Le chapitre que nous étudions est l'un des sommets dramatiques de tout le livre de Melakhim : le prophète Éliyahou place le peuple d'Israël devant un choix tranchant : si Hachem est Dieu, suivez-le, et si c'est le Baal, suivez-le. Dans ce cours, nous suivrons l'ordre des versets à partir de l'épreuve elle-même : comment Éliyahou accorde aux prophètes du Baal tous les avantages possibles, comment ils échouent, comment Éliyahou construit l'autel de Hachem et prie, et comment finalement il se révèle que Hachem est Dieu, et que la pluie descend. Nous nous arrêterons principalement sur les explications du Malbim, et à leurs côtés sur les paroles de nos Sages, les midrachim et les autres commentateurs.
וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ לִנְבִיאֵי הַבַּעַל בַּחֲרוּ לָכֶם הַפָּר הָאֶחָד וַעֲשׂוּ רִאשֹׁנָה כִּי אַתֶּם הָרַבִּים וְקִרְאוּ בְּשֵׁם אֱלֹהֵיכֶם וְאֵשׁ לֹא תָשִׂימוּ׃ - Et Éliyahou dit aux prophètes du Baal : Choisissez-vous l'un des taureaux et faites d'abord, car vous êtes les plus nombreux, et invoquez le nom de votre dieu, mais ne mettez pas de feu.
Jusqu'ici, Éliyahou a présenté les règles de l'épreuve. Maintenant il s'adresse directement aux prophètes du Baal et leur accorde trois avantages : premièrement, "choisissez-vous l'un des taureaux" - prenez vous-mêmes le taureau de choix. Deuxièmement, "et faites d'abord" - c'est vous qui commencerez. Et troisièmement, il leur donne une raison : "car vous êtes les plus nombreux" - le nombre lui-même est un avantage. Éliyahou écarte de lui-même toute objection préalable, et à présent nous verrons ce qui sortira de tous ces avantages.
וַיִּקְחוּ אֶת־הַפָּר אֲשֶׁר־נָתַן לָהֶם וַיַּעֲשׂוּ וַיִּקְרְאוּ בְשֵׁם־הַבַּעַל מֵהַבֹּקֶר וְעַד־הַצָּהֳרַיִם לֵאמֹר הַבַּעַל עֲנֵנוּ וְאֵין קוֹל וְאֵין עֹנֶה וַיְפַסְּחוּ עַל־הַמִּזְבֵּחַ אֲשֶׁר עָשָׂה׃ - Ils prirent le taureau qu'il leur donna, ils le préparèrent et invoquèrent le nom du Baal depuis le matin jusqu'à midi, en disant : Baal, réponds-nous ! Mais il n'y eut ni voix ni réponse, et ils sautillaient autour de l'autel qu'il avait fait.
Il faut poser la question : Éliyahou leur avait dit "choisissez", et s'ils ont choisi, c'est qu'ils l'ont pris eux-mêmes, alors pourquoi le texte appelle-t-il cela "qu'il leur donna" ? Nos Sages disent : lorsque Éliyahou les envoya prendre le taureau, celui-ci se dérobait et revenait. Ils venaient le prendre, mais il ne bougeait pas, plantant ses pattes dans le sol, refusant qu'on le traîne. Quoi, moi j'offrirais un sacrifice au Baal ? En aucun cas. Jusqu'à ce qu'Éliyahou vienne lui murmurer à l'oreille : sache que par toi aussi le nom du Ciel sera sanctifié, car lorsque tous verront qu'aucun feu ne descend sur le taureau du Baal et seulement sur le mien, le nom du Ciel sera sanctifié par cela, et toi aussi tu prends part à cette sanctification du Nom. Mais comment expliquer une telle chose à un taureau ? Il ne comprit pas et ne consentit pas, et finalement Éliyahou dut le prendre et le leur donner de ses propres mains - "qu'il leur donna".
Et nous avons déjà expliqué plusieurs fois ce qu'écrivent les Tossafot et d'autres commentateurs : il ne faut pas se tromper en pensant qu'Éliyahou parlait au taureau lui-même, car le taureau n'a ni intelligence ni discernement, et il ne peut comprendre quoi que ce soit. Mais partout où nous voyons une personnification d'un être inanimé ou d'un animal, c'est-à-dire qu'on lui parle comme à un homme, cela signifie qu'on parle à la force spirituelle qui est en lui. Car sur chaque plante et sur chaque chose au monde il y a un ange qui frappe sur sa tête et lui dit : grandis. C'est avec la force spirituelle, avec le prince qui lui correspond au Ciel, que l'on parle. Moïse aussi, qui parla à la mer et lui demanda de se fendre, ne parlait pas à l'eau mais au prince de la mer. De même le fleuve Guinaï : non pas au fleuve, mais au prince du fleuve. Et ainsi de suite dans tous les cas où nous voyons une chose semblable.
Le Malbim explique "qu'il leur donna" selon le sens simple : les taureaux n'étaient pas égaux, l'un était de choix et l'autre médiocre, et puisqu'Éliyahou leur dit "choisissez", il les avait déjà orientés vers ce qu'ils devaient prendre. Lorsque je pose devant toi une chose de qualité et une chose ordinaire, et que je te dis choisis ce que tu veux, c'est comme si je t'avais remis en main celle de qualité. C'est pourquoi le prophète appelle cela "qu'il leur donna". Et le Hatam Sofer explique qu'il s'agit bien ici d'un choix.
Ils crient "Baal, réponds-nous", et il n'y a ni voix ni réponse. J'ai dit un jour en manière de plaisanterie, qu'il y a des femmes qui aujourd'hui encore servent le mari (baal) et crient toute la journée "Baal, réponds-nous"...
Et pourquoi le prophète souligne-t-il qu'ils invoquèrent jusqu'à midi? Il est écrit dans les livres que le culte du Baal était un culte du soleil, ils étaient adorateurs du soleil. Et c'est ce qui est dit chez le prophète: "le dos tourné vers le Sanctuaire de Hachem et la face vers l'orient" - ils allaient du côté oriental du mont du Temple et se prosternaient devant le soleil dès son lever, de sorte que leur dos était tourné vers le Beth Hamikdach, que le Ciel nous en préserve. Et quand le soleil est-il dans toute sa puissance et sa force? À midi. C'est pourquoi "ils invoquèrent... jusqu'à midi", car ils comprenaient que c'était l'heure la plus propice pour recevoir des influences du soleil, lorsqu'il est au sommet de sa domination. Et pour cette raison ils acceptèrent aussi l'épreuve précisément par le feu: leur dieu est le soleil, et le soleil est de l'élément du feu, c'est pourquoi ils étaient certains de pouvoir faire descendre le feu du ciel sur leur sacrifice. Ce qu'ils ignoraient, c'est que toutes ces forces n'ont aucune puissance propre, mais que tout vient de Hachem béni soit-Il.
Que signifie "vayefassehou" (ils sautillèrent)? Au sens simple, ils bondissaient et dansaient sur l'autel comme le font tous les idolâtres, qui, lorsqu'ils voulaient éveiller leur idole, dansaient. Les Indiens ont eux aussi une danse de la pluie et toutes sortes de danses, par lesquelles ils tentent, pour ainsi dire, d'éveiller les forces spirituelles supérieures. Yonatan traduit "vayichtatou al agora" - ils firent les fous sur l'autel, ils accomplirent des actes de folie afin de faire descendre l'influence supérieure. Certains expliquent qu'ils se rendaient boiteux et souffrants, comme un homme qui claudique de douleur, car ils disaient: peut-être qu'en voyant notre souffrance, le dieu s'éveillera. Et d'autres expliquent "vayefassehou" au sens d'aller et venir, sautant d'ici à là et de là à ici.
Et le Malbim explique une voie nouvelle: pendant qu'ils construisaient leur autel, Eliyahou commença lui aussi à construire l'autel de Hachem, afin d'être prêt au moment où il devrait faire descendre l'influence de Hachem. Et lorsqu'ils virent qu'ils ne parvenaient pas à faire descendre le feu, ils dirent: ah, nous avons trouvé la cause! C'est l'autel d'Eliyahou qui a détourné tout le bien que notre dieu veut répandre. Il veut donner, et il voit ici un autel concurrent, et cela l'irrite: pourquoi lui met-on ici un concurrent? C'est pourquoi ils allèrent "et sautillèrent autour de l'autel qu'il avait fait" - ils détruisirent l'autel d'Eliyahou. Et selon cela le langage du verset s'explique bien, car s'il s'agissait de leur autel il aurait fallu dire "qu'ils avaient fait", et pourquoi est-il dit "qu'il avait fait" au singulier? C'est qu'il s'agit d'Eliyahou, car ils vinrent annuler et détruire l'autel qu'Eliyahou avait fait. Et comme nous le verrons, les paroles du Malbim s'accordent aussi avec la suite des versets.
וַיְהִי בַצָּהֳרַיִם וַיְהַתֵּל בָּהֶם אֵלִיָּהוּ וַיֹּאמֶר קִרְאוּ בְקוֹל־גָּדוֹל כִּי־אֱלֹהִים הוּא כִּי שִׂיחַ וְכִי־שִׂיג לוֹ וְכִי־דֶרֶךְ לוֹ אוּלַי יָשֵׁן הוּא וְיִקָץ׃ - Et à midi, Eliyahou se moqua d'eux et dit: appelez d'une voix forte, car c'est un dieu, peut-être est-il en conversation, ou occupé, ou en chemin, peut-être dort-il et se réveillera-t-il.
Eliyahou se moque d'eux: appelez d'une voix forte, puisque vous prétendez qu'il est un dieu. "Ki siah" - peut-être est-il en train de converser avec quelqu'un en ce moment. "Vékhi sig lo" - peut-être est-il occupé à quelque acquisition spirituelle, à une pensée particulière qui le retient à l'instant. "Vékhi dérekh lo" - peut-être vient-il justement de rentrer d'un long voyage et n'est pas disponible; les téléphones portables n'existaient pas alors pour tout le monde, alors réessayez plus tard. Et Rachi explique "vékhi dérekh lo" - il est allé aux toilettes; il avait des besoins, que voulez-vous? Attendez-le un peu. "Oulaï yachen hou véyikatz" - peut-être a-t-il travaillé dur ces derniers temps et est allé dormir, alors criez et essayez de le réveiller.
Et c'est ce que disent nos Sages: toute moquerie est interdite, sauf la moquerie de l'idolâtrie. Toute moquerie est interdite hormis la moquerie de l'idolâtrie, où au contraire elle est louable. Pourquoi? Parce que l'idolâtrie, nous devons l'annuler par tout moyen, et si la force d'annulation vient par la moquerie qu'on en fait, cela aussi est un instrument valable. Eliyahou ne parlait pas réellement aux prophètes, pour qui il n'y avait déjà plus de remède comme nous le verrons, mais au peuple: voyez en qui vous croyez et en qui vous placez votre confiance, voyez quelle vanité c'est et quelle foi sans consistance. Toute cette moquerie venait attendrir le cœur du peuple.
וַיִּקְרְאוּ בְּקוֹל גָּדוֹל וַיִּתְגֹּדְדוּ כְּמִשְׁפָּטָם בַּחֲרָבוֹת וּבָרְמָחִים עַד־שְׁפָךְ־דָּם עֲלֵיהֶם׃ - Et ils appelèrent d'une voix forte et se firent des incisions selon leur coutume avec des épées et des lances jusqu'à ce que le sang coule sur eux.
Ils acceptent réellement les conseils d'Eliyahou: peut-être n'entend-il pas, peut-être est-il en chemin, peut-être est-il loin - c'est pourquoi ils crient d'une voix forte, et s'il dort qu'il se réveille. Et ils ne se contentèrent pas de cela, mais ajoutèrent et se firent des incisions selon leur coutume, car telle était leur manière, lorsqu'ils invoquaient leurs dieux, de se piquer et de se lacérer. C'est ce que dit la Torah "lo titgodedou", qu'il est interdit à l'homme de se piquer et de se lacérer dans le cadre du culte de Hachem, car c'était la manière de servir des idolâtres. Et la raison en est: peut-être le dieu verra-t-il leur peine, verra-t-il combien ses adorateurs se tourmentent, et décidera-t-il de leur répondre.
וַיְהִי כַּעֲבֹר הַצָּהֳרַיִם וַיִּתְנַבְּאוּ עַד לַעֲלוֹת הַמִּנְחָה וְאֵין־קוֹל וְאֵין־עֹנֶה וְאֵין קָשֶׁב׃ - Et lorsque midi fut passé, ils prophétisèrent jusqu'au moment de l'offrande de Min'ha, mais il n'y eut ni voix, ni réponse, ni attention.
Le Radak explique le mot "וישתנבאו" au sens de parole, expression des lèvres : ils continuèrent à débiter des paroles moqueuses selon leur habitude, et selon le Targoum "וישתטיאו" - ils se rendirent fous. "עד לעלות המנחה" - jusqu'au moment de l'offrande de Min'ha du soir, le sacrifice permanent de l'après midi. Et pourquoi précisément jusqu'au moment de l'offrande de Min'ha ? Le Malbim l'explique : le soleil est à son apogée à midi, et à partir de là commence un déclin et une extinction. Ils se dirent : si jusqu'à présent, quand le soleil est à son apogée, nous n'avons pas été exaucés, désormais il n'y a certainement plus de raison, car le soleil ne fait que reculer.
Mais le Malbim ajoute que "ויתנבאו" n'a pas seulement le sens de parole, mais de véritable prophétie, non pas de la part de Hachem, à Dieu ne plaise, mais une fausse prophétie. Car ils devaient à présent fournir des explications : tout le peuple se tenait là et demandait qu'aviez vous à dire, pourquoi le Baal ne vous a-t-il pas répondu ? Et chacun se levait et disait : le Baal nous a transmis par prophétie qu'il est très en colère contre ses serviteurs, car lors de la dernière fête ils n'ont pas apporté assez de sacrifices. En bref, chacun donnait une raison et une explication à la colère du Baal et à son absence d'influence. Et selon cela "אין קול" - qu'aucune voix ne se fit entendre pour leur répondre depuis les cieux, et "אין קשב" - que personne du peuple ne prêta attention aux paroles vaines qu'ils apportèrent comme excuses, c'est à dire que le peuple ne se laissa pas convaincre par leurs prétextes.
Et dans le Yalkout, nos Sages disent que les prophètes du Baal firent leur autel creux, et y cachèrent 'Hiel Beit HaEli, pour disposer d'un renfort en cas d'urgence : si le Baal décidait de ne pas faire descendre de feu, 'Hiel se trouvait là avec des matières inflammables, et il se chargerait d'arranger les choses. Mais le Saint béni soit-Il envoya un serpent qui mordit 'Hiel, et ainsi leur stratagème fut déjoué. Et selon cela s'explique aussi le mot "ויעשו" mentionné plus haut : quelle était cette action particulière ? Qu'ils firent l'autel creux, afin que 'Hiel puisse s'y cacher. Et c'est aussi l'allusion contenue dans "ואין קשב" : ils crient à 'Hiel, allô, c'est maintenant que tu dois entrer en action, et il n'y a pas d'écoute, il ne réagit pas. Et certains relient à cela aussi le verset "אולי ישן הוא ויקץ" : ils crièrent à voix haute, peut être 'Hiel s'est-il endormi et a-t-il oublié ce qu'il devait faire.
Or Eliyahou savait certainement tout, car il était prophète de Hachem. Et le Gaon de Vilna dit : il y a un verset dans le livre d'Amos, "ואם יחבאו בראש הכרמל משם אחפש ולקחתים, ואם יסתרו מנגד עיניי בקרקע הים משם אצווה את הנחש ונשכם", et ce verset fut écrit de nombreuses années plus tard, et il fait allusion à ce qui se passa ici avec 'Hiel Beit HaEli : "אם יחבאו בראש הכרמל" - à l'endroit même de l'épreuve d'Eliyahou, s'il se cache là sous l'autel, "משם אחפש ולקחתים". "ואם יסתרו... בקרקע הים" - qu'il se cache dans un tunnel de terre creusé sous l'autel, qui atteint pour ainsi dire jusqu'aux profondeurs du monde, "משם אצווה את הנחש ונשכם" - de là j'enverrai un serpent qui le mordra.
וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ לְכָל־הָעָם גְּשׁוּ אֵלַי וַיִּגְּשׁוּ כָל־הָעָם אֵלָיו וַיְרַפֵּא אֶת־מִזְבַּח יְהֹוָה הֶהָרוּס׃ - Et Eliyahou dit à tout le peuple : approchez-vous de moi ; et tout le peuple s'approcha de lui, et il répara l'autel de Hachem qui était démoli.
Pourquoi "approchez-vous de moi" ? Afin qu'il devienne clair pour tous qu'il n'y a ici aucune tromperie : je n'ai caché personne à l'intérieur de l'autel et il n'y a personne pour allumer quelque chose par en dessous, et cela ne peut se constater que de près. L'une des choses que les magiciens détestent le plus, c'est qu'on se tienne près d'eux, et ils détestent encore plus que quelqu'un se tienne derrière eux, c'est pourquoi ils demandent à tous de passer devant et de s'éloigner. Celui qui veut tromper ne veut pas que vous soyez à ses côtés, mais celui qui accomplit la vérité dit : approchez ! Que tous soient proches, que ce soit clair pour tous qu'il n'y a ici aucun stratagème.
"Et il répara l'autel de Hachem qui était démoli" - selon le Malbim que nous avons expliqué, il n'y a ici aucune question, et les choses s'emboîtent comme un gant à la main : les serviteurs du Baal virent l'autel d'Eliyahou, comprirent qu'il leur causait des "problèmes de réception" auprès de leur dieu, et le démolirent. Et à présent, quand Eliyahou vient faire descendre le feu, la première chose qu'il doit faire est de réparer l'autel que les prophètes du Baal avaient démoli. Et le terme "réparation" ("רפואה") est ici employé par extension, car la guérison s'applique surtout à la santé du corps, mais on l'emploie aussi pour d'autres choses.
Et Rachi explique selon le sens simple : il construisit un autel et rappela à Israël l'autel qui devait leur être familier, car jusqu'à ce jour l'autel était démoli chez eux. En termes simples : il construisit un nouvel autel, et il est appelé "démoli" parce que "dans mon cœur je bâtirai un sanctuaire" - l'autel doit se trouver dans le cœur de l'homme, et puisque l'autel, le sanctuaire et toutes les affaires du service de Hachem s'étaient éloignés d'eux, ils étaient donc endommagés et démolis chez eux, et il fallait reconstruire l'autel de Hachem démoli qui était dans leur cœur. Et Rachi apporte encore un midrach : à propos de Chaoul il est dit lors de son retour de la guerre contre Amalek "et voici que Chaoul vint au Carmel, et voici qu'il s'érigeait un monument", et l'une des explications (et nous nous sommes déjà étendus là-dessus dans Chemouel I chapitre 15 verset 12) est qu'il s'érigea un autel et y rendit grâce à Hachem. Et lorsque vinrent les rois d'Israël idolâtres, ils démolirent tous les autels et les hauts lieux qui existaient avant eux pour le service de Hachem, et parmi eux l'autel de Chaoul, et à présent Eliyahou vient réparer l'autel de Chaoul démoli. Et il n'y a pas ici de contradiction : il se peut que ceci et cela soient tous deux vrais, Eliyahou commença à le construire, les prophètes du Baal le démolirent, et il le reconstruisit à nouveau.
וַיִּקַּח אֵלִיָּהוּ שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה אֲבָנִים כְּמִסְפַּר שִׁבְטֵי בְנֵי־יַעֲקֹב אֲשֶׁר הָיָה דְבַר־יְהֹוָה אֵלָיו לֵאמֹר יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה שְׁמֶךָ׃ - Et Eliyahou prit douze pierres, selon le nombre des tribus des fils de Yaakov, à qui la parole de Hachem avait été adressée en disant : Israël sera ton nom.
Pourquoi est-il important de souligner ici le nombre de pierres et à quoi elles correspondent? Afin que l'on ne se trompe pas en pensant qu'Éliahou aurait fait douze pierres pour faire descendre l'abondance des douze astres et constellations, à la manière des idolâtres, car le nombre douze symbolisait toujours chez eux les astres et les constellations dont descend l'abondance. C'est pourquoi le verset précise: en fonction des douze tribus d'Israël. Et il ajoute "à qui la parole de l'Éternel avait été adressée en disant: Israël sera ton nom" - "Israël" est une expression de domination. Les astres dominent bien les nations, ce sont les forces dont sont influencés les peuples du monde, mais "la part de Yaakov n'est pas comme les leurs" - car l'Éternel est le lot de son héritage. Cela est allusionné dans le nom Israël: vous êtes au-dessus des astres, et non les astres au-dessus de vous. Ainsi, lorsque Éliahou fait douze pierres, ce n'est certainement pas en fonction des douze astres, mais en fonction des tribus d'Israël, car nous avons domination sur eux.
Et nos Sages enseignent: Yaakov notre père construisit un autel, et la Chekhina se dévoila à lui à Beit El, et ce jour-là l'Éternel lui dit "Israël sera ton nom", et Il lui dit aussi "une nation et une assemblée de nations sortiront de toi". Que signifie "une nation et une assemblée de nations"? Le Midrash dit: l'Éternel lui dit - tes descendants sont destinés à se rassembler comme les autres peuples, à bâtir un autel et à y offrir des sacrifices au moment où les bamot sont interdites, et Je consens à cela. Le Saint béni soit-Il lui fit allusion, à travers cet autel, à un autre autel qui existerait à l'avenir, où tout le peuple se rassemblerait, et Il lui dit: et Je consens à cela.
Et pourquoi consent-Il? Parce qu'Éliahou est l'exemple même du fait qu'un prophète peut ordonner un commandement contraire à ce qui est écrit dans la Torah, lorsqu'il s'agit d'une instruction ponctuelle (hora'at cha'a). Si un prophète venait dire qu'à partir de maintenant il est permis d'offrir des sacrifices sur les bamot, nous lui répondrions que c'est impossible, nous avons des versets qui s'y opposent. Mais si un prophète venait dire que l'Éternel a ordonné que demain, de manière exceptionnelle, il faut offrir un sacrifice sur une bama dans un but précis, et que ce prophète est reconnu et célèbre pour sa grandeur, sa piété, sa crainte de Dieu et ses prophéties comme Éliahou le prophète, il faut l'accepter, et c'est une hora'at cha'a. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il souligna à Yaakov qu'Il consent à cela, car cela n'était que pour ce moment précis et cette époque précise, afin de ramener le cœur d'Israël au service de l'Éternel.
וַיִּבְנֶה אֶת־הָאֲבָנִים מִזְבֵּחַ בְּשֵׁם יְהֹוָה וַיַּעַשׂ תְּעָלָה כְּבֵית סָאתַיִם זֶרַע סָבִיב לַמִּזְבֵּחַ׃ - Il bâtit avec les pierres un autel au nom de l'Éternel, et il fit un fossé de la contenance de deux séa de semence, autour de l'autel.
"un autel au nom de l'Éternel" - il le consacra au nom de l'Éternel afin qu'il soit saint de la sainteté d'un autel, c'est-à-dire que tout soit fait pour Son Nom. "il fit un fossé de la contenance de deux séa de semence" - et combien fait deux séa de semence? Cinquante sur cent coudées. Et qu'est-ce qui faisait cinquante sur cent coudées? La cour du Michkan. Et qu'y avait-il dans la cour du Michkan? L'autel. Éliahou savait que la limite de la sainteté qui se répand depuis l'autel est de cinquante sur cent coudées, et c'est pourquoi lorsqu'il bâtit ici l'autel, il le délimita par la limite de la sainteté, comme cette cour qui entourait l'autel dans le Michkan.
וַיַּעֲרֹךְ אֶת־הָעֵצִים וַיְנַתַּח אֶת־הַפָּר וַיָּשֶׂם עַל־הָעֵצִים׃ וַיֹּאמֶר מִלְאוּ אַרְבָּעָה כַדִּים מַיִם וְיִצְקוּ עַל־הָעֹלָה וְעַל־הָעֵצִים וַיֹּאמֶר שְׁנוּ וַיִּשְׁנוּ וַיֹּאמֶר שַׁלֵּשׁוּ וַיְשַׁלֵּשׁוּ׃ וַיֵּלְכוּ הַמַּיִם סָבִיב לַמִּזְבֵּחַ וְגַם אֶת־הַתְּעָלָה מִלֵּא־מָיִם׃ - Il disposa le bois, découpa le taureau et le posa sur le bois. Et il dit: Remplissez quatre cruches d'eau et versez-les sur l'holocauste et sur le bois. Il dit: Recommencez, et ils recommencèrent. Il dit: Faites-le une troisième fois, et ils le firent une troisième fois. L'eau coula autour de l'autel, et il remplit aussi le fossé d'eau.
Éliahou veut écarter tout doute et amplifier le miracle, c'est pourquoi il ordonne de verser de l'eau sur l'holocauste, car l'eau est totalement opposée au feu qui doit descendre, et si cela ne suffit pas, aussi sur le bois, et si cela ne suffit pas, une fois, deux fois et trois fois: "Recommencez, et ils recommencèrent... faites-le une troisième fois, et ils le firent une troisième fois". Il y a encore un point dans cela: en ces jours-là, l'eau était une denrée rare et précieuse, les gens n'avaient rien à boire et chaque cruche d'eau se vendait à prix d'or, et lui prend de l'eau et la déverse librement. Qui peut faire une chose pareille? Seul celui qui est certain que dans peu de temps il y aura d'immenses quantités d'eau et que personne ne prêtera attention à cette eau. S'il y a réellement une pénurie, et que ce sont peut-être là les dernières eaux qui nous restent, comment déverser une telle quantité sur l'autel sans compter? Par cela, Éliahou démontre l'ampleur de sa confiance qu'un feu descendra bientôt du ciel, et qu'il n'y aura aucune récrimination contre lui.
Et qui versa l'eau? Nos Sages disent: Élicha, dont il est dit "qui versait l'eau sur les mains d'Éliahou". Et une partie du miracle résidait précisément en cela: nos Sages ont dit que les doigts d'Élicha devinrent comme des sources jaillissantes et que des flots d'eau en sortaient, et c'est le sens de "qui versait l'eau" - qu'un miracle se produisit dans l'eau par son intermédiaire. C'est pourquoi nous voyons aussi par la suite qu'un miracle se produisit dans l'eau par l'intermédiaire d'Élicha, lorsqu'il adoucit les eaux, comme nous y arriverons.
Et pourquoi précisément quatre cruches? Le Radak explique qu'il leur dit de remplir trois fois quatre cruches, soit douze au total. Les trois fois correspondent aux trois patriarches en fonction desquels il pria, et par trois fois quatre se complète le nombre douze correspondant aux tribus d'Israël. Et le Malbim explique selon le sod: la source de l'abondance se trouve dans les quatre 'Hayot qui portent le char céleste supérieur, et c'est par elles que passe l'abondance, c'est pourquoi il remplit quatre cruches, pour faire venir l'abondance des quatre extrémités de la terre supérieure du monde d'Atsilout, qui est le monde le plus élevé auquel nous nous intéressons, car c'est le premier monde émané de Lui, béni soit-Il, après l'Adam Kadmon. De là il fait descendre l'abondance des quatre 'Hayot vers le monde du Trône, et de là vers le monde des anges. Et "faites-le une troisième fois" - pour faire descendre de ces quatre 'Hayot que vit Ye'hezkel dans le char inférieur vers les Ofanim, qui est le monde inférieur. En termes simples: tout ce qui fut fait ici l'était avec une intention supérieure de faire descendre l'abondance de sa source céleste jusqu'à ce monde-ci, et comme nous l'avons appris dans le Néfech Ha'Haïm, pour faire descendre l'abondance il faut atteindre sa source, et lorsque l'abondance vient de sa source, nous savons qu'elle parviendra ici-bas.
וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה וַיִּגַּשׁ אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא וַיֹּאמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי אַבְרָהָם יִצְחָק וְיִשְׂרָאֵל הַיּוֹם יִוָּדַע כִּי־אַתָּה אֱלֹהִים בְּיִשְׂרָאֵל וַאֲנִי עַבְדֶּךָ וּבִדְבָרְךָ עָשִׂיתִי אֵת כָּל־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה׃ - Et il arriva, au moment de l'offrande de Min'ha, qu'Eliyahou le prophète s'approcha et dit : Hachem, D.ieu d'Avraham, de Yits'hak et d'Israël, qu'aujourd'hui il soit connu que Tu es D.ieu en Israël, que je suis Ton serviteur et que c'est par Ta parole que j'ai fait toutes ces choses.
"Qu'aujourd'hui il soit connu que Tu es D.ieu en Israël" - car jusqu'à présent ils pensaient que le Baal les dirigeait, et désormais ils sauront qu'il n'y a d'autre D.ieu que Hachem. Et que signifie "et c'est par Ta parole que j'ai fait toutes ces choses" ? Nos Sages disent : afin que l'on ne vienne pas dire qu'Eliyahou a transgressé un interdit, car il offre un sacrifice à l'époque où les bamot (autels privés) sont interdits, et il n'est permis d'offrir un sacrifice que dans le Michkan et dans le Beth Hamikdach. C'est pourquoi il dit : Maître du monde, qu'ils sachent que c'est par Ta parole que j'ai fait toutes ces choses, c'est Toi qui me l'as ordonné. Et de plus : "c'est par Ta parole que j'ai fait" - qu'ils sachent que tout ce que j'ai fait n'est pas de ma propre force, afin qu'ils ne disent pas que les adorateurs du Baal ne sont tout simplement pas des sorciers assez puissants, tandis qu'Eliyahou serait un maître-mage, un magicien et un sorcier plus sérieux, et que c'est pour cela qu'il a réussi à faire descendre un feu du ciel. Je veux qu'il soit clair pour tous que c'est par Ta parole que j'ai agi, et que tout le mérite revienne au Créateur du monde, car c'est en réalité là tout l'enjeu.
עֲנֵנִי יְהֹוָה עֲנֵנִי וְיֵדְעוּ הָעָם הַזֶּה כִּי־אַתָּה יְהֹוָה הָאֱלֹהִים וְאַתָּה הֲסִבֹּתָ אֶת־לִבָּם אֲחֹרַנִּית׃ - Réponds-moi Hachem, réponds-moi, et que ce peuple sache que Tu es Hachem le D.ieu, et que c'est Toi qui as détourné leur cœur en arrière.
L'essentiel de sa demande est "que ce peuple sache que Tu es Hachem le D.ieu" - le D.ieu seul, et qu'il n'y a d'autre force dans la création que Toi. Et que signifie la répétition "réponds-moi Hachem, réponds-moi" ? Selon le sens simple du verset, la répétition d'une chose deux fois vient renforcer, comme "Hachem est le D.ieu, Hachem est le D.ieu". Mais nos Sages ont expliqué qu'Eliyahou formulait ici deux demandes : la première, que Hachem accepte sa prière par un feu qui descendrait du ciel ; et la seconde, qu'après la descente du feu et une fois que le peuple aurait cru, la pluie descende elle aussi. Car tout ce pour quoi nous sommes venus ici, c'était pour la pluie, et à quoi servirait le feu si ensuite je ne réussissais pas à faire venir la pluie ? Ils diraient alors : dans ce cas, c'est à cause du Créateur du monde que la pluie a été retenue, et ils retourneraient au Baal. C'est pourquoi il demanda : réponds-moi en faisant descendre le feu, et réponds-moi en faisant descendre la pluie, et ainsi le lien sera clair pour tous : c'est dans Sa colère que Hachem a retenu de nous la pluie, et maintenant que nous avons fait téchouva, Il pardonne, absout et nous fait descendre la pluie.
Autre interprétation : "réponds-moi" en faisant descendre le feu, et "réponds-moi" pour qu'ils ne disent pas qu'il s'agit d'un acte de sorcellerie, mets dans leur cœur qu'ils reçoivent la bonne impression des événements et qu'ils ne disent pas, à D.ieu ne plaise, qu'Eliyahou a agi par sorcellerie. Et nos Sages ont encore expliqué : réponds-moi par mon mérite, et réponds-moi par le mérite de mes disciples. On voit de là que l'homme doit prendre garde à ne pas mentionner uniquement son propre mérite, mais qu'il demande toujours aussi par le mérite d'autrui.
"Que ce peuple sache" - qu'à partir de maintenant, chaque fois que Tu m'enverras les réprimander, ils accepteront que ces paroles viennent de Hachem le D.ieu, car c'est par Ta parole que je les dis.
Le Ralbag explique : lorsqu'ils priaient le Baal, il leur semblait que le Baal répondait. Et la Guemara demande déjà comment il est possible que le Baal ait répondu, et elle répond : quand la pluie devait descendre, était-ce parce qu'ils priaient le Baal que Hachem n'allait pas faire venir la pluie ? Le Saint béni soit-Il abîmerait-Il Son monde à cause des insensés ?! C'est pourquoi la pluie tombait, et eux étaient persuadés : voilà, hier nous avons prié le Baal et la pluie est tombée.
Vous connaissez l'histoire de ce 'hazan sur qui circulaient de mauvaises rumeurs en matière de pudeur ; on vint trouver le Rav et le Rav ordonna de le démettre de sa fonction. Le 'hazan vint le voir et protesta : honorable Rav, comment est-ce possible ? Le Rav sait-il quelles prières je récite ? Le Rav se souvient-il, il y a six mois, lors d'une retenue de pluie, que c'est moi qui suis passé devant l'arche, et qu'au moment où j'ai dit "morid hagachem" (Il fait descendre la pluie), les pluies ont commencé à tomber ! Le Rav lui répondit : cela ne m'étonne pas du tout, des gens comme toi ont aussi provoqué un déluge par le passé.
Et ainsi telle est l'intention : Maître du monde, c'est Toi qui as détourné leur cœur en arrière en ce que, pour ainsi dire, Tu leur as cédé et fait descendre les pluies, et il semblait que Tu avais cédé au Baal, d'où est née la confusion d'esprit chez ces adorateurs qui pensaient que le Baal faisait descendre la pluie. Et puisque, pour ainsi dire, c'est par Ton entremise qu'est née la confusion, maintenant, en faisant descendre la pluie lorsque je Te prie, leur esprit sera redressé et ils comprendront que la pluie ne descend que par le Créateur du monde et non par le Baal.
Le Rassag explique que ce n'est pas un temps passé mais comme un futur : "hasibota" du langage de "tesovev" (fais tourner) - leur cœur qui était tourné en arrière, fais-le tourner maintenant vers le bien, pour qu'il regarde en avant. Et c'est en réalité tout l'enjeu de l'expression "nuque raide" : l'homme va dans la direction opposée, on l'appelle et il ne tourne pas la tête, car sa nuque est dure comme du métal coulé et ne bouge ni à droite ni à gauche, il avance tête baissée contre la direction. Comme celui qui roulait un jour sur l'autoroute à contresens, et toutes les voitures en face lui klaxonnaient, et justement il entendit à la radio : danger sur l'autoroute, une voiture roule à contresens. Il dit : une voiture ? Il y a ici des dizaines de voitures qui roulent contre moi ! Ici aussi Eliyahou demande : qu'ils sachent que l'erreur est la leur, que ce sont eux dont le cœur est tourné en arrière, et maintenant fais tourner leur cœur pour qu'il soit droit et qu'ils croient en Hachem.
Il existe une autre explication, selon laquelle il y aurait ici comme une réclamation : Maître du monde, il t'appartenait de retourner leur coeur, et pourquoi ne l'as tu pas fait ? Mais le Radak rejette cette interprétation, car il existe le libre arbitre, et on ne peut pas dire que Hachem ne leur a pas permis de croire en Lui ou qu'Il a changé leur coeur, car tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel.
Le Rambam l'explique selon son sens littéral : Tu leur as empêché la techouva à cause de l'ampleur de leur faute, afin qu'ils reçoivent leur châtiment. Et l'explication du Rambam concernant la raison du châtiment de Pharaon est bien connue et célèbre : Pharaon a pourtant accompli le décret de Hachem, comme il est dit "et ils les asserviront et les opprimeront", et il aurait dû recevoir une récompense - j'étais l'entrepreneur chargé d'exécuter le décret du Créateur du monde ! De nombreuses raisons ont été données à ce sujet, et la raison du Rambam est que, puisqu'on a réprimandé Pharaon et qu'il n'était pas disposé à accepter, Hachem a donc endurci son coeur. Et où est la justice dans le fait que Hachem endurcisse son coeur et le frappe ensuite ? Sache donc qu'au début, le Saint béni soit Il lui a donné l'occasion de faire techouva, et puisqu'il n'est pas revenu, il existe une étape où Hachem verrouille la porte. Selon cela, tu comprendras le verset ici : à partir d'un certain stade, Tu leur as déjà verrouillé le coeur, de sorte que même s'ils voulaient faire techouva, ils ne le pourraient plus. Et pourquoi Hachem fait Il ainsi ? Afin que chacun reçoive ce qui lui revient, et que l'homme ne pense pas qu'il pourra faire le mal tous les jours de sa vie et dire à la fin "j'ai fauté, j'ai transgressé, j'ai péché, pardon Maître du monde" et que cela soit accepté. De là vient la réclamation d'Eliyahou : si Tu leur as verrouillé le coeur, comment feront ils techouva ? Uniquement si Tu leur accomplis un miracle manifeste. C'est pourquoi je demande : accomplis leur un miracle manifeste, car c'est Toi qui as retourné leur coeur en arrière.
Il existe encore une autre interprétation homilétique : "Réponds moi Hachem, réponds moi" - Eliyahou a dit : Maître du monde, si Tu ne me réponds pas, moi aussi je serai pour ainsi dire un mécréant et je dirai "c'est Toi qui as retourné leur coeur en arrière", c'est à dire que moi aussi je prétendrai que Hachem m'a empêché la techouva et ne veut pas que je revienne, car il y a ici une occasion de les corriger et Tu ne leur donnes pour ainsi dire pas la chance de se corriger eux mêmes.
וַתִּפֹּל אֵשׁ־יְהֹוָה וַתֹּאכַל אֶת־הָעֹלָה וְאֶת־הָעֵצִים וְאֶת־הָאֲבָנִים וְאֶת־הֶעָפָר וְאֶת־הַמַּיִם אֲשֶׁר־בַּתְּעָלָה לִחֵכָה׃ - Et le feu de Hachem tomba et consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la poussière, et il lécha l'eau qui était dans le fossé.
Le feu tombe et consume d'abord l'holocauste, pour t'apprendre qu'il est venu à dessein pour l'holocauste. Et ce n'est qu'ensuite le bois - alors que dans le cours naturel des choses, le bois aurait dû prendre feu en premier, puisque c'est lui qui est disposé à recevoir le feu ; et c'est là le miracle : que le feu est descendu d'abord sur l'holocauste et ensuite sur le bois, et enfin sur les pierres et sur la poussière, au point que même l'eau qui était dans le fossé, "il la lécha" - comme s'il l'avait lapée, car le feu la consuma elle aussi.
וַיַּרְא כָּל־הָעָם וַיִּפְּלוּ עַל־פְּנֵיהֶם וַיֹּאמְרוּ יְהֹוָה הוּא הָאֱלֹהִים יְהֹוָה הוּא הָאֱלֹהִים׃ - Tout le peuple vit, ils tombèrent sur leur face et dirent : Hachem, c'est Lui Elokim, Hachem, c'est Lui Elokim.
Une première explication, comme mentionné, est que la répétition vient pour renforcer. Mais le Malbim explique : le premier "Hachem, c'est Lui Elokim" est une proposition affirmative - voici que Hachem a fait descendre un feu du ciel, et cela prouve qu'Il est Elokim, qu'Il est le détenteur de la puissance. Toutefois, à partir de la première proposition, on pourrait encore dire que le Baal aussi possède quelque chose ; c'est pourquoi vient la seconde proposition, qui est une proposition de négation : Hachem, c'est Lui Elokim, et non pas le Baal qui est Elokim.
Et qu'est ce que le mot "Hou" (Lui) au milieu ? Il est dit "car la main est sur le trône de Kah, guerre à Hachem contre Amalek de génération en génération", et nos Sages disent : le Nom n'est pas complet et le trône n'est pas complet tant que le souvenir d'Amalek n'est pas effacé. Remarquons : dans le Nom de Hachem manquent ici les lettres vav et hé, et dans le trône (kissé) manque la lettre alef. Et quand aura lieu "Hachem sera roi sur toute la terre, en ce jour Hachem sera un et Son Nom sera un" ? Quand y aura t il "Hachem Elokim" ? Quand il y aura "Hou" (Lui) - lorsque ces lettres seront complétées pour former le Nom de Hachem, alors le Saint béni soit Il régnera sur le monde entier, et en vérité "toute créature saura que Tu l'as créée et tout être façonné comprendra que Tu l'as façonné". C'est ce qui est dit "car Hachem a choisi Tsion, Il l'a désirée pour Sa demeure" : quand aura lieu la réparation ? Quand se réuniront les lettres de "iva" (a désiré) - le alef du trône et le vav et le hé du Nom de Hachem - et par cela se révélera Sa royauté, béni soit Il, dans le monde.
וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ לָהֶם תִּפְשׂוּ אֶת־נְבִיאֵי הַבַּעַל אִישׁ אַל־יִמָּלֵט מֵהֶם וַיִּתְפְּשׂוּם וַיּוֹרִדֵם אֵלִיָּהוּ אֶל־נַחַל קִישׁוֹן וַיִּשְׁחָטֵם שָׁם׃ - Eliyahou leur dit : Saisissez les prophètes du Baal, que pas un d'entre eux n'échappe. Ils les saisirent, et Eliyahou les fit descendre vers le torrent de Kichon et les y égorgea.
Quand les prophètes du Baal virent qu'ils étaient sortis de l'épreuve avec un échec cuisant, ils tentèrent de fuir, et aussitôt Eliyahou ordonna : saisissez-les, que pas un ne s'échappe. Or ces prophètes étaient passibles de mort : premièrement, ce sont eux qui avaient tué les prophètes de Hachem ; deuxièmement, ils prophétisaient au nom du Baal et faisaient fauter le peuple d'Israël. Et que signifie "il les égorgea là" ? Deux explications : certains disent que c'est sur son ordre qu'on les égorgea, et cela est considéré comme s'il les avait égorgés lui-même ; d'autres disent qu'Eliyahou les égorgea de ses propres mains, car Eliyahou était un grand zélateur du nom de Hachem. Et qui était Eliyahou ? Pin'has. Celui qui s'était levé pour agir et avait transpercé Zimri fils de Salou et Kozbi fille de Tsour, c'est le même qui se lève pour agir et égorger les prophètes. De même trouvons-nous chez Yéhou, qui rassembla les adorateurs du Baal et leur dit que le roi qui l'avait précédé l'avait servi peu et que lui le servirait beaucoup ; il les réunit tous dans une même salle et les égorgea tous. De même avons-nous vu chez Chmouel, que c'est lui qui s'occupa d'Agag : "il le mit en pièces".
Et de là un grand enseignement moral : toute cette affaire de meurtre et d'effusion de sang, l'âme délicate en éprouve du dégoût, et particulièrement un homme d'une grande finesse, et à plus forte raison un prophète, qui se trouve à un niveau élevé et immense de proximité avec Hachem, et nous n'avons aucune idée de quelle délicatesse d'âme et de quelle pureté d'âme il s'agit. Dire à un tel homme de prendre un couteau et d'égorger un être humain, cela est contraire à sa nature. Mais le prophète ne fait pas ce qui est dans sa nature, le prophète fait ce que Hachem veut, et si Hachem veut qu'il tue, c'est ce qu'il faut faire, et il agit à l'encontre de sa nature et le fait. Et celui qui, pour ainsi dire, agit selon la nature était Chaoul, et c'est là que fut l'erreur : "Chaoul et le peuple eurent pitié". Mais selon la Torah, de même que la Torah te dit d'avoir pitié même lorsque tu veux te montrer cruel, de même elle te dit de te montrer sévère même lorsque, par nature, tu penses qu'il faudrait avoir pitié. Car toutes nos qualités doivent être fondées sur la Torah, et non sur ce qui me semble bon ou sur ce vers quoi mon âme penche. C'est pourquoi Eliyahou se lève et égorge les prophètes du Baal, et Chmouel se lève et met Agag en pièces : bien que, du point de vue émotionnel, ce ne soit pas le type d'homme dont on attendrait qu'il prenne une épée et égorge des êtres humains, dès lors qu'il s'agit d'un ordre de Hachem et de Sa volonté, l'homme n'est pas censé agir selon sa nature mais selon Sa volonté, béni soit-Il.
וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ לְאַחְאָב עֲלֵה אֱכֹל וּשְׁתֵה כִּי־קוֹל הֲמוֹן הַגָּשֶׁם׃ - Eliyahou dit à A'hav : monte, mange et bois, car il y a un bruit d'abondance de pluie.
"Monte" : monte sur ton char et va manger et boire. Une autre possibilité : la ville où il devait se rendre était plus élevée que l'endroit où ils se tenaient sur le mont Carmel, et donc "monte", monte vers ta ville, où tu mangeras et boiras. "Car il y a un bruit d'abondance de pluie" : dans un instant tu entendras le bruit de l'abondance de la pluie. "Hamon" est une expression de rumeur, et c'est pourquoi une grande foule est appelée "hamon", car il y a en elle une rumeur, des chuchotements et un bruissement. Eliyahou, dans sa grande confiance en Hachem, était certain que la pluie était déjà tout au bout des gouttières et qu'elle arriverait dans un instant.
Et pourquoi devait-il lui ordonner "mange et bois", se soucie-t-il donc de son déjeuner ? Le Malbim répond : Eliyahou avait déjà accompli ce qu'il devait accomplir. Car Hachem lui avait dit "va te montrer à A'hav et Je donnerai la pluie", et nous avons expliqué que le sens en est : ils ne sont pas dignes de la pluie, va et fais en sorte qu'ils reviennent en téchouva et deviennent dignes. Et maintenant, après qu'ils sont revenus et ont reconnu "Hachem est le Dieu", l'obstacle a été levé et ils sont dignes de la pluie. De plus, les prophètes qui égaraient et corrompaient le peuple ont déjà été égorgés, et par conséquent le moment approprié pour la descente des pluies est arrivé.
Et le Malbim ajoute : à leur époque, lorsqu'il y avait une détresse, et particulièrement lors d'une sécheresse, on décrétait un jeûne et un jour de jeûne, comme il est explicité dans les michnayot du traité Taanit. Et lorsque la pluie tombait au milieu du jeûne, si c'était après midi, on achevait le jeûne. Vint alors Eliyahou et dit à A'hav : sache que du fait même qu'Israël a dit "Hachem est le Dieu" et a accepté Sa divinité, c'est comme si le jeûne était déjà achevé. "Le bruit de l'abondance de la pluie" : le bruit de la foule qui a crié "Hachem est le Dieu", c'est comme si la pluie était déjà tombée. Et quand cela eut-il lieu ? Encore avant : leur rassemblement même pour reconnaître Sa divinité, béni soit-Il, est considéré comme s'ils L'avaient reconnu rétroactivement, et cela eut lieu encore avant midi. Et s'il en est ainsi, tu n'es pas tenu d'achever le jeûne, car toute cette foule qui s'est rassemblée est déjà toute la pluie. Et nos Sages disent, et nous le verrons par la suite, qu'A'hav avait un mérite équilibré.
וַיַּעֲלֶה אַחְאָב לֶאֱכֹל וְלִשְׁתּוֹת וְאֵלִיָּהוּ עָלָה אֶל־רֹאשׁ הַכַּרְמֶל וַיִּגְהַר אַרְצָה וַיָּשֶׂם פָּנָיו בֵּין בִּרְכָּו׃ - A'hav monta pour manger et boire, et Eliyahou monta au sommet du Carmel, se pencha vers la terre et mit son visage entre ses genoux.
A'hav monta sur son char pour se rendre à Yizréel manger et boire, mais lorsqu'il vit qu'Eliyahou montait au sommet du Carmel, il décida d'attendre et de voir ce qui allait se passer. Et Eliyahou "se pencha vers la terre", il s'inclina vers le sol et mit son visage entre ses genoux pour prier.
Et à première vue, pourquoi devait-il prier, puisque Hachem lui avait dit "va te montrer à A'hav et Je donnerai la pluie" ? Mais comme nous l'avons expliqué : il y a une pluie naturelle et il y a une pluie providentielle. La pluie naturelle ne vient pas par providence : s'il doit pleuvoir, il pleut, et sinon, non ; s'il y a des nuages, il pleut, s'il n'y a pas de nuages, il ne pleut pas. C'est-à-dire que Hachem te laisse aux mains de la nature, comme chez les nations du monde, qui n'ont pas de pluie providentielle, et soudain des quantités énormes tombent et toutes les maisons sont inondées, et soudain une période entière sans pluie, car elles ne sont pas soumises à la providence suprême. Mais le peuple d'Israël, lorsqu'il accomplit la volonté de Hachem, mérite une pluie providentielle : par providence tombe exactement ce dont il a besoin. Et lorsqu'ils n'accomplissent pas Sa volonté : s'ils ont seulement cessé d'accomplir Sa volonté, Hachem veille sur eux et arrête la pluie ; et s'ils Lui ont complètement caché leur visage, Il les laisse aux mains de la pluie naturelle.
Et ici, ils en étaient arrivés à une situation où Hachem veillait sur eux pour ne pas donner de pluie, selon le décret d'Eliyahou. Hachem lui dit : va te montrer à A'hav et Je donnerai la pluie. Eliyahou pensa : quelle pluie sera donnée, peut-être une pluie naturelle ? Et si c'est le cas, du point de vue des précipitations, de l'humidité dans l'air et des nuages, il se peut que maintenant, du point de vue naturel, il ne soit pas nécessaire qu'il pleuve, et par conséquent il ne pleuvra pas. C'est pourquoi il vient prier : Maître du monde, que tombe maintenant une pluie par providence, et non comme une pluie naturelle qui ne tombe que si c'est nécessaire, mais par une providence complète. Et c'est pourquoi il met son visage entre ses genoux et prie pour que Hachem fasse un miracle et fasse tomber la pluie.
וַיֹּאמֶר אֶל־נַעֲרוֹ עֲלֵה־נָא הַבֵּט דֶּרֶךְ־יָם וַיַּעַל וַיַּבֵּט וַיֹּאמֶר אֵין מְאוּמָה וַיֹּאמֶר שֻׁב שֶׁבַע פְּעָמִים׃ - Il dit à son serviteur : monte donc, regarde en direction de la mer. Il monta, regarda, et dit : il n'y a rien. Il dit : recommence sept fois.
"Monte donc" - va vers un endroit plus élevé que celui où se tenait Eliyahou. "Regarde en direction de la mer" - une première possibilité est qu'il s'agisse de l'ouest, et une seconde possibilité est que le Carmel domine la mer, aussi lui dit-il de regarder vers la mer, qui est également la direction de l'ouest. Ainsi lui dit-il sept fois : va voir si tu aperçois quelque chose, et à chaque fois il revint et dit qu'il n'y avait rien, jusqu'à la septième fois.
Le Ralbag explique que toutes ces fois où il fallut envoyer le serviteur venaient enseigner que c'est le retard de la prière d'Eliyahou qui retardait la pluie, et cela afin de faire comprendre au peuple que c'est à cause de leurs fautes que la pluie s'était arrêtée : voyez combien de prières il faut à Eliyahou pour ramener la pluie, sept fois il envoie le serviteur jusqu'à ce que la pluie tombe. Comprenez donc que ce sont vos fautes qui en furent la cause, et maintenant qu'Eliyahou implore pour vous, voici que la pluie revient et tombe.
Et le Malbim explique selon le sod que la mer supérieure vers laquelle tous les fleuves se dirigent possède sept mers, c'est à dire que dans le réservoir supérieur de l'abondance spirituelle il y a pour ainsi dire sept fleuves qui y conduisent. Et la Chékhina, qui à cause de la faute de la génération était montée jusqu'au septième firmament, il fallait la faire redescendre ici bas, aussi fallut-il envoyer sept fois, en correspondance avec les sept firmaments par lesquels ils l'avaient fait monter jusqu'au septième, et maintenant il fallait la faire redescendre.
וַיְהִי בַּשְּׁבִעִית וַיֹּאמֶר הִנֵּה־עָב קְטַנָּה כְּכַף־אִישׁ עֹלָה מִיָּם וַיֹּאמֶר עֲלֵה אֱמֹר אֶל־אַחְאָב אֱסֹר וָרֵד וְלֹא יַעֲצָרְכָה הַגָּשֶׁם׃ - À la septième fois, il dit : voici un petit nuage comme la paume d'un homme qui monte de la mer. Il dit : monte, dis à Ahav : attelle et descends, que la pluie ne t'arrête pas.
À la septième fois, il voit un petit nuage "comme la paume d'un homme". Et que vient nous laisser entendre cette chose ? Que toute cette pluie, et la descente de la Chékhina depuis les degrés où leurs actes l'avaient fait monter, à chaque prière elle redescendait d'un degré, et à la septième la chose apparut "comme la paume d'un homme", pour te laisser entendre : par le mérite de qui ? Uniquement par le mérite de l'homme, par le mérite d'Eliyahou. Car le peuple par lui même n'était pas digne, mais tout cela par le mérite d'un seul homme. Alors, voyant que les pluies étaient prêtes à tomber, il envoie dire à Ahav "attelle et descends" - attelle ton char et descends, "que la pluie ne t'arrête pas", car sous peu tombera une pluie si abondante qu'il y a lieu de craindre que tu ne puisses atteindre ta demeure à cause des flaques et de la boue.
Et dans le Maayana chel Torah est rapportée une autre explication de la raison pour laquelle Eliyahou ne fut pas exaucé immédiatement : puisqu'Eliyahou avait causé une longue souffrance à Israël, mesure pour mesure le Saint béni soit Il retarda pour ainsi dire sa réponse, en correspondance avec cette souffrance par laquelle il avait retenu à Israël la descente des pluies.
וַיְהִי עַד־כֹּה וְעַד־כֹּה וְהַשָּׁמַיִם הִתְקַדְּרוּ עָבִים וְרוּחַ וַיְהִי גֶּשֶׁם גָּדוֹל וַיִּרְכַּב אַחְאָב וַיֵּלֶךְ יִזְרְעֶאלָה׃ - Pendant ce temps, les cieux s'assombrirent de nuages et de vent, et il y eut une grande pluie. Ahav monta sur son char et alla vers Yizréel.
"Pendant ce temps" - tandis que le messager s'en allait et tandis qu'il attelait le char. "Hitkadrou" est du langage de l'obscurcissement, comme lorsque leurs visages noircirent comme le fond d'une marmite : la kedéra est une casserole que l'on posait sur les braises, et son fond est noir à cause de la suie, ainsi les cieux noircirent à cause de l'abondance des nuages. Et il en découle qu'Ahav ne descendit pas immédiatement, car il est dit d'abord "les cieux s'assombrirent de nuages et de vent et il y eut une grande pluie" et seulement ensuite "Ahav monta sur son char" - c'est à dire qu'Ahav ne bouge pas tant qu'il ne voit pas les choses se produire réellement ; ce n'est qu'après avoir vu que la pluie tombait effectivement qu'il se mit en route.
וְיַד־יְהֹוָה הָיְתָה אֶל־אֵלִיָּהוּ וַיְשַׁנֵּס מָתְנָיו וַיָּרָץ לִפְנֵי אַחְאָב עַד־בֹּאֲכָה יִזְרְעֶאלָה׃ - La main de l'Éternel fut sur Éliyahou, il ceignit ses reins et courut devant Ahav jusqu'à l'entrée de Yizréel.
À leur époque, l'usage des rois, des ministres et des personnes importantes était d'avoir un cheval pour monter et un serviteur qui courait devant eux, pour organiser les choses et pour l'honneur. C'est là l'origine de ce que l'on voit aujourd'hui, lorsque devant la limousine de ministres importants roulent des motards; chaque génération a son honneur. Et ici, apparemment, il n'y avait pas de motards dans la région, et celui qui remplissait ce rôle à leur place, c'était Éliyahou - prodige des prodiges : Éliyahou ceint ses reins et court devant Ahav.
"Il ceignit ses reins" - il attacha sa ceinture autour de ses reins. Et d'ailleurs, c'est là l'un des signes distinctifs d'Éliyahou : si un homme veut savoir si celui qu'il a vu est bien Éliyahou, qu'il prête attention à la présence d'une ceinture de cuir autour de ses reins, une large ceinture de cuir. Sinon, alors bonjour, tu n'as pas vu Éliyahou mais un simple ange de destruction. Et d'ailleurs, même s'il possède les signes, il ne faut pas s'émouvoir, car il se pourrait qu'il ressemble à Éliyahou tout en étant un ange de destruction, et j'ai déjà rapporté dans un livre un fait de ce genre. Et pourquoi attacha-t-il ses reins ? Parce qu'il voulait courir, et leur usage était, avant de courir, de ceindre les reins afin de maintenir les organes internes, pour qu'ils ne soient pas secoués à cause de la course et qu'aucun dommage ne survienne.
Et nos Sages ont appris de là : que la crainte de la royauté soit toujours sur toi, car voici qu'Éliyahou ceignit ses reins et courut devant Ahav par crainte de la royauté. Mais le Malbim explique le fond des choses : depuis qu'Éliyahou vit qu'Ahav se tournait vers lui de tout cœur - voici qu'il avait consenti à ce qu'il tue tous les prophètes du Baal sous ses yeux, et Ahav se tait, c'est-à-dire qu'il y a là une caution officielle; et voici qu'Ahav était ce jour-là en jeûne comme nous l'avons expliqué; et voici qu'il assista à cette scène et vit de ses propres yeux comment le Saint béni soit-Il est Celui qui fait descendre la pluie - Éliyahou était certain qu'un changement était sur le point de se produire, que la situation allait changer. Et comme nous l'avons dit, Ahav n'était pas un impie absolu mais un homme en équilibre. C'est pourquoi Éliyahou se dit : voici l'occasion d'incliner son cœur vers le bien. Il ne fit pas de calculs d'honneur, mais courut devant lui afin de le rapprocher du service de Dieu, car il était certain que lorsqu'il lui montrerait qu'il lui procure de la satisfaction, il se rapprocherait davantage encore et commencerait à croire en Dieu et à changer tout ce qui avait été jusqu'à ce jour. Comme on le sait, ce fut une illusion, mais on voit d'ici quel effort déploya Éliyahou pour rapprocher Ahav.
Et le Meam Loez apporte une autre raison à sa course : partout où Éliyahou courait, il y avait pour ainsi dire un parapluie au-dessus de lui, car à l'endroit où se trouvait Éliyahou, la pluie ne tombait pas. C'est pourquoi il courut devant Ahav, afin que la pluie ne frappe pas le roi.
Dans ce chapitre, Éliyahou dresse l'épreuve d'une manière telle qu'aucune objection ne puisse subsister : il donne aux prophètes du Baal le taureau de choix, le droit de commencer et l'avantage du nombre, il se moque d'eux comme le veut la dérision permise à l'égard de l'idolâtrie, et tous les avantages et les stratagèmes - y compris Hiel de Beit-Haéli caché à l'intérieur de l'autel creux - ne servent à rien. À l'opposé, Éliyahou rapproche le peuple de lui pour qu'ils voient qu'il n'y a aucune tromperie, il répare l'autel de Dieu qui était en ruine, il bâtit douze pierres correspondant aux tribus et non aux constellations, il délimite une frontière de sainteté comme la cour du Michkan, il verse de l'eau dans une confiance totale, et il prie afin qu'il soit clair pour tous que tout "c'est par Ta parole que je l'ai accompli" - que le mérite soit attribué au Créateur du monde seul. Et lorsque le feu tombe et que le peuple s'écrie "l'Éternel, c'est Lui Dieu", les séducteurs sont égorgés et la pluie descend par la Providence, et Éliyahou court encore devant Ahav dans l'espoir de rapprocher son cœur. Et l'on en tire deux grands principes : que toutes les forces de la création ne sont que des émissaires de la part de Dieu, et que les traits de caractère et les actions de l'homme doivent être fondés sur la volonté de Dieu et non sur son penchant naturel.