Zavim, chapitre 5, Mishna 8. Les mishnayos de ce chapitre se livrent à une sorte de calcul : étant donnée une source de touma précise, combien d'étapes de contamination supplémentaires celui qui l'a contractée peut-il encore transmettre ? Les sources traitées jusqu'ici étaient des avos hatouma dont la touma atteint la personne par maga, le simple contact physique, la laissant tamé au point que ses vêtements sont eux aussi touchés. Notre mishna passe à une seconde famille d'avos hatouma, qui laissent également la personne capable de contaminer des vêtements, mais qui agissent sans aucun contact.
Le merkav d'un zav
Les premiers mots sont "HaNossé ess hamerkav", celui qui porte le merkav. Un merkav est une selle, un objet fait pour qu'on le monte. Lorsqu'un zav s'assoit sur un tel objet, il y dépose la toumas midras, et celui-ci devient un merkav haZav, une selle porteuse de sa touma. Tout cela a déjà été traité dans le deuxième perek de notre masséches. Un merkav haZav a le rang d'av hatouma, et il rend tamé quiconque le soulève ou en supporte le poids ; tout le temps qu'il le fait, ses vêtements aussi peuvent être contaminés par lui.
La formulation est ici précise. "Porter" le merkav inclut le fait d'en supporter le poids même sans le déplacer, puisqu'un merkav haZav transmet la touma par massa, par le fait d'être porté. Le simple fait de le maintenir soulevé suffit donc à rendre un homme tamé et à le laisser capable de transmettre la touma à des vêtements.
Un second cas suit : "hanissa alav", celui qui est porté sur la selle, c'est-à-dire une personne qui exerce elle-même le midras sur ce merkav haZav. Elle contracte pareillement la touma, et aussi longtemps qu'elle y demeure, ses vêtements sont eux aussi touchés par elle.
Puis un troisième : "vehamessito", celui qui le déplace. Il s'agit d'une personne qui le fait bouger sans y poser la main et sans le porter, par exemple en le poussant à l'aide d'un bâton. Le seul fait de le mettre en mouvement suffit pour que la touma la saisisse.
Metamé chnayim ou'possel é'had
À propos de ces trois cas, la mishna tranche "metamé chnayim ou'possel é'had", ils contaminent deux et invalident un. Peu importe qu'il soutienne la selle, qu'il s'assoie dessus ou qu'il la déplace : dans chaque cas il est considéré comme un homme dont la touma provient d'un av hatouma et qui peut encore affecter des vêtements. Les vêtements et les kélim qu'il manipule deviennent richon letouma ; ces objets rendent la nourriture chéni letouma ; et une telle nourriture, en tant que chlichi, disqualifie la trouma. Deux degrés de contamination, puis un degré d'invalidation.
La mishna ajoute ensuite : "pérach, metamé é'had ou'possel é'had". Dès l'instant où il a quitté la selle, son pouvoir sur les vêtements cesse, car le lien avec la source de sa touma a été rompu. Il ne lui reste que le niveau de celui dont la touma dérive d'un av hatouma, à savoir richon letouma. À ce titre il rend la nourriture chéni letouma, et cette nourriture va ensuite disqualifier toute trouma qu'elle rencontre.
Une nevéla
La mishna dit ensuite : "HaNossé ess hanevéla", celui qui porte une carcasse. Une nevéla est le cadavre d'un animal, et son espèce est indifférente : casher ou non, la touma est la même, alors que la viande ayant subi une ché'hita en règle relève naturellement d'un tout autre sujet. Quiconque porte une telle carcasse contracte la touma, et tant que la charge est encore sur lui, il peut transmettre la touma à des vêtements, y compris ceux qu'il porte sur le dos.
Mey 'hatas
Le dernier cas de la mishna est celui qui porte "mey 'hatas cheyéch bahen kedé hazaya", de l'eau de purification en quantité suffisante pour une aspersion. Une explication s'impose. Le remède prescrit par la Torah pour la toumas mess, la touma communiquée par un cadavre humain, qu'elle se soit posée sur des personnes ou sur des kélim, est la hazaya : l'aspersion d'une eau dans laquelle ont été mêlées les cendres de la Para Adouma, la vache rousse. Ce liquide est appelé mey 'hatas, et aussi mey nidda, eau d'aspersion. En pratique, on prenait des tiges d'ézov, l'hysope, on en trempait les extrémités dans l'eau, puis on projetait les gouttes qui y adhéraient sur la personne ou l'ustensile à purifier.
Notre mishna parle donc d'une quantité de cette eau suffisante pour réaliser une telle aspersion. Quiconque porte ou déplace de l'eau dans cette mesure devient tamé, et aussi longtemps qu'elle est sur lui, ses vêtements aussi peuvent être contaminés par son intermédiaire.
Le même calcul régit ces deux derniers cas : "metamé chnayim ou'possel é'had", deux degrés de contamination et un d'invalidation, selon les lignes exposées plus haut. Et "pérach, metamé é'had ou'possel é'had" : le lien rompu, il se tient comme un richon letouma, contaminant un degré et invalidant le suivant, rendant la nourriture chéni letouma, cette nourriture disqualifiant la trouma qui entre en contact avec elle.