevoir. Aussi longtemps qu'il n'a pas réalisé ce qui se passe en lui, ce n'est pas volontaire et cela ne lui appartient pas du tout. Mais à partir du moment où il en prend conscience, c'est de cette seconde-là que commence l'épreuve ; et s'il s'est dit qu'il est prêt à continuer, c'est à partir de cet instant que réside le problème.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que « le corps » dans le service de Hachem est l'essence de l'homme et ses facultés, tandis que « les fruits » sont ses pensées, ses paroles et ses actes futurs. Le tsaddik a vendu son corps au Kadoch Baroukh Hou, et dès lors ses fruits sont nécessairement de bonnes actions ; le beinoni, dont le corps lui appartient encore, vend ses fruits. Et puisqu'on ne peut céder une chose qui n'est pas venue au monde, le conseil de l'Alter Rebbe est de vendre le corps à ses fruits, par le moyen d'une prière faite comme il faut. Nous avons vu que le rechimou qui subsiste dans le cerveau après la prière, joint à l'amour caché, lui donne la force de faire que le mal n'ait ni maîtrise ni domination : ni dans l'acte, ni dans la parole, ni même dans la pensée du cerveau, qu'il repousse des deux mains dès l'instant où elle monte.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons les paroles de l'Alter Rebbe dans le chapitre 12, avec un approfondissement supplémentaire de la définition du niveau du beinoni.