Taharos, chapitre 10, mishna 2. Nous sommes dans le dernier chapitre de Taharos, qui traite du pressoir à olives et de ses ouvriers, les badadim. Ces hommes sont en général des amei haaretz qui se trempent au mikvé et se purifient spécifiquement pour ce travail, puisque le propriétaire veut que son huile soit produite en tahara. La question qui revient tout au long du chapitre est de savoir dans quelle mesure on peut se fier à eux, et notre mishna en présente trois cas concrets.
Le premier : « Habadadim shehayou nikhnassin veyotze'in », les ouvriers du pressoir entraient et sortaient du pressoir, « oumashkin temei'in betokh beis habad », et des liquides tamei se trouvaient sur le sol. Les ouvriers circulent pieds nus dans le pressoir, et leurs pieds risquent fort de passer dans ces liquides en allant vers les olives. La mishna nous donne la mesure : « im yesh bein hamashkin lezeisim kedei sheyingvou es ragleihem ba'aretz, harei eilou tehorin. » Si la distance entre la flaque de liquide tamei et les olives est suffisamment grande pour que leurs pieds sèchent en chemin, en marchant sur le sol, les olives restent tehoros. Si la distance est plus courte, les olives deviennent tamei.
Il vaut la peine d'expliciter la logique de cette mesure. Les pieds d'une personne ne font pas partie des membres qui contractent la toum'a par contact avec des liquides tamei ; cette halakha concerne les mains, qui deviennent tamei dès qu'elles touchent de tels liquides. Les pieds, non. (Les chaussures sont un autre sujet, puisqu'une chaussure est elle-même un ustensile susceptible de devenir tamei ; toute cette indulgence parle donc de pieds nus.) Le souci ici n'est donc pas que le pied devienne tamei, mais que le liquide tamei soit transporté sur un pied mouillé et parvienne jusqu'aux olives. Dès que la marche jusqu'aux olives est assez longue pour que les pieds sèchent, rien de tamei n'arrive avec eux, et les olives restent tehoros.
Le deuxième cas : des ouvriers du pressoir à olives et des vendangeurs devant lesquels on a déposé une source de toum'a. « Ne'emanin lomar lo naganou », on les croit lorsqu'ils disent : « Nous ne l'avons pas touchée. » Bien qu'il s'agisse d'amei haaretz, pour les besoins de leur travail nous acceptons leur parole au sujet de la toum'a posée devant eux.
« Vekhein hatinokos shebeineihem », et il en va de même pour les jeunes enfants qui se trouvent parmi eux, les petits que les ouvriers amènent avec eux au pressoir. Ces enfants sont eux-mêmes présumés tamei, puisque leurs mères, qui sont nidos, les portent et les tiennent dans leurs bras. Quant à la place de cette phrase, il existe deux lectures : certains rattachent « et de même les enfants parmi eux » à ce qui précède, à savoir que les enfants aussi sont crus lorsqu'ils affirment ne pas avoir touché la toum'a, et d'autres y voient l'introduction de ce qui suit. Dans les deux cas, les deux halakhos demeurent valables.
Le troisième cas : « yotze'in ḥoutz lefessaḥ beis habad oufonin le'aḥorei hagader, vehen tehorin. » Ils sortent au-delà de l'entrée du pressoir à olives et se retirent derrière la clôture, et ils restent tehorin. La raison de leur sortie est de faire leurs besoins, et puisqu'ils demeurent dans les abords immédiats du pressoir, nous ne les soupçonnons pas d'avoir contracté une toum'a entre-temps.
Mais jusqu'où s'étendent ces « abords immédiats » ? La mishna demande : « Ad kama yarḥikou veyihyou tehorin ? » Jusqu'où peuvent-ils s'éloigner tout en restant tehorin ? Et elle répond : « ad kedei sheyir'ou osan », aussi loin qu'on peut encore les voir. Tant qu'ils restent dans le champ de vision, nous savons qu'ils ne se sont mêlés à rien, et ils conservent leur tahara. Dès qu'ils échappent au regard, nous ne pouvons plus répondre d'eux, et nous soupçonnons qu'ils sont devenus tamei.
Trois décisions, donc, toutes bâties sur le même réalisme pratique : mesurer le trajet de la flaque jusqu'aux olives, accepter la parole de l'ouvrier sur ce qu'il n'a pas touché, et le garder à l'œil quand il sort dehors.