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L'Introduction du Compilateur : les livres, les scribes et le privilège d'impression

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Dans la partie précédente, nous avons étudié l'Introduction du Compilateur (Hakdamat HaMelaket) : le nom du livre et sa forme, comment le Tanya a reçu son titre et comment il s'est construit. Nous poursuivons maintenant les paroles de l'Alter Rebbe dans son introduction, et nous allons préciser à qui il fait allusion par les mots "livres" et "scribes", d'où viennent les réponses contenues dans l'ouvrage, et pourquoi un privilège d'impression a été apposé sur le Tanya.

À qui fait-il allusion par les mots "livres" et "scribes" :

  • "Les scribes" (sofrim) : il s'agit du Baal Chem Tov et du Maggid de Mezritch, que leurs âmes reposent en Eden. Leurs paroles sont célèbres et connues, et certaines d'entre elles sont seulement suggérées, à l'intention des sages.

  • "Dans les lettres saintes de nos maîtres qui sont en Terre Sainte, qu'elle soit bâtie et établie rapidement, de nos jours, amen" : il s'agit de Rabbi Menachem Mendel de Horodok et de Rabbi Avraham de Kalisk. Ce sont les deux tsadikim chez qui l'Alter Rebbe se rendait, et pendant une certaine période l'Alter Rebbe fut comme un disciple de Rabbi Menachem Mendel. Par la suite, ils quittèrent la Russie et montèrent en Terre Sainte, et depuis lors une correspondance s'établit entre eux. Dans ces lettres, les enseignements sont évoqués au nom du Baal Chem Tov et au nom du Maggid de Mezritch. Et l'Alter Rebbe ajoute : "et certaines, je les ai entendues de leur bouche sainte lorsqu'ils étaient ici parmi nous".

Revenons à la phrase d'ouverture : l'Alter Rebbe écrit ce livre pour tous ces gens qu'il connaît personnellement, et tout son contenu n'est que "des réponses aux nombreuses questions que posent constamment, en quête de conseil, tous les hommes de notre communauté et de notre région". Toutes les questions qui lui ont été posées : leurs réponses se trouvent dans le livre. De là découle que chacun se retrouve lui-même dans le Tanya : son cœur et son esprit y sont déposés, car tout ce que les 'hassidim lui ont révélé des secrets de leur cœur et de leur esprit, l'Alter Rebbe l'a inscrit dans son ouvrage, "chacun selon son niveau, pour donner à leur âme des conseils dans le service de Dieu".

La singularité de ce livre :

Les autres livres sont bâtis sur une intelligence humaine, et l'auteur ne peut pas viser juste pour l'esprit de chaque lecteur : il ne sait pas qui lira son ouvrage, alors comment saurait-il ce qui enflammera précisément tel étudiant ? Et même si le livre est bâti sur une intelligence divine, qui dira qu'il saura identifier les besoins de chaque lecteur ? À cela l'Alter Rebbe répond que son livre est d'un autre ordre : il sait exactement qui l'étudie. Cet homme-là, à quelque moment qu'il étudie, il le connaît, et le livre a été écrit pour lui avec précision : son problème personnel y a été inscrit, et c'est pourquoi il se retrouve lui-même à l'intérieur du livre.

Pourquoi l'Alter Rebbe a-t-il eu besoin d'écrire un livre, plutôt que de continuer à recevoir les 'hassidim en ye'hidout (entretien privé) ?

  1. "Car le temps ne permet plus de répondre à chacun sur sa question en particulier" : les 'hassidim se sont multipliés, et du point de vue du temps il n'était plus possible que tous entrent en ye'hidout.

  2. "Et de plus, l'oubli est fréquent" : même s'il avait été possible de recevoir tout le monde, un homme peut entendre du Rebbe une réponse personnelle, et l'oublier avec le temps.

C'est pourquoi : "J'ai donc consigné toutes les réponses à toutes les questions, pour qu'elles soient conservées et servent à chacun de rappel entre ses yeux, et qu'il n'ait plus à se presser pour venir me parler en ye'hidout" : il n'est plus nécessaire de se presser pour entrer en ye'hidout, car la ye'hidout se trouve dans le livre lui-même. "Car en elles il trouvera l'apaisement de son âme, et un conseil juste pour tout ce qui lui est difficile dans le service de Dieu, et son cœur sera ferme, confiant en Dieu qui accomplit pour nous". Ces paroles ne sont écrites ni avec hésitation ni comme un espoir, mais avec une certitude absolue : le livre appartient à chacun.

Une chose semblable s'est produite chez le Rebbe de Loubavitch. À une certaine période, le Rebbe cessa de recevoir en ye'hidout privée dans sa chambre, exactement pour la même raison : le temps ne permettait plus de répondre à chacun, car les 'hassidim s'étaient multipliés. Dès lors, le Rebbe commença à tenir des ye'hidout collectives, en grands groupes, jusqu'à ce que même celles-là n'aient plus lieu que quelques rares fois par an. Finalement, le Rebbe dit que les farbrenguen généraux, auxquels participent des milliers et des dizaines de milliers de personnes, ont le statut d'une ye'hidout. Dans les lettres qu'il écrivait à ceux qui l'interrogeaient, le Rebbe répondait : tu étais bien au farbrenguen, et c'est là que tu trouveras les réponses à toutes tes questions. Autrement dit : au moment où le Rebbe est assis au farbrenguen et parle, tous les présents reçoivent ce qu'ils cherchent, et il ne reste à l'homme qu'à affiner son regard. Et parfois il ne voit pas, de même que dans le Tanya non plus tout le monde n'a pas vu.

Et voici la conclusion : "Ou celui dont l'esprit est trop court pour comprendre un conseil à partir de ces cahiers". Il arrive que le 'hassid dise : je lis le Tanya et je ne comprends pas, je ne m'y retrouve pas, il me semble qu'il parle d'autres gens que moi. Mais l'Alter Rebbe a établi dans son introduction que le livre appartient à chacun. Il ajoute donc que même cet étudiant-là est inclus, à ceci près qu'il devra "exposer sa situation devant les grands de sa ville, et eux lui feront comprendre" : celui qui ne voit pas par lui-même, qu'il se fasse un maître ; qu'il aille vers les grands de sa ville, et eux lui feront comprendre et trouveront pour lui, dans le Tanya, la réponse à son problème personnel.

Sa demande aux grands de chaque ville :

L'Alter Rebbe adresse maintenant une demande personnelle à ces grands de chaque ville et bourgade de 'hassidim : "Et d'eux je demande qu'ils ne mettent pas la main sur la bouche, en se conduisant avec une humilité et un effacement mensongers, à Dieu ne plaise". Celui qui dit "je ne sais pas, je ne comprends pas, je n'en ai pas les moyens" : voilà une humilité de mensonge. L'Alter Rebbe emploie un langage tranchant et établit que c'est un mensonge : celui qui sait est obligé de parler. Et plus encore, "on connaît le châtiment amer de celui qui retient le blé" : un homme qui, en temps de famine, a ses greniers pleins de grain et le refuse à ceux qui en ont besoin, son châtiment est grand. La Guemara dit que celui qui retient le blé, même les créatures des pays d'outre-mer le maudissent ; et à l'inverse, grande est la récompense de celui qui donne à son prochain de ce qu'il possède.

Et nos Sages, de mémoire bénie, commentent le verset des Proverbes "le pauvre et l'homme de tromperie se sont rencontrés, Dieu illumine les yeux de tous les deux" : le verset parle de l'étude de la Torah. Un élève qui ne sait pas est appelé "rach", pauvre, car il n'a pas de savoir ; et lorsqu'il vient chez le sage qui sait et lui dit "enseigne-moi la Torah", et que ce sage lui enseigne, alors "Dieu illumine les yeux de tous les deux". Le Saint béni soit-Il illumine les yeux du pauvre, et le sage lui aussi devient plus sage encore. Et la Guemara ajoute l'inverse : si le sage ne lui donne pas, le Saint béni soit-Il peut transformer le pauvre en sage et le sage en pauvre, à Dieu ne plaise.

Et l'Alter Rebbe conclut : "Car Dieu fera briller Sa face sur eux, la lumière de la face du Roi est vie, et Celui qui fait vivre les vivants nous accordera le mérite de vivre jusqu'aux jours où l'on n'enseignera plus l'un à l'autre, etc." : car pour les temps futurs il est prophétisé "car tous Me connaîtront", et alors l'étudiant n'aura plus besoin de chercher les grands de sa ville, mais chacun étudiera le Tanya par lui-même. Comme nous l'avons rappelé dans la partie précédente, Rabbi Zoucha d'Anipoli a dit que c'est avec le Tanya que nous irons accueillir Machia'h, notre juste rédempteur, et alors chacun verra dans le Tanya sa propre personne et la grande lumière qui y est enfouie. "Car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, etc. Amen, qu'il en soit ainsi selon Sa volonté".

La fin de l'introduction : l'avertissement concernant l'impression :

La conclusion suit la même voie que ce que nous avons vu dans les approbations (haskamot) : "Et voici, après que les cahiers mentionnés se soient répandus parmi tous les hommes de notre communauté mentionnés plus haut, en de nombreuses copies, de la main de scribes divers et étranges". Comme nous l'avons rappelé dans la partie précédente, les "divers" sont les copistes chez qui se sont glissées des erreurs de bonne foi, tandis que les "scribes étranges" sont ceux qui, par une déformation intentionnelle, ont cherché à introduire des fautes, afin qu'on puisse tirer du livre des affirmations peu convenables sur les 'hassidim. Et à cause de la multiplication des copies, "les erreurs de scribes se sont multipliées à l'extrême". "C'est pourquoi l'esprit des hommes nommément désignés plus haut sur cette page s'est montré généreux" : ces hommes mentionnés dans les approbations précédentes, parmi lesquels Rabbi Chalom Cha'hna, gendre de l'Alter Rebbe, et Rabbi Chmouel HaLévi, "à se donner de la peine, de leur corps et de leurs biens, pour porter ces cahiers à l'imprimerie, nettoyés de toute impureté et de toute erreur de scribe, et bien corrigés. Et je dis à la bonne action : que ta force soit affermie" : et je dis à cette bonne action : yichar koa'h, bravo.

"Et puisque l'Écriture s'est exprimée par un verset explicite : maudit celui qui déplace la borne de son prochain, et 'maudit' inclut la malédiction et l'excommunication, à Dieu ne plaise, c'est pourquoi je viens comme 'Yehouda et en plus un verset'" : autrement dit, je viens en ajout et en renforcement du verset. L'expression "Yehouda ve'od lakra" vient de la Guemara dans le traité Kidouchin : il y est dit que si un homme emploie envers une femme certaines formules et qu'elle accepte, elle lui est consacrée, et parmi ces formules "te voici ma 'haroufa", puisqu'il existe un verset "car c'est une femme 'nehérefet' pour un homme". Et la Guemara ajoute qu'en Judée aussi on appelait la femme "'haroufa", puis objecte sur un ton d'étonnement : "Yehouda et en plus un verset ?" : puisque le verset "icha né'hérefet lé'ich" existe déjà, quel besoin d'ajouter que tel est aussi l'usage en Judée ? L'Alter Rebbe emploie cette formule et dit "comme Yehouda et en plus un verset" : le verset "maudit celui qui déplace la borne de son prochain" existe déjà, et lui vient seulement en renforcer la portée.

Et il poursuit ainsi : "pour dresser une grande barrière contre tous les imprimeurs" : instaurer un interdit majeur pour tous ceux qui ont la capacité d'imprimer des livres, de ne pas imprimer les cahiers mentionnés, ni par eux-mêmes ni par "leur flèche" : ni par une impression directe, ni en envoyant d'autres sous prétexte que ce ne serait qu'une causalité indirecte (guerama), c'est-à-dire ne pas lancer de flèches ni d'émissaires, sauf avec l'autorisation des personnes nommément désignées plus haut. Et pour combien de temps ? "Pour une durée de cinq ans à partir du jour de l'achèvement de l'impression" : cinq ans à compter de la fin de l'impression. "Et pour ceux qui écoutent ce sera agréable, et la bénédiction du bien viendra sur eux. Telles sont les paroles du compilateur des Likoutei Amarim mentionné plus haut".

Et il est connu que le privilège d'impression du Tanya est passé depuis à ceux qui continuent d'imprimer les ouvrages de l'Alter Rebbe. Aujourd'hui, il s'agit de la direction de Kehot (Karnei Hod Torah, la maison d'édition officielle de la 'hassidout 'Habad), que le Rebbe dirigeait, et elle seule a l'autorisation d'imprimer le Tanya. Certes, le décompte des cinq ans repart de la dernière impression, après quoi l'autorisation serait donnée à quiconque voudrait imprimer ; mais comme le Tanya est imprimé sans interruption, les cinq ans ne sont jamais arrivés à terme, puisqu'on se trouve toujours à l'intérieur de ces cinq années, et ainsi le privilège reste entre les mains de la direction de Kehot.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que les "scribes" de l'introduction sont le Baal Chem Tov et le Maggid de Mezritch, et que "nos maîtres qui sont en Terre Sainte" sont Rabbi Menachem Mendel de Horodok et Rabbi Avraham de Kalisk. Nous avons vu que l'Alter Rebbe a écrit le Tanya comme une réponse personnelle à chaque étudiant, parce que le temps ne permettait plus une ye'hidout avec chacun et parce que l'oubli est fréquent, et que le livre appartient à tout homme : celui qui ne s'y retrouve pas exposera sa situation devant les grands de sa ville, à qui incombe le devoir de ne pas se conduire avec une humilité de mensonge. Nous avons appris encore son avertissement de ne pas imprimer ces cahiers sans autorisation pendant cinq ans, et de là le privilège conservé jusqu'à aujourd'hui entre les mains de la direction de Kehot.

Dans la partie suivante, nous aborderons le chapitre 1 du Tanya : la question du "tselem" de l'homme intermédiaire (beinoni) et du tsadik, et la définition des niveaux de l'âme sur lesquels tout le livre est bâti.