Ouktsin, chapitre 2, michna 6. Une grande partie de la massèkhès Ouktsin est consacrée à la question du chibbour : quand deux morceaux de produits ou d'aliments comptent-ils comme une seule unité au regard des lois de toumah, et quand sont-ils déjà devenus deux objets séparés ? Notre michna applique cette question à une situation que l'on rencontre dans n'importe quelle cuisine : un aliment que l'on a coupé, mais sans aller jusqu'au bout de la coupe.
Imaginons quelqu'un qui prépare de la viande ou des légumes pour la marmite. Il sait que la cuisson elle-même va attendrir l'aliment et achever de le détacher ; il ne prend donc pas la peine de trancher chaque morceau entièrement. Il coupe peut-être à quatre-vingt-dix pour cent, et les morceaux restent suspendus les uns aux autres par quelques fibres de viande ou de légume. S'il les avait déjà découpés dès maintenant en petits morceaux complètement séparés, la cuisson les réduirait en charpie, et ce n'est pas ainsi qu'il souhaite les servir. La coupe partielle est donc voulue : le couteau fait sa part, et le feu achève ce que le couteau a laissé.
Voici la halakha dans un tel cas : « Hamekhatèkh levachèl, af al pi chèlo mérèk, eino chibbour », lorsqu'une personne découpe un aliment en vue de la cuisson, le fait qu'elle se soit arrêtée avant la séparation complète et qu'elle ait laissé les parties se tenir ensemble ne change rien : halakhiquement, elles ne comptent plus comme une seule chose. Du point de vue de la toumah, chaque morceau existe pour lui-même. Si une source de toumah touche l'un d'eux, ses voisins, pourtant encore physiquement accrochés à lui, restent tahor.
La michna oppose ensuite trois autres intentions : « Likhbosh, velichlok, oulehanicho al hachoulkhan », s'il coupe l'aliment afin de le mariner, ou afin de le faire bouillir longuement jusqu'à ce qu'il soit bien tendre (chelikah), ou encore s'il le coupe déjà sous la forme dans laquelle il compte l'apporter à table, alors c'est du chibbour. Dans chacun de ces cas, la coupe partielle n'est nullement une étape vers la séparation : il veut au contraire que les morceaux restent attachés les uns aux autres. Puisque son souhait est qu'ils demeurent une seule masse, la halakha les traite comme un tout, et la toumah qui touche un morceau se propage à tous les autres.
Ensuite : « Hitkhil lefarèk, okhèl chéhitkhil bo, eino chibbour. » Supposons qu'il ait commencé à détacher les morceaux, un par un. La portion sur laquelle il a déjà commencé à travailler n'est plus considérée comme reliée, même s'il en reste un filament attaché, car le processus de séparation est engagé. Mais les morceaux qu'il n'a pas encore atteints demeurent chibbour, même s'il a pleinement l'intention de les séparer eux aussi. L'intention seule ne défait pas le lien ; c'est le début de l'acte qui le défait.
De l'aliment coupé, la michna passe à l'aliment attaché : « Ha'egozim ché'amnan, vehabetsalim chèkhéranan, haré élou chibbour. » Des noix liées les unes aux autres par leurs tiges, ou des oignons enfilés sur une ficelle, forment une seule unité halakhique, puisque leur propriétaire les a disposés ainsi dans une intention durable, et non provisoire.
Ici aussi, dès l'instant où il commence à défaire l'arrangement, tout change : « Hitkhil lefarèk ba'egozim, oul'falèl bavetsalim », s'il a commencé à extraire quelques noix de la grappe, ou s'il a commencé à peler les couches extérieures des oignons pour qu'ils se libèrent de la ficelle, alors « eino chibbour ». Le paquet peut encore être physiquement intact et le travail inachevé, halakhiquement l'unité s'est pourtant dissoute : la toumah qui atteint une noix ou un oignon ne passera pas à ses voisins.
La michna se conclut par un point voisin, à propos de la coque de la noix : « Ha'egozim vehachkédim chibbour ad chéyerassès. » Les noix et les amandes sont jointes à leur coque, c'est-à-dire que la coque sert de chomer, de gardien du fruit qui se trouve à l'intérieur, si bien que la toumah qui touche la coque rend toute la noix teméah, et que la coque se joint au fruit pour les lois de toumah. Cela reste vrai même après que la coque a été fendue, comme on le voit pour une pistache largement ouverte dont les deux moitiés tiennent encore le fruit : c'est toujours une enveloppe protectrice. C'est seulement chéyerassès, une fois la coque broyée en de nombreux petits fragments, qu'elle cesse de fonctionner comme chomer pour le fruit, même si ces fragments entourent encore la noix.
Le fil qui traverse toute la michna est une seule idée : l'attache physique n'est pas le critère décisif. Ce qui décide, c'est la direction que prend l'aliment, selon l'intention et les actes de son propriétaire. Un aliment qui va vers la séparation est déjà séparé ; un aliment destiné à rester ensemble ne fait qu'un.