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Taharoth, chapitre 6, Michna 5 : Dans quel champ est-il entré ?

Taharoth, chapitre 6, Michna 5. Tout ce chapitre repose sur une seule distinction : un safek toumah (un doute quant à l'impureté) survenu dans un réchouth harabbim, un domaine public, laisse la personne tahor, tandis que le même doute dans un réchouth hayahid, un domaine privé, la rend temé'ah. Notre Michna présente un cas qui semble tout simple, et qui devient le terrain d'essai d'une controverse sur le type de doute qui déclenche réellement cette règle.

Le cas

"Nikhnas labik'a biymoth haguéchamim" : un homme entre dans la bik'a, la vallée. Cette vallée revient un peu partout dans le Chas. Il ne s'agit pas d'un champ unique, mais d'une zone qui comprend plusieurs champs appartenant à des propriétaires différents. La Michna précise biymoth haguéchamim, la saison des pluies, et ce détail est la clé de tout le cas : durant les mois d'hiver, on ne sème guère et on ne travaille guère la terre, si bien que peu de gens y passent. En l'absence de foule, la vallée a le statut d'un réchouth hayahid.

La Michna situe ensuite l'impureté : "Vehatoumah bisdé plonith", quelque part dans un certain champ se trouve de la toumah. Vient alors le témoignage de l'homme lui-même. Il dit "halakhti lamakom halaz", qu'il s'est dirigé vers cet endroit, puis il ajoute qu'il n'a aucune idée s'il a posé le pied dans le champ même où se trouvait la toumah ou seulement dans l'un des champs voisins, où il n'y avait aucune toumah : "éni yodéa im nikhnasti l'otah hasadé im lo nikhnasti."

Nous avons donc un safek toumah dans un réchouth hayahid, ce qui devrait normalement entraîner la toumah. Mais observons bien la forme de ce doute. Ce n'est pas un safek maga, un doute quant au contact avec la toumah. C'est un safek bi'a, un doute quant au fait même de s'être trouvé à cet endroit.

La mah'lokéth

"Rabbi Elazar metaher, vahakhamim metam'in." Rabbi Elazar déclare l'homme tahor ; les Hakhamim le déclarent tamé.

Pour saisir la position de Rabbi Elazar, il faut savoir d'où provient l'ensemble de la loi des réchouyoth. Tout ce cadre, à savoir qu'un doute est traité avec rigueur dans un domaine privé et avec indulgence dans un domaine public, est dérivé de la sota. Une sota est une femme soupçonnée d'adultère. Si son infidélité était établie, elle ne serait pas du tout une sota, elle serait une femme adultère ; son cas se définit précisément par le doute. On sait qu'elle s'est isolée dans un lieu privé, et ce qui s'y est passé demeure inconnu. La Torah la traite comme temé'ah tant que son statut n'est pas éclairci, et c'est là notre modèle pour un safek toumah dans un réchouth hayahid.

Regardons maintenant attentivement la sota. Il n'y a aucune incertitude quant au fait qu'elle soit entrée dans la pièce ; elle s'y trouvait sans conteste. La seule incertitude porte sur ce qui s'est passé une fois qu'elle y était. Rabbi Elazar soutient donc que seul un doute de ce type se transpose aux hilkhoth toumah : le safek maga, un doute sur le contact, constitue un véritable safek toumah dans un réchouth hayahid et entraîne la toumah, mais le safek bi'a, un doute sur le fait même que la personne soit entrée dans le lieu, n'a aucun parallèle chez la sota et la laisse tahor. Notre homme dans la vallée ne sait même pas dans quel champ il a marché : selon le critère de Rabbi Elazar, il est donc tahor.

Les Hakhamim ne tracent pas cette ligne. Pour eux, un doute est un doute : que l'incertitude porte sur l'entrée dans le lieu ou sur le contact avec la toumah une fois à l'intérieur, un doute dans un réchouth hayahid se tranche vers la toumah, et l'homme est tamé.

La halakha suit les Hakhamim. Rabbi Elazar mérite néanmoins notre admiration pour la cohérence de sa démarche : il pose la distinction entre safek bi'a et safek maga, puis l'applique fidèlement, exactement comme il l'avait annoncé, même dans ce cas où il reste seul de son avis.