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Taharos, chapitre 5, michna 4 : le chéretz et la grenouille

Taharos, chapitre 5, michna 4. Le sujet de ce chapitre est le safek toumah qui survient dans un réchouss harabbim, un domaine public, où la halacha tranche le doute dans le sens de l'indulgence et où la personne reste tahor. Notre michna apporte un autre cas de ce genre, cette fois non pas avec deux chemins mais avec deux petites bêtes étendues à la vue de tous.

Les premiers mots sont "Hachéretz vehatsfardéa bireschouss harabbim". Un chéretz, c'est-à-dire l'une des huit bestioles rampantes dont le cadavre transmet la toumah, gît dans un lieu public, et à côté de lui gît une grenouille. Représentons-nous le chéretz comme un lézard : il a le statut de av hatoumah, et quiconque le touche devient tamei. Une grenouille, à l'inverse, ne transmet aucune toumah. Voilà où commence le problème : à l'oeil nu, un lézard et une grenouille peuvent se ressembler suffisamment pour qu'un homme qui a touché l'un des deux soit incapable de dire lequel c'était.

Le premier contact

"Naga be'echad mehem ve'assa taharos vene'echlou". Il est entré en contact avec l'une des deux bêtes, sans savoir laquelle. Ensuite, il a préparé des taharos, c'est-à-dire des aliments de terouma, et ceux-ci ont été servis et consommés. Ces aliments n'existent plus, il n'y a donc plus aucune décision à rendre à leur sujet.

"Taval". Il est alors descendu au mikvé et s'est immergé. Lorsque la toumah provient d'un chéretz, il ne faut rien de plus que l'immersion et la tombée de la nuit.

Le second contact

"Naga bacheni ve'assa taharos". Plus tard, il a touché la seconde bête, et là encore il n'a pas pu identifier laquelle c'était, et de nouveau il a préparé des aliments de terouma. Ces aliments sont-ils tahor ou tamei ?

"Harei eilou tehoros". La michna tranche qu'ils sont tahor. Le premier lot a été mangé et se trouve hors de notre portée, le doute est donc résolu en considérant la seconde bête comme étant la grenouille et le premier contact comme celui avec le chéretz. La nourriture qui se trouve devant nous en ce moment peut être traitée comme tahor.

Quand le premier lot est encore là

"Im kayamos harichonos, eilou va'eilou telouyos". Si cette première terouma existe encore, les deux lots d'aliments sont mis en suspens. Il n'y a aucun moyen d'établir lequel des deux contacts a impliqué le chéretz, et chaque possibilité aboutit au verdict inverse concernant les deux lots. Nous voilà bloqués : brûler n'est pas une option, ni pour l'un ni pour l'autre, puisqu'il est parfaitement possible que le lot en question soit entièrement tahor, et une terouma tahor ne peut pas être détruite. Les deux sont donc simplement mis de côté, ni mangés ni brûlés.

Quand il ne s'est pas immergé entre les deux

"Im lo taval beintayim, harichonos telouyos vehacheniyos yisarefou". Modifions maintenant un seul détail : aucune immersion n'a eu lieu entre les deux contacts. Le premier lot reste en suspens, car nous ne pouvons pas savoir si ce premier contact a porté sur le chéretz ou sur la grenouille. Le second lot, en revanche, est tamei sans le moindre doute. Dès l'instant où il a touché la seconde bête, il était entré en contact avec le chéretz comme avec la grenouille, et quel que soit l'ordre, il avait contracté la toumah et n'avait rien fait pour s'en défaire. La terouma qu'il a manipulée à ce moment-là est assurément tamei, et elle est brûlée.

Pourquoi la michna enseigne le cas deux fois

On peut légitimement se demander ce que cette michna ajoute, puisque ses décisions correspondent exactement à celles de la michna précédente à propos des deux chemins. Le Rambam fournit une réponse, et elle repose sur les trois opinions tannaïtiques rapportées dans ce chapitre. Il y a d'abord la position des 'Hachamim, et c'est la halacha que nous suivons, selon laquelle un doute né dans un domaine public laisse la personne tahor. Il y a ensuite Rebbi Akiva, qui a adopté une ligne plus stricte. Il y a enfin Rebbi Yossé, qui a réparti la matière à sa manière, mettant à part le cas des chemins et tranchant avec rigueur dans tous les autres cas, y compris celui du chéretz et de la grenouille. Le Rambam explique que notre michna est là pour nous apprendre que même Rebbi Yossé, malgré toute sa rigueur dans les cas autres que celui des chemins, accepte la décision indulgente dans cette situation, où un homme a touché une bête, s'est immergé, et n'a touché l'autre qu'ensuite.