Parah, chapitre 9, Michna 4. Ce chapitre passe en revue les nombreuses façons par lesquelles les mei chatas, les eaux de purification de la parah adumah, peuvent perdre leur statut et devenir inutilisables. Notre Michna traite d'un cas qui paraît presque anodin : une personne regarde le récipient de mei chatas et songe à en boire. Une telle pensée suffit-elle déjà à rendre l'eau inapte, ou faut-il qu'un acte s'y ajoute ?
Le cas est présenté par les mots "hachochev al mei chatas", celui qui forme un projet au sujet de l'eau de purification, "lichtos", à savoir d'en boire. Le verdict de Rabbi Eliezer sur un tel homme tient en un seul mot : "passoul", l'eau est gâtée. Rabbi Yehochoua conteste et tranche "kecheyateh" : l'eau ne devient inapte qu'à partir du moment où l'homme incline le récipient.
Que signifie ici incliner ? La personne penche le récipient vers elle afin de pouvoir en boire commodément. C'est cet acte physique, selon Rabbi Yehochoua, qui disqualifie l'eau, et il la disqualifie même si finalement l'homme n'en a pas avalé une seule goutte. La pensée seule, en revanche, n'a aucun effet : c'est l'inclinaison qui gâte l'eau.
La distinction de Rabbi Yossei
Rabbi Yossei vient maintenant restreindre toute la discussion. Il demande "bameh devarim amourim", à quelle situation cette machlokes s'applique-t-elle, et répond "bemayim che'einam mekoudachim" : uniquement là où les cendres n'ont pas encore été mises dans l'eau. "Aval bemayim hamekoudachim", là où les cendres ont déjà été ajoutées et où l'eau possède son statut complet, chaque Tanna déplace sa position d'un cran. Rabbi Eliezer enseigne alors "kecheyateh", rien n'est perdu tant que le récipient n'a pas été incliné, tandis que Rabbi Yehochoua enseigne "kecheyichteh", rien n'est perdu tant que l'homme n'a pas effectivement avalé. Ce que chacun exigeait pour l'eau ordinaire, il l'exige d'un degré plus fort dès que les cendres y sont.
La Michna conclut : "Guirguer, kacher." S'il a versé l'eau dans sa bouche sans approcher ses lèvres du récipient, l'eau qui reste demeure apte.
Le principe sous-jacent
Certains avis expliquent toute cette divergence à partir du hessech hada'as, le fait de détourner son attention de la garde de l'eau. Les mei chatas doivent être surveillés, et dès que l'attention d'une personne les a quittés, ils ne sont plus utilisables.
Dans cette optique, Rabbi Eliezer disqualifie l'eau non sanctifiée par la seule intention, car dès l'instant où une personne projette d'en boire, elle a manifestement détourné son esprit de la garde de l'eau. Avec l'eau sanctifiée, en revanche, sans acte il n'y a pas de disqualification : bien qu'il ait songé à en boire, on suppose qu'il s'est ravisé et a continué à garder l'eau, car s'agissant d'eau sanctifiée on craint de perdre une chose aussi précieuse.
Rabbi Yehochoua, quant à lui, soutient que même l'eau non sanctifiée n'est disqualifiée que par un acte, comme incliner le récipient afin d'en boire. En l'absence d'un tel acte, on ne dit pas du tout qu'il a détourné son esprit de la garde de l'eau.
La leçon de cette Michna, c'est l'ampleur du soin qu'exigent les mei chatas. Un récipient d'eau de purification n'est pas un simple contenant de liquide posé dans un coin ; il se trouve sous la surveillance d'une personne, et le moindre geste de la main visant à s'en servir pour soi-même peut anéantir tout ce qui a été investi dans sa préparation.