Taharot, chapitre 8, michna 8. Alors que le chapitre approche de sa fin, la Michna laisse de côté les situations précises dont elle traitait jusqu'ici et passe à des règles plus générales de toumah. Notre michna illustre bien ce changement : la question est de savoir quand plusieurs petites quantités d'aliment tamé s'additionnent pour atteindre la mesure requise, et la réponse tient à un détail tout à fait ordinaire, à savoir si le pétrin repose à plat ou s'il est calé de biais.
Le cas
« Ariva chehi ketafress » : une ariva est le pétrin dans lequel on travaille la pâte, et ici elle est posée en pente. « Vehatzek milma'alan » : la pâte se trouve du côté surélevé. « Oumachké tofé'ah milmatan » : en dessous se trouve du liquide humide, qui coule vers le bas en suivant la pente.
« Chaloch hatihot kabeïtsa, einan mitstarfot. » Imaginez trois morceaux séparés de pâte tamé dont le volume additionné atteint une kabeïtsa, le volume d'un œuf, la plus petite quantité par laquelle un aliment transmet la toumah. Malgré cela, la Michna tranche qu'ils ne s'additionnent pas. La raison se trouve dans l'inclinaison : un liquide qui glisse le long d'une pente n'est pas considéré comme une substance continue unissant les morceaux en une seule kabeïtsa. Il se trouve simplement en dessous de trois morceaux indépendants, dont aucun n'atteint à lui seul une kabeïtsa ; et même si l'on ajoute le peu de liquide pris entre deux d'entre eux, ces deux-là n'atteignent toujours pas le volume d'un œuf. La pâte ne transmet donc pas la toumah au liquide qui se trouve en dessous, et puisque le liquide reste pur, il ne transmet jamais la toumah au pétrin.
Deux morceaux
« Ouchtayim mitstarfot » : avec deux morceaux seulement, la règle s'inverse, ils s'additionnent bien, et ils rendent tamé le liquide qui se trouve sous eux. Le liquide qui repose dans l'espace entre les deux touche chacun d'eux, de sorte que la paire est reliée et atteint ensemble une kabeïtsa d'aliment tamé.
Rabbi Yossé est d'un autre avis : « af chtayim einan mitstarfot, ela im ken hayou rotstsot machké. » Selon lui, même une paire ne s'additionne pas, sauf si les morceaux pressent le liquide, c'est-à-dire s'ils sont placés suffisamment près l'un de l'autre pour retenir le liquide entre eux et l'empêcher de glisser vers le fond du récipient. Seul un liquide maintenu ainsi en place relie véritablement. La halakha ne suit pas Rabbi Yossé.
Lorsque le liquide est immobile
« Veïm haya machké omed » : si le liquide est au repos au lieu de s'écouler, le pétrin étant posé à plat de sorte que le liquide s'étale sous toute la masse de pâte, alors, dit la Michna, « afilou ke'ein hardal mitstaref » : même des fragments aussi minuscules qu'un grain de moutarde, bien plus petits que les morceaux dont il était question jusqu'ici, s'additionnent les uns aux autres. Un liquide immobile est en contact avec chacune de ces miettes et les relie, si bien qu'ensemble elles atteignent le volume d'un œuf d'aliment tamé. Cela suffit à rendre le liquide tamé, et le liquide tamé rend alors le pétrin tamé lui aussi.
Rabbi Dossa termine la michna par une objection : « okhel paroud eino mitstaref. » Un aliment qui s'est brisé en miettes séparées ne peut jamais être additionné pour former une mesure, quel que soit l'état du liquide. Ici encore, nous ne tranchons pas comme Rabbi Dossa.
Tout dépend donc de la façon dont le pétrin est posé. Soulevez une extrémité, et le liquide devient un simple écoulement qui ne relie rien du tout ; posez-le à plat, et ce même liquide devient un lien assez solide pour rassembler jusqu'à des miettes de la taille d'un grain de moutarde en une kabeïtsa complète de toumah.