Introduction : Tsiklag brûlée par le feu
Le chapitre 30 de Shmouel A est l'un des chapitres les plus captivants du livre. David, qui s'était joint à Akhich roi de Gath et était parti en chemin avec lui, revient à Tsiklag et découvre la destruction. Du fond d'un grand bris, il se renforce en Hachem, consulte les Ourim veToumim, poursuit la troupe amalécite, sauve tout, et finit par instituer une halakha en Israël : la part de celui qui descend au combat est comme la part de celui qui reste auprès des bagages. Nous suivrons l'ordre des versets à la lumière des explications du Malbim.
וַיְהִי בְּבֹא דָוִד וַאֲנָשָׁיו צִקְלַג בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי, וַעֲמָלֵקִי פָשְׁטוּ אֶל־נֶגֶב וְאֶל־צִקְלַג, וַיַּכּוּ אֶת־צִקְלַג וַיִּשְׂרְפוּ אֹתָהּ בָּאֵשׁ. - Et lorsque David et ses hommes arrivèrent à Tsiklag le troisième jour, or les Amalécites avaient fait une incursion vers le Néguev et vers Tsiklag, ils avaient frappé Tsiklag et l'avaient brûlée par le feu.
David s'était joint à Akhich roi de Gath et s'était absenté de chez lui. Qui était resté à Tsiklag ? Les femmes et les enfants. Lorsqu'il revient le troisième jour, il découvre que les Amalécites, ces mêmes Amalécites que David frappait jusqu'à présent, avaient fait une incursion vers le Néguev et vers Tsiklag, avaient frappé la ville et l'avaient brûlée par le feu. Le Radak explique comment les choses en sont arrivées là : les Amalécites ont commencé à chercher qui était celui qui les frappait, d'où il sortait et quelle était son identité, jusqu'à ce qu'ils découvrent que ceux qui sortaient contre eux venaient de Tsiklag. Ils dirent : ce sont des gens de là, nous allons leur montrer. Ils enquêtèrent et trouvèrent que c'était David, ils vinrent là, prirent les femmes, les enfants, le butin, le petit et le gros bétail, et tout le reste ils le brûlèrent par le feu.
וַיִּשְׁבּוּ אֶת־הַנָּשִׁים אֲשֶׁר־בָּהּ מִקָּטֹן וְעַד־גָּדוֹל, לֹא הֵמִיתוּ אִישׁ, וַיִּנְהֲגוּ וַיֵּלְכוּ לְדַרְכָּם. - Et ils firent captives les femmes qui s'y trouvaient, du plus petit au plus grand, ils ne firent mourir personne, ils les emmenèrent et poursuivirent leur chemin.
"Ils ne firent mourir personne" : c'est là un bienfait de Hachem. Il y a eu ici une providence particulière et singulière par laquelle le Saint béni soit-Il a sauvé David et ses hommes, afin qu'aucun d'eux ne soit atteint.
L'alibi de David : le bienfait caché de Hachem
Le Malbim ajoute : celui qui regarde attentivement voit ici un immense bienfait de Hachem. Le peuple d'Israël se trouve à présent dans une guerre très difficile contre les Philistins, une guerre qui se terminera par la défaite d'Israël et par la mort de Chaoul roi d'Israël. Dès lors, le peuple aurait pu venir et demander : où est David ? Le peuple d'Israël se trouve dans une situation si difficile et David n'est pas là ? C'est vrai, tu étais poursuivi par Chaoul, mais maintenant, en temps de guerre, qui te poursuivrait ? Maintenant tu aurais dû venir aider, c'est un sauvetage de vies, tes frères sont à la guerre ! Il y avait là comme un grief contre la conduite de David. Mais le Créateur du monde arrange pour David un "alibi" : les femmes et les enfants de David et de ses hommes ont été emmenés en captivité par Amalek. Il y a ici un péril de vie, et il doit aller sauver ses femmes et ses enfants, et l'homme est proche de lui-même. La menace qui s'abat maintenant sur lui l'exempte totalement de l'obligation de partir à la guerre, et il n'y a plus de réclamation contre lui : aurais-je pu, à ce moment précis, aller mener une autre guerre ?
וַיָּבֹא דָוִד וַאֲנָשָׁיו אֶל־הָעִיר, וְהִנֵּה שְׂרוּפָה בָּאֵשׁ, וּנְשֵׁיהֶם וּבְנֵיהֶם וּבְנֹתֵיהֶם נִשְׁבּוּ. וַיִּשָּׂא דָוִד וְהָעָם אֲשֶׁר־אִתּוֹ אֶת־קוֹלָם וַיִּבְכּוּ, עַד אֲשֶׁר אֵין־בָּהֶם כֹּחַ לִבְכּוֹת. וּשְׁתֵּי נְשֵׁי־דָוִד נִשְׁבּוּ, אֲחִינֹעַם הַיִּזְרְעֵלִית וַאֲבִיגַיִל אֵשֶׁת נָבָל הַכַּרְמְלִי. - Et David et ses hommes arrivèrent à la ville, et voici, elle était brûlée par le feu, et leurs femmes, leurs fils et leurs filles avaient été faits captifs. David et le peuple qui était avec lui élevèrent la voix et pleurèrent, jusqu'à ce qu'ils n'aient plus la force de pleurer. Les deux femmes de David avaient été faites captives, Ahinoam de Yizréel et Avigaïl femme de Naval du Carmel.
Ils voient l'ampleur du bris et l'ampleur de la détresse, et ils ne savent absolument pas si les femmes et les enfants sont encore en vie. De leur point de vue, il est fort possible qu'ils soient déjà morts. C'est pourquoi ils pleurent jusqu'à ce qu'ils n'aient plus la force de pleurer. Et les deux femmes de David aussi ont été faites captives, Ahinoam de Yizréel et Avigaïl femme de Naval du Carmel.
Question : pourquoi le prophète rappelle-t-il à nouveau "femme de Naval du Carmel" ?
J'ai déjà posé la question et je la pose de nouveau : le prophète mentionne souvent Avigaïl, et à chaque fois il l'appelle "femme de Naval du Carmel". Et cela est étonnant. D'abord, pourquoi rappeler son passé ? Ensuite, elle n'est pas femme de Naval mais veuve de Naval, puisque "Hachem le frappa". Je n'ai pas trouvé à cela d'explication satisfaisante. Il y a une possibilité à laquelle j'ai pensé, bien que je n'y aie pas trouvé de confirmation et qu'elle ne soit pas non plus tout à fait satisfaisante : il est rapporté au sujet d'Avigaïl que, lorsque David alla frapper Naval, elle lui fit allusion : "et lorsque Hachem te sauvera, n'oublie pas ta servante". Et nous avons vu qu'il y a là une atteinte à sa pudeur, car il est dans les manières de l'homme de courtiser et non dans celles de la femme, et à plus forte raison lorsqu'elle est encore femme mariée, venir proposer au roi de la prendre comme option. D'ailleurs, là elle est appelée "Avigal", avec l'absence de la lettre youd dans son nom, parce qu'elle s'est portée elle-même atteinte. Il se peut donc qu'ici, où le texte l'appelle "Avigaïl", il nous rappelle à chaque fois qu'elle était femme de Naval du Carmel : aujourd'hui elle est femme de David, mais souviens-toi que déjà du temps où elle était femme de Naval du Carmel elle avait des vues sur David, et il y a là une certaine atteinte. Je ne sais pas si c'est le sens simple, et si quelqu'un a une autre explication, je serai heureux qu'il me la dise.
Et David se fortifia en l'Éternel son Dieu
וַתֵּצֶר לְדָוִד מְאֹד, כִּי־אָמְרוּ הָעָם לְסָקְלוֹ, כִּי־מָרָה נֶפֶשׁ כָּל־הָעָם אִישׁ עַל־בָּנָיו וְעַל־בְּנֹתָיו, וַיִּתְחַזֵּק דָּוִד בַּה' אֱלֹהָיו. - David fut dans une grande détresse, car le peuple parlait de le lapider, tant l'âme de tout le peuple était pleine d'amertume, chacun à cause de ses fils et de ses filles. Mais David se fortifia en l'Éternel son Dieu.
Après que le texte nous a raconté qu'ils pleurèrent jusqu'à l'épuisement, pleurs qui semblent trahir un manque de confiance, il vient nous montrer comment David se ressaisit, comment sa confiance en Hachem se renforce, et comment il décide de passer à l'action. Mais que voulaient au juste de lui les gens du peuple ? Il n'avait pourtant pas eu le choix, il était parti avec Akhich, roi de Gath ! En réalité, ils voulaient le lapider parce qu'ils lui disaient : tu as agi de manière irresponsable. Tu aurais dû laisser une partie du peuple ici pour garder les femmes et les enfants. Pourquoi as-tu emmené tout le monde partir au combat avec Akhich ? Tu aurais dû lui dire que tu devais laisser ici une garde. Et malgré tout cela, David se fortifie dans sa confiance en Hachem et dit : nous agirons et nous réussirons.
וַיֹּאמֶר דָּוִד אֶל־אֶבְיָתָר הַכֹּהֵן בֶּן־אֲחִימֶלֶךְ, הַגִּישָׁה־נָּא לִי הָאֵפוֹד, וַיַּגֵּשׁ אֶבְיָתָר אֶת־הָאֵפוֹד אֶל־דָּוִד. וַיִּשְׁאַל דָּוִד בַּה' לֵאמֹר, אֶרְדֹּף אַחֲרֵי הַגְּדוּד־הַזֶּה הַאַשִּׂגֶנּוּ, וַיֹּאמֶר לוֹ רְדֹף, כִּי־הַשֵּׂג תַּשִּׂיג וְהַצֵּל תַּצִּיל. - Et David dit à Évyatar le Cohen, fils d'Ahimélekh : approche-moi donc l'éphod. Et Évyatar approcha l'éphod de David. Et David consulta l'Éternel en disant : poursuivrai-je cette troupe, l'atteindrai-je ? Et Il lui répondit : poursuis, car tu l'atteindras certainement et tu délivreras certainement.
Remarquez la grammaire : devant le mot "אֶרְדֹּף" il n'y a pas de hé interrogatif, alors que devant "הַאַשִּׂגֶנּוּ" il y en a un. Le Radak explique que le mot "ardof" possède lui aussi, en quelque sorte, un hé initial sous-entendu, "poursuivrai-je cette troupe", ce qui constitue une première question, et "l'atteindrai-je" une seconde question. Mais cela est étonnant, car nous avons appris plus haut qu'on ne pose pas deux questions par les Ourim veToumim, mais une seule. Le Radak ressent cette difficulté et explique qu'en raison de l'urgence de l'heure, il posa deux questions et reçut réponse aux deux, "tu poursuivras et tu atteindras", de manière exceptionnelle et unique.
Le Malbim explique autrement : le mot "ardof" ne comporte nullement de hé interrogatif, mais se prend au sens simple, je poursuivrai de toute façon, et ce n'est pas une question. La seule question est : l'atteindrai-je ? Et Hachem lui répond "poursuis", et la raison en est : "car tu l'atteindras certainement", ce ne sera pas une action vaine, "et tu délivreras certainement", il y aura nécessairement des gens dont tu sauveras la vie. Il en ressort donc que tu dois poursuivre, puisqu'il s'agit ici de sauvetage de vies humaines.
Deux groupes qui s'arrêtèrent
וַיֵּלֶךְ דָּוִד הוּא וְשֵׁשׁ־מֵאוֹת אִישׁ אֲשֶׁר אִתּוֹ, וַיָּבֹאוּ עַד־נַחַל הַבְּשׂוֹר וְהַנּוֹתָרִים עָמָדוּ. וַיִּרְדֹּף דָּוִד הוּא וְאַרְבַּע־מֵאוֹת אִישׁ, וַיַּעַמְדוּ מָאתַיִם אִישׁ אֲשֶׁר פִּגְּרוּ מֵעֲבֹר אֶת־נַחַל הַבְּשׂוֹר. - Et David partit, lui et les six cents hommes qui étaient avec lui, et ils arrivèrent au torrent de Bessor, et les autres restèrent. Et David poursuivit, lui et quatre cents hommes, et deux cents hommes s'arrêtèrent, ceux qui étaient trop épuisés pour traverser le torrent de Bessor.
Le Malbim s'étonne : à première vue les versets sont alourdis. David part avec six cents hommes, ils arrivent au torrent de Bessor, "et les autres restèrent", c'est-à-dire qu'il y en avait qui restèrent et ne continuèrent pas la poursuite. Et aussitôt, dans le verset suivant : "et David poursuivit, lui et quatre cents hommes, et deux cents hommes s'arrêtèrent". Pourquoi répéter cela deux fois ? Il aurait fallu écrire dès le départ combien étaient partis et en rester là.
C'est pourquoi le Malbim explique : avant même que David ne vienne à Tsiklag, de nombreux vaillants guerriers de Binyamin et de la tribu de Menaché s'étaient joints à lui, comme il est rapporté dans Divré haYamim. Ces hommes venaient s'ajouter aux six cents hommes qui constituaient l'armée permanente de David. Dès lors, lorsque les femmes furent emmenées captives, de qui étaient-elles les femmes ? Des six cents. C'est pourquoi ceux qui partirent à la poursuite n'étaient que les six cents, et les guerriers supplémentaires de Binyamin et de Menaché ne se joignirent pas à la poursuite, car ce n'était pas une affaire personnelle pour eux et il ne s'agissait pas de leurs familles. Voilà le sens de "et les autres restèrent" : les autres, ceux qui étaient en surplus par rapport aux six cents, les hommes de Binyamin et de Menaché, qui restèrent à Tsiklag et ne sortirent pas du tout.
Puis il est question d'un deuxième groupe : parmi ces six cents qui poursuivirent, quatre cents continuèrent, et deux cents "étaient trop épuisés pour traverser le torrent de Bessor", ils n'avaient plus la force de poursuivre. Et le roi David leur ordonne de rester là et de garder les bagages, car lorsqu'on poursuit on n'emporte pas toujours tout le matériel, cela gêne la poursuite. Il leur dit : vous qui êtes restés en arrière et pour qui il est difficile de continuer, restez ici avec les bagages, et nous, les quatre cents, nous continuerons la poursuite. Ceux-là s'arrêtent ici au torrent de Bessor, à la différence des premiers qui étaient restés à Tsiklag et n'étaient pas sortis du tout.
Le jeune Égyptien
וַיִּמְצְאוּ אִישׁ־מִצְרִי בַּשָּׂדֶה, וַיִּקְחוּ אֹתוֹ אֶל־דָּוִד, וַיִּתְּנוּ־לוֹ לֶחֶם וַיֹּאכַל, וַיַּשְׁקֻהוּ מָיִם. - Ils trouvèrent un homme égyptien dans les champs, le conduisirent auprès de David, lui donnèrent du pain qu'il mangea, et lui firent boire de l'eau.
Ils trouvent un homme égyptien dans les champs et comprennent qu'il est fort possible d'obtenir de lui des informations. Mais ils voient qu'il est saisi d'une faim dévorante, et il faut donc lui donner à manger et à boire. Ils lui donnent alors du pain, et "lui firent boire" de l'eau, petit à petit, car celui qui est saisi d'une faim dévorante ne doit pas boire beaucoup d'un coup, ce qui serait dangereux pour lui.
וַיִּתְּנוּ־לוֹ פֶלַח דְּבֵלָה וּשְׁנֵי צִמֻּקִים וַיֹּאכַל וַתָּשָׁב רוּחוֹ אֵלָיו, כִּי לֹא־אָכַל לֶחֶם וְלֹא־שָׁתָה מַיִם שְׁלֹשָׁה יָמִים וּשְׁלֹשָׁה לֵילוֹת. - Ils lui donnèrent un morceau de gâteau de figues et deux grappes de raisins secs; il mangea, et ses esprits lui revinrent, car il n'avait ni mangé de pain ni bu d'eau depuis trois jours et trois nuits.
On lui donne un "morceau de gâteau de figues", c'est à dire un morceau de figues séchées, ainsi que des raisins secs. Et pourquoi cela ? Le Malbim explique : un homme saisi d'une faim dévorante doit être nourri de choses sucrées, qui font monter le sucre dans le sang et, par là, le calment.
וַיֹּאמֶר לוֹ דָוִד לְמִי־אַתָּה וְאֵי מִזֶּה אָתָּה, וַיֹּאמֶר נַעַר מִצְרִי אָנֹכִי עֶבֶד לְאִישׁ עֲמָלֵקִי, וַיַּעַזְבֵנִי אֲדֹנִי כִּי חָלִיתִי הַיּוֹם שְׁלֹשָׁה. - David lui dit : À qui appartiens-tu, et d'où es-tu ? Il répondit : Je suis un jeune Égyptien, esclave d'un homme amalécite; mon maître m'a abandonné parce que je suis malade depuis trois jours.
David lui pose deux questions : "À qui appartiens-tu", c'est à dire de qui es-tu le serviteur, et "d'où es-tu", de quel endroit et de quelle ville viens-tu. Le jeune homme répond d'abord à la seconde question : "Je suis un Égyptien", je viens d'Égypte. Puis, à la première question, à qui appartiens-tu (car David voyait bien qu'il était un esclave, et à cette époque cela se reconnaissait sur les esclaves, qui portaient un sceau ou d'autres marques), il répond : "esclave d'un homme amalécite". Et il ajoute, afin qu'on ne le soupçonne pas de fuir son maître, car il était d'usage à cette époque de livrer les esclaves fugitifs, bien que la Torah l'interdise par le verset "tu ne livreras pas un esclave à son maître". C'est pourquoi il souligne : "mon maître m'a abandonné", ce n'est pas moi qui m'enfuis, mais lui qui m'a abandonné. Et ce n'est pas parce que je ne servais pas bien ou que je n'étais pas fidèle, mais "parce que je suis malade" : il lui revenait plus cher de s'occuper de moi que de continuer à me garder, alors il m'a jeté en chemin. Voyez et constatez quelle était la condition d'un esclave dans les temps anciens : lorsqu'il n'était plus rentable de le garder, on le jetait comme un chien, sans nécessité aucune, pour qu'il meure là.
אֲנַחְנוּ פָּשַׁטְנוּ נֶגֶב הַכְּרֵתִי וְעַל־אֲשֶׁר לִיהוּדָה וְעַל־נֶגֶב כָּלֵב, וְאֶת־צִקְלַג שָׂרַפְנוּ בָאֵשׁ. - Nous avons fait une incursion dans le sud des Kerétiens, sur le territoire de Yehouda et dans le sud de Kalev, et nous avons incendié Tsiklag.
Voici qu'il commence à raconter tout ce qu'ils ont fait : nous avons fait une incursion dans le sud des Kerétiens, comme nous l'avons vu plus haut, et en outre sur le territoire de Yehouda, et en outre dans le sud de Kalev, et nous avons aussi incendié Tsiklag, qui est le lieu de David.
וַיֹּאמֶר אֵלָיו דָּוִד הֲתוֹרִדֵנִי אֶל־הַגְּדוּד הַזֶּה, וַיֹּאמֶר הִשָּׁבְעָה לִּי בֵאלֹהִים אִם־תְּמִיתֵנִי וְאִם־תַּסְגִּרֵנִי בְּיַד־אֲדֹנִי, וְאוֹרִדְךָ אֶל־הַגְּדוּד הַזֶּה. - David lui dit : Veux-tu me conduire vers cette troupe ? Il répondit : Jure-moi par Dieu que tu ne me feras pas mourir et que tu ne me livreras pas à mon maître, et je te conduirai vers cette troupe.
Le jeune homme ne savait pas si David et ses hommes étaient des amis d'Amalek ou des ennemis d'Amalek, et il avait des craintes des deux côtés. C'est pourquoi il dit "que tu ne me feras pas mourir", en réponse à l'hypothèse où tu serais un ennemi d'Amalek et voudrais peut être me tuer; et "que tu ne me livreras pas à mon maître", en réponse à l'hypothèse où tu serais un ami d'Amalek. Je crains les deux côtés, car je ne connais pas tes liens avec Amalek. Et si tu me jures que tu ne feras ni l'un ni l'autre, alors je suis prêt, et je te conduirai vers cette troupe.
Éparpillés sur la surface du pays
וַיֹּרִדֵהוּ, וְהִנֵּה נְטֻשִׁים עַל־פְּנֵי כָל־הָאָרֶץ, אֹכְלִים וְשֹׁתִים וְחֹגְגִים בְּכֹל הַשָּׁלָל הַגָּדוֹל אֲשֶׁר לָקְחוּ מֵאֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים וּמֵאֶרֶץ יְהוּדָה. - Il l'y conduisit, et voici qu'ils étaient éparpillés sur toute la surface du pays, mangeant, buvant et festoyant à cause de tout le grand butin qu'ils avaient pris au pays des Philistins et au pays de Yehouda.
Que signifie "dispersés"? Éparpillés, par opposition à rassemblés. Et qui se disperse? Celui qui n'a pas peur et ne craint rien. À l'inverse, quand des gens redoutent une attaque, ils se rassemblent toujours et restent ensemble, groupés. Le fait qu'ils étaient dispersés montre qu'ils ne craignaient nullement d'avoir à se garder. Tout est éparpillé, et en plus ils mangent et festoient. C'est une troupe dont la guerre avait été une victoire absolue, et qui ne craint pas du tout que l'autre camp vienne porter un contre-coup. Et pour David, il était excellent qu'ils soient à ce point sûrs d'eux.
וַיַּכֵּם דָּוִד מֵהַנֶּשֶׁף וְעַד־הָעֶרֶב לְמָחֳרָתָם, וְלֹא־נִמְלַט מֵהֶם אִישׁ כִּי אִם־אַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ־נַעַר אֲשֶׁר־רָכְבוּ עַל־הַגְּמַלִּים וַיָּנֻסוּ. - David les frappa depuis le crépuscule jusqu'au soir du lendemain, et pas un d'entre eux n'échappa, sauf quatre cents jeunes hommes qui montèrent sur les chameaux et s'enfuirent.
David les frappe "depuis le crépuscule", c'est-à-dire depuis le soir, "jusqu'au soir du lendemain". Et pourquoi est-il dit "leur lendemain" et non pas simplement "le lendemain"? Nos Sages disent, dans la paracha que nous avons lue cette semaine, la paracha de Béchalah: "Sors combattre Amalek demain" - Amalek a coutume d'être frappé le jour de "demain". Le jour de "demain" leur est taillé sur mesure. Ainsi chez Yehochoua, "Sors combattre Amalek demain"; ainsi Esther fait tomber Haman - "et demain je ferai selon la parole du roi"; et ici, "David les frappa depuis le crépuscule jusqu'au soir de leur lendemain". Amalek a besoin de "demain", et c'est la voie pour anéantir Amalek.
Et nous avons déjà expliqué "Sors combattre Amalek demain" aussi par voie de dracha: va et combats Amalek - qu'est-ce qu'Amalek? C'est le mauvais penchant. Et quelle est la méthode du mauvais penchant? "Demain". Viendras-tu au cours? Avec l'aide de Hachem, honorable Rav, demain. Et tu lui demandes le lendemain: pourquoi n'étais-tu pas là hier? Il te répond: je ne reviens pas sur ma parole, j'ai dit demain, et chaque demain est demain. Telle est la méthode du mauvais penchant: repousser. C'est pourquoi sors combattre Amalek - dans son "demain".
Et Chabbath nous avons donné une explication supplémentaire: qu'est-ce que ce "demain"? Ne t'inquiète pas de l'angoisse de demain. Si ta situation est encore bonne, pourquoi t'inquiéter que demain n'aille pas bien? "Amalek" a la même valeur guématrique que "safek" (doute), et Amalek est le mauvais penchant qui suscite sans cesse des doutes chez la personne: qui a dit? et comment allons-nous nous en sortir? et il s'inquiète toujours. Or nos Sages disent: celui qui a du pain dans sa corbeille et qui dit "que mangerai-je demain" fait partie de ceux qui manquent de foi. À l'inverse, Amalek dont la guématrie est "doute" - "Amalek demain". Lève-toi, sors combattre Amalek qui suscite toujours des doutes et te pose des questions sur le lendemain.
Quant aux quatre cents jeunes hommes qui restèrent et s'échappèrent: d'une part c'étaient des jeunes rapides à la course, et d'autre part ils avaient des chameaux, c'est pourquoi ils réussirent à fuir.
Le sauvetage du butin
וַיַּצֵּל דָּוִד אֵת כָּל־אֲשֶׁר לָקְחוּ עֲמָלֵק, וְאֶת־שְׁתֵּי נָשָׁיו הִצִּיל דָּוִד. - David sauva tout ce qu'Amalek avait pris, et David sauva ses deux femmes.
Pourquoi "il sauva" est-il répété deux fois? En réalité l'intention est la suivante: "David sauva" - il sauva tout le monde par l'intermédiaire de toute la troupe, "et David sauva ses deux femmes" - celles-là il les sauva de sa propre main, personnellement et individuellement. C'est pourquoi il est dit "il sauva" deux fois.
וְלֹא נֶעְדַּר־לָהֶם מִן־הַקָּטֹן וְעַד־הַגָּדוֹל וְעַד־בָּנִים וּבָנוֹת וּמִשָּׁלָל וְעַד כָּל־אֲשֶׁר לָקְחוּ לָהֶם, הַכֹּל הֵשִׁיב דָּוִד. - Rien ne leur manqua, ni petit ni grand, ni fils ni filles, ni du butin ni de tout ce qu'ils leur avaient pris; David rendit tout.
"Rien ne leur manqua, ni petit ni grand" - cela concerne les personnes, qu'il les rendit toutes. Et en plus il rendit aussi les biens. Précisons: le Malbim dit qu'il existe deux sortes de butin - "chalal" et "biza". Ce que les ennemis n'ont pas encore partagé entre eux s'appelle "chalal", et ce qu'ils ont déjà partagé entre eux, chacun ayant reçu sa part, s'appelle "biza". "Et du butin (michalal)" désigne ce qu'ils n'avaient pas encore partagé, "et jusqu'à tout ce qu'ils leur avaient pris" désigne la "biza", ce qu'ils avaient déjà partagé entre eux, chaque soldat ayant reçu sa part. Aussi bien l'un que l'autre, David le leur reprit.
"Ceci est le butin de David"
וַיִּקַּח דָּוִד אֶת־כָּל־הַצֹּאן וְהַבָּקָר, נָהֲגוּ לִפְנֵי הַמִּקְנֶה הַהוּא, וַיֹּאמְרוּ זֶה שְׁלַל דָּוִד. - David prit tout le menu et le gros bétail, on le fit avancer devant ce troupeau, et l'on dit : ceci est le butin de David.
Le Radak rapporte au nom de son père : devant leur propre troupeau qu'ils avaient récupéré, ils faisaient avancer le menu et le gros bétail qu'ils avaient pris aux Amalécites. Car il y avait ici deux choses : notre bétail que nous étions allés délivrer, et le menu et le gros bétail des Amalécites eux-mêmes, ce qu'ils possédaient depuis longtemps ou ce qu'ils avaient pris aux Philistins et à d'autres endroits. David récupéra ce qui lui appartenait, et prit aussi le butin des Amalécites, et ce qu'il leur prit, il le fit avancer devant eux.
Et nos Sages disent : le roi se fraie un passage pour se faire un chemin et nul ne l'en empêche, comme il est dit "on le fit avancer devant ce troupeau, et l'on dit : ceci est le butin de David". Le sens en est le suivant : ils passaient et pénétraient dans les champs et dans des propriétés privées, et quand on passe avec du gros et du menu bétail, on mange aussi et l'on piétine parfois, causant apparemment des dommages. Des gens vinrent protester contre eux, et on leur répondait "ceci est le butin de David" : or David a rang de roi, et le roi franchit les clôtures sans que nul ne l'en empêche. Quiconque tentait de protester s'entendait répondre : ce sont les serviteurs de David, ceci est le butin de David, et tu n'as rien à contester, car il lui est permis d'agir ainsi.
Le Malbim donne une explication supplémentaire : que l'on ne pense pas que le roi David, après qu'ils eurent récupéré tout le butin, vint tout prendre pour lui. Examinons quel est le statut de ce butin. Si j'ai trouvé là-bas une partie de ton menu et de ton gros bétail, dois-je te le rendre ? Non. Car celui qui sauve d'un lion, d'un ours, d'un léopard, d'une panthère, des remous de la mer ou des crues du fleuve, ces biens sont à lui. C'était à toi ? Va donc le sauver, je t'en prie : tu n'en es pas capable. Moi je suis allé, j'ai sauvé, j'ai pris et j'ai acquis. Mais il s'agissait ici d'un butin privé, et il se peut que tu en aies eu plus que moi, et selon la loi il faut à présent partager à parts égales : car j'ai sauvé comme toi et j'ai risqué ma vie comme toi, et il est possible que moi je n'aie eu aucun butin et que seul toi en aies eu, et puisque nous avons combattu ensemble je suis associé, car c'est comme un butin nouveau, comme un argent nouveau ; le tien était perdu, et voilà un argent que nous avons reçu maintenant. Et de plus : qu'en est-il de ceux qui sont restés à garder les bagages, qui eux aussi avaient du butin, recevront-ils ? Car nous avons risqué notre vie et apparemment c'est nous qui devrions l'emporter.
C'est pourquoi le verset dit que David prit tout le menu et le gros bétail et le fit avancer "devant ce troupeau" : devant le troupeau que nous avons mentionné au verset précédent, ce qu'ils avaient récupéré et repris de Tsiklag. "Et l'on dit" : on dit de l'ensemble "ceci est le butin de David", c'est-à-dire on fait savoir qu'ils ont renoncé à leur propre troupeau et que celui-ci est sorti de leur possession, et que tout est le butin de David, et que David fera ce qu'il voudra : tant du butin nouveau que nous avons pris, que du butin qui était le nôtre et nous fut ravi et qui revient maintenant. Tous ont accepté pour eux-mêmes : tout est à toi, David, et de la manière dont tu voudras partager, partage, et si tu veux à parts égales, à parts égales.
La rencontre avec les deux cents
וַיָּבֹא דָוִד אֶל־מָאתַיִם הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־פִּגְּרוּ מִלֶּכֶת אַחֲרֵי דָוִד, וַיֹּשִׁיבֻם בְּנַחַל הַבְּשׂוֹר, וַיֵּצְאוּ לִקְרַאת דָּוִד וְלִקְרַאת הָעָם אֲשֶׁר־אִתּוֹ, וַיִּגַּשׁ דָּוִד אֶת־הָעָם וַיִּשְׁאַל לָהֶם לְשָׁלוֹם. - David arriva auprès des deux cents hommes qui avaient été trop épuisés pour marcher derrière David et qu'il avait fait rester au torrent de Bessor. Ils sortirent à la rencontre de David et à la rencontre du peuple qui était avec lui, et David s'approcha du peuple et les salua.
David revient auprès des hommes qui s'étaient attardés, s'approche d'eux et les salue. Cela montre, dit le Malbim, qu'il veut s'approcher d'eux avec amour et affection et non comme quelqu'un qui leur en veut. C'est le sens de "David s'approcha du peuple (èt haâm)" : le mot "èt" signifie ici ensemble avec eux, pour leur montrer qu'il ne leur en veut pas et qu'il souhaite leur paix et leur bien. Il leur demande comment ils se sentent, si maintenant ils vont mieux, car nous avons vu auparavant qu'il leur était difficile de poursuivre.
וַיַּעַן כָּל־אִישׁ־רָע וּבְלִיַּעַל מֵהָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר הָלְכוּ עִם־דָּוִד, וַיֹּאמְרוּ יַעַן אֲשֶׁר לֹא־הָלְכוּ עִמִּי לֹא־נִתֵּן לָהֶם מֵהַשָּׁלָל אֲשֶׁר הִצַּלְנוּ, כִּי־אִם־אִישׁ אֶת־אִשְׁתּוֹ וְאֶת־בָּנָיו וְיִנְהֲגוּ וְיֵלֵכוּ. - Tout homme mauvais et sans valeur parmi les hommes qui étaient allés avec David prit la parole et dit : puisqu'ils ne sont pas allés avec moi, nous ne leur donnerons rien du butin que nous avons sauvé, sinon à chacun sa femme et ses enfants, qu'ils les emmènent et qu'ils s'en aillent.
Leur argument : ils ne sont pas sortis poursuivre, ils n'ont pas droit au butin. La femme et les enfants de chacun, nous les rendrons, nous ne dépouillerons pas leurs femmes, leurs fils et leurs filles, mais du butin nous ne donnerons en aucun cas. Et "du butin" inclut ici aussi ce que nous avons sauvé, y compris leur propre menu et gros bétail, car s'applique la loi de "celui qui sauve d'un lion et d'un ours", et nous l'avons acquis. Et pourquoi ont-ils compris qu'ils n'avaient aucune revendication sur les femmes et les enfants ? En raison du principe selon lequel un idolâtre n'a pas d'acquisition sur un Juif : un non-Juif n'acquiert pas un Juif. C'est pourquoi la femme appartient toujours à son mari et l'enfant à son père, et le non-Juif n'a aucune acquisition sur eux.
Et pourquoi le verset les appelle-t-il "homme mauvais et sans valeur" ? Premièrement, parce qu'ils ont osé parler devant David. Et non seulement cela, mais parce que leur œil était mauvais envers leurs frères. Or le roi est présent ici : trancherais-tu une loi devant ton maître ? Pourquoi cries-tu alors que le roi est là ? Laisse le roi décider. Et de plus, auparavant vous avez dit vous-mêmes "ceci est le butin de David", c'est-à-dire que vous m'avez donné toute l'autorité de décider ce que nous ferions désormais. Et comment venez-vous maintenant dire que ceux-là ne recevront rien ? Est-ce moi qui décide ou est-ce vous ?
La réponse de David : tout est sous la providence de Hachem
וַיֹּאמֶר דָּוִד לֹא־תַעֲשׂוּ כֵן אֶחָי, אֵת אֲשֶׁר־נָתַן ה' לָנוּ וַיִּשְׁמֹר אֹתָנוּ, וַיִּתֵּן אֶת־הַגְּדוּד הַבָּא עָלֵינוּ בְּיָדֵנוּ. - Et David dit : ne faites pas ainsi, mes frères, avec ce que Hachem nous a donné et par quoi Il nous a gardés, et Il a livré entre nos mains la troupe venue contre nous.
Du point de vue du strict jugement, ils ont raison, comme nous l'avons dit. Alors quel est l'argument de David ? David leur répond : si c'est nous qui avons réussi et accompli quelque chose par la force de nos mains, "ma force et la puissance de ma main m'ont fait cette prospérité", alors il y a de la justesse dans vos paroles. Mais en réalité nous n'avons rien fait, c'est Hachem qui a combattu pour nous, c'est Lui qui sauve, Lui qui donne et Lui qui garde. Et ainsi David dit trois choses : "ce que Hachem nous a donné", d'où venaient au départ le menu et le gros bétail ? Tout vient de Lui, béni soit-Il. "Et Il nous a gardés", après qu'on nous les eut pris, le Saint béni soit-Il a veillé sur le menu et le gros bétail pour qu'ils ne soient pas tués et que les biens ne soient pas perdus. "Et Il a livré entre nos mains la troupe venue contre nous", après que nous soyons venus pour sauver, Hachem les a livrés entre nos mains et nous a tout rendu, eux et leur butin.
David leur dit : puisque tout s'est fait par la providence de Hachem et non par notre force, la logique conduit à l'inverse absolu. Voyez quel renversement de pensée David opère pour eux : ceux qui sont restés à garder les bagages, en raison de leur grande confiance en Hachem, méritent davantage que nous, qui avions moins confiance en Hachem et sommes allés agir de nos propres mains. Eux ont un mérite plus grand : non seulement ils n'ont pas désespéré, mais ils ont eu confiance en Hachem, et de plus, c'est grâce à leur confiance que Hachem nous a accordé cette victoire. Donc c'est eux qui méritent davantage.
וּמִי יִשְׁמַע לָכֶם לַדָּבָר הַזֶּה, כִּי כְּחֵלֶק הַיֹּרֵד בַּמִּלְחָמָה וּכְחֵלֶק הַיֹּשֵׁב עַל־הַכֵּלִים יַחְדָּו יַחֲלֹקוּ. - Et qui vous écouterait sur cette affaire ? Car telle est la part de celui qui descend au combat, telle est la part de celui qui reste auprès des bagages : ensemble ils partageront.
Le Malbim demande : à première vue il aurait fallu dire dans l'ordre inverse. Que voulait dire David ? Que celui qui descend au combat reçoit une part, et que celui qui reste auprès des bagages reçoit aussi une part. Autrement dit, l'essentiel serait celui qui descend au combat, et il viendrait dire : sachez que, tout comme vous devez recevoir, celui qui reste auprès des bagages doit aussi recevoir. Mais si nous examinons attentivement la formulation, il leur dit l'inverse : "telle la part de celui qui descend au combat, telle la part de celui qui reste auprès des bagages", c'est-à-dire que celui qui descend au combat recevra exactement comme celui qui reste auprès des bagages, comme si celui qui reste auprès des bagages était l'essentiel.
Et le Malbim explique que, selon ce que nous avons éclairci, la chose est admirable : David leur dit que selon vos paroles, celui qui a fait la victoire prendrait tout. Or, à mon sens, ceux qui ont fait la victoire sont ceux qui ont eu confiance en Hachem, et ce sont ceux qui restent auprès des bagages. Malgré cela, je décrète l'inverse de cette logique : je décrète que ceux qui restent auprès des bagages ne prendront pas tout, mais qu'ils partageront part pour part, afin que vous aussi qui êtes descendus au combat receviez. Eux pensaient "nous seulement et pas eux", et David leur dit : non pas eux seuls, mais vous aussi. Il a totalement changé leur façon de penser.
De la loi au jugement
וַיְהִי מֵהַיּוֹם הַהוּא וָמָעְלָה, וַיְשִׂמֶהָ לְחֹק וּלְמִשְׁפָּט לְיִשְׂרָאֵל עַד הַיּוֹם הַזֶּה. - Et il en fut ainsi depuis ce jour et au-delà : il en fit une loi et un jugement pour Israël jusqu'à ce jour.
À partir de ce jour, David établit cette règle pour l'ensemble : telle la part de celui qui descend au combat, telle la part de celui qui reste auprès des bagages. Et quelle est la différence entre "loi" (`hok) et "jugement" (michpat) ? Une loi est une chose sans raison apparente, "j'ai gravé un décret, j'ai décrété un décret" ; tandis qu'un jugement est une chose logique, acceptable par la raison. Le Malbim dit : cette ordonnance, selon laquelle celui qui reste auprès des bagages prend une part égale à celui qui va au combat, paraît au premier regard comme une loi : moi je suis sorti au combat et j'ai risqué ma vie, et celui qui est resté auprès des bagages recevrait comme moi ?! Mais David leur expliqua la raison de la loi, et comme la loi acquit une raison, elle devint un jugement. Et c'est la précision de la formulation : "il en fit une loi et un jugement", ce qui était jusqu'à présent considéré comme une loi et n'était pas accepté, David en fit un jugement, leur expliqua la raison des choses, et depuis lors telle fut la conduite.
Et quelle est la raison des choses ? C'est que nos combats ne ressemblent pas aux combats des nations. Les combats des nations se font selon leur force, selon l'intensité de leur puissance, selon la taille de l'armée et selon la vaillance ; mais nos combats reposent entièrement sur la confiance en Hachem, et à mesure que grandit notre confiance en Hachem, nous réussissons davantage au combat. Ainsi il n'y a aucune raison que celui qui sort combattre reçoive davantage, au point qu'il devrait même lui revenir une part plus petite, tellement l'essentiel est la confiance absolue en Hachem, béni soit-Il. Et "ceux qui restent auprès des bagages" ne restent pas simplement assis, mais prient Hachem et ont confiance en Hachem, et ce sont eux qui accomplissent le travail spirituel, par opposition à ceux qui sortent au combat et accomplissent le travail physique.
"Et au-delà" (ouma'ela) et non "et ensuite" (vahal'a) : depuis la racine d'Avraham Avinou
Et prêtons attention à la formulation : "et il en fut ainsi depuis ce jour et au-delà". Est-ce là une expression usuelle ? Il aurait fallu dire "depuis ce jour et ensuite" ! À ce sujet il y a un midrach : Rabbi Youdan dit, il n'est pas écrit ici "et ensuite" mais "et au-delà", car il apprit cela d'Avraham Avinou, qui dit "rien pour moi, seulement ce qu'ont mangé les jeunes gens".
Le Malbim explique l'intention du Midrach : il y a une différence entre "et au delà" (véhala) et "et à partir de" (ouméala). Quand je dis "et à partir de" (ouméala), j'inclus le passé avec l'avenir ; mais quand je dis "et au delà" (véhala), je ne parle que de l'avenir, sans inclure du tout le passé. À la lumière de cela, on comprend ce qui se passe ici : le verset dit "depuis ce jour et à partir de là" (ouméala), et où est inclus le passé ? C'est que cette loi existait déjà au temps d'Avraham Avinou, car tu vois qu'Avraham donna une part à ceux qui étaient partis avec lui et une part à ceux qui étaient restés auprès des bagages, à savoir Aner, Eshkol et Mamré, et leur part fut comme la part de ceux qui étaient partis combattre. Ainsi, quand David dit "depuis ce jour", il doit dire "et à partir de là" (ouméala), incluant le temps d'Avraham où cette loi existait déjà, et je l'établis maintenant de manière plus absolue pour qu'elle demeure la règle à l'avenir. Mais s'il avait été écrit "et au delà" (véhala), cela aurait signifié que David est le premier à l'avoir institué, et que dans le passé personne ne l'avait fixé.
La reconnaissance envers les anciens de Yéhouda
וַיָּבֹא דָוִד אֶל־צִקְלַג, וַיְשַׁלַּח מֵהַשָּׁלָל לְזִקְנֵי יְהוּדָה לְרֵעֵהוּ לֵאמֹר, הִנֵּה לָכֶם בְּרָכָה מִשְּׁלַל אֹיְבֵי ה'. - David revint à Tsiklag, et il envoya du butin aux anciens de Yéhouda, à ses compagnons, en disant : voici pour vous un présent du butin des ennemis de l'Éternel.
On peut poser la question : pourquoi n'avons nous pas vu par le passé David envoyer du butin aux anciens de Yéhouda, et seulement ici ? Nous avons vu tout au long du récit que David sortait de Tsiklag pour des attaques, prenait des dépouilles à Amalek et à tous les ennemis, et nous avons appris que ceux qu'il tuait étaient des Cananéens dont il est dit "tu ne laisseras en vie aucune âme". Alors pourquoi n'a t il pas alors envoyé du butin aux anciens de Yéhouda, qui étaient ses compagnons ?
Et la réponse : d'où les Amalécites avaient ils pris leur butin cette fois ? Aussi du sud de Yéhouda. Comme nous l'avons vu au début du chapitre : "les Amalécites avaient fait une incursion dans le sud et à Tsiklag", et comme le dit le jeune homme : "nous avons fait une incursion dans le sud des Kréti et sur ce qui appartient à Yéhouda et dans le sud de Kalev, et nous avons brûlé Tsiklag par le feu". Il en ressort que dans le butin que j'ai pris se trouve aussi une part de mes frères, car David est de la tribu de Yéhouda, et ce sont eux qui ont aidé David et l'ont sauvé. Et s'il y a ici une part de mes frères, je dois leur rendre leur part. C'est pourquoi David revient à Tsiklag et envoie du butin aux anciens de Yéhouda, leur restituant ce qui leur avait été dérobé, et dit : "voici pour vous un présent du butin des ennemis de l'Éternel".
לַאֲשֶׁר בְּבֵית־אֵל וְלַאֲשֶׁר בְּרָמוֹת־נֶגֶב וְלַאֲשֶׁר בְּיַתִּר, וְלַאֲשֶׁר בַּעֲרֹעֵר וְלַאֲשֶׁר בְּשִׂפְמוֹת וְלַאֲשֶׁר בְּאֶשְׁתְּמֹעַ, וְלַאֲשֶׁר בְּרָכָל וְלַאֲשֶׁר בְּעָרֵי הַיְּרַחְמְאֵלִי וְלַאֲשֶׁר בְּעָרֵי הַקֵּינִי, וְלַאֲשֶׁר בְּחָרְמָה וְלַאֲשֶׁר בְּבוֹר־עָשָׁן וְלַאֲשֶׁר בַּעֲתָךְ, וְלַאֲשֶׁר בְּחֶבְרוֹן וּלְכָל־הַמְּקֹמוֹת אֲשֶׁר־הִתְהַלֶּךְ־שָׁם דָּוִד הוּא וַאֲנָשָׁיו. - à ceux de Beth El, à ceux de Ramoth du sud, à ceux de Yatir, à ceux d'Aroër, à ceux de Sifmoth, à ceux d'Eshtémoa, à ceux de Rakhal, à ceux des villes des Yerahméélites, à ceux des villes des Kénites, à ceux de Horma, à ceux de Bor Ashan, à ceux d'Atakh, à ceux de Hébron et à tous les lieux où David avait circulé, lui et ses hommes.
Et que signifie "et à tous les lieux où David avait circulé" ? Nous avons vu que David fuyait de lieu en lieu, et qu'il y avait des gens dans ces lieux qui l'aidaient, lui prêtaient main forte et lui offraient abri et refuge. C'est pourquoi David leur manifeste maintenant sa reconnaissance : lorsque tout va bien pour lui, il donne aussi à ces gens là afin de les remercier de l'avoir aidé.
En résumé :
Le chapitre s'ouvre sur la destruction de Tsiklag, et au sein de cette destruction se cache une double bonté divine : personne ne fut tué, et au même moment fut organisé pour David un "alibi" qui le dispensa de la guerre contre les Philistins et de tout reproche. Depuis les pleurs jusqu'à l'épuisement, David se ressaisit et se renforce en l'Éternel, interroge par les Ourim et Toumim et reçoit la réponse "poursuis, car tu rattraperas et tu délivreras assurément". Par l'intermédiaire du jeune Égyptien abandonné, témoignage amer de la condition d'un esclave dans le monde antique, il parvient à la troupe abandonnée qui festoyait avec assurance, et la frappe "le lendemain", car Amalek est habitué à être châtié au jour du lendemain, à l'image du mauvais penchant dont toute la force réside dans le report au "lendemain" et dans l'éveil des doutes. David sauve tout, et par dessus tout il établit un fondement de foi : les guerres d'Israël ne sont pas menées par la force du bras mais par la confiance en l'Éternel, et c'est pourquoi la part de celui qui reste auprès des bagages est comme la part de celui qui descend au combat. Ainsi il transforme une loi en un statut, et ramène l'ordonnance à sa racine depuis les jours d'Avraham Avinou. Et pour finir, la reconnaissance : David envoie du butin aux anciens de Yéhouda et à tous les lieux qui l'ont aidé au temps de sa fuite.