Le chapitre 3 du livre de Melakhim A est celui où la figure de Chelomo se révèle dans toute sa puissance : depuis la consolidation politique de la royauté, en passant par la révélation à Guivon et la demande de la sagesse, jusqu'au fameux jugement où se dévoile en lui la sagesse divine. Nous suivrons l'ordre des versets, principalement selon la voie du Malbim, en ajoutant les propos des commentateurs et des midrachim.
וַיִּתְחַתֵּן שְׁלֹמֹה אֶת־פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרָיִם וַיִּקַּח אֶת־בַּת־פַּרְעֹה וַיְבִיאֶהָ אֶל־עִיר דָּוִד עַד כַּלֹּתוֹ לִבְנוֹת אֶת־בֵּיתוֹ וְאֶת־בֵּית יְהֹוָה וְאֶת־חוֹמַת יְרוּשָׁלִַם סָבִיב׃ - Chelomo s'allia par mariage avec Pharaon, roi d'Égypte : il prit la fille de Pharaon et l'amena dans la cité de David, jusqu'à ce qu'il eût achevé de bâtir sa maison, la maison de l'Éternel et le mur de Jérusalem tout autour.
Après avoir vu au chapitre précédent que Chelomo veille à éliminer tous les opposants de l'intérieur, il commence ici à tisser des liens aussi avec l'extérieur. Il s'unit par mariage au roi le plus puissant et le plus fort de son époque, Pharaon roi d'Égypte. Mais ce mariage n'est pas conforme à la Torah : bien que nos Sages disent que Chelomo la convertit, il est dit au sujet de l'Égyptien la « troisième génération » : jusqu'à la troisième génération il est interdit de s'unir à lui, et même après sa conversion, pendant trois générations cela reste interdit. Or Chelomo la convertit et l'épousa aussitôt. C'est pourquoi, selon la définition du Ralbag, il y a ici un léger écart des voies de la Torah, le commencement d'un agissement qui n'est pas conforme aux voies de la Torah.
Et ne dis pas : nos Sages ont interprété « Ammonite et non Ammonite (au féminin) », et peut-être en va-t-il de même ici, « Égyptien et non Égyptienne ». Cette interprétation ne fut dite qu'au sujet de l'Ammonite et du Moabite, et non au sujet de l'Égyptien et de l'Égyptienne, ni au sujet du mamzer et de la mamzerèt. La raison, comme l'explique la Guémara, est que c'est précisément là qu'il est dit « parce qu'ils ne sont pas venus au-devant de vous avec du pain et de l'eau », et c'est l'usage de l'homme de venir au-devant, non de la femme. Mais dans tous les autres endroits où la Torah écrit au masculin, l'intention inclut aussi bien le masculin que le féminin.
רַק הָעָם מְזַבְּחִים בַּבָּמוֹת כִּי לֹא־נִבְנָה בַיִת לְשֵׁם יְהֹוָה עַד הַיָּמִים הָהֵם׃ - Seulement, le peuple sacrifiait sur les hauts lieux, car aucune maison n'avait encore été bâtie au nom de l'Éternel jusqu'à ces jours-là.
Le verset vient dire : sache-le, le royaume de Chelomo était solide de l'intérieur comme de l'extérieur. De l'intérieur, comme nous l'avons vu dans l'élimination des ennemis ; de l'extérieur, comme nous l'avons vu dans l'alliance nouée avec un royaume aussi puissant que l'Égypte. Mais il y avait un manquement : on sacrifiait encore sur les hauts lieux.
Il faut savoir que ce problème des sacrifices et de l'encensement sur les hauts lieux a accompagné Israël de longues années, et même à l'époque de rois justes il fut très difficile de l'abolir. Après l'entrée en terre d'Israël, à l'époque où le Michkan se trouvait à Nov et à Guivon, il était permis de sacrifier et d'encenser sur les hauts lieux. Mais la Torah avertit qu'une fois le Temple bâti, il y a une interdiction absolue de sacrifier sur les hauts lieux, et de même lorsque le Michkan fut bâti à Chilo, il était interdit de sacrifier sur les hauts lieux. Et qu'est-ce que le sacrifice sur les hauts lieux ? Une personne se construisait un autel dans la cour de sa maison, et y offrait des sacrifices de paix, des vœux et des offrandes volontaires.
Et comme tout cela se faisait au nom de l'Éternel, il était très difficile de détourner le peuple de cette pratique : la personne ne ressentait pas qu'elle commettait une transgression, elle sacrifiait au nom de l'Éternel. Et surtout que par le passé la chose était permise, et il était difficile pour le peuple de saisir qu'une chose qui était chère à l'Éternel au temps des Patriarches était devenue haïe de Lui. C'est pourquoi il semble que même lorsqu'il y avait des rois justes qui éradiquaient l'idolâtrie et que le peuple faisait techouva, ce verset les accompagne toujours : « Seulement, le peuple sacrifiait et encensait sur les hauts lieux ».
וַיֶּאֱהַב שְׁלֹמֹה אֶת־יְהֹוָה לָלֶכֶת בְּחֻקּוֹת דָּוִד אָבִיו רַק בַּבָּמוֹת הוּא מְזַבֵּחַ וּמַקְטִיר׃ - Chelomo aima l'Éternel, marchant dans les statuts de David son père, seulement il sacrifiait et encensait sur les hauts lieux.
Chelomo aima l'Éternel et voulut marcher dans les statuts de David son père en toutes choses, sauf sur un seul point où il ne suivit pas les voies de son père : David sacrifiait sur le grand haut lieu qui était à Nov, tandis que Chelomo sacrifiait sur les hauts lieux.
וַיֵּלֶךְ הַמֶּלֶךְ גִּבְעֹנָה לִזְבֹּחַ שָׁם כִּי־הִיא הַבָּמָה הַגְּדוֹלָה אֶלֶף עֹלוֹת יַעֲלֶה שְׁלֹמֹה עַל הַמִּזְבֵּחַ הַהוּא׃ - Le roi se rendit à Guivon pour y offrir des sacrifices, car c'était le grand haut lieu ; Chelomo offrit mille holocaustes sur cet autel.
בְּגִבְעוֹן נִרְאָה יְהֹוָה אֶל־שְׁלֹמֹה בַּחֲלוֹם הַלָּיְלָה וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים שְׁאַל מָה אֶתֶּן־לָךְ׃ - À Guivon, l'Éternel apparut à Chelomo dans un songe pendant la nuit, et Dieu lui dit : Demande ce que je dois te donner.
À ce moment, Chelomo reçoit la sagesse suprême et immense qu'aucun homme au monde n'a jamais possédée. L'Éternel lui apparaît en songe et lui dit : "Demande ce que je dois te donner".
Au sujet de cette révélation, il existe une divergence : s'agissait-il d'une véritable prophétie, ou bien d'un songe véridique, de ces rêves authentiques ? Comme on le sait, la prophétie vient elle aussi en songe, et ainsi le rapporte le Rambam, que la quasi-totalité des prophètes qui prophétisaient le faisaient en songe. Il y avait des situations où cela se produisait parfois aussi à l'état de veille, mais alors le prophète se dépouillait de toutes ses forces physiques et devenait comme fou, comme gisant à terre, tel un homme ayant reçu un voltage élevé. C'est pourquoi on appelait le prophète "le fou" ou "le dément", car c'est ainsi qu'il apparaissait au moment de la prophétie.
Le principe en la matière est qu'un homme ne peut recevoir une connexion spirituelle que lorsque les forces physiques s'annulent. C'est pourquoi, chez les autistes, dont les forces physiques sont déficientes, il y a une annulation des forces physiques et ils ont donc davantage de capacité à s'attacher aux forces spirituelles. Cela ne signifie pas qu'ils sont prophètes, mais c'est le même principe : lorsque le prophète s'attache aux forces spirituelles, il faut que les forces du corps, qui sont les écrans séparant entre nous et l'Éternel, s'affaiblissent.
Certains disent qu'il s'agissait ici d'une véritable prophétie que Chelomo reçoit de l'Éternel. Et d'autres disent que non, que Chelomo n'atteignit pas le niveau de prophète, mais qu'il avait des songes véridiques, c'est-à-dire un rêve authentique, comme on le verra plus loin lorsque Chelomo se réveille et découvre que le songe se réalise réellement, et comprend par là que le songe est véridique, mais qu'il ne s'agit pas d'une prophétie. Ainsi écrit le Rambam, que ce n'était pas une prophétie. En revanche, l'Abravanel soutient qu'il y avait ici une prophétie.
וַיֹּאמֶר שְׁלֹמֹה אַתָּה עָשִׂיתָ עִם־עַבְדְּךָ דָוִד אָבִי חֶסֶד גָּדוֹל כַּאֲשֶׁר הָלַךְ לְפָנֶיךָ בֶּאֱמֶת וּבִצְדָקָה וּבְיִשְׁרַת לֵבָב עִמָּךְ וַתִּשְׁמׇר־לוֹ אֶת־הַחֶסֶד הַגָּדוֹל הַזֶּה וַתִּתֶּן־לוֹ בֵן יֹשֵׁב עַל־כִּסְאוֹ כַּיּוֹם הַזֶּה׃ - Chelomo dit : Tu as fait envers ton serviteur David, mon père, une grande bonté, parce qu'il marchait devant Toi dans la vérité, dans la justice et dans la droiture du cœur à ton égard ; et Tu lui as gardé cette grande bonté, et Tu lui as donné un fils assis sur son trône, comme il en est aujourd'hui.
L'Éternel lui dit : "Demande ce que je dois te donner", et cette demande englobait la possibilité de solliciter la richesse, la longévité ou la sagesse. Et Chelomo préféra demander la sagesse, comme on le verra plus loin lorsque l'Éternel l'en félicite. Mais auparavant, Chelomo commence par évoquer les bontés de l'Éternel envers son père.
Le Malbim dit : le trône de David repose sur deux choses, le hessed (la bonté) et l'émouna (la fidélité). Le hessed est un don gratuit, et l'émouna vient du mot vérité, du sens de "que ses paroles se vérifient". Et quelle est la différence entre les deux ? Le hessed est sans limite : si je te donne quelque chose par bonté, je peux te donner une quantité bien plus considérable que ce qui te revient, car de toute façon c'est un hessed. En revanche, ce que je te donne selon la vérité, parce que cela te revient à juste titre, je ne te le donnerai pas au-delà de ce qui te revient.
À l'inverse, l'émouna présente un avantage sur le hessed : ce qui te revient par émouna ne te sera pas retiré, car il est à toi, il te revient selon la vérité. En revanche, ce que tu as reçu par hessed, il est fort possible qu'un autre homme survienne, à qui un hessed revient également, et l'Éternel te le reprendra pour le lui donner, car de toute façon le hessed est un don gratuit, et si un homme plus digne survient, il lui sera donné.
Et ici Chelomo dit : tu as accordé à mon père à la fois par bonté et par fidélité. La grande bonté, c'est que tu lui as promis une continuité de fils assis sur son trône pour les générations à venir, que la dynastie de David serait à jamais la dynastie royale. Et d'autre part il y a ici aussi de la fidélité, car David mon père était juste et droit et a accompli de bonnes actions, et c'est ce qu'il évoque : "comme il a marché devant toi en vérité, en justice et avec droiture de coeur envers toi". De là : "tu lui as gardé cette grande bonté" - qu'est-ce qui garantit que la bonté sera préservée ? Or, une bonté peut être reprise. Mais ici était inclus aussi de la fidélité, aussi de la vérité, également selon le strict droit, et cela garantit que la bonté demeurera existante.
Il se trouve donc que David a gagné les deux avantages : du côté de la bonté, il reçoit bien plus que ce qui lui revient, et du côté de la vérité, on ne le lui reprendra pas. Même si selon la vérité il lui revient peut-être un peu moins, la bonté garantit qu'il recevra davantage ; et même si selon la bonté il serait peut-être approprié qu'on le lui reprenne à un certain stade, la vérité garantit que cela demeurera à jamais, car c'est ainsi que cela revient selon la vérité.
Et soyons précis dans les termes : "en vérité et en justice" - la justice, ce sont les bonnes actions entre l'homme et son Créateur. "Avec droiture de coeur envers toi" - cela englobe toutes les bonnes qualités, marcher dans les voies de Hachem, de même qu'Il est clément, sois toi aussi clément, de même qu'Il est miséricordieux, sois toi aussi miséricordieux. De même, tous les jugements que Hachem a exercés envers lui, il les recevait avec amour, et c'est cela "avec droiture de coeur envers toi" : tout ce que tu lui as fait, il l'a accepté avec amour, il sentait qu'il était entre les mains du Saint béni soit-Il, et il n'avait aucune plainte envers le Créateur du monde. Et s'il en est ainsi, "tu lui as donné un fils assis sur son trône" - promesse que ce fils demeurera à jamais, que la dynastie demeurera à jamais, car c'est le fruit de ses bonnes actions.
וְעַתָּה יְהֹוָה אֱלֹהָי אַתָּה הִמְלַכְתָּ אֶת־עַבְדְּךָ תַּחַת דָּוִד אָבִי וְאָנֹכִי נַעַר קָטֹן לֹא אֵדַע צֵאת וָבֹא׃ - Et maintenant, Hachem mon Dieu, c'est toi qui as fait régner ton serviteur à la place de David mon père, et moi je ne suis qu'un jeune garçon, je ne sais ni sortir ni entrer.
Puisque ma royauté découle des bontés fidèles envers David que Hachem a promises, je ne suis pas comme n'importe quel homme. Tout homme peut demander selon la préparation qu'il a faite : selon les réceptacles que tu as préparés, tu pourras recevoir en conséquence. Mais Chelomo dit : chez moi il n'en est pas ainsi, car je dépends de la bonté, et par la bonté Hachem donne bien au-delà de ce qui revient. C'est pourquoi, puisque je suis la continuité des bontés de David mon père, je te demande, Maître du monde, une chose que par nature je ne demanderais pas, bien plus que par la force de la préparation que j'ai, bien plus que ce qui me revient selon la préparation que je me suis faite. Tu m'as fait régner à la place de David mon père, alors déverse sur moi la bonté comme tu l'as promis à David mon père, car j'ai un problème pour gérer la royauté : je suis encore un jeune garçon. Quel âge avait Chelomo quand il fut couronné ? Douze ans. Un jeune garçon censé diriger un grand royaume.
וְעַבְדְּךָ בְּתוֹךְ עַמְּךָ אֲשֶׁר בָּחָרְתָּ עַם־רָב אֲשֶׁר לֹא־יִמָּנֶה וְלֹא יִסָּפֵר מֵרֹב׃ - Et ton serviteur est au milieu de ton peuple que tu as choisi, un peuple nombreux qui ne peut être dénombré ni compté tant il est nombreux.
Et ce n'est pas seulement moi qui ai besoin de ta bonté, mais aussi ce peuple a besoin d'un dirigeant digne. Premièrement, c'est un grand peuple, et grand veut dire du point de vue de la grandeur et de la puissance spirituelle qu'il possède ; et deuxièmement, il est nombreux en quantité, et il faut quelqu'un qui soit capable de le diriger. Donc je ne demande pas seulement pour moi, mais aussi : Maître du monde, agis en faveur de ton troupeau, qu'il ait quelqu'un digne de le diriger.
וְנָתַתָּ לְעַבְדְּךָ לֵב שֹׁמֵעַ לִשְׁפֹּט אֶת־עַמְּךָ לְהָבִין בֵּין־טוֹב לְרָע כִּי מִי יוּכַל לִשְׁפֹּט אֶת־עַמְּךָ הַכָּבֵד הַזֶּה׃ - Et tu donneras à ton serviteur un coeur qui écoute pour juger ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait juger ton peuple si nombreux que voici ?
Que signifie "qui pourrait juger ton peuple si nombreux que voici" ? Rachi dit : du fait qu'ils sont nombreux, ils ont de nombreuses affaires et viennent en jugement, et je n'ai pas le loisir d'examiner leur cause. Et je dois juger : si pour chaque procès je commence à examiner deux ou trois jours, il y aura ici un retard de jugement et les gens attendront leur tour de longs mois.
Autre chose : le jugement d'Israël est lourd. Car si deux non-Juifs se sont présentés devant moi en jugement et que je les ai jugés, et que dans ma précipitation et par erreur j'ai tranché contre le droit, je ne suis pas tenu responsable envers eux, car c'est ainsi que le jugement m'est apparu selon le droit que j'ai appliqué. Mais si je juge deux Israélites et que je fausse leur jugement par manque de réflexion et de vigilance, j'en suis tenu responsable. Et non seulement je suis tenu responsable de leur argent, mais "Il dépouillera de la vie ceux qui les dépouillent" - dépouiller signifie voler, et Hachem dépouille de sa vie celui qui vole le peuple d'Israël, à Dieu ne plaise. C'est pourquoi Chelomo dit : Maître du monde, qui pourrait juger ton peuple si nombreux que voici ? Leur jugement est très lourd, et être capable de les juger sans se tromper dans le jugement, c'est un jugement très lourd.
Et que demande-t-il ? Un "cœur qui écoute". La question s'impose d'elle-même : l'écoute se fait par l'oreille, et l'homme juge une affaire par le cerveau, alors pourquoi dire "cœur" ? C'est que le cœur sait discerner. Bien souvent on demande à un sage son avis sur telle ou telle situation, et l'on voit écrit dans les livres qu'il répond : d'après ce qui apparaît, c'est ainsi, mais mon cœur me dit autre chose. Le cœur est bien souvent la boussole, et bien souvent, d'après les sentiments du cœur, l'homme peut ressentir les choses, à condition bien sûr que son cœur soit pur et net ; et sinon, le cœur nous égare aussi. Mais lorsqu'il s'agit d'un grand en Torah, alors c'est déjà "mon cœur me dit".
Il y a un Rachi célèbre où il est dit "et mon cœur me dit", et il se trouve à propos de l'éfod. Rachi dit : je ne sais pas ce qu'est l'éfod, mais mon cœur me dit qu'il ressemble à cette sorte de tablier que portent les nobles dames qui montent à cheval. Et comment Rachi en est-il arrivé là ? On rapporte une histoire célèbre : un jour Rachi sortit de la maison d'étude et croisa une de ces nobles dames montée à cheval. Rachi eut beaucoup, beaucoup de peine d'avoir dû voir une image qu'il n'aurait pas voulu voir, l'image indigne d'une femme montant à cheval, et il en éprouva un grand chagrin. Car Rachi jeûna six cent treize jeûnes avant d'écrire son commentaire, Rachi était un saint sublime, et il ne comprenait pas pourquoi on lui avait fait voir une telle image, pourquoi le Ciel ne le lui avait pas épargné. Et lorsqu'il arriva au sujet de l'éfod, il se souvint soudain de cette image qu'il avait vue, et c'est pourquoi il dit "et mon cœur me dit" : mon cœur me dit que le Ciel ne m'a pas fait trébucher, mais m'a montré cette image afin que je sache expliquer ce qui est écrit ici.
Voilà le sens de "tu donneras à ton serviteur un cœur qui écoute" : si je devais juger d'après l'intellect, alors, selon l'intellect, il faut des preuves, des démonstrations et des arguments, et chaque procès peut durer longtemps. Mais je ne demande pas l'intellect, je demande un cœur, afin que, par le cœur, Chelomo sache aussitôt : un homme se présente devant lui et il sait que celui-ci a raison et que celui-là a tort. Son cœur était la boussole qui lui indiquait où était la vérité et où était la justice.
וַיִּיטַב הַדָּבָר בְּעֵינֵי אֲדֹנָי כִּי שָׁאַל שְׁלֹמֹה אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה׃ - Et la chose fut agréable aux yeux du Seigneur, parce que Chelomo avait demandé cette chose.
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֵלָיו יַעַן אֲשֶׁר שָׁאַלְתָּ אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה וְלֹא־שָׁאַלְתָּ לְּךָ יָמִים רַבִּים וְלֹא־שָׁאַלְתָּ לְּךָ עֹשֶׁר וְלֹא שָׁאַלְתָּ נֶפֶשׁ אֹיְבֶיךָ וְשָׁאַלְתָּ לְּךָ הָבִין לִשְׁמֹעַ מִשְׁפָּט׃ - Et Dieu lui dit : parce que tu as demandé cette chose et que tu n'as pas demandé pour toi de longs jours, ni demandé pour toi la richesse, ni demandé la vie de tes ennemis, mais que tu as demandé pour toi le discernement pour écouter la justice.
Le Malbim pose une question immense : à première vue, qu'y a-t-il de si particulier dans cette demande ? À quoi cela ressemble-t-il ? On viendrait trouver un homme et on lui demanderait : que veux-tu, qu'on te donne une perle valant cent millions de dollars, ou qu'on te donne un rouleau de Torah qui ne coûte que trois mille ou dix mille dollars, sauf que dans ce rouleau de Torah est enchâssée une perle valant cent millions de dollars ? Il est certain qu'il demandera le rouleau de Torah. Et dirait-on pour autant : "pchh, heureux soit-il et heureux son lot, vois combien d'amour de la Torah il y a en lui, il veut la Torah" ? Personne ne dirait une telle chose.
Il en va de même ici : un homme qui possède une sagesse aussi immense que celle de Chelomo, "celui qui a ceci a tout", celui qui possède cette sagesse possède en réalité tout. Avec cette sagesse immense il peut vaincre ses ennemis, car il ne réfléchit pas cinq ou dix coups à l'avance, mais cent coups à l'avance face à ses ennemis ; avec cette sagesse il connaît toute la Torah dans son intégralité ; et avec cette sagesse il possède la richesse, car il peut accomplir des choses bien au-delà de ce que tous les autres peuvent et sont capables de faire. À l'exception de la longévité, la sagesse contient en réalité tout. Dès lors, en quoi le Créateur du monde le loue-t-il tant pour cette demande ?
Le Malbim répond : soyons précis dans les termes, "et la chose fut agréable aux yeux de Hachem parce que Chelomo avait demandé cette chose". Seul Hachem, qui sonde les cœurs et les reins, peut savoir de quoi procède la demande. Naturellement, si nous formulions cette demande, nous nous dirions en notre for intérieur : je demande la sagesse, car celui qui a ceci a tout, si j'ai la sagesse j'ai tout. Et Hachem sait que tu dis certes vouloir la sagesse, mais que derrière cela se cache le désir de la richesse, le désir d'impressionner tous les gens autour de toi, le désir de vaincre tous tes ennemis. La demande n'est en réalité pas une demande de la sagesse à l'état pur, mais une demande de la sagesse et de tout le lot d'avantages qui l'accompagne.
Mais au sujet de Chelomo il est dit "parce que Chelomo avait demandé cette chose", Chelomo n'a demandé que cette chose-là. Et c'est ce que vient exclure le mot "cette" et non pas d'autres choses. Lorsque Chelomo a demandé la sagesse, c'était purement pour la sagesse, non pour les avantages qui lui sont liés. C'est pourquoi Hachem répète et souligne : "parce que tu as demandé cette chose et que tu n'as pas demandé pour toi de longs jours, ni demandé pour toi la richesse, ni demandé la vie de tes ennemis, mais que tu as demandé pour toi le discernement pour écouter la justice", autrement dit : je sais que dans la demande que tu as formulée tu n'as pas demandé les autres choses, ce n'est pas une demande qui englobe les autres choses, mais tu n'as visé que cela seul.
הִנֵּה עָשִׂיתִי כִּדְבָרֶיךָ הִנֵּה נָתַתִּי לְךָ לֵב חָכָם וְנָבוֹן אֲשֶׁר כָּמוֹךָ לֹא־הָיָה לְפָנֶיךָ וְאַחֲרֶיךָ לֹא־יָקוּם כָּמוֹךָ׃ - Voici, j'ai fait selon tes paroles ; voici, je t'ai donné un cœur sage et intelligent, tel qu'il n'y en a pas eu de semblable à toi avant toi et qu'après toi il ne s'en lèvera pas de semblable à toi.
Que signifie "sage et intelligent" ? Nos Sages disent : le sage est celui qui maintient son étude, c'est à dire que ce qu'il a appris demeure en lui et qu'il s'en souvient. L'intelligent est un homme qui sait au delà de ce qu'il a appris. Et comment est il possible qu'il sache au delà de ce qu'il a appris ? Par le fait qu'il comprend une chose à partir d'une autre : on m'a enseigné A, et parce que je comprends une chose à partir d'une autre, j'en déduis aussi B. Cela s'appelle intelligent, et c'est toujours ainsi la notion de sage et intelligent : l'intelligent est celui qui voit une chose et en tire des conclusions supplémentaires.
Et que signifie "nul ne fut semblable à toi avant toi" ? Le Radak dit : même Moché Rabbénou, dans la science de la nature, ne fut pas comme lui, mais dans la science divine Moché était plus sage que lui. Ou bien une autre explication : "nul ne fut semblable à toi" ne se rapporte pas à Moché mais aux rois : il n'y eut pas de roi aussi sage que Chelomo, mais concernant Moché Rabbénou il est possible qu'il ait été plus sage que Chelomo. Voilà les deux explications que donne le Radak.
Et le Malbim dit : le Saint béni soit Il lui a dit "j'ai agi selon tes paroles", c'est à dire qu'Il mit dans son cœur la sagesse pour discerner le jugement, ce qui était la demande initiale. Et maintenant Il ajoute pour lui qu'il atteindra la sagesse non seulement comme il l'a demandé, mais bien au delà de sa demande. Car Chelomo n'a nullement demandé la science de la nature ; qu'a t il demandé ? La sagesse pour connaître le jugement et comprendre le jugement. Hachem lui dit : quand Je te donne, Je te donne la sagesse en pleine mesure, afin que tu aies aussi la science de la nature, aussi la sagesse politique, et aussi la sagesse divine.
וְגַם אֲשֶׁר לֹא־שָׁאַלְתָּ נָתַתִּי לָךְ גַּם־עֹשֶׁר גַּם־כָּבוֹד אֲשֶׁר לֹא־הָיָה כָמוֹךָ אִישׁ בַּמְּלָכִים כׇּל־יָמֶיךָ׃ - Et même ce que tu n'as pas demandé, Je te le donne, aussi bien la richesse que l'honneur, si bien que nul parmi les rois ne fut semblable à toi durant tous tes jours.
Au delà de la sagesse, Hachem lui ajoute la richesse et l'honneur, si bien que nul parmi les rois ne fut semblable à lui, c'est à dire qu'il n'y eut personne qui posséda, avec une immense sagesse, à la fois la richesse et l'honneur.
וְאִם תֵּלֵךְ בִּדְרָכַי לִשְׁמֹר חֻקַּי וּמִצְוֺתַי כַּאֲשֶׁר הָלַךְ דָּוִיד אָבִיךָ וְהַאֲרַכְתִּי אֶת־יָמֶיךָ׃ - Et si tu marches dans Mes voies, pour observer Mes lois et Mes commandements comme a marché David ton père, alors Je prolongerai tes jours.
Il y a une chose que la sagesse ne garantit pas, et c'est la longévité. Tu peux être le plus grand des sages, le plus grand des riches, et celui qui a le plus grand honneur, mais qui t'a garanti que tu vivrais plus de cinquante deux ans ? Et combien de temps vécut Chelomo ? Cinquante deux ans, comme Chemouel. C'est pourquoi, pour ce point, une promesse distincte est nécessaire. Et remarquons que cette promesse est déjà conditionnée : la richesse, l'honneur et la sagesse sont donnés sans conditions, mais la longévité, et avec elle la royauté des générations, comme l'explique Rachi, a déjà été conditionnée dans la Torah. Comme il est dit "afin qu'il ne dévie pas du commandement, pour qu'il prolonge ses jours sur son règne". Hachem lui dit : dans la Torah il y a déjà une condition, et pour ainsi dire Je ne peux pas te donner une promesse au delà de ce qui est écrit dans la Torah. Qui a garanti que tu prolongerais tes jours ? Peut être dévieras tu du commandement. C'est pourquoi seulement si tu marches dans Mes voies, pour observer Mes lois et Mes commandements, Je te garantirai aussi cette chose supplémentaire, qui est la longévité.
Et en effet nous voyons qu'à la fin de ses jours ses femmes détournèrent son cœur, ce qui signifie qu'elles sacrifiaient et faisaient brûler des offrandes sur des hauts lieux pour l'idolâtrie et qu'il ne protesta pas contre elles ; et parce qu'il en fut ainsi il ne mérita pas la bénédiction de la longévité. Et parce qu'il en fut ainsi il ne mérita pas non plus les bénédictions précédentes qui lui avaient été dites, à savoir qu'il n'aurait ni oppresseur ni homme qui perturberait sa royauté, et nous avons vu Rezone fils d'Elyada et d'autres adversaires que Hachem suscita à Chelomo, qui vinrent le châtier de ne pas avoir persévéré à marcher dans les voies de Hachem selon le degré qui était exigé de lui.
וַיִּקַץ שְׁלֹמֹה וְהִנֵּה חֲלוֹם וַיָּבוֹא יְרוּשָׁלִַם וַיַּעֲמֹד לִפְנֵי אֲרוֹן בְּרִית־אֲדֹנָי וַיַּעַל עֹלוֹת וַיַּעַשׂ שְׁלָמִים וַיַּעַשׂ מִשְׁתֶּה לְכׇל־עֲבָדָיו׃ - Chelomo se réveilla, et voici que c'était un songe ; il vint à Jérusalem, se tint devant l'arche de l'alliance d'Hachem, offrit des holocaustes, fit des sacrifices de paix, et donna un festin à tous ses serviteurs.
"Et voici que c'était un songe" : Chelomo comprend que le songe est vrai. Et d'où le sut il ? Nos Sages disent : il entendait un oiseau gazouiller et il comprenait son langage, un chien aboyer et il comprenait son langage. Et par la grande joie de son cœur, ayant vu que le songe se réalisait véritablement, il fit à ce sujet un festin et une réjouissance pour tous ses serviteurs.
Et le Malbim explique : jusqu'à présent il lui semblait que tout cela s'était produit à l'état de veille, et ce n'est qu'à son réveil qu'il vit soudain que c'était un songe. On sait que plus un songe donne des sensations de réalité, plus c'est un songe qui tend vers la vérité ; si nous le ressentons comme s'il était concret, c'est le signe que le songe est véridique. Le verset vient donc dire que ce n'est qu'à son réveil qu'il devint clair pour lui que c'était un songe, mais durant le songe il pensait qu'il parlait réellement avec Hachem béni soit-Il. C'est pourquoi il se tient devant l'arche de l'alliance de Hachem, offre des holocaustes et fait des sacrifices de paix pour remercier Hachem de la grande bonté qu'Il lui avait accordée.
אָז תָּבֹאנָה שְׁתַּיִם נָשִׁים זֹנוֹת אֶל־הַמֶּלֶךְ וַתַּעֲמֹדְנָה לְפָנָיו׃ - Alors vinrent deux femmes prostituées auprès du roi et elles se tinrent devant lui.
À partir du verset 16 nous entrons dans ce qu'on appelle le jugement de Chelomo, où nous verrons comment Chelomo parvient à mettre en pratique la sagesse extraordinaire que Hachem lui a donnée. "Alors" signifie : après que Chelomo eut obtenu la sagesse, lorsqu'il revint de Guivon et vint à Jérusalem, il eut le mérite de voir concrètement comment la sagesse divine que Hachem lui a donnée est une sagesse que l'on peut mettre en application pour rendre la justice et trancher un jugement.
Et que signifie "femmes prostituées" ? Deux explications chez nos Sages. Lorsqu'il est écrit zona, cela englobe deux interprétations : l'une de la racine mazon (nourriture), et l'autre de la racine znout (débauche). Et znout signifie dévier du chemin, c'est toujours le sens de znout. De même, concernant l'idolâtrie vous verrez de nombreuses fois "vos débauches", et souvent "Juda s'est prostituée" - cela signifie qu'elle a dévié du chemin et est allée après les Baals et après l'idolâtrie. Et chez Rahab aussi nous avons vu ces deux interprétations, à la fois le sens de débauche et le sens de nourriture.
Et remarquez l'expression étrange : "vinrent deux femmes". Il aurait dû être écrit "chté nachim" (deux femmes), alors que signifie "chtaïm nachim" ? Nous y reviendrons à la fin du chapitre.
וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה הָאַחַת בִּי אֲדֹנִי אֲנִי וְהָאִשָּׁה הַזֹּאת יֹשְׁבֹת בְּבַיִת אֶחָד וָאֵלֵד עִמָּהּ בַּבָּיִת׃ - Et la première femme dit : de grâce, mon seigneur, moi et cette femme habitons dans une même maison, et j'ai enfanté auprès d'elle dans la maison.
"De grâce, mon seigneur" - une formule de supplication, comme pour dire : fais-moi une faveur et prête l'oreille à mes paroles. Moi et cette autre femme habitons dans une même maison, et j'ai enfanté auprès d'elle dans la maison.
וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי לְלִדְתִּי וַתֵּלֶד גַּם־הָאִשָּׁה הַזֹּאת וַאֲנַחְנוּ יַחְדָּו אֵין־זָר אִתָּנוּ בַּבַּיִת זוּלָתִי שְׁתַּיִם־אֲנַחְנוּ בַּבָּיִת׃ - Et ce fut le troisième jour après mon accouchement que cette femme aussi enfanta ; et nous étions ensemble, aucun étranger n'était avec nous dans la maison, il n'y avait que nous deux dans la maison.
Elle précise son argument : "et nous étions ensemble" - pour que tu ne penses pas que chacune de nous habitait dans une pièce séparée, mais nous étions dans la même pièce. "Aucun étranger n'était avec nous dans la maison" - pour que tu ne penses pas que peut-être quelqu'un d'autre est entré et a échangé l'enfant ; dans la pièce où nous étions il n'y avait personne avec nous. "Il n'y avait que nous deux dans la maison" - et qu'ajoute-t-elle par là ? Pour que tu ne penses pas que nous étions seules uniquement dans cette pièce, mais que dans les autres pièces il y avait d'autres personnes ; non, dans toute la maison il n'y avait que nous deux.
וַיָּמׇת בֶּן־הָאִשָּׁה הַזֹּאת לָיְלָה אֲשֶׁר שָׁכְבָה עָלָיו׃ - Et le fils de cette femme mourut la nuit, parce qu'elle s'était couchée sur lui.
Le fils de la femme qui me fait face est mort dans la nuit, parce qu'elle s'est couchée sur lui. Et que souligne-t-elle en disant "parce qu'elle s'est couchée sur lui" ? Que si l'enfant avait été malade pour une raison antérieure, s'il avait eu de la fièvre pendant plusieurs jours ou qu'une maladie se soit manifestée chez lui, cela aurait été su, car il était d'usage à leur époque que lorsqu'un enfant était malade, des femmes sages venaient lui rendre visite, donner des conseils et des remèdes de grand-mère, et il était alors connu qu'il y avait ici un enfant malade. Or, elle vient dire : non, l'enfant était en parfaite santé, et s'il est mort, c'est parce qu'elle s'est couchée sur lui et l'a étouffé.
וַתָּקׇם בְּתוֹךְ הַלַּיְלָה וַתִּקַּח אֶת־בְּנִי מֵאֶצְלִי וַאֲמָתְךָ יְשֵׁנָה וַתַּשְׁכִּיבֵהוּ בְּחֵיקָהּ וְאֶת־בְּנָהּ הַמֵּת הִשְׁכִּיבָה בְחֵיקִי׃ - Elle s'est levée au milieu de la nuit, a pris mon fils d'auprès de moi, pendant que ta servante dormait, et l'a couché dans son sein, et son fils mort, elle l'a couché dans mon sein.
Il y a ici un changement d'expression précis : "elle a pris mon fils d'auprès de moi" (mé'etsli) et non de mon sein ; puis "son fils mort, elle l'a couché dans mon sein" (bechéki) et non auprès de moi. Et quelle est la différence ? Elle raconte ainsi : son fils, à elle, était dans son sein, et le sein signifie tout contre soi, et c'est pour cela qu'elle s'est couchée sur lui et qu'il est mort. Mais moi, je n'ai pas agi comme elle : moi, j'ai mis mon fils auprès de moi, et non dans mon sein, j'ai pris soin de ne pas le mettre dans mon sein. Et elle, qu'a-t-elle fait ? Elle a pris mon fils qui était auprès de moi et qui était donc vivant, et son fils mort, elle l'a couché dans mon sein, afin de pouvoir prétendre : voyez, elle s'est couchée sur lui et a ainsi tué l'enfant. Mais moi, j'ai pris soin de mettre mon fils auprès de moi, et je me suis levée et je vois qu'elle a mis son fils dans mon sein.
וָאָקֻם בַּבֹּקֶר לְהֵינִיק אֶת־בְּנִי וְהִנֵּה־מֵת וָאֶתְבּוֹנֵן אֵלָיו בַּבֹּקֶר וְהִנֵּה לֹא־הָיָה בְנִי אֲשֶׁר יָלָדְתִּי׃ - Je me suis levée au matin pour allaiter mon fils, et voici qu'il était mort ; je l'ai bien examiné au matin, et voici que ce n'était pas mon fils que j'avais enfanté.
"Je l'ai bien examiné au matin" : je l'ai observé avec une attention particulière afin de bien distinguer, et j'ai vu que ce n'était pas mon fils. Et pour que tu ne dises pas que peut-être, à cause de la mort, son visage a changé et qu'elle n'a pas pu distinguer, elle dit donc que dès qu'elle l'a vu, aussitôt qu'elle l'a vu, elle a dit : ce n'est pas mon fils que j'ai enfanté. D'abord, je connais mon fils que j'ai enfanté et je sais à quoi il ressemble, et ce n'est pas celui que j'ai enfanté. Et ensuite "que j'avais enfanté" : car son fils à elle était né trois jours plus tôt, comme elle l'a raconté, qu'il y a un écart de trois jours entre eux, et je reconnais qu'il y a une différence entre ce mort et l'enfant né il y a trois jours.
Et remarquez que l'essentiel de son argument est : "je reconnais que ce n'est pas mon fils". Elle ne dit pas "je reconnais que l'enfant vivant est le mien", car sur ce point on pourrait dire qu'une erreur reste encore possible ; mais que ce n'est pas son fils à elle, sur cela elle n'a aucune discussion, c'est absolument clair. Or il n'est pas possible que quelqu'un d'autre ait fait l'échange, car elle a déjà démontré qu'aucun étranger n'était avec elles dans la maison.
וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה הָאַחֶרֶת לֹא כִי בְּנִי הַחַי וּבְנֵךְ הַמֵּת וְזֹאת אֹמֶרֶת לֹא כִי בְּנֵךְ הַמֵּת וּבְנִי הֶחָי וַתְּדַבֵּרְנָה לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ׃ - L'autre femme dit : non, mon fils est le vivant et ton fils est le mort ; et celle-ci dit : non, ton fils est le mort et mon fils est le vivant. Ainsi parlaient-elles devant le roi.
Remarquez le changement d'expression. La seconde femme, qui est la défenderesse, dit : "mon fils est le vivant et ton fils est le mort". Et la plaignante répond : "non, ton fils est le mort et mon fils est le vivant", elle place "ton fils est le mort" avant "mon fils est le vivant". D'où provient ce changement, et de quoi témoigne-t-il ?
Le Malbim explique : l'homme place toujours l'essentiel en premier et le secondaire en dernier. C'est la manière de l'homme dans tout dialogue. On ne verra pas quelqu'un dire : j'ai gagné cinq cents chékels au loto, et j'ai aussi gagné un million de dollars au loto. On raconte d'abord le million de dollars, puis on mentionne qu'il y a eu aussi des fois où l'on a gagné de petites sommes. L'homme raconte toujours l'essentiel d'abord, et ensuite les choses secondaires.
C'est pourquoi, en examinant précisément leurs paroles, nous voyons ce que chacune considère comme l'essentiel. La défenderesse dit "mon fils est le vivant et ton fils est le mort" : elle place "mon fils est le vivant" en premier, c'est l'essentiel pour elle, et "ton fils est le mort" en est une conséquence. Et la seconde dit "non, ton fils est le mort" : l'essentiel de son argument est que ton fils, à toi, est le mort. Et de là, Chelomo a immédiatement saisi le jugement : celle qui dit "c'est mon fils, le vivant", son but essentiel est que son fils vive, et "ton fils est le mort" n'est qu'un détail supplémentaire. À l'inverse, chez la seconde, dont nous saisissons déjà qu'elle est la menteuse, l'essentiel n'est pas que son fils soit le vivant, mais que l'enfant mort soit le tien, et ainsi je recevrai l'enfant vivant. Ce qu'elle veut dire : c'est chez toi que l'enfant est mort, ce n'est pas chez moi qu'il est mort. Et la seconde dit : peu m'importe chez qui l'enfant est mort, mon souci est que mon enfant vive, et cela, je le sais.
Et selon l'orientation du Malbim, il ressort que la première à parler est en réalité la menteuse : c'est elle qui s'est réveillée le matin, a vu son enfant mort parce qu'elle s'était couchée sur lui, et a construit une histoire selon laquelle cet enfant n'est pas le sien mais celui de l'autre, et qu'elle a fait l'échange en mettant chez elle l'enfant mort. C'est la première qui a inventé toute l'histoire, et la défenderesse est celle qui dit la vérité, c'est elle qui a présenté les arguments justes.
Et le Malbim ajoute : pour que tu ne penses pas qu'il s'agissait d'une parole prononcée une seule fois, il est dit "elles parlaient devant le roi" - elles répétaient et redisaient sans cesse, et chaque fois il entendait celle-ci insister sur le fait que l'enfant vivant est le sien, et celle-là insister sur le fait que l'enfant mort est le tien. Qu'est-ce qui importe à chacune ? C'est ce qu'elle soutient. Celle qui affirme "l'enfant vivant est le mien" - ce qui lui importe, c'est que son fils vive. Et celle qui affirme "l'enfant mort est le tien" - ce qui lui importe, c'est que l'autre ait un enfant mort, et le fait que l'enfant vivant soit le sien est pour elle un point moins important.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ זֹאת אֹמֶרֶת זֶה־בְּנִי הַחַי וּבְנֵךְ הַמֵּת וְזֹאת אֹמֶרֶת לֹא כִי בְּנֵךְ הַמֵּת וּבְנִי הֶחָי׃ - Et le roi dit : celle-ci dit c'est mon fils qui est vivant et ton fils qui est mort, et celle-là dit non, ton fils est mort et le mien est vivant.
Chelomo répète les arguments, et cette répétition relève d'une règle des lois de jugement : le juge doit répéter les arguments des parties, dire à l'un "tu prétends ceci et cela" et à l'autre "et toi tu prétends ceci et cela", car par cette répétition il comprend mieux les choses. Et ici, dès l'instant où il eut répété les arguments, Chelomo avait déjà compris le jugement.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ קְחוּ לִי־חָרֶב וַיָּבִאוּ הַחֶרֶב לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ׃ - Et le roi dit : apportez-moi un glaive, et on apporta le glaive devant le roi.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ גִּזְרוּ אֶת־הַיֶּלֶד הַחַי לִשְׁנָיִם וּתְנוּ אֶת־הַחֲצִי לְאַחַת וְאֶת־הַחֲצִי לְאֶחָת׃ - Et le roi dit : coupez l'enfant vivant en deux, et donnez la moitié à l'une et la moitié à l'autre.
וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה אֲשֶׁר־בְּנָהּ הַחַי אֶל־הַמֶּלֶךְ כִּי־נִכְמְרוּ רַחֲמֶיהָ עַל־בְּנָהּ וַתֹּאמֶר בִּי אֲדֹנִי תְּנוּ־לָהּ אֶת־הַיָּלוּד הַחַי וְהָמֵת אַל־תְּמִיתֻהוּ וְזֹאת אֹמֶרֶת גַּם־לִי גַם־לָךְ לֹא יִהְיֶה גְּזֹרוּ׃ - Et la femme dont le fils était vivant dit au roi, car sa compassion s'était émue pour son fils, elle dit : de grâce, mon seigneur, donnez-lui l'enfant vivant et ne le faites pas mourir. Et celle-là disait : qu'il ne soit ni à moi ni à toi, coupez.
L'une dit "donnez-lui l'enfant vivant et ne le faites pas mourir", car puisqu'il est son fils, il vaut mieux pour elle qu'il vive dans les mains d'une autre femme plutôt qu'il meure. Et l'autre, dont toute la douleur était que son fils fût mort et que l'autre eût gardé un enfant vivant - il lui était plus douloureux que l'autre gardât un fils vivant tandis que le sien était mort - c'est pourquoi elle demande "coupez", pourvu qu'il ne soit ni à moi ni à toi. Comment se peut-il que ce soit précisément moi qui aie été frappée et que rien ne te soit arrivé ? Telle est la nature du jaloux : arrachez-moi un œil pourvu que vous n'arrachiez pas les deux yeux de l'autre.
Et le Malbim demande : et si elles n'avaient pas dit cela ? Et si toutes deux avaient dit "pas du tout, donne-lui l'enfant, ne le tue pas" ? N'est-ce pas justement là la logique, que toutes deux devraient parler ainsi, et qui dirait "oui, tue-le" ? Une telle femme serait une pure sotte. La raison et la logique disent : donne-lui l'enfant, pourvu qu'il ne meure pas, et au contraire par là je prouve qu'il est mon fils. Dès lors, comment peut-on tirer une preuve d'une chose pareille ?
Mais, dit le Malbim, si tu as compris ce que nous avons dit plus haut, tu comprends que Chelomo n'a nullement tiré sa preuve d'ici. D'où Chelomo a-t-il tiré sa preuve ? Des arguments. Seulement, si Chelomo leur avait dit "celle-ci prétend ceci et j'en déduis que le fils vivant est le sien, et celle-là prétend cela et j'en déduis que le fils mort est le sien" - certains auraient mis en doute ses conclusions. Chelomo se dit : je vais accomplir un acte tel que tous diront que j'ai raison. C'est pourquoi toute la mise en scène du "coupez" ne visait qu'à ce que tous comprennent, non pour Chelomo lui-même. Chelomo avait déjà tranché et déjà saisi le jugement dès l'instant où il dit "celle-ci dit c'est mon fils vivant et ton fils est mort, et celle-là dit non, ton fils est mort et le mien vivant". Ce qu'il fit avec le "coupez" avait pour but que tous conviennent que son jugement était vérité et justice.
וַיַּעַן הַמֶּלֶךְ וַיֹּאמֶר תְּנוּ־לָהּ אֶת־הַיָּלוּד הַחַי וְהָמֵת לֹא תְמִיתֻהוּ הִיא אִמּוֹ׃ - Et le roi répondit et dit : donnez-lui l'enfant vivant et ne le faites pas mourir, c'est elle sa mère.
Le verdict lui-même découle des conclusions tirées de la formulation, seulement à présent tous avaient reconnu : voici la mère qui est prête à confier son fils à une autre mère, pourvu qu'il ne soit pas mis à mort - c'est elle la mère. Et celle qui dit "tuez-le" - aucune mère n'est prête à tuer son fils, à moins qu'elle ne soit palestinienne.
וַיִּשְׁמְעוּ כׇל־יִשְׂרָאֵל אֶת־הַמִּשְׁפָּט אֲשֶׁר שָׁפַט הַמֶּלֶךְ וַיִּרְאוּ מִפְּנֵי הַמֶּלֶךְ כִּי רָאוּ כִּי־חׇכְמַת אֱלֹהִים בְּקִרְבּוֹ לַעֲשׂוֹת מִשְׁפָּט׃ - Tout Israël entendit le jugement qu'avait rendu le roi, et ils eurent de la crainte devant le roi, car ils virent que la sagesse de Dieu était en lui pour rendre la justice.
Tous virent qu'il y avait en lui une sagesse immense et tout à fait particulière, et pour tous la chose était claire. Grâce à cela, ils craignirent de commettre l'injustice, car ils se disaient : voici, le roi peut aussitôt déceler toute injustice qui serait commise.
On raconte qu'une fois un marieur envoya un jeune homme dans un village, et deux femmes attendaient à la station des voitures. Le marieur leur avait dit : un jeune homme doit arriver, rencontrez-le, parlez avec lui et voyez ce qui convient à votre fille. Or chacune d'elles avait parlé avec un marieur différent, et elles ne savaient pas de qui il s'agissait. Le jeune homme arriva, et elles se mirent à se disputer : celle-ci disait "ce jeune homme a été envoyé pour ma fille", et l'autre disait "pas du tout, pour ma fille". Elles allèrent chez le rav. Le rav entendit l'affaire et dit : apportez-moi un glaive tranchant. On lui apporta un glaive. Le rav dit : coupez-le. L'une dit : pas du tout, à Dieu ne plaise, qu'elle le prenne pour sa fille, l'essentiel est que vous ne le coupiez pas. Et l'autre dit : non, monsieur, coupez-le. Le rav dit : celle qui dit de couper, c'est le jeune homme destiné à sa fille, c'est elle la véritable belle-mère.
Nous avons demandé pourquoi il est dit "az tavona chtayim nachim" et non "chtei nachim". Le "Chlomo 'Hadacha" l'explique : il y a une différence entre "chtei" et "chtayim", et entre "chnei" et "chnayim". Partout où il est écrit "chnayim" ou "chtayim", cela signifie qu'ils sont différents l'un de l'autre ; et quand il est écrit "chnei", ils sont semblables.
Il y a plusieurs exemples de cela. "Sur la parole de deux témoins (chnayim) la chose sera établie" : chnayim, c'est-à-dire différents. Car si deux témoins venaient témoigner exactement dans les mêmes termes et avec la même formulation, récitant la même chose, que nous serait-il apparu clairement ? Que c'est un faux témoignage et que quelqu'un les a préparés. Il faut donc qu'ils soient chnayim, différents, et non identiques. "Deux chérubins (chnayim keruvim)" : et pourquoi pas "chnei keruvim" ? Parce que l'un avait une forme masculine et l'autre une forme féminine, ils n'étaient pas identiques. "Yehochoua envoya deux hommes (chnayim anachim) comme espions en secret" : pourquoi chnayim ? Parce que nous avons vu qu'ils étaient réellement différents : l'un d'eux était un homme, c'était Kalev, et le second était un ange, c'était Pin'has. C'est pourquoi nous avons appris là-bas "elle les cacha" (vatitspeno) au sujet d'un seul, car Pin'has n'avait pas besoin d'être caché, étant un ange il pouvait se cacher lui-même. Il est donc écrit "chnayim anachim", car ils étaient différents et non identiques l'un à l'autre.
En revanche, "chnei" signifie qu'ils sont semblables. "Les deux grands luminaires (chnei hameorot hagdolim)", et ensuite "le grand luminaire pour dominer le jour et le petit luminaire pour dominer la nuit". Nos Sages viennent expliquer : sache qu'au début ils furent créés semblables, et c'est seulement après que la lune vint et dit "il est impossible que deux rois se servent d'une seule couronne", que Hachem lui dit "va et amoindris-toi". Et d'où nos Sages le savent-ils ? De ce qu'il est écrit "chnei hameorot hagdolim", qu'ils étaient semblables au début. Car sinon il aurait écrit "chnayim hameorot hagdolim". D'autant plus qu'au début Il les appelle "grands", et seulement ensuite "le grand luminaire et le petit luminaire", pour t'enseigner qu'au début furent créés deux êtres semblables, tous deux grands, et c'est seulement ensuite que Hachem amoindrit la lune. De même, au sujet de Yom Kippour il est écrit "Aharon placera sur les deux boucs (chnei hasseirim) des sorts", et nos Sages disent que les deux boucs, celui qui va au sanctuaire et celui qui va à Azazel, devaient être semblables de taille, semblables d'âge et semblables d'aspect. Et d'où l'apprend-on ? De "chnei hasseirim", qu'il n'est pas écrit "chnayim hasseirim".
Et ici, à propos des femmes qui vinrent devant Chelomo, il est écrit "chtayim nachim" et non "chtei nachim". S'il était écrit "chtei", nous aurions dit qu'elles étaient identiques. "Chtayim" indique qu'elles étaient différentes. Et en quoi étaient-elles différentes ? Le "Chlomo 'Hadacha" dit : sache que l'une était une bru et la seconde était sa belle-mère. Le bébé de la bru était mort, et celui de la belle-mère était vivant.
Or à présent la bru se trouvait dans un problème très sérieux. En effet son mari était décédé, et dès l'instant où son enfant mourut elle tombe sous l'obligation du yiboum, car si elle avait eu un enfant vivant elle n'aurait pas eu besoin du yiboum. Désormais elle doit attendre le yiboum de la part de l'enfant né à sa belle-mère, et il faut l'attendre jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de treize ans, car c'est seulement alors qu'il pourra accomplir le yiboum. Il en ressort que cette femme est censée rester agouna pendant treize ans. Ainsi, au-delà du chagrin d'avoir perdu son enfant, et de tomber du coup sous l'obligation du yiboum, il y a aussi le fait que sa belle-mère a un enfant, et c'est lui qui fait qu'elle a devant elle quelqu'un devant faire le yiboum. Car dès l'instant où il y a ici un enfant, elle doit l'attendre jusqu'à ce qu'il grandisse et faire le yiboum avec lui.
C'est pourquoi elle dit : je suis prête à ce que, certes, je n'aie pas d'enfant, mais qu'elle non plus n'ait pas d'enfant. Et c'est ce qu'elle dit "non, ton fils est le mort et mon fils est le vivant" : tout l'accent porte sur "ton fils est le mort", car si tu as un fils vivant, cela me place devant un problème. Elle ne met pas l'accent sur le fait que son fils à elle soit vivant. Et pourquoi ? Parce que, dit le "Chlomo 'Hadacha" : comprends-le, une femme, par nature, ne veut pas élever un enfant qui n'est pas le sien : je me remarierai et j'enfanterai un autre enfant qui sera le mien. Par nature elle ne s'intéresse pas à un enfant qui n'est pas le sien. C'est pourquoi elle le dit de ses lèvres : je ne veux pas que mon fils soit le vivant, ce n'est pas ce que je cherche ; je cherche que ton fils soit le mort, car dès l'instant où ton fils sera le mort, j'aurai résolu pour moi-même le problème auquel je fais face, le problème du yiboum.
C'est pourquoi il est écrit "chtayim nachim zonot vinrent" : "chtayim" te dit que ces femmes n'étaient pas identiques mais différentes, l'une bru et l'autre belle-mère, et qu'en réalité toute la réclamation de l'une était radicalement différente de la réclamation de l'autre : celle-ci vint plaider dans le but d'obtenir l'enfant, et l'autre vint plaider dans le but que l'autre perde l'enfant, et grâce à cela elle n'aurait pas à tomber sous l'obligation du yiboum.
Le chapitre s'ouvre sur la consolidation de la royauté, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, avec pour bémol le fait de sacrifier sur les hauts lieux (bamot), qui accompagna Israël durant des générations. À Guivon, Hachem apparut à Chelomo, et celui-ci, conscient que sa royauté reposait sur la bonté et la fidélité promises à David, demanda une seule chose : "un cœur qui écoute pour juger". Et la chose fut agréable aux yeux d'Hachem précisément parce qu'il demanda cela seul, sans le panier d'avantages qui accompagne la sagesse, et c'est pourquoi il reçut la sagesse à profusion, et avec elle la richesse et l'honneur sans condition, ainsi qu'une longue vie à la condition de marcher dans les voies d'Hachem, condition à laquelle il ne satisfit finalement pas. Et aussitôt vint l'application concrète : le jugement des deux femmes, où Chelomo trancha non par l'épée mais par l'examen précis de l'ordre des arguments, et il ne fit apporter l'épée que pour que tout Israël voie et reconnaisse que la sagesse de Dieu était en lui pour rendre la justice.