Ouktsin, chapitre 2, michna 9. Cette michna traite d'un produit qui pousse dans un pot de fleurs, une jardinière, et de la question de savoir si un tel produit est susceptible de recevoir la toum'a.
Deux sortes de pots de fleurs
Des massekhtos précédentes nous ont déjà fait connaître l'une des distinctions fondamentales des hilkhos toum'a : celle qui dépend de la présence ou non d'un trou percé au fond de la jardinière. Lorsqu'un tel trou existe, le récipient s'appelle un atsits nakouv, et la halakha le considère comme faisant corps avec la terre qui se trouve en dessous. Les plantes qui y poussent ont donc le statut de mehoubar lakarka, et un produit encore enraciné dans le sol échappe totalement à la toum'a : il n'est pas mekabel toum'a.
Un atsits ché'eino nakouv, un pot sans le moindre trou, c'est une autre histoire. Rien ne le relie à la terre qui est en dessous, il est donc considéré comme talouch, détaché, et un produit qui y pousse peut effectivement devenir tamé.
Le cas de la michna
La michna présente la situation suivante : "Kichouss chéneta'o bé'atsits", un concombre qu'une personne a planté dans un pot de fleurs. Le pot en question est un atsits ché'eino nakouv, sans aucun trou, de sorte qu'en principe le concombre qui y pousse devrait avoir le statut halakhique d'un produit détaché, arraché, pleinement apte à recevoir la toum'a.
Vient alors le retournement. "Véyatsa 'houts la'atsits" : en se développant, la plante s'est étendue vers l'extérieur et a dépassé la paroi de la jardinière, une partie d'elle se trouvant à présent suspendue en l'air au-dessus du sol. Pour cette partie extérieure, il n'y a aucun doute : son statut est celui de quelque chose d'attaché à la terre.
Le Tanna Kamma répond en un seul mot : "Tahor". Et la portée de ce mot unique est frappante. L'immunité à l'égard de la toum'a ne s'arrête pas au morceau qui pend au-dehors. Ce morceau qui dépasse sert de lien avec la terre, et par son intermédiaire c'est le concombre tout entier, y compris le segment qui repose à l'intérieur de la jardinière hermétique, qui acquiert le statut de produit attaché, que nulle toum'a ne peut atteindre.
L'objection de Rebbi Chimon
Rebbi Chimon n'accepte pas cela. "Omer Rebbi Chimon : ma tiva letaher ?" Par quelle force cette pousse à l'extérieur du pot rendrait-elle pur ce qui était déjà tamé à l'intérieur du pot ? Un lien avec la terre peut empêcher la toum'a de s'installer ; il ne peut pas agir en arrière et effacer une toum'a qui a déjà pris place.
Sa conclusion est donc : "Ella hatamé betoum'ato véhatahor yé'akhel" : ce qui est devenu tamé reste tamé, et ce qui est tahor est permis à la consommation. Concrètement, les parois de la jardinière servent de ligne de partage pour le légume. La partie enfermée à l'intérieur garde sa toum'a, tandis que la partie qui a poussé au-delà est tahor et peut être mangée sans aucune hésitation.
Ainsi un seul et même légume peut porter deux statuts à la fois, et la frontière entre eux se trace exactement au bord de la jardinière dans laquelle il a poussé.