Para, chapitre 7, michna 6. Tout le chapitre sept tourne autour d'une seule idée, répétée cas après cas : dès l'instant où une personne commence à puiser l'eau destinée au 'hatas, les eaux de purification de la para adouma, et jusqu'à ce que les cendres y soient ajoutées, elle ne peut s'occuper d'aucune autre mela'ha. Notre michna examine un geste qui paraît parfaitement anodin, et montre tout ce qui peut dépendre du fait qu'un homme suive sa route directe ou s'en écarte.
Voici les mots de la michna, expression par expression : "Hamoli'h ess ha'hével beyado" (celui qui transporte une corde à la main tout en marchant), "ledarko", c'est-à-dire que son chemin passe de toute façon devant la porte du propriétaire, "kacher", l'eau puisée demeure valide. "Vechélo ledarko", lorsqu'il doit faire un détour hors de son itinéraire, "passoul", l'eau est disqualifiée.
Représentons-nous la situation. Un homme a emprunté une corde à son prochain et s'en est servi pour descendre la cruche dans la source et remonter l'eau. À présent, la cruche déjà posée sur son épaule, il garde la corde à la main afin de la rendre à son propriétaire. Si la maison du propriétaire se trouve sur le trajet qu'il parcourt de toute manière, sans le moindre détour, porter la corde n'est pas du tout compté comme une mela'ha, et l'eau du 'hatas reste apte.
Mais si rendre la corde l'écarte de son chemin, le tableau change. Transporter un objet en faisant un détour constitue un acte de travail à part entière, une commission qu'il a prise sur lui alors que l'eau de la mitsva est sous sa garde, et l'eau en devient de ce fait inapte.
La michna se termine par une remarque historique remarquable : "Zé hala'h leYavné chelocha mo'adoss, ouvamo'ed hachelichi hi'hchirou lo hora'ass cha'a." Cet homme fit le voyage jusqu'à Yavné lors de trois saisons de pèlerinage distinctes, et lors de la dernière de ces visites les 'Ha'hamim validèrent son eau par une décision rendue pour ce moment seulement.
Le cas discuté était précisément celui où la corde avait bel et bien été emportée par un détour. Un talmid 'ha'ham partit pour Yavné, siège du Sanhédrin après son exil de Yerouchalayim, afin de poser la chééla devant les 'Ha'hamim. La tradition qui entoure cette hala'ha rapporte que la communauté juive d'Assya se présenta à Yavné au cours de trois yamim tovim pour tenter d'obtenir une décision, et ce n'est qu'à la dernière de ces démarches que le beis din déclara l'eau valide. Ce qu'ils rendirent fut une hora'ass cha'a, une permission accordée pour ce moment particulier, parce que le besoin était pressant.
Les mots que choisit la michna sont précis, et ils conservent les deux moitiés de la vérité. Selon la loi établie, un homme qui emporte sa corde hors de son chemin alors qu'il porte l'eau du 'hatas l'a rendue invalide. Ce qui s'est passé à Yavné fut une permission exceptionnelle, accordée une seule fois, en un temps de nécessité, par le grand tribunal de la génération, et elle ne renverse pas la règle par laquelle la michna s'ouvre : sur son chemin, apte; hors de son chemin, inapte.