Zavim, chapitre 1, Michna 6. Tout le premier chapitre de Zavim tourne autour du décompte des re'iyos (écoulements) et des jours où ils se sont produits, car c'est ce total qui détermine si un homme est simplement tamé ou s'il est un zav gadol tenu d'apporter un korban. Cette dernière michna du chapitre transporte ce décompte dans l'heure la plus trouble de la journée : bein hachmachos, le crépuscule, ce moment où l'on ne peut pas affirmer avec certitude si l'on se trouve encore dans un jour ou déjà dans le suivant.
Le cas et sa difficulté
Notre cas commence avec un homme qui a eu deux écoulements : le premier "a'has hayom", une re'iyah ordinaire au cours de la journée, puis un second "bein hachmachos", au crépuscule. Où est le problème ? Tout simplement dans le fait que le moment du second écoulement ne peut pas être fixé. Le crépuscule appartient-il au jour qui s'achève ou à la nuit qui commence ? Et donc, notre compte de jours est-il de deux ou de trois ? Si l'écoulement du crépuscule a commencé avant la limite et s'est prolongé au delà, il peut être attribué à deux jours distincts, et en ajoutant l'écoulement diurne précédent, le total atteint trois.
Quand le chevauchement est certain
La michna tranche : "im yadoua chemiktzas hare'iyah mehayom o'miktzasah lama'har, vadaï lakorban vélatoumah" : s'il est établi qu'une partie de l'écoulement relevait d'aujourd'hui et une partie du jour suivant, et que nous avons en plus un écoulement le jour contigu, alors il est assurément tenu au korban et assurément tamé, puisque nous avons trois jours.
Voyons ce que cela nous enseigne. La re'iyah du crépuscule n'était nullement un écoulement prolongé ; c'était un écoulement ordinaire, sans rapport avec l'écoulement continu qui se compte en raison de sa durée. Et pourtant, parce qu'il est tombé à cheval sur deux périodes de temps, il est porté au compte de deux jours et vaut pour deux.
Quand le chevauchement est douteux
La michna poursuit : "im safek chemiktzas hare'iyah mehayom o'miktzasah lama'har" : si nous ne savons pas si l'écoulement s'est réellement étendu sur les deux jours ou s'il est tombé entièrement dans l'un d'eux. Ici la décision se dédouble : "vadaï latoumah, safek lakorban". Il est certainement tamé, car deux jours sont acquis quelle que soit la manière de résoudre le doute. Mais quant au korban, nous restons dans le doute, car il est impossible de savoir si ce troisième jour a été atteint, et trois jours sont nécessaires pour le korban.
Que fait-il concrètement ? Il apporte le korban, mais le Rambam écrit qu'il n'en mange pas, puisque son obligation elle même n'est qu'une éventualité.
Le crépuscule sur deux jours
Le cas qui clôt le chapitre est celui d'un homme qui a eu des écoulements deux jours de suite, "chnei yamim", chacun d'eux survenant au crépuscule. Ici la michna le déclare "safek latoumah vélakorban" : douteux sur les deux plans. Tout dépend de la façon dont on situe ces instants de crépuscule. Chaque bein hachmachos peut être la queue du jour qui s'en va ou l'ouverture du jour qui arrive, de sorte que si une portion de chaque écoulement se trouvait de part et d'autre de la limite, on obtient trois jours et un korban serait dû. Ou bien ils peuvent tomber d'une manière qui laisse les jours non reliés, et alors même les deux jours requis pour la toumah peuvent manquer. (Trois jours est le maximum dans ce cas ; il n'y a aucun moyen d'arriver à quatre.) Puisque la question ne peut pas être tranchée, sa toumah comme son korban demeurent indéterminés.
Et la dernière clause : "a'has bein hachmachos, safek latoumah" : s'il n'y a eu qu'un seul écoulement, à bein hachmachos, le doute ne porte que sur sa toumah, à savoir si deux jours sont concernés. Le korban n'est même pas en question ici.
La conséquence pratique de ces derniers cas est que tout ce qu'un tel homme touche, tout ce sur quoi il s'allonge ou s'assoit, reste dans un statut incertain, tamé par doute, et doit être traité comme tel. Le chapitre qui s'était ouvert sur un décompte minutieux se referme en reconnaissant que le crépuscule ne nous permettra pas toujours d'achever ce décompte.