Le chapitre 17 du premier livre de Chmouel est l'un des chapitres les plus captivants de tout le livre : le combat de David et Goliath. C'est ici que nous commençons à voir comment les choses se tissent, comment un jeune berger de Beth Léhem devient le sauveur du peuple d'Israël. Le chapitre s'ouvre justement sur la description du niveau le plus bas auquel le peuple était descendu, et c'est de cette bassesse même que ressortira la véritable bravoure, celle qui n'est pas faite de bronze et d'armure mais de foi.
וַיַּאַסְפוּ פְלִשְׁתִּים אֶת־מַחֲנֵיהֶם לַמִּלְחָמָה וַיֵּאָסְפוּ שֹׂכֹה אֲשֶׁר לִיהוּדָה וַיַּחֲנוּ בֵּין־שׂוֹכֹה וּבֵין־עֲזֵקָה בְּאֶפֶס דַּמִּים׃ (א) - Les Philistins rassemblèrent leurs armées pour la guerre, ils se rassemblèrent à Sokho qui appartient à Yehouda, et ils campèrent entre Sokho et Azéka, à Éfès Damim. (1)
Le verset nous ouvre une fenêtre sur la situation du peuple d'Israël. Ces mêmes Philistins que, il y a peu de temps encore, Yonatan et son écuyer avaient soumis, tuant vingt hommes parmi eux tandis que Hachem avait jeté la confusion dans tout leur camp, viennent à présent sans aucune crainte combattre Israël. Ils ne se tiennent pas au bord de leur pays ni sur la frontière, mais quittent la terre des Philistins, pénètrent au sein de la terre de Yehouda et y concentrent toute leur armée : "שֹׂכֹה אֲשֶׁר לִיהוּדָה", ils campent à l'intérieur du territoire de Yehouda. Bien plus, ils s'imposent et lancent des injures contre Israël. "בְּאֶפֶס דַּמִּים" est le nom du lieu, et l'on peut y trouver une allusion : "béfès damim" (sans effusion de sang), ils y sont arrivés sans avoir eu à tuer qui que ce soit, comme lors d'une promenade, et les voilà déjà au coeur de Yehouda.
וְשָׁאוּל וְאִישׁ־יִשְׂרָאֵל נֶאֶסְפוּ וַיַּחֲנוּ בְּעֵמֶק הָאֵלָה וַיַּעַרְכוּ מִלְחָמָה לִקְרַאת פְּלִשְׁתִּים׃ (ב) - Chaoul et les hommes d'Israël se rassemblèrent et campèrent dans la vallée d'Éla, et ils rangèrent la bataille face aux Philistins. (2)
Chaoul et les hommes d'Israël craignent d'arriver jusqu'à Sokho. Non seulement ils ne vont pas mettre les Philistins en fuite, mais ils redoutent même de s'approcher d'eux, et ils campent au loin dans la vallée d'Éla. "וַיַּעַרְכוּ מִלְחָמָה" ne signifie pas qu'ils ont engagé le combat, mais qu'ils ont dressé une ligne de bataille afin d'être prêts à la guerre, et ils attendent la réaction des Philistins. Cela même témoigne de la peur : le vaillant attaque le premier, avant que l'ennemi ne se réveille ; le faible dit "attendons, s'il fait quelque chose nous réagirons", parce qu'il espère que tout se terminera sans combat. De là tu apprends à quel point la situation d'Israël était au plus bas.
וּפְלִשְׁתִּים עֹמְדִים אֶל־הָהָר מִזֶּה וְיִשְׂרָאֵל עֹמְדִים אֶל־הָהָר מִזֶּה וְהַגַּיְא בֵּינֵיהֶם׃ (ג) - Les Philistins se tenaient sur la montagne d'un côté et Israël se tenait sur la montagne de l'autre côté, et la vallée était entre eux. (3)
Les deux camps se tiennent chacun sur sa montagne, et la vallée les sépare.
וַיֵּצֵא אִישׁ־הַבֵּנַיִם מִמַּחֲנוֹת פְּלִשְׁתִּים גָּלְיָת שְׁמוֹ מִגַּת גָּבְהוֹ שֵׁשׁ אַמּוֹת וָזָרֶת׃ (ד) - Un homme d'entre-deux sortit des camps des Philistins, Goliath était son nom, de Gath, sa taille était de six coudées et un empan. (4)
"אִישׁ־הַבֵּנַיִם", au sens simple, d'après ce qui est décrit ici, c'est celui qui se tenait entre les deux camps : il descendit dans la vallée qui se trouvait entre les deux montagnes et s'y tint au milieu. Sa taille était de six coudées et un empan, ce qui, dans nos mesures, représente plus de trois mètres, et l'on peut supposer que la largeur de ses épaules était en proportion. En bref : un fauve humain terrifiant.
וְכוֹבַע נְחֹשֶׁת עַל־רֹאשׁוֹ וְשִׁרְיוֹן קַשְׂקַשִּׂים הוּא לָבוּשׁ וּמִשְׁקַל הַשִּׁרְיוֹן חֲמֵשֶׁת־אֲלָפִים שְׁקָלִים נְחֹשֶׁת׃ (ה) - Un casque de bronze était sur sa tête, il était revêtu d'une cuirasse à écailles, et le poids de la cuirasse était de cinq mille sicles de bronze. (5)
Le texte décrit à quel point cet homme était équipé et impénétrable. Sur sa tête, un casque de bronze. La "cotte à écailles" est une sorte de filet garni de multiples plaques métalliques, qu'un coup d'épée ne peut transpercer. Et le poids de la cuirasse était de cinq mille sicles de bronze : rien que pour la soulever et la porter sur le corps, il fallait une force colossale.
וּמִצְחַת נְחֹשֶׁת עַל־רַגְלָיו וְכִידוֹן נְחֹשֶׁת בֵּין כְּתֵפָיו׃ (ו) - Il avait des jambières de bronze aux jambes et un javelot de bronze entre les épaules. (6)
"Des jambières de bronze aux jambes" : des protections de bronze sur les tibias, afin qu'on ne puisse pas lui couper les jambes et le frapper aux membres inférieurs. "Et un javelot de bronze entre les épaules" : certains expliquent qu'il avait un javelot supplémentaire posé dans le dos, dans une sorte de fourreau, car une main tenait l'épée, et lorsqu'il voulait lancer un javelot au loin il portait la main vers sa nuque, le dégainait et le jetait, sans en avoir besoin dans le combat ordinaire où il se battait à l'épée. D'autres expliquent autrement : comme on le voit dans les représentations de soldats romains, une saillie descend du casque vers l'arrière, comme une tresse de métal, dont le rôle est de protéger la nuque, afin que si un homme frappe de l'épée par-derrière, il ne tranche pas la tête. On ne peut pas rabattre tout le casque vers l'arrière, car cela limiterait la rotation de la tête, mais cette pièce arrête le coup.
De toute cette description, le Malbim relève un point important : la vaillance de Goliath tenait à sa force et à son équipement, et non à sa nature. Il existe deux sortes de vaillance : la vaillance de l'âme, celle d'un homme intrépide, qui est un héros même s'il n'a pas beaucoup de force ; et, en face, la force du corps. Il y a un homme géant dépourvu de toute vaillance, peureux par nature, et il y a un homme petit et frêle qui est un grand héros. Chez Goliath, aucune vaillance de l'âme n'est mentionnée : toutes les descriptions sont physiques et purement extérieures, un homme immense couvert de nombreuses protections. Le texte ne l'appelle pas "héros", il énumère seulement le décor extérieur qu'il possédait.
וְעֵץ חֲנִיתוֹ כִּמְנוֹר אֹרְגִים וְלַהֶבֶת חֲנִיתוֹ שֵׁשׁ־מֵאוֹת שְׁקָלִים בַּרְזֶל וְנֹשֵׂא הַצִּנָּה הֹלֵךְ לְפָנָיו׃ (ז) - Le bois de sa lance était comme une ensouple de tisserands et le fer de sa lance pesait six cents sicles de fer, et le porteur du bouclier marchait devant lui. (7)
Le texte décrit maintenant son arme. Dans le tissage, il y a une ensouple supérieure et une ensouple inférieure, des bois très lourds autour desquels on enroule les fils de chaîne, puis on fait passer la navette, cet instrument en forme de barque contenant une bobine de fil, chaîne et trame de droite à gauche, et l'on tisse ainsi une étoffe entière. Ces ensouples étaient des rouleaux très lourds, et c'est à cause d'elles qu'il est dit que le bois de la lance de Goliath était épais "comme une ensouple de tisserands". "Et le fer de sa lance" désigne la lame, la pointe ; et pourquoi l'appelle-t-on "lahava" (flamme) ? Parce qu'elle est polie et brillante, et que lorsque le soleil l'éclaire elle paraît embrasée, comme une flamme. Son poids était de six cents sicles de fer. Et comme il n'avait pas de troisième main libre pour tenir le "tsinna", c'est-à-dire le bouclier, le porteur du bouclier marchait devant lui, le bouclier à la main.
וַיַּעֲמֹד וַיִּקְרָא אֶל־מַעַרְכֹת יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר לָהֶם לָמָּה תֵצְאוּ לַעֲרֹךְ מִלְחָמָה הֲלוֹא אָנֹכִי הַפְּלִשְׁתִּי וְאַתֶּם עֲבָדִים לְשָׁאוּל בְּרוּ־לָכֶם אִישׁ וְיֵרֵד אֵלָי׃ (ח) - Il se tint là et cria vers les rangs d'Israël, et il leur dit : Pourquoi sortez-vous pour vous ranger en bataille ? Ne suis-je pas le Philistin, et vous les serviteurs de Chaoul ? Choisissez-vous un homme et qu'il descende vers moi. (8)
אִם־יוּכַל לְהִלָּחֵם אִתִּי וְהִכָּנִי וְהָיִינוּ לָכֶם לַעֲבָדִים וְאִם־אֲנִי אוּכַל־לוֹ וְהִכִּיתִיו וִהְיִיתֶם לָנוּ לַעֲבָדִים וַעֲבַדְתֶּם אֹתָנוּ׃ (ט) - S'il peut me combattre et me tuer, nous deviendrons vos serviteurs ; mais si moi je l'emporte sur lui et le tue, vous deviendrez nos serviteurs et vous nous servirez. (9)
Le Targoum Yonatan ajoute ici le contenu de sa proclamation : "Il se leva et proclama contre le camp d'Israël, et leur dit : Pourquoi sortez-vous au combat ? Ne suis-je pas le Philistin et vous les serviteurs de Chaoul ? Je suis Goliath le Philistin de Gath, celui qui a tué les deux fils d'Eli, 'Hofni et Pin'has, qui a capturé l'arche de l'alliance de Hachem et l'a emmenée à la maison de Dagon où elle est restée sept mois. Et à chaque bataille livrée par les Philistins, je marche à la tête de l'armée et je remporte le combat, jetant à terre des morts comme la poussière du sol. Et jusqu'à présent les Philistins ne m'ont pas nommé chef suprême sur eux. Et vous, enfants d'Israël, quel acte de bravoure Chaoul fils de Kich, de Guivea, a-t-il accompli pour vous, que vous l'avez nommé ? S'il est un homme de guerre, qu'il descende et me livre bataille ; et s'il est faible, choisissez-vous un autre homme pour sortir combattre contre moi." Il y a là un affront terrible à la royauté et un affront général au peuple d'Israël. Un homme qui se glorifie de la capture de l'arche de Hachem et du meurtre de 'Hofni et Pin'has, de tous les malheurs et catastrophes qui nous ont frappés, et qui s'en vante encore : montrez-moi dans quel livre sont mentionnés les exploits de Chaoul, et ce qu'il a fait pour vous.
Le Malbim rapporte les propos de l'Abarbanel. Certains ont voulu expliquer que la proposition de Goliath était une proposition de duel, c'est-à-dire un combat singulier. Quiconque a un peu lu sur les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles sait que le duel était un mode de règlement très courant : lorsqu'un différend opposait deux hommes, l'un provoquait l'autre en duel. On amenait des arbitres, qui fixaient des conditions précises, ce que revendiquait exactement l'un et ce que revendiquait l'autre, afin que le vainqueur ne vienne pas ensuite réclamer aussi la maison, la femme et les enfants. Par exemple, l'un prétend que le champ est le sien et l'autre prétend que le champ est le sien, ils sortent en duel et le vainqueur obtient le champ. Et pas seulement pour des champs : parfois pour un bien, parfois pour l'honneur, et parfois pour le cœur d'une bien-aimée. C'est là une pratique de nations idolâtres, verseuses de sang, pour trancher tout différend. Et ce n'est nullement un jeu : on sort l'épée à la main pour tuer ou être tué, et l'on peut en ressortir estropié. Mais il y a des conditions claires, et il y a des arbitres qui décident au bout du compte qui a vaincu, et les deux camps viennent au combat équipés à égalité ; il est inconcevable que l'un vienne avec tout un arsenal et l'autre avec un petit couteau.
Et apparemment cela ressort de la suite : Goliath propose en effet des conditions explicites - s'il me vainc, nous deviendrons tous vos esclaves, et si je le vaincs, vous deviendrez tous nos esclaves. C'est exactement le modèle du duel. Et pourtant l'Abravanel rejette cette idée pour plusieurs raisons. Premièrement, dans un duel il faut qu'il y ait un point de litige sur une question précise, et ici il n'existe aucun point de litige nécessitant une décision ; les Philistins viennent simplement attaquer Israël afin de les asservir. Deuxièmement, il faut le consentement des deux parties, et cela doit être consigné par écrit devant témoins, comme un acte signé où sont explicités l'objet du différend et l'accord des deux parties à entrer en duel, or ici ils n'ont rien écrit ni consenti. Troisièmement, en fin de compte David a vaincu, et selon les conditions les Philistins auraient dû devenir esclaves d'Israël, alors qu'en réalité ils se sont tous enfuis. Quatrièmement, l'abécédaire du duel est l'égalité entre les parties, et ici c'est un guerrier géant et puissant qui se dresse face à un jeune garçon avec quelques pierres à la main. Et cinquièmement, il faut des officiers et des juges qui vérifient que tout est égal et qui contraignent le perdant à payer, ce qui n'était pas le cas ici. De tout cela l'Abravanel a conclu qu'il n'y a pas eu ici de duel du tout, mais que Goliath sortait pour insulter et blasphémer afin de combattre, sans les règles du duel.
Le Malbim dit : et moi je dis qu'il y a bien eu ici un duel, et que la proposition initiale de Goliath était une proposition de duel. Son interprétation est admirable et correspond véritablement au sens simple des versets. Au début il a dit "לָמָּה תֵצְאוּ לַעֲרֹךְ מִלְחָמָה... בְּרוּ־לָכֶם אִישׁ וְיֵרֵד אֵלָי" - c'est-à-dire je fais une proposition de duel ordinaire : choisissez un homme, qu'il descende vers moi, et le vainqueur a raison tandis que le vaincu perd.
Et quel était le point de litige ? Lui aussi était présent ici. Les Philistins prétendaient : jusqu'à aujourd'hui nous étions vos maîtres, vous étiez soumis sous nos pieds et assujettis à nous payer tribut, et soudain Chaoul est venu et a brisé notre joug de dessus vous. Nous avons un grief contre vous : vous êtes nos esclaves. Et Israël prétendait : nous n'avons aucune sujétion envers vous, nous sommes un peuple libre, pas un peuple d'esclaves, et nous avons le droit à l'autodétermination et à vivre librement. Il y a donc ici un véritable différend, et Goliath vient dire : pourquoi sortiriez-vous livrer bataille et pourquoi verser tant de sang ? Tranchons par la voie d'un duel.
Et dès lors on comprend aussi son langage : "הֲלוֹא אָנֹכִי הַפְּלִשְׁתִּי וְאַתֶּם עֲבָדִים לְשָׁאוּל", l'un face à l'autre. Les Philistins n'avaient pas de roi mais des princes, les cinq princes des Philistins : Gath, Ashkelon, Ashdod, Aza et Ekron. Il leur a dit : je suis le Philistin, je représente tous les Philistins qui vous ont dominés jusqu'à présent, et vous prétendez que vous êtes esclaves de Chaoul et que vous ne voulez pas être esclaves des Philistins. Voilà donc le point du différend qui nécessite une décision : êtes-vous esclaves de Chaoul ou esclaves des Philistins. Aussi, établissons des conditions : que vienne un homme égal à moi, avec une cuirasse comme la mienne et une épée comme la mienne, égal à moi en toutes les conditions, et déployons le contrat : s'il vainc, nous serons vos esclaves, et si je vaincs, vous serez nos esclaves.
Sauf qu'il y a un problème : le peuple d'Israël n'est pas d'accord. Et pourquoi ? Le Malbim dit qu'Israël a fait le calcul suivant : si un seul homme vient et est vaincu, ce sera une grande honte et un grand déshonneur. Mais si tout le peuple sort combattre, pour un peuple qui sort combattre et risque sa vie et qui est vaincu il n'y a aucune honte. À la guerre il y a des vainqueurs et des perdants, et il n'y a là aucune honte. Le déshonneur ne concerne que le peuple qui ne sort pas du tout combattre pour sa vie et qui est emmené "comme un troupeau que l'on mène à l'abattoir". C'est pourquoi Israël a dit : nous ne voulons pas montrer de peur et de tremblement, et nous n'acceptons pas tes conditions ; nous irons combattre en héros, que les Philistins sortent et viennent combattre contre nous.
Mais les Philistins n'y sont pas disposés, et pour leurs propres raisons. Premièrement, ils font le calcul qu'ils ont en main une carte maîtresse : ils ont Goliath, dont personne en Israël ne peut venir à bout. Et deuxièmement, pourquoi gaspilleraient-ils tant de forces humaines et feraient-ils mourir tant d'hommes, sans même savoir comment se terminerait le combat, alors qu'ils ont quelqu'un qui peut faire tout le travail. C'est pourquoi Goliath vient et tente de convaincre Israël : comprenez, de toute façon vous êtes esclaves de Chaoul ; si je vaincs, vous serez nos esclaves. Qu'est-ce que cela change vraiment pour vous, esclave de Chaoul ou esclave à nous ? Jusqu'à présent vous versiez tribut à Chaoul, désormais vous nous verserez tribut à nous ; on ne vous emmène pas servir dans une ferme, vous restez dans votre pays et à votre place, vous payez seulement un tribut à un autre camp. Mais nous, nous avons beaucoup à perdre, car nous sommes libres, nous n'avons même pas de roi mais seulement des princes, et si c'est vous qui vainquez nous deviendrons vos esclaves : une grande perte. Voilà donc qu'il y a un sacrifice de notre part. Et Israël n'est pas convaincu, et n'est en aucun cas disposé à cette éventualité.
וַיֹּאמֶר הַפְּלִשְׁתִּי אֲנִי חֵרַפְתִּי אֶת־מַעַרְכוֹת יִשְׂרָאֵל הַיּוֹם הַזֶּה תְּנוּ־לִי אִישׁ וְנִלָּחֲמָה יָחַד׃ (י) - Et le Philistin dit : moi j'ai insulté aujourd'hui les rangs d'Israël, donnez-moi un homme et combattons ensemble. (10)
Apparemment, pourquoi se répète-t-il ? Il a déjà dit "בְּרוּ־לָכֶם אִישׁ" et il a déjà explicité les conditions, alors qu'ajoute-t-il maintenant avec "תְּנוּ־לִי אִישׁ וְנִלָּחֲמָה יָחַד" ? Le Malbim dit : ici commence une proposition entièrement nouvelle. La première proposition a été rejetée, et maintenant Goliath change de disque. Il dit : moi j'ai insulté les rangs d'Israël, tout mon but est de vous humilier, car vous n'avez pas d'homme capable de venir à bout de moi. Vous n'êtes pas disposés à entrer dans le scénario que je vous ai cousu, aussi laissons de côté le tribunal, les contrats et les conditions, ôtons les gants et venons-en aux coups. Jusqu'ici il venait en cravate et en nœud papillon, de manière ordonnée, présentant un contrat conforme à la loi avec juges et officiers ; voyant qu'il n'y avait aucune réaction de l'autre côté, il a ouvert officiellement les insultes. Et désormais cela ne dépend plus du consentement d'Israël : je vais vous humilier et vous rabaisser jusqu'à ce que vous disiez de vous-mêmes qu'il vaut mieux que quelqu'un aille le combattre plutôt que de continuer à subir le déshonneur.
Et de là on comprend aussi pourquoi, quand David a vaincu, les Philistins ne sont pas devenus esclaves : les premières conditions ont été rejetées par Israël, et la proposition qui a effectivement été retenue était la seconde, celle de l'insulte et de la guerre sans contrats et sans juges.
וַיִּשְׁמַע שָׁאוּל וְכָל־יִשְׂרָאֵל אֶת־דִּבְרֵי הַפְּלִשְׁתִּי הָאֵלֶּה וַיֵּחַתּוּ וַיִּרְאוּ מְאֹד׃ (יא) - Chaoul et tout Israël entendirent ces paroles du Philistin, et ils furent terrifiés et eurent très peur. (11)
Ils entendirent ses insultes et il n'y avait parmi eux personne pour lui fermer la bouche, et cela leur inspira une grande peur et une grande frayeur. Et Chaoul avait une raison particulière d'avoir peur : car l'esprit de l'Éternel s'était retiré de lui, et c'est pourquoi il comprenait que la victoire ne lui était pas assurée.
וְדָוִד בֶּן־אִישׁ אֶפְרָתִי הַזֶּה מִבֵּית לֶחֶם יְהוּדָה וּשְׁמוֹ יִשַׁי וְלוֹ שְׁמֹנָה בָנִים וְהָאִישׁ בִּימֵי שָׁאוּל זָקֵן בָּא בַאֲנָשִׁים׃ (יב) - Et David était le fils de cet homme éphratite de Beth Léhem de Yehouda, dont le nom était Yichaï, qui avait huit fils, et cet homme, aux jours de Chaoul, était âgé, avancé parmi les hommes. (12)
Le père de David est Yichaï de Beth Léhem de Yehouda, il a huit fils, et aux jours de Chaoul il était âgé, "avancé parmi les hommes". Que signifie "avancé parmi les hommes" ? Nos Sages disent : il sortait entouré d'une foule et rentrait entouré d'une foule, dix mille personnes venaient assister à ses enseignements. Yichaï était un grand homme.
וַיֵּלְכוּ שְׁלֹשֶׁת בְּנֵי־יִשַׁי הַגְּדֹלִים הָלְכוּ אַחֲרֵי־שָׁאוּל לַמִּלְחָמָה וְשֵׁם שְׁלֹשֶׁת בָּנָיו אֲשֶׁר הָלְכוּ בַּמִּלְחָמָה אֱלִיאָב הַבְּכוֹר וּמִשְׁנֵהוּ אֲבִינָדָב וְהַשְּׁלִשִׁי שַׁמָּה׃ (יג) - Et les trois fils aînés de Yichaï allèrent, ils suivirent Chaoul à la guerre ; et le nom de ses trois fils qui allèrent à la guerre était Eliav l'aîné, le deuxième Avinadav, et le troisième Chamma. (13)
וְדָוִד הוּא הַקָּטָן וּשְׁלֹשָׁה הַגְּדֹלִים הָלְכוּ אַחֲרֵי שָׁאוּל׃ (יד) - Et David était le plus jeune, et les trois aînés suivirent Chaoul. (14)
Celui qui observe ces versets s'étonne aussitôt : David n'était-il donc pas un vaillant guerrier ? Plus loin il dit lui-même "ton serviteur a frappé aussi le lion et aussi l'ours", et il ne fait aucun doute qu'il était un guerrier vaillant. Si tel est le cas, comment se fait-il qu'un tel guerrier ne se trouve pas sur le champ de bataille ? Il y a bien un service obligatoire, et si l'on connaissait sa vaillance, il aurait dû venir. En vérité, dit le Malbim, c'est précisément pour cela que le verset a introduit toute cette présentation au verset 12.
Il faut d'abord comprendre : une telle guerre est une guerre contre ceux qui outragent les armées de Dieu, et il n'est nullement question ici de se soustraire au service. Le roi David ne fuit pas le champ de bataille, et s'il sait qu'il est capable de mener les guerres de Dieu, c'est une grande mitsva. À leur époque, quand l'armée était une armée sainte comme il se doit, et que "l'Éternel ton Dieu marche au sein de ton camp", sortir combattre était un grand mérite et une manifestation de confiance en Dieu ; au contraire, celui qui fuyait était comme un rebelle à la royauté que l'on pouvait frapper, et il est écrit qu'on lui brisait les jambes. Il est certain que David n'aurait pas fui son troupeau pour aller au combat s'il avait su qu'il était capable de combattre les ennemis de Dieu et ceux qui L'outragent.
Or ce verset résout deux questions. La première question : comment est-il possible que David ne soit pas sur le champ de bataille ? La réponse : l'armée se répartissait selon les maisons paternelles, et tous les fils d'un homme ne partaient pas au combat. Les aînés sortaient, et les plus jeunes restaient pour subvenir aux besoins de leur père. Il faut comprendre la situation : ce n'est pas comme aujourd'hui où il existe une économie de réserve pour les temps de crise. Si un homme âgé a huit fils et qu'ils partent tous au combat, en un jour ou deux il meurt de faim, il n'a rien à manger ni à boire, personne pour traire les vaches, personne pour ramasser les œufs, personne pour s'occuper de la maison. Il n'existe pas de notion de banque ni d'épargne ; s'il n'y a personne pour lui apporter à manger, il ne mange pas. C'est pourquoi on ne mobilisait pas tout le monde, mais on prenait les aînés et on laissait les plus jeunes à la maison pour pourvoir à tous les besoins du foyer. À plus forte raison lorsque le père est âgé, où il faut que la plupart de ses fils restent auprès de lui, car il a besoin de soutien, d'aide et de gestion de toutes les affaires de la maison. C'est pour cela que le verset a précisé au préalable que cet homme était déjà âgé et qu'il avait huit fils, et donc que tous ne sont pas allés au combat, en particulier David qui était le plus jeune.
C'est le sens de "Et les trois fils aînés de Yichaï allèrent, ils suivirent Chaoul à la guerre". Pourquoi cette répétition, puisqu'il a déjà dit "allèrent" ? Le Malbim dit : ce sont eux qui suivaient toujours Chaoul à la guerre, car ils comptaient parmi ses vaillants guerriers, et c'est le sens de "ils suivirent Chaoul à la guerre", de façon régulière. Et puisque David était le plus jeune, la coutume était de laisser précisément le plus jeune à la maison.
וְדָוִד הֹלֵךְ וָשָׁב מֵעַל שָׁאוּל לִרְעוֹת אֶת־צֹאן אָבִיו בֵּית לָחֶם׃ (טו) - Et David allait et revenait d'auprès de Chaoul pour faire paître le troupeau de son père à Beth Léhem. (15)
Ici se résout la seconde question : David avait pourtant une fonction auprès de Chaoul, il était son écuyer et jouait devant lui, car Chaoul avait demandé à Yichaï son père de lui envoyer son fils de façon régulière, et "lorsque le musicien jouait" le mauvais esprit se retirait de lui. Si tel est le cas, comment David n'a-t-il rien entendu de toute cette affaire, ne pouvait-on pas l'en informer ? La réponse : il n'était pas de façon fixe auprès de Chaoul, mais "allait et revenait", par périodes il était auprès de lui et par périodes non, un mois ici et un mois là. Et à l'étape dont nous parlons, il n'était pas auprès de Chaoul, mais il était justement allé faire paître le troupeau de son père à Beth Léhem. C'était sa fonction à la maison, et c'est pourquoi il n'a rien entendu de toute cette affaire.
Le chapitre s'ouvre sur la description de l'abaissement d'Israël : les Philistins campent au cœur de Yehouda, à Efès Damim, et Israël se range en bataille à distance et attend une réaction. Goliath sort comme homme du milieu, tout de cuivre, de fer et de boucliers, sans qu'aucun courage de l'âme ne soit mentionné en lui. Au début, il propose un duel organisé, avec des conditions et un contrat, portant sur le véritable point du débat : esclaves de Chaoul ou esclaves des Philistins ; comme Israël n'a pas accepté, car ils ne veulent pas paraître lâches et préfèrent partir en guerre comme des héros, il ôte les gants et passe à l'insulte et au blasphème, une proposition entièrement nouvelle, à cause de laquelle d'ailleurs les Philistins ne devinrent pas non plus esclaves par la suite. Et Israël et Chaoul furent effrayés et eurent très peur, Chaoul y compris, puisque l'esprit de Hachem s'était retiré de lui. Et c'est dans ce tableau qu'entre David, le petit fils de Yichaï le vieillard "venu parmi les hommes", qui était resté à la maison pour faire paître le troupeau selon les modalités de recrutement de ces jours là et "allait et revenait" d'auprès de Chaoul, et de là, du troupeau, sortira la délivrance.