Tamid, chapitre 5, michna 6. Ce chapitre suit pas à pas le service du matin au Beit Hamikdash, et ici la michna s'arrête sur un ustensile bien précis et sur le bruit qu'il produisait.
Il y avait dans le Beit Hamikdash un keli appelé magréfa, une pelle. Sa fabrication était telle que, lorsqu'on la projetait au sol, elle produisait un vacarme énorme. Notre michna enseigne l'usage que l'on faisait de ce bruit pendant le service du matin.
Le jet de la pelle
« Higui'ou bein haoulam vélamizbéah » : la michna nous place en plein cœur de la ketoret. Deux kohanim avaient un rôle dans cette offrande. Le premier tenait le récipient contenant les aromates de l'encens ; le second portait les braises destinées au mizbéah d'or qui se trouvait à l'intérieur du heikhal. Ensemble, ils traversaient la azara en direction du heikhal, jusqu'à atteindre l'espace ouvert qui sépare le oulam du mizbéah extérieur. Le oulam étant le vestibule situé juste devant le heikhal, ces deux kohanim se tiennent donc à présent sur le seuil même du service de l'encens.
« Natal éhad et hamagréfa » : à ce moment-là, l'un des deux soulevait la pelle, « vézorka », et la projetait, « bein haoulam vélamizbéah », contre le sol de ce même espace ouvert devant le oulam.
La michna nous en donne le volume : « Ein adam shomé'a kol havéro », un homme n'entendait pas la voix de celui à qui il parlait, « biYerushalayim mikol hamagréfa », nulle part dans la ville, tant que le fracas de cette pelle emplissait l'air.
Trois fonctions
« Oushlosha devarim hayta meshamechet » : ce son remplissait trois fonctions distinctes.
La première : « Kohen shéshomé'a et kola », un kohen qui entendait ce son, « yodé'a shé'éhav hakohanim », savait que ses frères kohanim étaient « nikhnassim lehishtahavot », en train d'entrer pour se prosterner, « véhou ratz ouva », et il accourait. L'usage voulait qu'une fois l'encens brûlé, quiconque officiait dans la cour entre dans le heikhal et se prosterne avec les deux kohanim qui avaient accompli la ketoret. Un kohen encore hors de la azara apprenait donc par ce fracas que le moment de l'encens était arrivé, et il se hâtait d'entrer pour ne pas manquer de se prosterner avec tous les autres.
La deuxième : « Ouven Levi », et quant à un Levi, « shéhou shomé'a et kola », qui entendait ce même son, « yodé'a shé'éhav haléviim », il comprenait que ses frères léviim étaient « nikhnassim lédaber bashir », en train d'entrer pour entonner le chant, « véhou ratz ouva », et lui aussi se hâtait de venir. Le chir suivait le nissoukh hayayin, le versement de la libation de vin sur le mizbéah, et c'est à ce stade que les léviim élevaient leurs voix accompagnées de leurs instruments. Tout Levi qui se trouvait hors de la cour s'y rendait donc dès le fracas de la pelle, afin de pouvoir se joindre à la louange de Hachem.
La troisième : « Vérosh hama'amad », l'officier préposé aux kohanim de la garde du jour, « haya ma'amid et hateméim », plaçait ceux d'entre eux qui étaient tamé, « bésha'ar hamizrah », à la porte orientale. Il les postait là délibérément à découvert, là où le public les remarquerait. Le bénéfice apparaissait plus tard : lorsqu'on voyait ces kohanim s'en aller, personne n'irait imaginer qu'ils s'éclipsaient avant l'heure pour vaquer à leurs affaires personnelles. Il serait évident aux yeux de tous qu'un état de touma les avait rendus inaptes à la avoda, et que cela seul expliquait leur départ.