Yadayim, chapitre 3, michna 5. Le chapitre 3 de notre traité s'est occupé des manières dont les mains contractent l'impureté rituelle, ainsi que des objets qui leur transmettent cette impureté. Le chapitre se referme sur une michna qui présente une particularité rare : elle porte une date. La décision rapportée ici n'est pas seulement attribuée à un sage, elle est attribuée à un jour précis.
C'est Rabbi Chimon ben Azaï qui parle dans cette michna, et il commence par présenter ses paroles comme une transmission reçue et non comme le fruit de son propre raisonnement : « Mekoubal ani », je le tiens comme un enseignement reçu, « mipi chivim ouchnayim zakein », de la bouche de soixante-douze anciens. Il rattache ensuite cette tradition à une occasion bien déterminée, en ouvrant par « beyom chehochivou », le jour où les Sages installèrent Rabbi Elazar ben Azaria « biyechiva », à la tête de l'académie.
Cette assemblée fut bien autre chose qu'une journée d'étude ordinaire. Rabbi Elazar ben Azaria venant d'être installé à la tête de la yechiva, les 'hakhamim réunis reprirent les questions halakhiques restées sans réponse et les tranchèrent l'une après l'autre. Des sujets qui attendaient un verdict depuis longtemps en reçurent un ce jour-là, et voilà pourquoi tant de décisions dispersées à travers la Michna portent la marque de cette date unique.
Le Bartenoura dégage la règle pratique qui en découle. En expliquant les mots « bo bayom », il les identifie à ce qui est arrivé à Rabbi Chimon ben Azaï, un événement survenu le jour même où les Sages placèrent Rabbi Elazar ben Azaria à la tête de la yechiva. Il énonce alors un principe qu'il vaut la peine de retenir : « Vekhol makom chene'emar bamichna », partout où la Michna emploie l'expression « bo bayom » sans autre précision, « al oto yom ne'emar », il s'agit de ce jour-là, le jour de la nomination de Rabbi Elazar ben Azaria.
Notre michna accomplit donc deux choses à la fois. Elle transmet une tradition halakhique que ben Azaï a reçue des soixante-douze anciens, et elle replace cette tradition dans le cadre historique du grand jour de décision à l'académie. Une fois ce cadre posé, la Michna peut réunir d'autres décisions qui furent rendues à cette même occasion.