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Tahoros, chapitre 6, Michna 1 : un domaine qui change de statut, et un homme qui traverse les domaines

Tahoros, chapitre 6, michna 1. Ce perek s'attaque au sujet des rechouyos, les domaines, et les examine de bien plus près qu'auparavant. Le principe de fond nous est déjà familier : un safek toumah qui se présente dans une rechous hayachid, un domaine privé, est tranché tamé, tandis que le même safek survenant dans une rechous harabim, un domaine public, est tranché tahor. Notre michna demande ce qu'il advient lorsque le domaine lui-même refuse de rester en place, puis ce qu'il advient lorsque c'est la personne qui refuse de rester en place.

Un lieu dont le statut ne cesse de changer

"Makom chehayah rechous hayachid vena'assah rechous harabim" : un endroit qui avait le statut de domaine privé et qui est devenu domaine public. Comment une telle chose se produit-elle ? De deux manières. Parfois c'est une question de saison : durant les mois d'hiver pluvieux, l'endroit n'est pas fréquenté et fonctionne comme domaine privé, alors qu'en été le public y défile et il fonctionne comme domaine public. Parfois c'est une question de propriété : un terrain qui était ouvert au public a été vendu, ou un terrain qui appartenait à un particulier est passé à l'usage public.

"'Hazar vena'assah rechous hayachid" : puis il est revenu à son statut antérieur, de nouveau pour l'une ou l'autre de ces raisons, le changement de saison ou une transaction commerciale. Comment juge-t-on donc les sfékos de toumah sur un terrain qui ne cesse de basculer d'un statut à l'autre ?

La réponse est d'une simplicité rafraîchissante : on le juge selon ce qu'il est au moment où le safek se présente. "Kechehou rechous hayachid, sféko tamé ; kechehou rechous harabim, sféko tahor". Tant qu'il a le statut de domaine privé, un doute qui y survient est tranché tamé ; tant qu'il a le statut de domaine public, un doute qui y survient est tranché tahor. L'histoire du lieu ne compte pour rien ; seul son statut présent est pris en compte.

Le malade en danger de mort transporté d'un domaine à l'autre

"Hamesoukan birchous hayachid vehotsi'ouhou lirchous harabim" : voici un cas intrigant. Un homme est mourant, à un tel point qu'il a perdu conscience, et nous sommes incapables de déterminer s'il est encore en vie ou s'il est déjà mort. Puisqu'un meis (un mort) transmet la toumah, le doute sur sa vie est en même temps un doute sur le fait que ceux qui l'accompagnent soient devenus tamé.

Il se trouve au départ dans une rechous hayachid. Imaginez une caravane, ou un malade porté à dos de chameau : on le fait sortir du domaine privé, on le fait passer par un domaine public, puis on le fait entrer dans un domaine privé à nouveau. C'est un retournement frappant du cas précédent. Là, le domaine changeait alors que la situation restait fixe ; ici, les domaines restent fixes et c'est l'homme en question qui y entre et en sort.

Les Cha'hamim ne voient là rien de remarquable et appliquent les règles ordinaires du safek : "kechehou birchous hayachid, sféko tamé ; kechehou birchous harabim, sféko tahor". Aussi longtemps qu'il est dans le domaine privé, le doute est tranché tamé, et aussi longtemps qu'il est dans le domaine public, le doute est tranché tahor. Voilà tout.

Rabbi Chimon, en revanche, perçoit ici une véritable difficulté. Sa décision est "rechous harabim mafsékès", le domaine public interrompt. Son raisonnement repose sur la réalité du cas : une seule personne, qui par définition est soit vivante soit morte, est transportée d'un endroit à l'autre. Il n'y a aucun sens à déclarer qu'à l'intérieur du domaine privé elle compte comme source de toumah, qu'une fois amenée dans le domaine public elle ne l'est plus, et qu'une fois de retour dans un domaine privé elle l'est de nouveau. Le fait qu'elle soit morte ou non ne dépend pas de l'endroit où se trouve sa civière. L'intervalle de domaine public par lequel on l'a fait passer ne nous autorise donc pas à inverser son statut deux fois de suite, et on la juge comme si elle n'avait jamais quitté la rechous hayachid.

La halachah, toutefois, ne suit pas Rabbi Chimon. Nous tranchons comme les Cha'hamim : un safek toumah est tranché tahor ou tamé selon le domaine dans lequel il se trouve à ce moment précis, que ce soit le terrain qui ait changé de statut ou la personne qui soit passée d'un domaine à l'autre.