Le chapitre 12 de Shmouel B est le chapitre de la réprimande. Le prophète Natan est envoyé auprès du roi David et lui fait entendre une courte parabole au sujet d'un riche et d'un pauvre, parabole qui s'achève sur ces mots terribles : "Cet homme, c'est toi". Dans le chapitre qui nous occupe, nous allons apprendre pourquoi la réprimande a dû précisément passer par une parabole, quelle était exactement la faute reprochée à David, et quelle est la signification des châtiments qui furent décrétés contre lui, mesure pour mesure.
Le Malbim explique que la réprimande est venue parce que David, en fin de compte, était sorti indemne de toute cette affaire. Bat Chéva se trouve déjà auprès de lui ; Ouria le Hitti, la pierre d'achoppement, n'est plus, car il a été tué selon la loi, comme rebelle envers la royauté. Le problème de la femme mariée était lui aussi résolu, puisque tout homme partant à la guerre pour la maison de David écrivait un acte de divorce à sa femme, et comme Ouria n'est pas revenu de la guerre, l'acte de divorce a produit son effet et elle est divorcée. Nous avons dit qu'il aurait pu se créer une situation où Ouria se serait uni à sa femme, et il y aurait eu alors un interdit, et David a agi ainsi pour que la royauté ne soit pas détruite ; mais même cette crainte ne s'est pas réalisée, Ouria ne s'est pas uni à sa femme. Il se trouve donc que David s'est pour ainsi dire lavé les mains dans l'innocence et a dit : tout s'est fait de manière permise, on ne peut faire mieux que cela. C'est précisément pour cela que Natan le prophète devait venir le réprimander.
וַיִּשְׁלַח יְהֹוָה אֶת־נָתָן אֶל־דָּוִד וַיָּבֹא אֵלָיו וַיֹּאמֶר לוֹ שְׁנֵי אֲנָשִׁים הָיוּ בְּעִיר אֶחָת אֶחָד עָשִׁיר וְאֶחָד רָאשׁ׃ - Et l'Éternel envoya Natan vers David ; il vint vers lui et lui dit : Il y avait deux hommes dans une même ville, l'un riche et l'autre pauvre.
La chose paraît a priori étonnante : pourquoi venir vers le roi d'Israël par le biais d'une parabole ? On se serait attendu à ce que le prophète dise simplement : j'ai reçu une prophétie de la part de l'Éternel, tes actes n'ont pas trouvé grâce aux yeux du Créateur du monde. Quel besoin y a-t-il d'un conte pour enfants, d'un dialogue, du fait que David juge lui-même la parabole et que ce n'est qu'ensuite qu'on lui dise "c'est toi que la parabole désigne" ? Toute cette longueur semble superflue entre un prophète et un roi.
En réalité, voici ce que disent les maîtres du moussar : l'homme possède des mécanismes de défense. Lorsque tu présentes à un homme ses propres actes et que tu l'interroges à leur sujet, il trouvera mille et une excuses pour s'expliquer. La seule manière de contourner ces mécanismes de défense est de le détacher de l'histoire et de coller cette histoire à quelqu'un d'autre. Quand je te détache de l'acte, ton jugement est droit. Il n'y a pas d'intérêts, pas de tentative de couvrir mes propres actes, pas ce désir permanent de me juger favorablement. J'ai dit un jour qu'il n'est pas exact de dire que les gens ne jugent pas favorablement ; la plupart des gens jugent toujours favorablement, eux-mêmes. Combien de mérites trouvons-nous en nous-mêmes, combien d'explications, combien d'excuses, sans fin.
Et le roi David avait des excuses en abondance, en particulier selon ce que nous avons vu : Bat Chéva lui était destinée depuis les six jours de la création, du fait de sa réincarnation, c'était la jumelle supplémentaire qui lui revenait ; "David n'était pas digne de commettre cet acte, sinon pour enseigner la voie du repentir" ; le Saint béni soit-Il a amplifié son penchant d'une manière contraire à la nature, comme nous l'avons expliqué dans le cours précédent. Si l'on s'était approché de lui directement en disant "David, allons, allons", il aurait répondu : que voulez-vous ? Je suis sorti indemne d'un tel acte. Qu'a donc fait le Saint béni soit-Il ? Il a détaché l'acte de lui : viens, que je te raconte une autre histoire, dis-moi ce que tu en penses. Et à l'instant même où David a prononcé son verdict et qu'on lui a dit "Cet homme, c'est toi", il n'a pas ajouté un mot de discussion : "Et David dit à Natan : j'ai péché envers l'Éternel". C'est fini. Plus de discussions.
Une parabole, par nature, force le trait, et il en est de même ici : d'un côté un riche, de l'autre un pauvre, un grand indigent. Et remarquez que le mot est écrit "רָאשׁ" avec un aleph (aleph muet), pour laisser entendre que ce pauvre était certes pauvre à un certain égard, en ce qu'il n'avait qu'une seule femme, à savoir Ouria, mais qu'il était en même temps l'un des chefs parmi les héros de David. C'est pourquoi on lit "rach" (pauvre) mais on écrit avec un aleph, du terme roch (tête, chef).
לְעָשִׁיר הָיָה צֹאן וּבָקָר הַרְבֵּה מְאֹד׃ וְלָרָשׁ אֵין־כֹּל כִּי אִם־כִּבְשָׂה אַחַת קְטַנָּה אֲשֶׁר קָנָה וַיְחַיֶּהָ וַתִּגְדַּל עִמּוֹ וְעִם־בָּנָיו יַחְדָּו מִפִּתּוֹ תֹאכַל וּמִכֹּסוֹ תִשְׁתֶּה וּבְחֵיקוֹ תִשְׁכָּב וַתְּהִי־לוֹ כְּבַת׃ - Le riche avait des brebis et des bœufs en très grand nombre. Mais le pauvre n'avait rien du tout, sinon une seule petite brebis qu'il avait acquise ; il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants ensemble ; elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe, dormait sur son sein, et elle était pour lui comme une fille.
"Des brebis et des bœufs en très grand nombre" fait allusion à David, qui avait de nombreuses femmes. Face à lui, le pauvre qui n'a qu'une seule petite brebis : c'est Bat Chéva, et Ouria le Hitti qui n'avait qu'une seule femme. "Qu'il avait acquise" (achèr kana) : terme d'union matrimoniale, kana signifie qu'il l'a prise, qu'il l'a épousée. "Et elle grandissait avec lui et avec ses enfants" : d'où viennent ici des enfants ? Nos Sages disent qu'Ouria avait été marié auparavant et qu'il avait des enfants d'une femme précédente, et que ces enfants grandissaient à présent dans la maison avec Bat Chéva. Elle-même n'avait pas eu d'enfants de lui, comme l'atteste le saint Zohar : il ne s'était pas approché d'elle ; c'est pourquoi il est dit "ses enfants" et non "leurs enfants", ses enfants à lui seul. Et toute la description "elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe, dormait sur son sein, et elle était pour lui comme une fille" est destinée à amplifier la faute : décrire l'affection et la proximité qui régnaient entre eux, et comment un homme est venu porter atteinte à cette idylle. Et d'ailleurs, "elle était pour lui comme une fille" laisse aussi entendre qu'il ne s'était pas uni à elle.
וַיָּבֹא הֵלֶךְ לְאִישׁ הֶעָשִׁיר וַיַּחְמֹל לָקַחַת מִצֹּאנוֹ וּמִבְּקָרוֹ לַעֲשׂוֹת לָאֹרֵחַ הַבָּא־לוֹ וַיִּקַּח אֶת־כִּבְשַׂת הָאִישׁ הָרָאשׁ וַיַּעֲשֶׂהָ לָאִישׁ הַבָּא אֵלָיו׃ - Un passant arriva chez l'homme riche, et il eut de la peine à prendre de son propre petit et gros bétail pour l'apprêter au voyageur venu chez lui ; il prit la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour l'homme venu chez lui.
Un hôte arriva chez l'homme riche, et son coeur eut mal à l'idée d'abattre de son propre petit et gros bétail : le voisin a une brebis, je vais aller prendre la sienne. Il y a ici deux aspects qui aggravent la faute. Le premier : toi qui as tellement de biens, prends dans ce qui t'appartient. Le second : qui est donc arrivé ici ? Le roi est-il venu lui rendre visite ? Un ministre du gouvernement ? "וַיָּבֹא הֵלֶךְ" - un simple passant, un homme sans importance, pour qui il n'était nul besoin de faire tant de choses. Et parce que tu as dit "j'ai ici une brebis gratuite", tu as transformé le passant en hôte, et de l'hôte en homme, jusqu'à ce qu'il devienne pour ainsi dire le maître de maison.
C'est ici que nos Sages viennent enseigner qu'il y a une allusion au mauvais penchant. Si l'homme ne lui ferme pas complètement la porte mais lui accorde un petit droit de passage, il est d'abord un "passant", un voyageur qui ne fait qu'une brève visite ; puis il devient un "hôte", il séjourne déjà chez toi de façon régulière ; et finalement il est "l'homme venu chez lui", il est le maître de maison, il te gouverne et te mène par le bout du nez, et tout ce qu'il exige, tu l'accomplis. C'est pourquoi l'homme doit savoir : tant qu'il n'est encore qu'un passant, ferme-lui la porte, ne lui accorde aucun droit de passage, car si tu le lui accordes, il finira par devenir ton maître.
Et cette allusion vise aussi David lui-même : au début, il l'a seulement vue, c'était le passant ; ensuite il l'a désirée, le penchant était déjà devenu un hôte ; et finalement il l'a prise pour femme, et il était déjà devenu le maître de maison.
וַיִּחַר־אַף דָּוִד בָּאִישׁ מְאֹד וַיֹּאמֶר אֶל־נָתָן חַי־יְהֹוָה כִּי בֶן־מָוֶת הָאִישׁ הָעֹשֶׂה זֹאת׃ וְאֶת־הַכִּבְשָׂה יְשַׁלֵּם אַרְבַּעְתָּיִם עֵקֶב אֲשֶׁר עָשָׂה אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה וְעַל אֲשֶׁר לֹא־חָמָל׃ - La colère de David s'enflamma fortement contre cet homme, et il dit à Natan : par le Nom vivant de l'Éternel, l'homme qui a fait cela mérite la mort ! Et il rendra la brebis au quadruple, parce qu'il a fait cette chose et parce qu'il n'a pas eu de pitié.
David jura au Nom de l'Éternel qu'un tel homme mérite la mort, et son esprit ne se calma pas tant qu'il n'eut ajouté qu'il rendrait la brebis au quadruple. Et combien vaut ce "quadruple" ? Certains disent quatre fois, et d'autres disent que "quatre" signifie quatre fois tandis que "au quadruple" (arbaataïm) signifie deux fois quatre, c'est-à-dire huit fois.
Mais ici se dressent deux questions considérables. Premièrement, existe-t-il un cas où l'on met un homme à mort tout en le faisant aussi payer ? Or nous avons un principe : "kim leh bidraba miné", il est jugé par la plus grande des deux peines. Et deuxièmement, existe-t-il un cas où un homme qui vole se rend passible de la peine capitale ? Certes, dans le jugement céleste il est dit "il dépouillera de la vie ceux qui les auront dépouillés", à savoir que celui qui vole Israël, l'Éternel lui reprend la vie ; mais dans les peines terrestres, lorsqu'on se présente devant le roi pour qu'il juge, prononce-t-on un verdict de mort pour un vol ? Aussi grave que soit le vol, il n'entraîne pas la peine de mort.
Le Malbim répond : il existe une différence entre le jugement du roi et le jugement des juges, principe déjà mentionné plus haut. Le juge qui statue est tenu de juger selon toutes les règles de la loi et du droit fixées par la Torah : il a besoin de deux témoins, d'un interrogatoire minutieux et croisé, que le témoignage ne se contredise en aucun détail, et il ne peut appliquer de peine plus lourde que ce qui est écrit : la profanation du Chabbat par la lapidation, le meurtre par le glaive, et ainsi de suite, chaque chose selon sa loi. Mais le roi n'est pas soumis à tout cela. Au roi est donné le pouvoir de combler la brèche et de dresser une clôture même dans des cas qui ne suivent pas le protocole ni ce qui est écrit dans le livre ; il n'est pas tenu à l'interrogatoire des témoins s'il voit de ses propres yeux que la chose est vraie, et il peut décréter une peine bien plus lourde afin de dresser une clôture.
Comme nous le trouvons chez nos Sages : une fois, un homme monta à cheval le jour du Chabbat. Quel interdit y a-t-il ici ? Le fait de mener une bête. Si la bête lui appartient, il y a là un interdit de la Torah au titre de "afin qu'il se repose", et si elle ne lui appartient pas, il n'y a qu'un interdit rabbinique de peur qu'il ne cueille une branche. Et pourtant on le conduisit le dimanche au lieu de lapidation et on le lapida. La Guemara explique : non parce que telle est la loi, mais parce que cette génération-là en avait besoin. Si les Sages agissaient ainsi, à plus forte raison le roi.
C'est ce que dit David : certes, selon les lois de la Torah, cet homme ne relève pas d'un tel jugement, mais lorsque je vois un acte de cruauté aussi terrible, je vois la nécessité de combler la brèche et de le juger selon le droit du jugement royal et non selon le droit du jugement des juges : le condamner à mort, et de plus qu'il paie au quadruple. C'est pourquoi il conclut : "עֵקֶב אֲשֶׁר עָשָׂה אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה", à savoir le dédommagement, pour avoir volé et abattu ; "וְעַל אֲשֶׁר לֹא־חָמָל", pour cela il reçoit la peine de mort. Autrement dit, selon la loi la chose ne lui revient pas, mais à cause du manque terrible de pitié dans son acte, je décrète contre lui ce verdict par le pouvoir de la royauté.
Et où David fut-il puni au quadruple? Nos Sages enseignent que ce fut précisément le châtiment qu'il reçut: l'enfant né de Bat Chéva mourut - un; Amnon fut assassiné par Avchalom - deux; Tamar fut violée par Amnon - trois; Avchalom fut tué par Yoav - quatre. Certains ont retiré Tamar et mis à sa place Adoniya, sur qui aussi la mort fut décrétée, et ainsi il convient que les quatre soient morts - les quatre fils de David. C'est lui-même qui prononça son propre verdict.
וַיֹּאמֶר נָתָן אֶל־דָּוִד אַתָּה הָאִישׁ כֹּה־אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אָנֹכִי מְשַׁחְתִּיךָ לְמֶלֶךְ עַל־יִשְׂרָאֵל וְאָנֹכִי הִצַּלְתִּיךָ מִיַּד שָׁאוּל׃ - Natan dit à David: Tu es cet homme. Ainsi a parlé Hachem, le Dieu d'Israël: C'est moi qui t'ai oint comme roi sur Israël, et c'est moi qui t'ai sauvé de la main de Chaoul.
Pour l'acte lui-même seul, il est impossible de le punir ni selon la loi d'un meurtrier, ni selon la loi d'un adultère: meurtrier il ne l'est pas, car Ouriya était passible de mort; adultère il ne l'est pas non plus, car il lui avait donné un acte de répudiation. Sur quel chef d'accusation peut-on donc le condamner? Sur le vol. Il y avait ici un homme qui avait une brebis, qui avait une femme, et tu la lui as arrachée des mains. Tu peux prétendre qu'elle n'était pas femme mariée et qu'il était passible de mort, tout cela est bel et bon, mais sur le vol, que répondras-tu?
À partir d'ici, le prophète lui montre que sa situation est très grave. Premièrement, "אָנֹכִי מְשַׁחְתִּיךָ לְמֶלֶךְ עַל־יִשְׂרָאֵל" - tu n'es pas un homme ordinaire. Un particulier qui faute et trébuche, sa faute ne fait pas de vagues; mais un roi qui faute, ses actes sont une preuve et un signe pour l'ensemble du peuple quant à la manière de se conduire, et les gens apprendront et feront comme toi. Et deuxièmement, "וְאָנֹכִי הִצַּלְתִּיךָ מִיַּד שָׁאוּל" - est-ce là la reconnaissance pour tous mes bienfaits et pour la providence particulière extraordinaire qui t'a accompagné, comme nous l'avons vu dans les chapitres précédents, où à plusieurs reprises tu te tenais à un pas de la mort et où Hachem t'a sauvé? Est-ce là l'acte qui convient après qu'une telle providence se soit attachée à toi?
וָאֶתְּנָה לְךָ אֶת־בֵּית אֲדֹנֶיךָ וְאֶת־נְשֵׁי אֲדֹנֶיךָ בְּחֵיקֶךָ וָאֶתְּנָה לְךָ אֶת־בֵּית יִשְׂרָאֵל וִיהוּדָה וְאִם־מְעָט וְאֹסִפָה לְּךָ כָּהֵנָּה וְכָהֵנָּה׃ - Je t'ai donné la maison de ton maître et les femmes de ton maître dans ton giron, je t'ai donné la maison d'Israël et de Yehouda, et si c'était trop peu, j'y aurais ajouté encore autant et autant.
"La maison de ton maître" - que tu règnes sur toute la maison de Chaoul. "Et les femmes de ton maître" - à ce sujet il y a deux avis: certains disent que cela ne désigne pas les épouses de Chaoul, mais une femme de la maison de Chaoul, à savoir Mikhal que David épousa; et il y a une autre explication, comme le rapportent le Yerouchalmi et le Midrach, selon laquelle David épousa aussi Ritspa fille d'Aya, qui était concubine de Chaoul, et c'est elle qui est appelée "les femmes de ton maître". "וָאֶתְּנָה לְךָ אֶת־בֵּית יִשְׂרָאֵל וִיהוּדָה" - au début il régna à Hevron pendant sept ans, puis Hachem veilla à ce que tout Israël vienne comme un seul homme accepter sa royauté de manière absolue.
"וְאִם־מְעָט" - si les femmes que tu as te paraissent peu nombreuses, "וְאֹסִפָה לְּךָ כָּהֵנָּה וְכָהֵנָּה". Combien de femmes David avait-il à cette époque? Six. Et lorsque Hachem lui dit "encore autant" - six de plus, "et autant" - encore six, cela fait donc dix-huit. Car le roi n'épouse pas plus de dix-huit femmes. Et c'est le roi qui est limité: tout homme a le droit d'épouser des femmes sans limitation, s'il veut cent - qu'il en épouse cent, mille - mille; seul le roi est limité. Et la raison en est que chez le roi on craint davantage que ses femmes détournent son cœur, comme cela arriva chez le roi Chelomo. Voilà la source de ce que le roi n'épouse que dix-huit femmes, et c'est bien ce qu'eut David en fin de compte.
מַדּוּעַ בָּזִיתָ אֶת־דְּבַר יְהֹוָה לַעֲשׂוֹת הָרַע בְּעֵינַי אֵת אוּרִיָּה הַחִתִּי הִכִּיתָ בַחֶרֶב וְאֶת־אִשְׁתּוֹ לָקַחְתָּ לְּךָ לְאִשָּׁה וְאֹתוֹ הָרַגְתָּ בְּחֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן׃ - Pourquoi as-tu méprisé la parole d'Hachem en faisant le mal à mes yeux? Ouriya le Hittite, tu l'as frappé par l'épée, et sa femme, tu l'as prise pour toi comme épouse, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Amon.
Il lui dit: même si dans le droit des hommes de chair et de sang tu peux te justifier, dans le droit du Créateur du monde tu n'as aucune justification, car "tu as méprisé la parole d'Hachem". Et voici ici trois griefs. Le premier: "אֵת אוּרִיָּה הַחִתִּי הִכִּיתָ בַחֶרֶב" - du fait que "אֶת־אִשְׁתּוֹ לָקַחְתָּ לְּךָ לְאִשָּׁה". Et il y a ici une remarque considérable. Tu prétends qu'Ouriya était passible de mort, parce qu'il a parlé de manière irrespectueuse envers le roi en disant "mon seigneur Yoav", et parce qu'il n'a pas obéi à l'ordre du roi de descendre chez lui. Mais réfléchis un instant: si tu n'avais pas pris Bat Chéva au départ, Ouriya en serait-il arrivé à la mort? Absolument pas. Tout tourne autour de sa prise: c'est pour cela que tu as eu besoin de dissimuler l'acte, et c'est à cette fin que tu as envoyé dire à Yoav de t'envoyer Ouriya pour qu'il descende chez sa femme - et lorsqu'il refusa, il devint passible de mort. Si tu n'avais pas pris Bat Chéva, Ouriya aurait poursuivi sur le champ de bataille, on aurait vaincu les fils d'Amon, et il serait revenu vers sa femme et aurait vécu jusqu'à cent vingt ans. Il en ressort que tu as raison de dire qu'il était passible de mort, mais l'enchaînement qui mena à cette culpabilité vient de toi - et c'est pourquoi cela est considéré comme si c'était toi qui l'avais tué.
Le deuxième grief: "וְאֶת־אִשְׁתּוֹ לָקַחְתָּ לְּךָ לְאִשָּׁה" - la question du vol que nous avons mentionnée. Et le troisième grief: "וְאֹתוֹ הָרַגְתָּ בְּחֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן". Nous avons expliqué dans le cours précédent que la mise à mort par l'épée des fils d'Amon était une mort cruelle, une mort par le kina demessaavouta, par le serpent qui était gravé sur l'épée des fils d'Amon. S'il méritait la mort, tue-le comme les condamnés du tribunal, qu'il meure par la main d'Israël de manière honorable; pourquoi l'as-tu envoyé mourir par la main des incirconcis? C'est une transgression en soi.
On pourrait poser la question suivante : David a-t-il vraiment tué ? Pourquoi lui attribue-t-on cela ? En effet, si je dis à Réouven : va tuer Shimon, et que Réouven va le tuer, qui est considéré comme le meurtrier ? Réouven. Car nous avons une règle : "il n'y a pas d'envoyé pour une transgression". Et que diras-tu, "il me l'a ordonné" ? Les paroles du maître et les paroles du disciple, les paroles de qui écoute-t-on ? Le Saint béni soit-Il te dit : Moi, Je t'ai ordonné de ne pas tuer, et toi, tu l'écoutes lui ?
Le Radak vient et dit : pour tout homme, cet argument est juste, mais lorsqu'il s'agit d'un roi, celui qui n'écoute pas sa parole, le roi le mettra à mort. Puisqu'il en est ainsi, la crainte du roi pèse sur les sujets, et l'acte est attribué au roi. Comprenons bien : selon la loi stricte, l'homme est tenu de refuser même au roi, et même si on lui dit que le roi le tuera, il doit dire : je suis prêt à mourir plutôt que de tuer, car il y a trois transgressions - l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang - pour lesquelles on doit se laisser tuer plutôt que de transgresser. De même il fut dit à Yehochoua "tout homme qui se rebellera contre ta parole sera mis à mort", et l'on a interprété : serait-ce même pour une transgression ? L'Écriture dit "seulement sois fort et courageux" - le mot "seulement" vient exclure : si le roi ordonne une chose qui contrevient aux lois de la Torah, il est interdit de l'écouter.
Néanmoins, la crainte du roi pesait naturellement sur les sujets, et il est difficile de venir leur reprocher d'avoir exécuté la parole du roi ; c'est pourquoi la faute est imputée au roi : c'est toi qui as tué, David, puisque le sujet a peur de désobéir à ta parole. Ainsi trouvons-nous chez Chaoul, qui fut tenu responsable de Nov, la ville des Cohanim, bien que ce soit Doëg l'Édomite qui ait tué : puisqu'il était le roi, la chose fut portée à son passif. De même ici : c'est Yoav qui a tué, mais la faute est imputée à David. Pourtant Yoav aurait dû refuser, et nous avons effectivement vu de tels hommes qui refusèrent, et ils furent supérieurs en cela qu'ils n'écoutèrent pas la parole du roi lorsqu'il ordonna une chose non convenable.
וְעַתָּה לֹא־תָסוּר חֶרֶב מִבֵּיתְךָ עַד־עוֹלָם עֵקֶב כִּי בְזִתָנִי וַתִּקַּח אֶת־אֵשֶׁת אוּרִיָּה הַחִתִּי לִהְיוֹת לְךָ לְאִשָּׁה׃ - Et maintenant, l'épée ne s'écartera jamais de ta maison, parce que tu M'as méprisé et que tu as pris la femme d'Ouria le Hittite pour qu'elle soit ta femme.
Le prophète prononce maintenant contre lui les deux châtiments que David lui-même avait décrétés contre l'homme riche. En correspondance avec "cet homme mérite la mort" - le châtiment de mort, "l'épée ne s'écartera pas de ta maison", et ce châtiment devait s'appliquer à ses fils. Et pourquoi ? "parce que tu M'as méprisé" - car il y eut dans cet acte un mépris de l'honneur du Ciel ; lorsque les gens voient une chose pareille, il y a là une profanation du Nom.
כֹּה אָמַר יְהֹוָה הִנְנִי מֵקִים עָלֶיךָ רָעָה מִבֵּיתֶךָ וְלָקַחְתִּי אֶת־נָשֶׁיךָ לְעֵינֶיךָ וְנָתַתִּי לְרֵעֶיךָ וְשָׁכַב עִם־נָשֶׁיךָ לְעֵינֵי הַשֶּׁמֶשׁ הַזֹּאת׃ - Ainsi a parlé l'Éternel : voici que Je fais surgir contre toi le malheur de ta propre maison, Je prendrai tes femmes sous tes yeux et Je les donnerai à ton prochain, qui couchera avec tes femmes à la vue de ce soleil.
כִּי אַתָּה עָשִׂיתָ בַסָּתֶר וַאֲנִי אֶעֱשֶׂה אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה נֶגֶד כׇּל־יִשְׂרָאֵל וְנֶגֶד הַשָּׁמֶשׁ׃ - Car toi, tu as agi en secret, mais Moi, Je ferai cette chose devant tout Israël et à la face du soleil.
En correspondance avec le fait que tu as pris la femme d'Ouria - mesure pour mesure, quelqu'un de ta maison se lèvera et prendra tes femmes. Toi tu as pris une seule femme, et lui prendra les dix concubines ; et cela correspond au décret de réparation qu'il avait lui-même prononcé - de même que le voleur paie plusieurs fois le montant, toi aussi tu paieras plusieurs fois. Et il y a une autre différence : toi tu as agi en secret, et lui agira au grand jour, "à la face de ce soleil", publiquement. Et pourquoi publiquement ? Afin que tous sachent que le roi David a été châtié pour son acte, et que nul ne tire de cet acte une légitimation pour agir de même.
Nous l'avons dit auparavant et nous le répétons : il n'existe aucune possibilité de dire que le roi David n'a pas fauté du tout. Ce sont là des versets explicites indiquant que David a fauté. Et tout ce que nous avons dit sur "quiconque affirme que David a fauté ne fait que se tromper" - Rachi y explique que l'intention est : quiconque dit que David a fauté avec une femme mariée, ou qu'il a fauté par meurtre. Il n'y eut ici ni adultère ni meurtre, et ces deux choses furent conformes à la loi comme nous l'avons expliqué. Mais toute la manière dont l'affaire s'est déroulée fut non convenable, et l'aspect du vol fut une chose non convenable. Et bien que tout soit permis au roi, il y eut là une profanation du Nom, et selon le niveau de David, l'accusation portée contre lui est bien plus grave. Nous n'avons jamais dit que l'acte fut entièrement conforme à la loi - car sur un acte conforme on n'envoie pas de prophète, il n'y a ni réprimande ni châtiments. Tu le vois bien d'après les châtiments.
Nathan le prophète fut envoyé pour réprimander David précisément par le biais d'une parabole, afin de contourner les mécanismes de défense et les prétextes que David aurait pu opposer, et afin qu'il prononce lui-même son propre verdict. La parabole amplifie la faute sous deux angles : le riche n'a pas pris de ce qui lui appartenait, et le voyageur ne méritait nullement cela. Par ses allusions, elle enseigne aussi la manière d'agir du mauvais penchant, qui de passant devient invité, puis d'invité devient maître de maison. David décréta la mort et un remboursement au quadruple en vertu du droit royal qui n'est pas soumis aux règles ordinaires des juges, et par ce quadruple il fut lui-même puni à travers quatre de ses fils. Le grief retenu contre lui portait sur le vol, sur le fait d'avoir provoqué la mort d'Ourya, et sur le fait que celui-ci fut tué précisément par l'épée des Bnei Ammon. Et parce qu'il était roi, l'acte fut porté à sa charge. Lorsqu'il lui fut dit "C'est toi cet homme", il ne discuta pas mais déclara "J'ai péché envers Hachem", et c'est là sa grandeur.