Ouktsin, chapitre 2, michna 1. La massekhta est consacrée aux parties d'un aliment qui ne se mangent pas : les queues, les tiges et les gousses attachées aux fruits et aux légumes. Une telle partie peut être un yad, une poignée, et dans ce cas elle reçoit la toumah avec l'aliment et lui transmet la toumah ; elle peut aussi être un shomer, un protecteur de l'aliment, et alors elle se joint même à l'aliment pour compléter la mesure de toumah. Notre michna énumère quelles queues appartiennent à chacune de ces catégories.
"Uktzei te'einim vehagrogros vehaklusin vehecharuvin, harei eilu mitam'in umitam'in umitztarfin". Un ouketz désigne la courte tige ligneuse qui dépasse d'un fruit. Sont énumérées ici les queues des figues fraîches ; des grogros, les figues séchées ; des klusin, une variété de figue bien plus sucrée ; et des caroubes, où l'on tient le fin morceau de bois qui sort du bokser pendant qu'on le mange. Chacune de ces queues a le statut de yad. La conséquence joue dans les deux sens : une toumah qui atteint la tige passe dans le fruit, et un fruit devenu tamé rend sa tige tamé également. Il y a un point supplémentaire, enseigné par le mot "umitztarfin" : une telle tige a aussi le din de shomer, si bien que son volume s'ajoute à celui du fruit pour mesurer le chiour de toumah. Quelle en est la raison ? Détachez cette fine tige et le fruit commencera à pourrir plus vite : or tout ce qui préserve un aliment de l'altération est considéré comme un protecteur.
Rabbi Yehoudah veut ajouter un élément de plus à cette liste, "af uketz deluas", la queue de la courge, qui à son avis sert à la fois de poignée et de protecteur.
"Uktzei ha'agasin vehakrustemalin vehaprishin veha'uzradin" : vient ensuite une seconde liste, composée des queues des poires, des kroustemalin, une sorte de poires plus petites, des prishin, identifiés au coing, et des ouzradin, que certains expliquent comme étant des pommes sauvages. Deux autres éléments s'y ajoutent, mais avec une limite : "uketz deluas tefach, uketz kunras tefach", la queue de la courge et la queue du kounras (généralement compris comme l'artichaut), chacune ayant le statut de poignée jusqu'à un tefach, environ dix centimètres, de sa longueur. Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok soutient que la limite va jusqu'à "tefachayim", le double de cette mesure.
"Harei eilu mitam'in umitam'in velo mitztarfin" : ce second groupe reçoit la toumah et la transmet au fruit comme il la reçoit de lui, exactement comme le premier groupe, avec une seule différence : ces queues ne se joignent pas à l'aliment. Elles ne comptent pas dans le chiour de kabeitsa, car même si elles servent de poignées, elles ne sont pas des protecteurs du fruit.
"Ush'ar kol ha'uktzin lo mitam'in velo mitam'in" : toutes les autres queues, c'est-à-dire toutes celles qui dépassent des fruits et des légumes et qui n'ont pas été énumérées ici, ne sont pas du tout considérées comme des poignées. Une telle queue ne reçoit pas la toumah et ne la transmet pas, et il va sans dire qu'elle n'est pas non plus un protecteur : elle ne se joint donc pas à l'aliment pour compléter la mesure de toumah qui permettrait à l'aliment de rendre autre chose tamé.
La michna a ainsi établi trois niveaux : une queue qui est à la fois poignée et protecteur, une queue qui n'est que poignée, et une queue qui n'est ni l'une ni l'autre. Tout dépend du rapport réel qu'une personne entretient avec ce petit morceau de bois : le saisit-elle lorsqu'elle prend le fruit, et le fruit en a-t-il besoin pour se conserver ?