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Chapitre 5 - La grandeur de la sagesse de Chelomo, ses relations avec Hiram - partie 2

Dans le chapitre qui nous occupe se déploie devant nous la grandeur de Chelomo : sa domination sur tous les royaumes qui l'entouraient, la tranquillité et l'abondance qui régnaient en ses jours, et son immense sagesse dont la renommée s'était répandue parmi tous les peuples. À partir de là, le chapitre passe aux premiers préparatifs de la construction du Beth Hamikdach : les négociations avec Hiram roi de Tsor, le recrutement des ouvriers, la préparation du bois et des pierres. Nous suivrons l'ordre des versets avec le commentaire du Malbim, et nous intégrerons en chemin les midrachim de nos Sages sur Chelomo et sur sa sagesse.

"Et ils venaient de tous les peuples" - une répétition qui recèle un secret
וַיָּבֹאוּ מִכׇּל־הָעַמִּים לִשְׁמֹעַ אֵת חׇכְמַת שְׁלֹמֹה מֵאֵת כׇּל־מַלְכֵי הָאָרֶץ אֲשֶׁר שָׁמְעוּ אֶת־חׇכְמָתוֹ׃ - Et ils venaient de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chelomo, de la part de tous les rois de la terre qui avaient entendu parler de sa sagesse.

Quiconque y prête attention remarque ici une répétition étonnante. Il aurait suffi de dire "et ils venaient de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chelomo", ou bien "et ils venaient de la part de tous les rois de la terre". Que signifie "de tous les peuples... de la part de tous les rois de la terre" ? Le Malbim apporte deux explications. La première au nom de l'Abarbanel : ce sont les rois de la terre qui avaient entendu parler de la renommée de sa sagesse, et ce sont eux qui envoyaient des émissaires de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chelomo. Autrement dit, ce ne sont pas les rois eux-mêmes qui venaient, mais leurs émissaires. Ainsi le verset se lit : ils venaient de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chelomo, et qui les envoyait ? De la part de tous les rois de la terre qui avaient entendu parler de sa sagesse.

Deuxième explication : les rois de la terre eux-mêmes venaient entendre la sagesse de Chelomo, et lorsqu'ils retournaient dans leurs royaumes, ils rassemblaient des assemblées et enseignaient ce que Chelomo leur avait enseigné. Selon cela : "et ils venaient de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chelomo" - par exemple, un roi lointain qui était retourné dans son pays, et dans son pays se rassemblaient auprès de lui des gens de tous les peuples pour entendre la sagesse de Chelomo ; et d'où l'avaient-ils entendue ? "De la part de tous les rois de la terre qui avaient entendu parler de sa sagesse" - de la bouche des rois eux-mêmes, qui avaient entendu sa sagesse directement de Chelomo.

Le Malbim ajoute encore une allusion : ces rois venaient entendre la sagesse de Chelomo précisément sur les sujets dans lesquels il enseignait concernant les affaires de ce monde. En effet, c'est Chelomo qui a dit "vanité des vanités, dit Kohélet, vanité des vanités, tout est vanité", et il a beaucoup relativisé les affaires de ce monde. À leur époque, la richesse, la fortune et les désirs de ce monde occupaient une place très centrale chez les rois, et Chelomo venait leur donner des leçons de morale sur ces sujets, en particulier après que Chelomo eut été chassé de son royaume.

"Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse" - Chelomo et Achmedaï

Sur la grandeur de la sagesse de Chelomo d'une part, et sur sa chute d'autre part, le midrach raconte (dans le Otsar Hamidrachim) : "que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse" - c'est Chelomo fils de David. Lorsqu'il s'assit sur le trône de son royaume, il se glorifia et s'enorgueillit, et dit : nul n'est comme moi dans le monde. Et il transgressa ce qui est écrit dans la Torah "qu'il ne multiplie pas pour lui des femmes", et il transgressa "qu'il ne multiplie pas pour lui des chevaux", et il transgressa "qu'il ne multiplie pas pour lui argent et or". Que fit la lettre youd ? Elle se tint devant le Saint béni soit-Il et dit : Maître du monde, as-tu écrit dans la Torah une seule chose en vain ? Il lui dit : non, rien n'est en vain. Elle dit devant Lui : mais Chelomo m'a annulée, et il a épousé mille femmes, comme il est dit "il eut sept cents épouses princesses et trois cents concubines". Même une seule lettre qu'il a annulée - la plus petite des lettres a déjà le droit de porter plainte.

Le Saint béni soit-Il dit à la youd : il M'incombe de plaider ta cause et de juger ton procès. Aussitôt Il dit à Achmedaï, roi des chédim, le roi des démons : va auprès de Chelomo, prends son sceau de sa main, prends son apparence et assieds-toi sur son trône. Achmedaï alla, prit le sceau, prit son apparence et s'assit sur son trône, et Israël pensait que c'était Chelomo. Et Chelomo errait dans toutes les villes et tous les villages en disant : je suis Chelomo, je suis Kohélet fils de David, j'ai été roi à Yerouchalayim, j'ai été roi sur Israël. Et il en fut ainsi pendant trois ans. Et les gens se disaient les uns aux autres : voyez comme celui-ci est fou, le roi est assis sur son trône et celui-ci dit "je suis Kohélet, j'ai été roi". Sa sagesse aussi lui fut retirée, et il n'avait plus cette sagesse formidable qu'il avait auparavant. (Sur la suite, avec le ver chamir et Achmedaï, nous nous arrêterons dans les chapitres de la construction du Beth Hamikdach.)

Que fit Achmedaï durant ces trois années ? Il eut des relations avec toutes les femmes de Chelomo, jusqu'à ce qu'il vienne auprès de l'une d'elles alors qu'elle était nidda. Lorsqu'elle le vit, elle lui dit : Chelomo, pourquoi as-tu changé ton comportement et ta conduite habituelle envers nous ? Jamais il ne l'avait sollicitée durant son temps de nidda, et soudain elle voit que quelque chose ici est différent. Aussitôt il se tut. Elle lui dit : tu n'es pas Chelomo - il est impossible que Chelomo agisse ainsi.

De plus : Achmedaï alla auprès de la mère de Chelomo et la sollicita. Elle lui dit : mon fils, de l'endroit d'où tu es sorti, y trouverais-tu du plaisir ? Si tu agis ainsi, tu n'es pas mon fils. Aussitôt elle alla auprès de Benayahou fils de Yehoyada et lui dit : voici ce que Chelomo m'a demandé. Aussitôt il fut bouleversé, il déchira ses vêtements, s'arracha les cheveux et dit : ce n'est certainement pas Chelomo mais Achmedaï, et ce jeune homme qui erre en disant "je suis Kohélet" - c'est Chelomo lui-même. Autrement dit, cet homme dont on se moquait jusqu'à présent, c'est le véritable Chelomo.

Aussitôt il envoya chercher ce jeune homme et lui dit : mon fils, dis-moi qui tu es. Il lui dit : je suis Chelomo fils de David. Il lui dit : comment cela s'est-il passé pour toi ? Il lui dit : un jour, j'étais assis à ma place et un vent de tempête vint sur moi et me jeta hors de ma place, et depuis ce jour ma raison m'a été retirée, et c'est pourquoi j'errais. Il lui dit : as-tu un signe ? Il lui dit : oui. Au moment où je régnai, mon père David prit l'une de mes mains et la plaça dans ta main - car c'est Benayahou fils de Yehoyada qui le prit pour l'oindre au torrent - et mon autre main dans la main de Natan le prophète, et ma mère se leva et embrassa la tête de mon père.

Lorsque Benayahou entendit ses paroles, il convoqua le Sanhédrin et leur dit : Allez, écrivez pour vous le Nom explicite et gravez le sur vos coeurs. Ils vinrent et dirent : Aurions nous peur de ce Nom qui est gravé sur le coeur d'Achmédaï ? Il leur répondit : Un seul Nom peut il l'emporter sur soixante dix noms ? Nous venons à soixante dix, et vous vous appuierez aussi sur Sa miséricorde, béni soit Il. Que fit Benayahou ? Il saisit sa main et frappa Achmédaï d'un seul coup, prit la chevalière et voulut le tuer. Une voix céleste retentit et dit : Ne le touche pas, car c'est de Moi qu'est venue cette chose, puisqu'il avait transgressé ce qui est écrit dans la Torah. Aussitôt il remit la chevalière sur la main de Chelomo, et Chelomo reprit son apparence et retrouva sa royauté. Aussitôt Chelomo dit : Où est ma royauté, où est ma puissance, qui ne m'ont servi à rien ? Mais quiconque s'abaisse en ce monde, le Saint béni soit Il l'élève, car il n'y a rien au monde comme l'humilité et l'abaissement de l'esprit, ainsi qu'il est dit : "Les sacrifices agréables à Dieu, c'est un esprit brisé ; un coeur brisé et contrit, ô Dieu, Tu ne le méprises pas".

"Mieux vaut un repas de légumes avec de la sérénité"

On raconte à propos de Chelomo, à cette époque, qu'il arriva à la maison d'un homme riche. Celui ci lui dit : Viens chez moi, assieds toi aujourd'hui à ma table, je te dresserai un repas et te donnerai des volailles engraissées. Il lui prépara et lui dressa la table, et quand ils vinrent à manger, ce riche se mit à dire : Ah, je me souviens de toi, tu es Chelomo, quel grand roi tu étais, quelle table tu avais, quel bonheur tu avais. Et Chelomo, raconte le Midrach, au lieu de manger, en perdit l'appétit, se mit à pleurer et ne mangea rien. Le lendemain, le voisin vint l'inviter à manger chez lui. Chelomo lui dit : Cherches tu à me faire comme ton voisin m'a fait hier ? Il lui répondit : Non, je suis pauvre, je n'ai que quelques légumes et des choses simples. Chelomo alla chez lui et mangea, et ce pauvre se mit à l'encourager : Hachem te rendra encore ta royauté, Hachem te donnera encore, Hachem t'a choisi. À ce sujet Chelomo dit : "Mieux vaut un repas de légumes avec de la sérénité" : le repas que j'ai mangé chez cet homme qui ne m'a pas donné je ne sais quoi, mais qui était accompagné de sérénité, vaut mieux qu'un boeuf engraissé accompagné de querelles.

Le Midrach sur l'homme aux deux têtes

Et le Midrach dit encore : Il arriva du temps de Chelomo, roi d'Israël. Un jour, Achmédaï, le roi des démons, entra et lui dit : Es tu celui dont il est écrit "il fut plus sage que tout homme" ? Chelomo lui répondit : Ainsi me l'a promis le Saint béni soit Il. Or Chelomo conversait avec les démons et comprenait leur langage. Achmédaï lui dit : Si tu le veux, je te montrerai une chose que tu n'as jamais vue de ta vie. Il lui répondit : Oui. Aussitôt il plongea sa main dans la terre habitée et en fit sortir un homme à deux têtes et quatre yeux. Un homme avec une seule tête se débrouille difficilement, et voici deux têtes et quatre yeux.

Aussitôt Chelomo fut secoué et effrayé, et dit : Faites le entrer dans mes appartements. Il envoya chercher Benayahou ben Yehoyada et lui dit : Que dis tu, y a t il des hommes sous nous ? Il lui répondit : Par ta vie, mon seigneur le roi, je ne le savais pas. Mais j'ai entendu d'Ahitofel, le maître de ton père, qu'il y a des hommes sous nous ; et Ahitofel possédait une sagesse immense, car quiconque le consultait était comme quelqu'un qui consulte les paroles de Dieu. Chelomo lui dit : Si je t'en montre un, que diras tu ? Il lui répondit : Et comment pourras tu le montrer depuis les profondeurs de la terre, qui sont à une distance de cinq cents ans de marche ? Aussitôt il envoya et on le lui amena. Lorsque Benayahou le vit, il tomba sur sa face et dit : Béni soit Celui qui diversifie les créatures, béni soit Celui qui nous a fait vivre et subsister jusqu'à ce moment.

Chelomo lui dit : De qui es tu le fils ? Il lui répondit : Je suis des fils d'Adam, de la descendance de Caïn. Il lui dit : En quel lieu est votre demeure ? Il lui répondit : Dans la terre habitée. Il lui dit : Avez vous un soleil et une lune ? Il lui répondit : Oui, et nous aussi nous labourons, nous moissonnons, et nous possédons du petit et du gros bétail. Il lui dit : En quel endroit se lève le soleil ? Il lui répondit : Le soleil se lève à l'ouest et se couche à l'est ; là bas les choses fonctionnent à l'envers. Comment peut il y avoir un soleil pour celui qui se trouve dans les profondeurs de la terre, à cinq cents ans de marche, je ne le sais pas ; ce Midrach est prodigieux à mes yeux, mais c'est ainsi qu'il le dit. Il lui dit : Priez vous ? Il lui répondit : Oui. Et quelle est votre prière ? Il lui répondit : "Que Tes oeuvres sont nombreuses, Hachem, Tu les as toutes faites avec sagesse". Il lui dit : Veux tu que nous te renvoyions à ta place ? Il lui répondit : Faites moi cette faveur et renvoyez moi, j'y ai laissé une famille. Aussitôt le roi appela Achmédaï et lui ordonna de le renvoyer. Il lui répondit : Je ne peux pas le renvoyer, car une fois sorti il ne reviendra plus. Voyant cela, l'homme prit femme et engendra d'elle sept fils, six à l'image de la mère et un à l'image du père, avec deux têtes. Il labourait et moissonnait, et devint immensément riche, parmi les plus riches du monde ; toi tu réfléchis avec une seule tête, et lui il réfléchit avec deux.

Après un certain temps, l'homme mourut et laissa un héritage à ses fils, et un litige extraordinaire parvint à Chelomo. Les six dirent : Nous sommes sept, partageons les biens de notre père en sept parts. Et celui aux deux têtes dit : Nous sommes huit, et je dois prendre deux parts ; comptez combien de têtes il y a ici. Ils vinrent tous devant Chelomo et dirent : Notre seigneur le roi, nous sommes sept, et notre frère aux deux têtes dit que nous sommes huit et veut prendre deux parts. Lorsque Chelomo entendit cela, la solution lui échappa. Il convoqua le Sanhédrin et dit : Que dites vous ? Ils répondirent : Si nous disons qu'il est un, il est en réalité deux ; et nous n'avons pas de trancher. Ils se turent. Chelomo leur dit : Le jugement sera rendu demain matin.

Au milieu de la nuit, il entra dans le sanctuaire, se tint en prière et dit : Maître du monde, quand Tu m'es apparu à Guivon et que Tu m'as dit "demande ce que Je te donnerai", je ne T'ai demandé ni argent ni or, mais la sagesse, afin de juger les hommes avec justice. Tel était l'essentiel de son désir de sagesse : non pas inventer des inventions ni faire impression, mais "qui pourra juger Ton peuple si nombreux". C'est pourquoi je Te demande de me donner la solution de cette question. Le Saint béni soit Il lui répondit : Je te donnerai la sagesse au matin.

Le matin venu, il rassembla tout le Sanhédrin et dit : Amenez devant moi l'homme aux deux têtes. Il leur dit : Voyez, si cette tête sait ce que je fais à l'autre, c'est qu'il est un ; sinon, ils sont deux. Chelomo dit : Apportez de l'eau chaude, du vin vieux et des vêtements de lin. On les apporta et on les posa sur son visage, et il lui jeta de l'eau chaude et du vin vieux (je ne sais pas ce qu'ajoute le vin vieux, apparemment l'eau chaude seule aurait suffi). Aussitôt il cria : Mon seigneur le roi, nous mourons, nous mourons, nous sommes un et non pas deux, et nous ne te dirons plus que nous sommes deux. Que signifie "nous mourons" ? On a versé l'eau sur une seule tête, alors pourquoi la seconde crie t elle aussi ? Signe que les deux sont un. Lorsque Israël vit le jugement du roi, ils s'étonnèrent, tremblèrent et le craignirent tous, et c'est pourquoi il est dit "il fut plus sage que tout homme". Ce récit est brièvement évoqué dans les Tossafot du traité Menahot, feuillet 37a, au commentaire commençant par "ou lève toi et exile toi".

De ce récit on tira une parabole pour l'ensemble d'Israël : quand savons nous que le peuple d'Israël forme une seule entité ? Il y a pourtant en lui de nombreuses têtes et de nombreux hommes. Mais si l'on frappe un Juif ici et qu'un Juif à l'autre bout du monde crie, c'est le signe qu'ils sont un. En revanche, si l'on frappe un Juif ici et que celui de l'autre côté n'en a cure ("ce n'est pas ma famille, je ne le connais pas"), c'est le signe, à Dieu ne plaise, que nous sommes devenus plusieurs corps. Et quand on voit des Juifs du monde entier se mobiliser lorsqu'il y a ici une guerre ou une situation difficile, c'est le signe que nous sommes encore "les fils d'un même homme".

La chevalière, Naama, et le retour de Chelomo à sa royauté

Dans le livre Assara Maamarot du Rama de Fano, dans le traité Em Kol Haï, troisième partie, chapitre 9, est rapporté un midrash que je n'ai vu nulle part ailleurs. Il est écrit dans une aggada que cette bague sur laquelle était gravé le Nom explicite, Chelomo se laissa séduire et la donna à Achmedaï, et Achmedaï la jeta dans la grande mer. Dans la Guemara il est écrit qu'il l'avala, et il est possible qu'il l'ait avalée puis recrachée avant de la jeter à la mer; ou bien que "il l'avala" signifie qu'il la dissimula et la cacha, comme dans l'expression "ils ne viendront pas voir quand on recouvre le sanctuaire". Le Saint béni soit Il fit venir un poisson qui avala la bague. Et pendant trois ans Chelomo fut chassé dans sa pauvreté, pour avoir transgressé trois interdits: il ne multipliera pas ses femmes, il ne multipliera pas ses chevaux, et il ne multipliera pas son argent et son or, et il trébucha sur tous. Son esprit se troubla avec la perte de la bague, c'est à dire que lui fut retirée cette sagesse de Chelomo et il devint comme un homme ordinaire, ce que les hassidim appellent "mohin dekatnout" (une conscience amoindrie).

Jusqu'à ce que le Saint béni soit Il eut pitié de lui. Il advint que Chelomo se retrouva devant le roi des enfants de Ammon et devint chez lui échanson, quelle chute d'un toit élevé vers un puits profond. Naama, la fille du roi, le vit, s'éprit de lui et voulut l'épouser, ne voulant nul autre. Lorsque son père vit que sa fille lui infligeait de terribles humiliations, il les prit tous deux et les jeta dans le désert, pour qu'ils meurent d'eux mêmes et que "ma main ne soit pas sur eux". Que fit le Saint béni soit Il? Il les mena au bord de la mer, et ce poisson leur échut en partage, ils pêchèrent un poisson et y trouvèrent la bague. Et par le mérite de Naama, Chelomo reçut consolation, car elle lui donna la bague lorsqu'on ouvrit le poisson, et son esprit revint à la vie, "et son intelligence lui revint" (expression dite au sujet de Nabuchodonosor quand son esprit lui revint). Et il ne fait aucun doute que Chelomo ne laissa pas passer une grande mitsva qui se présentait à lui, et dès qu'il retrouva ses esprits, il la convertit. Et ils étaient encore tous deux miséreux et pauvres. Et Naama mérita davantage que Ruth, car elle fut appelée simplement mère du roi, Naama est la mère du Machiah selon nos maîtres, et son nom témoignera de la douceur (noam) de l'Éternel notre Dieu, de même que Ruth fut ainsi nommée parce que d'elle sortit David qui désaltéra (rivva) le Saint béni soit Il par des chants et des louanges. C'est cette même Naama au sujet de laquelle il est dit que le Saint béni soit Il ne détruisit pas Loth à Sodome, car Il dit: J'ai encore deux perles à faire sortir de lui, l'une Ruth la Moabite et l'autre Naama l'Ammonite, que Chelomo épousa et qui lui enfanta Rehavam.

Hiram roi de Tsor: "messagers" contre "ses serviteurs"
וַיִּשְׁלַח חִירָם מֶלֶךְ־צוֹר אֶת־עֲבָדָיו אֶל־שְׁלֹמֹה כִּי שָׁמַע כִּי אֹתוֹ מָשְׁחוּ לְמֶלֶךְ תַּחַת אָבִיהוּ כִּי אֹהֵב הָיָה חִירָם לְדָוִד כׇּל־הַיָּמִים׃ - Hiram, roi de Tsor, envoya ses serviteurs vers Chelomo, car il avait appris qu'on l'avait oint roi à la place de son père, car Hiram avait aimé David tous les jours.

Hiram envoie ses serviteurs vers Chelomo, car il a appris qu'il a été oint roi à la place de David son père, Hiram ayant été son ami tous les jours. C'est à dire que le lien entre Hiram et Chelomo n'est pas un lien nouveau, mais la continuation de l'ancien lien qu'il avait avec David. Le Malbim relève ici un changement de langage: chez David il est écrit que Hiram envoya des "messagers" à David ainsi que des bois de cèdre et des artisans du bois, experts en abattage des arbres; et ici il est écrit "ses serviteurs". Les "messagers" désignent une délégation de haut rang, "ses serviteurs" des hommes ordinaires. Et pourquoi a t il envoyé à David des messagers et à Chelomo des serviteurs? À cela répond la suite du verset: "car on l'avait oint roi à la place de son père, car Hiram avait aimé David tous les jours". Quand un homme vient nouer des liens diplomatiques, il n'envoie pas un subalterne, mais par égard pour l'honneur de l'État il envoie le ministre des affaires étrangères et des personnages importants. Chez David, où le lien fut tissé à neuf, Hiram envoya des messagers; mais chez Chelomo ce n'est que la continuation de ces mêmes liens, et il n'est pas nécessaire de tisser de nouveaux liens, c'est pourquoi il suffisait d'envoyer des serviteurs pour prendre de ses nouvelles et le bénir. Et en réalité il envoie lui dire: l'ancienne alliance qui existait entre moi et David ton père, pour ma part elle se poursuit aussi avec toi.

La demande de Chelomo: une maison "pour le Nom de l'Éternel" uniquement
אַתָּה יָדַעְתָּ אֶת־דָּוִד אָבִי כִּי לֹא יָכֹל לִבְנוֹת בַּיִת לְשֵׁם יְהֹוָה אֱלֹהָיו מִפְּנֵי הַמִּלְחָמָה אֲשֶׁר סְבָבֻהוּ עַד תֵּת־יְהֹוָה אֹתָם תַּחַת כַּפּוֹת רַגְלָי׃ - Tu sais toi même que David mon père n'a pu bâtir une maison pour le Nom de l'Éternel son Dieu, à cause de la guerre qui l'entourait, jusqu'à ce que l'Éternel les mît sous la plante de mes pieds.

Chelomo envoie sa demande par la main de ces serviteurs qui étaient venus vers lui. Le Malbim dit qu'il y a ici trois intentions. La première: David mon père ne put bâtir le Temple, car la construction de la maison exige la sérénité et le calme; on ne peut bâtir un Temple quand on est constamment engagé dans des guerres et des affrontements contre des ennemis. La deuxième: la Torah a ordonné que le Temple ne soit bâti qu'après avoir nommé un roi et exterminé la descendance d'Amalek, et alors sera bâtie la maison élue, "et ce sera lorsque l'Éternel ton Dieu t'aura accordé le repos de tous tes ennemis alentour". La maison élue vient à la fin, et chez David n'était pas encore arrivée l'étape où l'Éternel lui accorda le repos de tous ses ennemis.

Dans le texte écrit il est marqué "son pied" et dans la lecture "mes pieds". Le Radak dit: "son pied" se rapporte à David mon père, car bien qu'il eût des guerres, l'Éternel mit ses ennemis sous son pied, il combattit mais put les vaincre. Et "mes pieds", c'est que moi je n'ai plus de guerres du tout et je n'ai plus de combats; après que le pied de mon père les eut anéantis, je n'ai plus besoin de combattre.

Et voici le troisième point, admirable. Au sujet de David il est dit qu'il ne pourra pas bâtir le Temple "car tu as versé beaucoup de sang". Et que soutient Chelomo à Hiram? Le but essentiel de la construction du Temple est pour le Nom de l'Éternel. Si l'on bâtit un Temple qui n'est pas pour le Nom de l'Éternel, ce n'est pas un Temple, peut être même pas une synagogue. Le Temple doit être purement pour le Nom de l'Éternel. Et remarquez combien de fois la chose revient dans les versets: "bâtir une maison pour le Nom de l'Éternel son Dieu", "et voici que je dis de bâtir une maison pour le Nom de l'Éternel mon Dieu", "lui bâtira la maison pour Mon Nom", et de même là bas, quand David voulut bâtir, la notion de "pour Mon Nom" est mentionnée maintes et maintes fois. Le Temple doit être bâti pour son propre nom (lichma) dans toute la force de l'intention, et si s'y mêlait une intention personnelle et privée annexe, il ne serait pas possible de le bâtir.

Par le Temple il nous est garanti que les ennemis ne pourront rien contre nous, et il nous est garantie une abondance économique, la source de l'abondance dans le monde passe par le peuple d'Israël et par le Temple, et la source des prières est le Temple; tout provient du lieu du Temple. C'est pourquoi Chelomo dit: si David mon père avait bâti la maison, comme il avait des guerres de tous côtés, il serait fort possible que dans quelque chose d'infiniment subtil et à peine perceptible se serait glissée dans son cœur une intention supplémentaire, celle d'avoir la tranquillité vis à vis des ennemis, que cessent les guerres; et il est possible qu'une intention se serait aussi glissée, celle qu'en viendrait par là une abondance économique, qu'il n'y ait plus d'années de famine comme il y en eut en ses jours.

וְעַתָּה הֵנִיחַ יְהֹוָה אֱלֹהַי לִי מִסָּבִיב אֵין שָׂטָן וְאֵין פֶּגַע רָע׃ - Et maintenant l'Éternel mon Dieu m'a accordé le repos tout alentour, il n'y a ni adversaire ni malheur.

Telle est l'intention de Chelomo : maintenant l'Éternel m'a donné le repos tout autour, il n'y a ni adversaire ni malheur. Même sans le Temple, je n'ai ni adversaires ni ennemis, ni rois contre lesquels je doive combattre, et la situation économique de mon époque était la meilleure que le peuple d'Israël ait jamais connue à toutes les périodes. Par conséquent, je peux construire une maison uniquement pour le nom de l'Éternel, sans aucune intention accessoire. Mais à l'époque de David, la construire purement pour le nom de l'Éternel sans la moindre intention supplémentaire, même infime, aurait été chose très difficile ; inévitablement, écrit le Malbim, se serait aussi glissé dans son cœur son propre intérêt, trouver le repos face à ses ennemis. Et "adversaire" désigne les nations proches de nous qui se dressent contre lui pour lui nuire (et non l'ange de la mort), et "malheur" désigne les ennemis venant de loin pour l'attaquer.

וְהִנְנִי אֹמֵר לִבְנוֹת בַּיִת לְשֵׁם יְהֹוָה אֱלֹהָי כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהֹוָה אֶל־דָּוִד אָבִי לֵאמֹר בִּנְךָ אֲשֶׁר אֶתֵּן תַּחְתֶּיךָ עַל־כִּסְאֶךָ הוּא־יִבְנֶה הַבַּיִת לִשְׁמִי׃ - Et voici, je pense construire une maison pour le nom de l'Éternel mon Dieu, comme l'Éternel l'a dit à David mon père en ces termes : ton fils, que je placerai à ta place sur ton trône, c'est lui qui construira la maison pour mon nom.

Chelomo lui dit : vois, l'Éternel a précisément dit à David mon père que ton fils, lorsqu'il aura la tranquillité face aux ennemis, construira la maison pour mon nom, il pourra construire la maison purement pour le nom de l'Éternel, ce qui est l'objectif et la vocation essentiels de la maison. Et puisque le moment est venu, vient la demande.

וְעַתָּה צַוֵּה וְיִכְרְתוּ־לִי אֲרָזִים מִן־הַלְּבָנוֹן וַעֲבָדַי יִהְיוּ עִם־עֲבָדֶיךָ וּשְׂכַר עֲבָדֶיךָ אֶתֵּן לְךָ כְּכֹל אֲשֶׁר תֹּאמֵר כִּי אַתָּה יָדַעְתָּ כִּי אֵין בָּנוּ אִישׁ יֹדֵעַ לִכְרׇת־עֵצִים כַּצִּדֹנִים׃ - Et maintenant, ordonne qu'on me coupe des cèdres du Liban ; mes serviteurs seront avec tes serviteurs, et je te donnerai le salaire de tes serviteurs selon tout ce que tu diras, car tu sais qu'il n'y a personne parmi nous qui sache couper le bois comme les Sidoniens.

Après toute cette introduction, où il exprime son désir de construire une maison des plus particulières qui soit entièrement dédiée au nom de l'Éternel, arrive une petite demande : qu'il donne l'autorisation aux artisans et ouvriers du bois de son royaume de travailler avec lui au Liban, non pas dans son propre Liban, mais dans cette partie qui se trouve à la frontière de la terre d'Israël, afin qu'ils aident ses serviteurs à couper des cèdres, car chez Hiram se trouvaient les plus grands experts en coupe de cèdres. Il ressort qu'il ne lui a pas du tout demandé de bois, mais seulement des experts pour aider ses propres experts, et non de sa part à lui mais de la part de Chelomo. Une petite demande : envoie tes experts.

La joie de Hiram et l'habileté de la demande
וַיְהִי כִּשְׁמֹעַ חִירָם אֶת־דִּבְרֵי שְׁלֹמֹה וַיִּשְׂמַח מְאֹד וַיֹּאמֶר בָּרוּךְ יְהֹוָה הַיּוֹם אֲשֶׁר נָתַן לְדָוִד בֵּן חָכָם עַל־הָעָם הָרָב הַזֶּה׃ - Et il arriva, lorsque Hiram entendit les paroles de Chelomo, qu'il se réjouit beaucoup et dit : béni soit l'Éternel en ce jour, qui a donné à David un fils sage sur ce peuple si nombreux.

Quelle grande sagesse a-t-il vue ici, au point de tant se réjouir ? Le Malbim explique : Hiram a compris des paroles de Chelomo qu'au fond de son cœur il désirait plus que ce qu'il exprimait par ses lèvres, non seulement qu'il lui envoie des artisans, mais qu'il lui fournisse aussi du bois du Liban de Tyr, qui était de meilleure qualité que la forêt du Liban située dans la partie de la terre d'Israël. C'est là le sens de "lorsque Hiram entendit les paroles de Chelomo", il a saisi la profondeur des propos et compris entre les lignes. Et de quoi se réjouit-il ? "Qui a donné à David un fils sage", car c'est là une grande sagesse : lorsqu'un homme veut demander quelque chose à son prochain, il ne demande pas d'emblée une grande chose mais une petite, et il voit alors la disposition de l'autre partie, et celle-ci donne de bon cœur. Mais celui qui vient demander aussitôt une grande chose, il se peut qu'on ne lui donne même pas la petite.

וַיִּשְׁלַח חִירָם אֶל־שְׁלֹמֹה לֵאמֹר שָׁמַעְתִּי אֵת אֲשֶׁר־שָׁלַחְתָּ אֵלָי אֲנִי אֶעֱשֶׂה אֶת־כׇּל־חֶפְצְךָ בַּעֲצֵי אֲרָזִים וּבַעֲצֵי בְרוֹשִׁים׃ - Et Hiram envoya dire à Chelomo : j'ai entendu ce que tu m'as envoyé dire ; j'accomplirai tout ton désir en bois de cèdres et en bois de cyprès.

Sans l'explication du Malbim, que signifie "j'ai entendu ce que tu m'as envoyé" ? Il est pourtant évident que s'il a envoyé, c'est qu'il a entendu. En réalité l'intention est : j'ai saisi entre les lignes ce que tu voulais me dire. Explicitement tu n'as demandé que des artisans pour couper chez toi, mais je comprends que ton désir principal est de recevoir du bois qui se trouve chez moi, qui est le bois d'excellente qualité. C'est pourquoi "j'accomplirai tout ton désir", je comblerai tout ton désir, même ce que tu n'as pas exprimé par tes lèvres, même une chose qui n'est que du domaine du souhait du cœur, car je te donnerai des bois de cèdres du Liban de Tyr.

עֲבָדַי יֹרִדוּ מִן־הַלְּבָנוֹן יָמָּה וַאֲנִי אֲשִׂימֵם דֹּבְרוֹת בַּיָּם עַד־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־תִּשְׁלַח אֵלַי וְנִפַּצְתִּים שָׁם וְאַתָּה תִשָּׂא וְאַתָּה תַּעֲשֶׂה אֶת־חֶפְצִי לָתֵת לֶחֶם בֵּיתִי׃ - Mes serviteurs descendront le bois du Liban vers la mer, et moi je le mettrai en radeaux sur la mer jusqu'à l'endroit que tu m'indiqueras, et là je les disloquerai, et toi tu les transporteras ; et toi tu accompliras mon désir en fournissant de la nourriture pour ma maison.

Ici il fixe avec lui l'organisation du travail. La première partie, l'abattage des arbres et leur descente vers la mer, ses serviteurs la feront. "Et moi je le mettrai en radeaux sur la mer" : ainsi transportait-on le bois, et en Europe le commerce du bois était très développé de cette manière, on prend une grande quantité de bois, on les attache les uns aux autres, on les fait flotter sur le fleuve et on les tire avec des cordes. Des bois pesant des dizaines de tonnes, qu'il est impossible de charger sur des navires, on les fait flotter et on les tire ; c'est le moyen le plus simple, et ce sont là les radeaux, les "dovrot". "Jusqu'à l'endroit que tu m'indiqueras", à l'endroit où tu voudras que nous déchargions. "Et là je les disloquerai", nipetz signifie séparer une chose assemblée, un tout en ses parties, comme on carde la laine au peigne et on la sépare en fibres ; et de cette même racine vient aussi le terme "faire exploser".

"Et toi tu porteras" - à partir de l'endroit où je ferai descendre les arbres, de là ce sera déjà ton travail, pas celui de mes serviteurs. Et cela n'est pas simple : s'ils débarquent au port de Jaffa, il faut ensuite les acheminer jusqu'à Jérusalem par des chariots, car ils n'avaient pas de côte proche de Jérusalem (et aujourd'hui encore il n'y en a pas). "Et toi tu réaliseras mon désir en donnant la nourriture de ma maison" - les ouvriers ont besoin d'un approvisionnement en vivres, et le roi lui-même aussi ; telle est la contrepartie que tu me donneras.

וּשְׁלֹמֹה נָתַן לְחִירָם עֶשְׂרִים אֶלֶף כֹּר חִטִּים מַכֹּלֶת לְבֵיתוֹ וְעֶשְׂרִים כֹּר שֶׁמֶן כָּתִית כֹּה־יִתֵּן שְׁלֹמֹה לְחִירָם שָׁנָה בְשָׁנָה׃ - Et Chelomo donna à Hiram vingt mille kor de blé pour la nourriture de sa maison et vingt kor d'huile broyée ; ainsi donnait Chelomo à Hiram année après année.

Hiram donna effectivement à Chelomo des cèdres et des cyprès, tout ce qu'il désirait, et Chelomo respecta l'accord et lui donna de quoi nourrir sa maison. "Makhoulet", disent les commentateurs, est comme "maakhoulet", du langage de la consommation, par omission du aleph - et de là vient l'expression "makolet" que nous employons, désignant un lieu de vente de nourriture. Il lui donna du blé pour l'alimentation de sa maison, ainsi que de l'huile - "huile broyée", c'est-à-dire pure. "Ainsi donnait Chelomo à Hiram année après année" - tel était son engagement au fil des années.

Une paix qui découle de l'estime, et non de la crainte
וַיהֹוָה נָתַן חׇכְמָה לִשְׁלֹמֹה כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר־לוֹ וַיְהִי שָׁלֹם בֵּין חִירָם וּבֵין שְׁלֹמֹה וַיִּכְרְתוּ בְרִית שְׁנֵיהֶם׃ - Et l'Éternel donna la sagesse à Chelomo comme Il le lui avait dit ; et il y eut la paix entre Hiram et Chelomo, et tous deux conclurent une alliance.

"Et l'Éternel donna la sagesse à Chelomo comme Il le lui avait dit" - comme nous le verrons par la suite, dans la construction même du Temple, dont nous traiterons dans les prochains chapitres, se manifeste la grande sagesse de Chelomo, la planification considérable et l'intelligence qu'il y a investies, tant dans la construction de sa maison que dans celle du Temple. De même, par la suite, la reine de Saba vient et s'émerveille de son immense sagesse.

Et les commentateurs posent la question : Chelomo avait pourtant la paix aussi avec ses autres ennemis ; qu'y avait-il de particulier dans la paix entre lui et Hiram ? La réponse est que la paix avec tous les ennemis venait de la crainte : Chelomo était un roi puissant, il avait une grande armée et beaucoup de chevaux - dans les termes d'aujourd'hui, le plus grand nombre de chars - et donc tous le craignaient. Mais la paix avec Hiram venait de sa grande sagesse, car il s'émerveillait de son immense sagesse et de son caractère unique. C'est une paix différente, une paix plus vraie et plus solide, car une paix qui découle de la crainte disparaîtra lorsque la crainte disparaîtra ; mais une paix qui découle de l'estime réciproque est une paix véritable. Et par cela "tous deux conclurent une alliance" : l'alliance de l'époque du père était une alliance entre Hiram et David, et maintenant ils concluent une alliance supplémentaire, du fait de leur amitié à eux.

Le saint Zohar dit sur "et il y eut la paix entre Hiram et Chelomo" : quel rapport y a-t-il entre l'un et l'autre ? Quel lien entre Chelomo et Hiram, l'un étant saint des saints et l'autre, que Dieu ait pitié ? La réponse est que nous avons appris ainsi : "Et l'Éternel donna la sagesse à Chelomo", et par quoi cette sagesse s'est-elle mesurée ? Rabbi Yossi dit : par le fait que Chelomo fit descendre Hiram du niveau où il se trouvait. Car il est dit d'Hiram dans Yehezkel 28 "je siège au siège de Dieu", et la Baraïta rapporte que Hiram roi de Tyr se fit dieu : il se dressa des colonnes dans la mer et sur elles des sortes d'immenses plateformes de verre, et il construisit étage sur étage, et il siégeait au sommet et disait "je siège au siège de Dieu". Et après que Chelomo, par sa sagesse, l'eut fait descendre de cette idée, c'est-à-dire eut guéri sa folie, Hiram reconnut la supériorité de Chelomo, et c'est pourquoi il est écrit "et il y eut la paix entre Hiram et Chelomo". Et comment fit-il cela ? Rabbi Yits'hak dit au nom de Rabbi Yehouda : qu'il lui envoyait un démon qui le faisait descendre dans les sept demeures du guéhinam puis le faisait remonter, et il lui envoyait des billets chaque jour - car qui pouvait parler avec lui, alors qu'il siégeait au septième étage là-haut et n'était pas accessible ? Alors il lui envoya un démon, et le démon lui apportait les billets de Chelomo, jour après jour, jusqu'à ce qu'il finisse par reconnaître la supériorité de Chelomo. C'est une paix véritable : il vit en lui un ami sincère et proche, qui le guérit de sa folie et de sa vision de lui-même comme un dieu, et le ramena à la raison.

Le tribut : la mobilisation des ouvriers
וַיַּעַל הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה מַס מִכׇּל־יִשְׂרָאֵל וַיְהִי הַמַּס שְׁלֹשִׁים אֶלֶף אִישׁ׃ - Et le roi Chelomo leva un tribut sur tout Israël, et le tribut fut de trente mille hommes.

Dans les chapitres précédents, nous avons parlé du tribut que l'on apportait à Chelomo, qui comprenait la subsistance des convives de sa table et des membres de sa maison - une dépense considérable et très importante. Au-delà de cela, pour construire le Temple et la maison de Chelomo, des ouvriers étaient nécessaires, et à cette fin on leva un tribut sur tout Israël. "Tribut" signifie ici mobilisation : il y a un tribut qui est un paiement, et il y a un tribut qui est l'obligation de venir servir en personne. Et le tribut fut de trente mille hommes. Car bien que le travail de coupe des arbres au Liban ait été effectué par les hommes d'Hiram, il restait encore les petits arbres situés à la frontière d'Israël, ainsi que l'acheminement des arbres depuis le lieu où ils avaient été coupés jusqu'au lieu de construction, et toutes les opérations qu'ils requièrent - tout cela nécessite de nombreux hommes. Et c'est pourquoi trente mille hommes, dont l'occupation principale portait sur les arbres plus petits, car pour porter les arbres il y avait d'autres porteurs en plus d'eux, comme nous le verrons aussitôt.

וַיִּשְׁלָחֵם לְבָנוֹנָה עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים בַּחֹדֶשׁ חֲלִיפוֹת חֹדֶשׁ יִהְיוּ בַלְּבָנוֹן שְׁנַיִם חֳדָשִׁים בְּבֵיתוֹ וַאֲדֹנִירָם עַל־הַמַּס׃ - Et il les envoya au Liban, dix mille par mois à tour de rôle ; ils passaient un mois au Liban et deux mois dans leur maison, et Adoniram était préposé au tribut.

Chelomo fit entre eux une répartition : trente mille hommes, dix mille par mois. En Tichri les premiers, et vingt mille à la maison ; en 'Héchvan les seconds, et vingt mille à la maison ; en Kislev les troisièmes, et les premiers rentrent chez eux, et ainsi de suite. Il en ressort que chaque groupe de dix mille passait un mois au Liban et deux mois chez lui. Et tout cela afin qu'ils ne soient pas coupés de leur foyer trop longtemps, car un homme coupé de sa maison, de sa femme et de ses enfants, cela lui est naturellement pénible. C'est pourquoi le service qui les éloignait de chez eux ne dépassait pas trente jours. Et le responsable de la corvée était Adoniram ; il était apparemment très compétent, car nous le voyons occuper ce poste durant une très longue période, un homme extrêmement fiable avec lequel il n'y avait aucun problème.

Cent cinquante mille : des "convertis entraînés"
וַיְהִי לִשְׁלֹמֹה שִׁבְעִים אֶלֶף נֹשֵׂא סַבָּל וּשְׁמֹנִים אֶלֶף חֹצֵב בָּהָר׃ - Chelomo avait soixante-dix mille porteurs de fardeaux et quatre-vingt mille tailleurs de pierre dans la montagne.

Outre ces trente mille, il avait encore soixante-dix mille porteurs de fardeaux et quatre-vingt mille tailleurs de pierre dans la montagne, soit au total cent cinquante mille. Et qui étaient-ils ? Rachi dit au nom de nos Sages : c'étaient tous des convertis entraînés, qui s'étaient convertis à cause de la grandeur de Chelomo et de sa table. Et c'est ainsi qu'il est écrit dans les Chroniques : "Chelomo dénombra tous les étrangers... et il en trouva cent cinquante mille, et il en fit soixante-dix mille porteurs de fardeaux et quatre-vingt mille tailleurs de pierre dans la montagne."

On voit d'ici la grandeur de Chelomo : bien qu'il fallût effectuer des travaux très pénibles, il s'efforça de ne pas les imposer à ses frères, les enfants d'Israël, mais à ces convertis. Certes, il faut être très prudent quant au respect dû au converti, mais il faut se souvenir qu'à l'époque de Chelomo on n'acceptait pas de convertis, car quiconque venait se convertir en ses jours venait pour le "panier d'intégration", non parce qu'il croyait vraiment au service de Dieu, mais parce qu'il y avait ici une abondance économique immense. C'est pourquoi la Guemara les appelle "convertis entraînés" : ce n'est pas nous qui les avons convertis, mais ce sont eux qui se sont attachés à nous et se sont laissés entraîner à notre suite. Et pour leur dire que celui qui veut vraiment se rapprocher de nous doit consentir un sacrifice, quel était ce sacrifice ? Être prêt à venir travailler à la construction du Temple. C'est pourquoi soixante-dix mille porteurs de fardeaux et quatre-vingt mille tailleurs de pierre dans la montagne, qui sont des travaux physiques très pénibles.

לְבַד מִשָּׂרֵי הַנִּצָּבִים לִשְׁלֹמֹה אֲשֶׁר עַל־הַמְּלָאכָה שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים וּשְׁלֹשׁ מֵאוֹת הָרֹדִים בָּעָם הָעֹשִׂים בַּמְּלָאכָה׃ - Sans compter les chefs des préposés de Chelomo qui étaient sur le travail, trois mille trois cents, qui commandaient au peuple qui exécutait le travail.

Outre eux, il y avait les chefs des préposés qui les dirigeaient, trois mille trois cents, ce que l'on appelle aujourd'hui des chefs de chantier ; pour que le travail se déroule convenablement, il faut des préposés. "Nitsav" (préposé), comme dans "la femme qui se tient (hanitsevet) avec toi", un homme qui se tient debout. Et le Malbim distingue : "omed" est celui qui se lève et se tient debout, et "nitsav" est celui qui s'est affermi dans sa position, ce que l'on appelle se poster, se tenir de manière stable. Et tel était leur rôle : frapper à la tête des autres hommes afin qu'ils ne se relâchent pas dans leur travail.

Les pierres : grandes, précieuses, pierres de taille
וַיְצַו הַמֶּלֶךְ וַיַּסִּעוּ אֲבָנִים גְּדֹלוֹת אֲבָנִים יְקָרוֹת לְיַסֵּד הַבָּיִת אַבְנֵי גָזִית׃ - Le roi ordonna, et l'on extraya de grandes pierres, des pierres précieuses, pour fonder la Maison, des pierres de taille.

Quelle différence entre "grandes" et "précieuses" ? "Yakar" signifie à l'origine lourd, comme dans "yakar liba de Pharaon", le cœur de Pharaon était lourd. Et cette notion caractérise plusieurs choses : lourd en poids, et lourd au sens d'honneur (kavod et kaved partagent la même racine, de même que yakar du poids et yakar de l'honneur). "Pierres précieuses" signifie donc des pierres des plus honorables, c'est-à-dire rares. Ici il y avait donc les deux qualités : grandes, et aussi précieuses par leur qualité. Comme un homme qui va acheter du marbre, et on lui dit : celui-ci est à 500 chékels le mètre et celui-là à 2 000 chékels le mètre, quelle est la différence ? Le marbre précieux est rare, il a une singularité, un certain éclat, une certaine qualité. On peut obtenir du marbre de Hébron au dixième du prix, comme on peut obtenir du marbre des plus luxueux et payer plusieurs fois plus. Et Chelomo prit à la fois les plus grandes et les plus précieuses et particulières.

"Pierres de taille" (avnei gazit), de la racine gazoz, tailler ; les pierres taillées sont appelées avnei gazit, des pierres que l'on a taillées et coupées. Et Rachi demande : n'est-il pas dit "ni marteau, ni hache ne furent entendus dans la Maison lors de sa construction" ? En réalité, dans la Maison on n'entendait rien, mais à l'extérieur de la Maison on taillait les pierres et on les y introduisait. Et selon le derach, nos Sages expliquent que c'est le ver chamir qui coupait les pierres de manière précise, et il n'était pas nécessaire de les tailler du tout. Mais selon le sens simple, on taillait les pierres sur le terrain, et lorsqu'on les apportait, on les apportait déjà achevées et prêtes pour la construction.

וַיִּפְסְלוּ בֹּנֵי שְׁלֹמֹה וּבֹנֵי חִירוֹם וְהַגִּבְלִים וַיָּכִינוּ הָעֵצִים וְהָאֲבָנִים לִבְנוֹת הַבָּיִת׃ - Les bâtisseurs de Chelomo, les bâtisseurs de 'Hirom et les Guiblim taillèrent, et ils préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la Maison.

Remarquez : une fois il est écrit "Hiram" et une autre fois "Hirom". Il s'agit de la même personne, mais lorsqu'un homme est appelé par deux noms, tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, le Tanakh écrit les deux noms, car tel était réellement son nom, certains l'appelant ainsi et d'autres autrement. Et qui sont les "Guivlim" ? Rachi rapporte au nom des commentateurs une première explication, à savoir que Guéval est une nation, comme on dit "Guéval et Amon". Il existe un autre verset : "זקני גבל וחכמיה היו בך מחזיקי בדקך" - "les anciens de Guéval et ses sages étaient chez toi, réparant tes brèches". "Réparant tes brèches" désigne les artisans qui entretiennent la maison. Tu apprends de là que les gens de Guéval étaient des experts dans ce travail et dans la construction, et c'est pourquoi on fit venir les Guivlim, les gens de cette nation, pour bâtir.

En résumé :

Le chapitre s'ouvre sur l'apogée de la grandeur de Chelomo : une sagesse que tous les peuples et les rois viennent écouter, la paix et l'abondance de Dan à Beer Sheva. Et aussitôt nos Sages nous rappellent l'autre face de la médaille : "Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse", car la lettre youd qu'il avait annulée le fit tomber de son trône pendant trois ans, jusqu'à ce qu'il reconnaisse "qu'il n'y a rien au monde de comparable à l'humilité et à l'abaissement de l'esprit". C'est sur cette toile de fond qu'intervient sa demande à Hiram, contenant un grand fondement : le Beth Hamikdach doit être bâti purement pour le nom de Hachem, sans aucune intention annexe, même la plus infime, et c'est pourquoi c'est précisément Chelomo, qui n'a ni Satan ni malheur, qui est digne de le construire. Sa sagesse se révèle aussi dans la manière de demander (demander peu et recevoir beaucoup) et dans la paix qu'il conclut avec Hiram, une paix d'estime et non de crainte. Dès lors s'organisent les préparatifs : un impôt d'Israël par rotation qui laisse les hommes près de leur foyer, cent cinquante mille convertis dans les travaux pénibles, de grandes et précieuses pierres et des pierres de taille, tout cela afin que nous puissions entrer, dans les chapitres suivants, dans la construction du Temple lui-même.

Aussitôt après l'annulation et le retour à la royauté, lorsque Chelomo reçut la bague de la main de Naama, il ne laissa pas passer la grande mitsva qui se présentait à lui et la convertit : cette même Naama qui, selon nos maîtres, est la mère du Machiah, et dont le nom témoigne de la douceur (noam) de Hachem notre D.ieu. Et c'est de cette alliance de sagesse, d'humilité et d'intention pure pour le nom de Hachem que fut bâti le Beth Hamikdach.